Laélia Véron

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Laélia Véron
Laelia Veron-IMG 6472-b.jpg
Laélia Véron en 2020.
Biographie
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Voir et modifier les données sur Wikidata (32 ans)
CrestVoir et modifier les données sur Wikidata
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Éric Bordas (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Laélia Véron, née le à Crest (Drôme), est une linguiste (stylisticienne) et enseignante chercheuse française. Son travail porte principalement sur le langage en tant qu'enjeu de pouvoir.

Biographie[modifier | modifier le code]

Laélia Véron naît le à Crest dans la Drôme et grandit non loin de là, avec ses deux sœurs aînées, dans le hameau des Planeaux, dans la commune de Romeyer, sur les contreforts drômois du Vercors[1]. Sa mère est professeure de français et son père ne travaille pas[1]. Son parcours de vie est marqué par une exposition à la violence familiale, ce qui a influencé ses engagements personnels et professionnels[2]. Elle prend conscience, dès sa tendre enfance, du rôle social du langage et des enjeux de pouvoir qui y sont associés ; c'est en quittant le milieu familial pour continuer ses études supérieures que son engagement militant s’affirme à la fois très à gauche et féministe, avec une préoccupation marquée pour le langage en tant qu'outil permettant inclusion ou au contraire l’'exclusion sociale, selon son usage[2].

Après ses études secondaires, elle étudie en classe préparatoire littéraire à Lyon au lycée du Parc, puis poursuit son cursus comme auditrice libre à l'École normale supérieure de Lyon, où elle obtient l'agrégation de lettres modernes[1]. En 2011, elle entame sous la direction d'Eric Bordas un doctorat en langue et littérature françaises dont le sujet est « Le trait d’esprit dans La Comédie humaine de Balzac : Étude stylistique »[3]. C'est au cours de ces années qu'elle commence à enseigner en prison avec l'association Genepi[2],[4]. Au sujet de son travail en milieu carcéral; Anne Rubin, professeur des écoles, présente Laélia Véron, comme étant notamment une personne douée pour rendre à l'aise ses étudiantes et les faire s'exprimer davantage par écrit, mêmes celles qui n'osaient pas le faire[2]. Elle soutient sa thèse en mars 2017[2]. En 2018, elle est élue maîtresse de conférences à l'université d'Orléans. Dans son travail, elle traite du pouvoir des mots qui peuvent être des armes, mais aussi des outils d'émancipations[2].

Elle acquiert une certaine notoriété sur Twitter, où elle aborde et observe les usages politiques de la langue[5], ce qui lui vaut notamment de devenir en chroniqueuse sur le site Arrêt sur image[6].

En avril 2019, elle publie avec Maria Candea, maîtresse de conférences à l'université de Paris III et cofondatrice de la revue en ligne Glad, Le Français est à nous ! Petit manuel d’émancipation linguistique aux éditions La Découverte[7].

Laélia Veron présente depuis septembre 2019 sur Binge Audio le podcast Parler comme jamais, soutenu par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF, le service interministériel qui anime la politique linguistique de la France, concernant à la fois la langue française et les langues régionales)[8],[9],[10]. Elle réalise aussi des vidéos de réponses pour la médiatrice de Radio France[11],[12].

Travail de recherche[modifier | modifier le code]

Ses travaux de recherche portent sur plusieurs sujets dont la littérature (XIXe-XXIe siècles), la politique, la linguistique, le féminisme, l'écriture inclusive, la socio-stylistique et l'enseignement en milieu carcéral[13].

Publication : Le français est à nous[modifier | modifier le code]

Les linguistes Maria Candea et Laélia Véron ont publié aux éditions La Découverte en 2019 l'essai tout public Le français est à nous ! : Petit Manuel d’émancipation linguistique[14]. Le livre est décrit par le magazine Sciences humaines comme étant rempli d’anecdotes savoureuses sur l’histoire de la langue et permettant avant tout de « comprendre comment se construit une langue, comment elle évolue, ou encore quels enjeux politiques et sociaux y sont attachés »[14]. L’ouvrage est vu comme étant de la vulgarisation scientifique de qualité tout en permettant d'aborder des thèmes actuels comme les réformes de l’orthographe et de la grammaire, l'enseignement de la langue à l’école, la féminisation du lexique et l'écriture inclusive. Selon Sciences humaines toujours, l’ouvrage est bien argumenté, clair et robuste, malgré le propos engagé[14]. Ainsi, selon le magazine, « la langue française évolue comme elle a toujours évolué, en mélangeant des apports divers, populaires ou étrangers, en alignant ses formes écrites sur de nouveaux usages et sur l’oral, et surtout en étant remise en question, ainsi qu’elle l’a été jusqu’à la fin du XIXe siècle », ce qui amène les autrices à se positionner contre la « fétichisation de la grammaire et de l’orthographe » et à plaider pour permettre davantage d'esprit critique et de liberté face à la langue française qui demeurerait avant tout le produit des usages qui en sont fait[14].

Selon la linguiste Françoise Gadet (professeure à Paris X), l'ouvrage de Maria Candea et Laelia Véron est accessible et permet une initiation à la sociolinguistique du français tout en ayant un ton engagé politiquement[15]. Elle souligne que la sociolinguistique de Véron rend compte du fait que les usages linguistiques seraient inscrits dans les enjeux idéologiques et politiques sociétaux et tendraient à mener à une contrainte forçant vers une « seule bonne façon de s’exprimer », ce qui provoquerait une insécurité linguistique chez les locuteurs ne répondant pas aux normes imposées et attendues[15]. Ainsi, l'ouvrage, « savant », conclut en appelant à une émancipation des usagers de la langue française[15].

Selon Jean-Baptiste de Montvalon du journal Le Monde, le livre déconstruit des mécanismes de domination fondés sur la langue, tout en égratignant au passage des institutions prestigieuses, tel que l'Académie française[2]. Il mentionne que le livre décrit notamment un processus idéologique de masculinisation de la langue française qui a eu lieu entre le XVIIe et le XIXe siècle, ainsi que l'aspect idéologique derrière le français dit « petit nègre », qui visait en fait à « enseigner un sous-français à des personnes auxquelles on ne voulait pas donner la citoyenneté française »[2].

Le blog des correcteurs du Monde.fr fait une présentation élogieuse du livre Le français est à nous ! : Petit Manuel d'émancipation linguistique. Pour les auteurs du blog, les deux linguistes parviennent à captiver le lecteur et entrer dans des détails de l'histoire de la langue française tout en étant fort instructif[16].

Michel Feltin-Palas, de L'Express dresse également une présentation élogieuse de l’ouvrage, qu’il juge pédagogique et « sans démagogie ni laxisme »[17]. Il insiste sur l’importance de l’ouvrage pour déconstruire plusieurs clichés de la langue française, et juge que sa lecture devrait être obligatoire pour les enseignants, journalistes, académiciens et écrivains. Selon lui, les autrices « défendent une autre vision de l'amour de la langue française, qui consiste à passer du temps à la lire, à la parler, à l'écrire et à s'interroger à son propos »[17].

France-Culture consacre une émission au livre Le français est à nous ! : Petit Manuel d’émancipation linguistique en 2019, qui selon eux se penche sur des questions épineuses concernant la langue française et ses supposés périls qui la menacerait de façon érudie et avec humour ; « C’est en linguiste, avec la rigueur et la méthode de leur discipline, qu’elles abordent de manière réflexive la langue française, comme objet social, politique, et non comme une entité figée, dotée d’une essence abstraite dont les règles seraient fixées de toute éternité. Égratignant au passage la vénérable Académie française… »[18].

Sur le site du magazine Marianne, Samuel Piquet, blogueur et ancien professeur de lettres, défend quant à lui que l'ouvrage des deux autrices proposerait une analyse de la langue « bien plus politique que scientifique »[19]. Il soutient que l'une des limites de l'ouvrage serait le recours à des sophismes de type homme de paille : selon lui, Maria Candea et Laélia Véron réduiraient les défenseurs d'un français exigeant à des personnes « terrorisées par l'invasion de l'anglais ou de l'arabe »[19], dont le discours pourrait alors être présenté comme xénophobe[19].

Engagement militant[modifier | modifier le code]

Laélia Véron est connue pour son engagement féministe public, notamment sur le média social Twitter où elle est largement suivie (plusieurs dizaines de milliers d’abonnés en 2020). Elle y défend son point de vue de chercheuse concernant le langage en tant qu'enjeu de pouvoir : selon elle, le langage comme enjeu de pouvoir serait une bataille du politique, et la parole serait confisqué par des élites[5]. D’après la journaliste Yacha Hajzler, elle y « démonte le mythe d'un français immuable et intouchable »[5].

Elle participe en sa qualité de chercheuse et de féministe à l'émission de radio Pas son genre qui traite de l'actualité sous l'angle des études de genre[20].

L’un des combats menés par Laélia Véron sur Twitter, et rapporté par Jean-Baptiste de Montvalon, a été de se prononcer contre les processus de « disqualification de la parole » des « gilets jaunes » passant par des moqueries envers la façon de s'exprimer des militants de la part de certains éditorialistes et chaîne d'information continue[2].

Militante de gauche[5], elle a notamment été membre de la commission justice du Parti de gauche[21].

En cette qualité, à la suite de l’attentat du contre Charlie Hebdo, elle critique la politique judiciaire du gouvernement Manuel Valls qui, selon elle, porterait atteinte à la liberté d'expression sous couvert de répression du terrorisme et de défense des valeurs de la République[21]. Elle dénonce à cette occasion un dévoiement de la laïcité à des fins racistes[21]. Par la suite, en 2019, elle figure parmi les intellectuels signataires d'un manifeste dénonçant des actes anti-musulmans et l'islamophobie et appelant à manifester le [22], à l’initiative de Madjid Messaoudene, de L.e.s. Musulmans, du Comité Adama, du CCIF, de l’UCL, de l’UNEF et de Taha Bouhafs[23].

Dénonciation d'inconduites sexuelles[modifier | modifier le code]

Au cours des dernières années, elle a dénoncé quelques inconduites sexuelles auxquelles elle a fait face dans sa vie, notamment au mois d'avril 2019, lorsqu'elle dénonce sur son compte Twitter un agent de bord de la compagnie Transavia pour ce qu'elle considère relever d'une « une expérience similaire à du harcèlement de rue »[24]. Elle témoigne aussi au sujet des agissements de son ancien colocataire à l'École normale supérieure de Lyon, accusé depuis de harcèlement sexuel par de nombreuses femmes[25],[1],[26]. Lors de la sortie du livre de Nicolas Grégoire, elle souligne, avec d'autres, que ce dernier a participé à propager la « culture du viol », dans ses écrits : il est de fait accusé par plusieurs personnes de décrire un viol qu'il aurait commis à l'encontre d'une de ses anciennes compagnes[27].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Le Français est à nous ! : Petit manuel d’émancipation linguistique (avec Maria Candea), La Découverte, coll. « Cahiers libres », , 240 p. (ISBN 9782348041877).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Laélia Véron (interviewée) et Marine Miller (intervieweuse), « Laélia Véron, linguiste : La prépa était un univers clos où régnait une forme de confort et de violence », sur Le Monde,
  2. a b c d e f g h et i Montvalon 2019.
  3. Laélia Véron, « Le trait d’esprit dans La Comédie humaine de Balzac : étude stylistique », sur theses.fr
  4. Médiapart. Entretien avec Laélia Véron. 2019 En ligne
  5. a b c et d Yacha Hajzler, « Laélia Véron, la linguiste qui a conquis Twitter », sur france3-regions.francetvinfo.fr,
  6. « Laélia Véron, Chroniqueuse », sur arretsurimages.net
  7. Michel Feltin-Palas, « A qui appartient le français ? », sur L'Express,
  8. « Parler comme jamais », sur binge.audio
  9. Julia Vergely, « Podcast : avec “Parler comme jamais”, Laélia Véron délie la langue française », sur Télérama.fr, (consulté le 15 février 2020)
  10. Jacques Besnard, « "Les Français sont persuadés que le français leur appartient" », sur lalibre.be, (consulté le 15 février 2020)
  11. « Scénarios ou Scénarii ? par Laélia Véron », sur La Médiatrice, (consulté le 15 février 2020)
  12. « Spoiler, Divulgâcher, Laélia Véron », sur La Médiatrice, (consulté le 15 février 2020)
  13. « Laélia Véron », sur expertes.fr (consulté le 17 février 2020)
  14. a b c et d Fabien Trécourt, « Le français est à nous ! », sur scienceshumaines.com, (consulté le 15 février 2020)
  15. a b et c Françoise Gadet, « Maria Candea et Laelia Véron, Le français est à nous ! Petit manuel d'émancipation linguistique, Paris, La Découverte, 2019 », Langage et société, vol. 168, no 3,‎ , p. 164-167 (DOI 10.3917/ls.168.0164, lire en ligne)
  16. « À nous est le français », sur lemonde.fr/blog/correcteurs, (consulté le 17 février 2020)
  17. a et b Michel Feltin-Palas, « A qui appartient le français ? », sur lexpress.fr, (consulté le 17 février 2020)
  18. Raphaël Bourgois, « Le Français est à nous de M. Candéa et L. Véron / Nous sommes tous des femmes savantes de L. Naccache » [émission de radio], Avis critique, sur franceculture.fr, (consulté le 17 février 2020)
  19. a b et c Samuel Piquet, « "Le français est à nous !" Un essai politique souvent à côté de la langue », sur marianne.net, (consulté le 16 février 2020)
  20. TP, « France Inter prépare des émissions sur l'environnement et le genre », sur strategies.fr, (consulté le 17 février 2020)
  21. a b et c Laélia Véron, « Tribune : Fermeté juridique ou hypocrisie gouvernementale », in « Au nom de la lutte antiterroriste, peut-on compromettre les libertés publiques ? », sur humanite.fr, (consulté le 19 février 2020)
  22. « Marche contre l'islamophobie : qui y sera, qui n'ira pas ? », sur lexpress.fr,
  23. « Tribune : Le 10 novembre, à Paris, nous dirons STOP à l’islamophobie ! », sur liberation.fr, (consulté le 17 février 2020)
  24. B. C., « Un steward lui demande de boutonner sa chemise, elle dénonce son attitude », sur 20minutes.fr, (consulté le 14 février 2020)
  25. Yüsra Nemlaghi, « Accusé de harcèlement sexuel par des étudiantes de l'ENS de Tunis, un professeur rattrapé par des témoignages de ses camarades de l’ENS de Lyon », sur kapitalis.com, (consulté le 15 février 2020)
  26. Lou Bes et Haïfa Mzalouat, « #EnaZeda : Aymen Hacen à l'ENS, dix ans d'impunité », sur inkyfada.com, (consulté le 15 février 2020)
  27. Clara Robert-Motta, « Polémique autour du livre de Nicolas Grégoire, accusé de décrire un viol », sur Les Inrocks, (consulté le 15 février 2020)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Documentation[modifier | modifier le code]

  • Jean-Baptiste de Montvalon, « Laélia Véron : l’action du verbe », Le Monde,‎ (lire en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]