Escadron volant

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Au XVIIe, siècle, l'escadron volant ou squadrone volante est une expression italienne qui désigne les cardinaux revendiquant leur indépendance à l'égard des deux partis dominants français et espagnol. À chaque déroulement du conclave, le collège cardinalice était traditionnellement divisé en deux clans[1],[2]. Le nom du squadrone volante (en) reflèterait ainsi la propension d'un tiers parti, censément indépendant, à « se rallier tantôt à l'une, tantôt à l'autre des deux principales formations. »

L'expression italienne sert également à désigner le Nouveau parti (New party) (en) au sein du parlement d'Édimbourg lors des actes d'Union (1707) entre le royaume d'Écosse et le royaume d'Angleterre ; ce groupe de parlementaires gravitait entre le parti de la Cour et celui de l'Opposition, qui se confrontaient au sujet de l'Union des Couronnes[3].

Une illustration conforme à la vision romancée de l'escadron volant, publiée dans une édition érotique des Vies des Dames galantes de Brantôme.
Composition en couleurs d'Edmond Malassis, 1934.

Au XIXe siècle, l'escadron volant devient une expression littéraire exploitée par les écrivains pour désigner, dans leurs œuvres, les espionnes de la reine Catherine de Médicis. Les romanciers racontent en effet qu'à la cour de France, un groupe de demoiselles d'honneur aux mœurs légères utilisaient leurs charmes et leur vertu pour désarmer les ennemis de la reine et obtenir leurs confidences sur l'oreiller. Cette représentation fictionnelle, issue de la légende noire de la reine mère, fait cependant florès hors du champ littéraire. Plusieurs auteurs évoquent ainsi à l'envi la « bonne Florentine [qui] dressait son fameux escadron volant de beautés faciles à séduire les hommes de pouvoir, afin de les neutraliser[4]. »

L'expression a longtemps été attribuée à tort à Brantôme, un homme de guerre, aujourd'hui connu pour ses recueils de petites histoires. Brantôme a laissé un témoignage très élogieux de la cour de France sous les derniers Valois. Son témoignage et celui des contemporains étrangers va d'ailleurs à l'encontre de la légende de l'escadron volant. Héritière de la pensée néoplatonicienne, la reine Catherine imposait une rigueur morale exemplaire à ses dames et demoiselles de compagnie, les chargeant de contribuer à policer les mœurs, et à pacifier les relations humaines au sein de la cour de France, par leur éducation, leur esprit et leur conversation.

C'est l'expression d'une manière de vivre imposée par le roi François Ier et sa sœur Marguerite d'Angoulême, consistant à faire de la femme la garante d'un savoir-vivre. Dans le contexte des guerres de religion, le soi-disant escadron volant participe pleinement à la politique de concorde menée par la reine pour apaiser les ardeurs belliqueuses. Face à la violence des hommes (mâles), Catherine propose une cour pacifique dominée par un pouvoir féminin de paix et d'amour. La bonne éducation de ses demoiselles, leur charme et leur tempérance obligent les gentilshommes à faire preuve de respect et de courtoisie.

Cette cour de dames accompagnait toujours Catherine de Médicis quand elle voyageait pour rencontrer ses adversaires. Les premiers jours de la rencontre étaient réservés au contact et à la discussion badine avec les femmes de sa maison. Le charme de la parole opérant, le groupe mâle adversaire devenait plus ouvert et plus conciliant. Ensuite seulement, commençait pour la reine la négociation proprement dite.

Ce rôle majeur de la femme dans la socialisation de la noblesse fut très décrié par les prédicateurs protestants qui voyaient dans la soumission de l'homme à la femme un inversement des valeurs morales. De là, sont nés bien des mythes sur la cour des Valois.

L'historien Jean-François Solnon précise que l'escadron volant, « dont la plupart des biographes de Catherine [de Médicis] minimisent le rôle, n'est pas un mythe. La reine n'a pas dédaigné la collaboration de dames de sa maison pour accélérer ou parfaire des négociations politiques. Elle place ainsi quelques belles filles sur le chemin de son fils Alençon — enfui du Louvre en septembre 1575 — et de ses conseillers dont l'alliance avec les protestants et l'appel aux reîtres d'Allemagne sont une menace mortelle pour le royaume. Ces manœuvres suspectes n'ont pas transformé cependant son entourage en école de débauche. Tout témoigne au contraire du contrôle rigoureux qu'elle a exercé. Rencontres et maintien sont soumis à des règles précises. Nul gentilhomme ne peut parler avec les filles de la reine en dehors de la présence de celle-ci ou de la première dame d'honneur, la princesse de la Roche-sur-Yon. Assises sur une chaise, elles peuvent, sans choquer la décence, inviter leurs compagnons à s'asseoir à leurs côtés. Assises au sol, elles acceptent qu'ils posent un genou à terre. Mais s'allonger auprès d'elles, comme cela était naguère de mode, est réprouvé[5]. »

Suscitant le fantasme d'historiens[6],[n 1],[n 2] et de romanciers tel que le polygraphe Paul Lacroix[9], l'escadron volant a pris sous leur plume une dimension plus triviale. Sous le prisme de la légende noire de la reine, il est perçu comme un système d'espionnage, dans lequel de belles dames et demoiselles d'honneur, issues de la haute société le plus souvent, séduisent les seigneurs pour leur soutirer des informations.

L'escadron volant de la reine, un opéra-comique écrit par Adolphe d'Ennery et Jules-Henri Brésil sur une musique d'Henry Litolff, exploite le thème en 1888[10],[11],[12],[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « (...) bien des ouvrages ont mis en lumière le rôle éminent des femmes au XVIe siècle : rôle intellectuel dans le milieu platonisant de Marguerite de Navarre ou dans l'Académie de « curieux » esprits rassemblés d'abord autour de Marguerite de Savoie, rôle politique plus ambigu dans l'« escadron volant » de Catherine de Médicis ou dans la suite galante de Marguerite de Valois[7] ».
  2. Élisabeth Ire « tenait à (...) donner [à la cour anglaise] une réputation de grandeur et de dignité qui contrasterait avec les futilités et les mauvaises mœurs de celle des Valois sous le règne de Catherine de Médicis et de son "escadron volant"[8] ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. Marc Dubruel, « La cour de Rome et l'extension de la régale (suite) », Revue d'histoire de l'Église de France, t. 9, no 45,‎ , p. 465 (lire en ligne).
  2. Alexandre ZVEREVA, « Pour en finir avec l’escadron volant, in en ligne », in Le portrait de la Renaissance française, [En ligne], 6 avril 2014, [Consulté le 01/02/2015 ].
  3. Yannick Deschamps, « Résistances écossaises à l'union de 1707 : essai historiographique », Dix-huitième siècle, no 44,‎ , p. 602, note 2 (lire en ligne).
  4. Françoise Kermina (éd.), J'ai tellement envie de vous : lettres d'amour, 1585-1610 / Henri IV, Paris, Tallandier, coll. « La bibliothèque d'Évelyne Lever », 2010, 251 p., (ISBN 978-2-84734-645-9).
  5. Solnon 1987.
  6. Alexandre Nicolaï, Les Belles Amies de Montaigne, Paris, Dumas, 1950, 388 p., présentation en ligne.
  7. Évelyne Berriot-Salvadore, Les femmes dans la société française de la Renaissance, Genève, Droz, 1990, p. 13.
  8. Michel Duchein, Élisabeth Ire d'Angleterre : le pouvoir de la séduction, Paris, Fayard, 1992.
  9. Pierre Dufour (alias Paul Lacroix), Histoire de la prostitution chez tous les peuples du monde depuis l'antiquité la plus reculée jusqu'à nos jours, tome 5, Paris, Seré éditeur, 1853, p. 335-343, lire en ligne.
  10. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6375292b/f14.image
  11. https://archive.org/details/lescadronvolantd00lito
  12. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6233818w/f1.image
  13. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75633237/f2.image

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]