L'Accordeur de tremblements de terre

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L'Accordeur de tremblements de terre (titre original : The Piano Tuner of Earthquakes) est un film germano-britannico-français réalisé par les frères Quay, sorti en 2005.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Emporté par une passion dévorante mais non partagée, le Dr Emmanuel Droz, neurologue méphistophélique et inventeur ayant découvert le secret de la résurrection, veut s'unir à jamais à la femme qu'il aime, la belle cantatrice Malvina van Stille. Afin de réaliser son dessein, il la tue, l'enlève, puis la maintient dans un état de mort apparente.

Droz engage l'accordeur de pianos Felisberto pour réviser ses instruments, des automates actionnés par les marées qui gouvernent mystérieusement le rythme de la vie dans sa propriété isolée sur les bords de l'océan, la Villa Azucena. Felisberto découvre peu à peu l'intention du docteur : mettre en scène un « opéra diabolique » qui enchaînera la destinée de Malvina. Il se jure secrètement de la sauver, mais se trouve en fait lui-même pris au piège dans l'univers pervers de Droz.

Analyse[modifier | modifier le code]

Les frères Quay souhaitaient intégrer beaucoup d'animation dans ce long métrage et ainsi l'incorporer aux scènes tournées avec les comédiens. « Avoir, en quelque sorte, des comédiens qui se déplaceraient dans des décors de poupées, expliquent-ils. Nous voulions parvenir à cette intégration, ou désintégration par moments, car il y a aussi un glissement où l'on espère que le royaume des poupées va s'immiscer dans celui des humains et vice versa. Nous recherchions un état intermédiaire où l'on ne sache plus trop dans quel monde on se trouve. »

Les frères Quay — de vrais jumeaux, impossibles à identifier l'un de l'autre — creusent depuis près de 30 ans un sillon très particulier. Avant tout créateurs de films d'animation à la personnalité affirmée, ils n'ont réalisé que deux long-métrages, tous deux centrés autour de personnages et d'acteurs « réels ». Cet Accordeur de tremblements de terre fait suite au fascinant Institut Benjamenta, tourné il y a déjà onze ans (1995).

Si les deux frères sont américains, toute leur culture, toutes leurs références littéraires, artistiques, musicales et cinématographiques sont presque exclusivement européennes, avec une nette préférence pour l'Europe orientale. N'ont-ils pas déclaré : « Notre pays nous semble terne. En Amérique, il y a tant de choses grossières, prétentieuses et stupides, insulaires. Pour nous, être ici en Europe, est une immense source d'inspiration. D'une manière ou d'une autre, on n'est pas nés au bon endroit, mais nous nous sommes toujours tournés vers l'Europe et notre avons trouvé notre inspiration dans ce contexte. » Les noms les plus souvent associés au leur (et qu'ils revendiquent d'ailleurs) sont ceux de Kafka, Bergman, Paradjanov, Ghelderode, Bruno Schulz, Dovjenko, Franju, Robert Walser, Borowczyk, Tarkovski et surtout le maître de l'animation tchèque Jan Švankmajer, sans oublier un autre Américain européanisé, l'ex-Monty Python Terry Gilliam qui voyait en Institut Benjamenta : « Le film visuellement le plus beau, le plus envoûtant et le plus drôle que j'ai vu ces 300 dernières années ! » Peu surprenant qu'on le retrouve ici producteur exécutif des frangins…

L'univers des frères Quay est essentiellement sensoriel. Un univers fantastique où les objets sont rois, à condition d'avoir déjà vécus, leur recyclage ou plutôt leur ré-utilisation pour ne pas dire leur résurrection demeurant le passage forcé à ce royaume onirique, toujours à la frange du rêve et du cauchemar. L'amour des détails, des gros plans d'objets faisant vivre chaque nervure reste la marque de Stephen et Timothy Quay dans chacun de leurs courts-métrages d'animation.

Mais cette débauche formelle entraîne aussi parfois quelques faiblesses scénaristiques. Librement adapté d'un roman d'Adolpho Bioy Casares, L'Invention de Morel, mais aussi inspiré du Château des Carpathes de Jules Verne.

L'histoire n'est qu'un prétexte et les personnages ne sont jamais approfondis. Avec L'Accordeur de tremblements de terre, les cinéastes ont souhaité la rencontre, et parfois la fusion, entre comédiens et décors de poupées, de marionnettes et… vice-versa. « Nous cherchions, affirment-ils, un état intermédiaire où l'on ne sache plus trop dans quel monde on se trouve. » Pour la première fois, ils ont eu recours à des incrustations numériques, recourant à la technique télévisuelle haute définition pour les acteurs et à la photo numérique pour la partie animation.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

  • Titre : L'Accordeur de tremblements de terre
  • Titre original : The Piano Tuner of Earthquakes
  • Réalisation : Stephen et Timothy Quay (les frères Quay)
  • Scénario : Alan Passes, Stephen Quay et Timothy Quay
  • Musique : Christopher Slaski et Trevor Duncan
  • Images : Nicholas D. Knowland
  • Montage : Simon Laurie
  • 1ère assistante réalisatrice : Tanja Däberitz
  • Animation : Stephen Quay et Timothy Quay
  • Son : Larry Sider
  • Chorégraphies : Kim Brandstrup
  • Décors : Stephen Quay et Timothy Quay
  • Costumes : Kandis Cook
  • Production : Koninck Studios, Lumen Films, ZDF, Arte France Cinéma et Médiopolis
  • Producteurs : Alexander Ris, Keith Griffiths et Hengameh Panahi
  • Coproducteur : Jörg Rothe
  • Producteur exécutif : Terry Gilliam
  • Distributeur : E.D. Distribution
  • Genre : Essai poétique
  • Pays d'origine : Allemagne - Royaume-Uni - France
  • Durée : 99 minutes
  • Date de sortie :
    • Drapeau de la France France : 20 septembre 2006

Distribution[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]