Aller au contenu

LGBT+ au Bhoutan

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Conditions de vie

[modifier | modifier le code]

Acceptation sociale

[modifier | modifier le code]

L'ignorance du fait homosexuel est fréquente au Bhoutan en raison des stéréotypes très présents dans la culture populaire[1]. La culture bhoutanaise ne connaît pas l’opposition entre hétérosexualité et homosexualité comme on le fait en Occident. Certains qualifient la société bhoutanaise comme naturellement bisexuelle, mais cette affirmation est controversée par d’autre observateurs[2]. Les femmes sont plus susceptibles que les hommes d'afficher ouvertement une orientation sexuelle différente[3]. Les homosexuels qui cherchent à être acceptés doivent faire face à des difficultés liées à la culture et aux traditions[3]. Un enquête datant de 2016 faite par l'Integrated Biological and Behavioral Surveillance (IBBS) montre que plus de 42 % des femmes transgenres et 23 % des hommes gays ou bisexuels au Bhoutan ont tenté de se suicider plus d'une fois. L'enquête a également révélé que les femmes transgenres et les hommes gays et bisexuels étaient souvent victimes de « violences physiques et sexuelles graves »[4]. Une étude menée en 2019 ayant pour but d’analyser l'impact des articles 213 et 214 sur la communauté a montré que 69 % des personnes interrogées estimaient que ces deux articles les avaient affectés négativement[5].

En 2013, l'arrivée du réseau social Facebook a permis d'accroître la visibilité de la communauté LGBTQ grâce à la création de groupes Facebook dédiés. En 2014, cinq personnes on créé la communauté LGBTQ Rainbow Bhutan ; son effectif est passé à 136 en 2019[5]. La même année, Tashi Tsheten, militante LGBTQ, a déclaré que ce mouvement avait véritablement débuté en 2015, lorsque la communauté a commencé à organiser des programmes sur le VIH. En 2017, les groupes LGBTQ ont commencé à plaider en dehors du cadre du VIH/sida et à travailler plus ouvertement[6]. En 2015, Passang Dorji, militante et physiothérapeute, a fait son coming out pour la première fois à la télévision nationale[7]. En février 2015, Karma Dupchen, ingénieure civile et militante LGBTQ, a créé LGBT Bhutan, la toute première page Facebook du Bhoutan dédiée à la sensibilisation à la communauté LGBTQ[8].

Le bouddhisme, principale religion du Bhoutan, ne condamne pas l'homosexualité. En 2015, Dzongsar Khyentsé Rinpoché, le plus éminent maître bouddhiste du Bhoutan, a déclaré que l'orientation sexuelle n'avait aucun impact sur l'accès à l'illumination. Il a ajouté que les Bhoutanais ne devaient pas se contenter de tolérer les personnes homosexuelles, mais qu’ils devaient les respecter. Il a déclaré : « Votre orientation sexuelle n'a rien à voir avec la compréhension ou non de la vérité. Que l’on soit gay, lesbienne, hétérosexuel, on ne sait jamais qui atteindra l'illumination en premier… La simple tolérance n'est pas une bonne chose. Si vous vous contentez de tolérer, cela signifie que vous en pensez du mal. Il faut donc aller plus loin : il faut respecter. »[9].

Le Bhutan Observer, l'un des principaux hebdomadaires du pays, a publié de nombreux articles sur les questions LGBTQ qui ont suscité un vif intérêt et sont devenus les articles les plus commentés sur son site web[10]. Le journal Kuensel, proche du gouvernement, a quant à lui qualifié les homosexuels de « troisième genre » dans un article qui traitait des programmes de lutte contre le VIH destinés aux hommes homosexuels. En novembre 2017, une présentation visant à sensibiliser les hauts fonctionnaires de police à la stigmatisation des personnes LGBTQ a été organisée à Phuentsholing. Les policiers ont déclaré que cette présentation les avait sensibilisés davantage et leur avait permis de comprendre les enjeux liés à la communauté LGBTQ. Le chef de la police, le colonel Chimi Dorji, a déclaré : « Après la formation, nous élaborerons un guide de procédure sur les personnes LGBTQ. Nous le distribuerons ensuite aux policiers. Il nous aidera à traiter la communauté LGBTQ de manière juste et équitable. »[11].

La Journée internationale contre l'homophobie, la transphobie et la biphobie a été célébrée pour la première fois au Bhoutan en 2016. Les bureaux des Nations unies dans le pays ont lancé une campagne vidéo pour défendre les droits des personnes LGBTQ[12]. Le drapeau de la fierté LGBTQ a été hissé pour la première fois dans le pays à la Maison des Nations unies à Thimphou[13]. En 2018, l'événement a été célébré à l'hôtel Migmar en présence de représentants du gouvernement, de la société civile et des médias[14]. Depuis, il est célébré chaque année[15].

Il n'y a pas de marche des fiertés annuelle ni d'autres manifestations publiques au Bhoutan[16]. Le militant LGBTQ Tashi Tsheten a déclaré ne pas en organiser, non pas en raison d'un environnement hostile ou d'un gouvernement oppressif, mais parce que « les marches des fiertés sont une forme d'activisme où les gens descendent dans la rue pour exiger des changements politiques et juridiques ; cette façon de faire ne convient aux Bhoutanais. Nous croyons au développement des relations humaines et aux échanges en face à face, de cœur à cœur. C'est comme cela que l’on obtient un véritable changement.»[6].

Deyon Phuntsho et Tenzin Gyeltshen forment un couple homosexuel, Ils on rendu publique leur relation en 2018 et ont déclaré être pleinement acceptés par leurs familles et leurs amis[17].

Tashi Tsheten, le directeur de Rainbow Bhutan, a déclaré que malgré une acceptation générale des personnes transgenres, notamment dans les zones rurales, celles-ci subissaient encore de nombreuses discriminations, notamment à l'école. Il a ajouté que « les barrières sont nombreuses et que notre système éducatif ne comprend pas les personnes LGBTQ+ ». En outre, la plupart des jeunes LGBTQ+ abandonnent l'école[16].

En 2022, le ministre des Finances du Bhoutan, Namgay Tshering, a affirmé que « la communauté LGBT+ est largement acceptée dans notre société ». La même année, Tashi Choden Chombal, une femme ouvertement lesbienne, a été couronnée Miss Bhoutan 2022 et a représenté le Bhoutan au concours Miss Univers 2022[18].

Les unions entre personnes de même sexe ne sont pas reconnues. Cependant, les relations sexuelles entre personnes de même sexe ont été dépénalisées au Bhoutan le 17 février 2021. Bien qu'il n'existe pas de protection juridique étendue contre la discrimination, certaines dispositions protègent l'orientation sexuelle et l'identité de genre. Les personnes transgenres sont autorisées à changer de marqueur de genre[19].

Ces dernières années, grâce à une plus grande ouverture au monde, les personnes LGBTQIA+ bhoutanaises ont commencé à s'affirmer publiquement et à créer des espaces visibles pour la communauté LGBTQIA+. Par conséquent, les mentalités évoluent au sein de la population générale[20].

Représentations

[modifier | modifier le code]

Le Bhutan Observer, l'un des principaux hebdomadaires du pays, publie de nombreux articles sur les questions LGBT. Pour sa part, le Kuensel Journal soutient le gouvernement, qui s'était référé aux gays en évoquant un « troisième sexe », dans un article sur les programmes sanitaires liés VIH ciblant les homosexuels hommes[21].

Références

[modifier | modifier le code]
  1. « Bhutan's underground gay community seeks acceptance », sur Australian Broadcasting Corporation, (consulté le )
  2. Richard Ammon, « Gay Bhutan » [archive du ], sur GlobalGayz, (consulté le )
  3. a et b « More equal or less equal? » [archive du ] (consulté le )
  4. « Amid Widespread Stigma and Harassment, Bhutan's LGBT Community Seeks Acceptance », sur The Wire,
  5. a et b « Feeling recognised and included », sur Kuensel,
  6. a et b Tashi Tsheten, « I Am A Queer Bhutanese, and My Country Is on Its Way to Scrapping Anti-LGBTQ Laws », sur Vice News,
  7. Suhasini Haidar, « Sunlight on Bhutan's rainbow laws », The Hindu,‎ (lire en ligne)
  8. « Limelight: Karma Dupchen (Bhutan) » [archive du ], sur apcom.org, (consulté le )
  9. Louise Hallman, « Happiness and Harmonization – LGBT Laws in Bhutan », sur Salzburg Global Seminar,
  10. Phuntsho Wangmo, « How Gay Are Bhutanese Gays? » [archive du ], Bhutan Observer online, (consulté le )
  11. « Police to come up with procedural guidebook on LGBT community », sur Bhutan Broadcasting Service,
  12. « Welcome to IDAHOT Newbies ! »,
  13. Tshering Dema, « Rainbow flag flown for the first time in the country », sur Bhutan Broadcasting Service,
  14. Dechen Tshomo, « All the way to Bhutan-Activists celebrated IDAHOTB 2018 », sur may17.org,
  15. « Members of Rainbow Bhutan – A LGBT Community Oberserves IDAHOT », sur Daily Bhutan,
  16. a et b « Bhutan gays celebrate after homosexuality decriminalised » [archive du ], sur CNA (consulté le )
  17. « Bhutan's first openly gay couple get nothing but love from the public » [archive du ], sur Gay Star News, (consulté le )
  18. (en) « Are LGBTQ rights blossoming in Bhutan? – DW – 07/07/2022 », sur dw.com (consulté le )
  19. https://ilga.org/wp-content/uploads/2024/05/ILGA_World_Trans_Legal_Mapping_Report_2019_EN.pdf
  20. (en) « Being Gay in Nirvana », sur The Daily Beast, (consulté le )
  21. Phuntsho Wangmo, « How Gay Are Bhutanese Gays? »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), Bhutan Observer online, (consulté le ).

Articles connexes

[modifier | modifier le code]