Léonor François de Tournely

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Léonor François de Tournely
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HagenbrunnVoir et modifier les données sur Wikidata
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Léonor François de Tournely, né le [1] à Laval (ou vraisemblablement à Sainte-Marie-du-Bois, près de Lassay) et décédé le à Hagenbrunn (Autriche), est un prêtre français, fondateur de la Société des Pères du Sacré-Cœur de Jésus qui s'allia à la société italienne des 'Pères de la Foi' en vue de préparer le rétablissement de la Compagnie de Jésus.

Biographie[modifier | modifier le code]

Léonor-François, comme ses deux frères, étudia d'abord sous la direction du curé de Melleray, Jean Leriche. Tournély fut de bonne heure appelé à l'état ecclésiastique. Mais sa piété s'affaiblit un peu dans ses premières études. Après avoir terminé son cours de philosophie au Collège de Laval, il alla étudier la théologie au séminaire Saint-Sulpice, à Paris. Émery[2] alors supérieur général des sulpiciens, s'appliqua avec un soin tout particulier à former le jeune Tournély. Le nouveau séminariste se lia ensuite avec quelques condisciples déjà associés entre eux[3].

Cette association peut être regardée comme le berceau de la Société du Sacré-Cœur. Parvenu au sacerdoce, Tournély se vit obligé de fuir la France, et retiré en Belgique, au mois de juillet 1791, avec le jeune abbé Charles de Broglie, il conçut, de concert avec celui-ci, le projet de rétablir sous un autre nom la Compagnie de Jésus ; et tous deux, accueillis par le curé d'Osterst, dans le duché du Luxembourg, commencèrent chez ce pasteur l'exécution ou le prélude de leur dessein. En les troupes de la république française les forcèrent en 1793 à s'avancer jusqu'à Anvers, où, après quelques hésitations, les deux amis consultèrent M. Asseline, évêque de Boulogne, prélat, et l'abbé Awelange, recteur de l'université de Louvain et surtout l'abbé Pey, chanoine de Notre-Dame de Paris. Tous les approuvèrent, les encouragèrent, et ce fut ce dernier qui ratifia la dénomination de Société du Sacré-Cœur, que voulait prendre l'institut naissant, et désigna pour supérieur l'abbé de Tournely, qu'il avait connu à Paris.

Le , les deux fondateurs allèrent s'établir près de Louvain, dans une maison de campagne que leur prêta un banquier de cette ville. Bientôt quelques laïques et ecclésiastiques se joignent à eux[4]. Contrainte alors, par suite de l'invasion française, à se retirer d'abord à Venlo, à Francfort, ensuite à quelques lieues de Leitershofen, ils voyageaient à pied, le sac sur le dos, gardant le silence et demandant l'aumône[5].

Ils désiraient leur adjonction aux jésuites rétablis ou maintenus en Russie ; mais le RP Lenkiewicz, alors vicaire général, ne crut pas devoir admettre des étrangers qui ne savaient pas la langue. La petite communauté fut placée par l'archevêque d'Augsbourg dans une maison de son village de Gogguigen, à une lieue et demie de la ville, et ce fut alors que la princesse Marie-Anne d'Autriche les connut, leur porta intérêt et commença à lier son existence à cette fondation et à ses suites. Tournély partit avec les PP. de Broglie et Grivel, pour se rendre à Rome, selon le vœu qu'ils avaient fait ; mais il fut obligé de renoncer à ce projet et de s'arrêter en route. Puis dès qu'il fut de retour à Augsbourg, il lui fallut partir avec les siens, pour fuir les armées de la République française qui approchaient, sous la conduite de Moreau et de Jourdan. Le nom et le crédit du Père Charles de Broglie firent que l'empereur d'Autriche leur permit de s'établir à Vienne, et le ministre leur donna un asile dans le couvent des augustins, au faubourg de Landstrasse, où ils furent parfaitement accueillis par les religieux et protégés par l'archevêque. Au bout de six mois, l'arrivée de Napoléon Bonaparte dans le Tyrol jeta l'alarme dans Vienne, qui fut déclarée en état de siège et d'où le gouvernement bannit tous les étrangers, qui durent se retirer à une distance de quarante lieues.

Bonaparte lui-même les fit recommander l'ordre à l'abbé des chanoines réguliers de Klosterneuburg qui offrit gracieusement à la petite société une maison située à Hagenbrunn, à trois lieues de Vienne. Tournély s'établit dans ce nouveau local, le . Ses confrères y demeurèrent quatre ans, et l'institut y prit une nouvelle phase, mais il devait bientôt y trouver la fin de sa carrière. Avant de s'établir dans cette dernière maison et étant encore à Vienne, il voulut mettre la première main à une seconde fondation, ou plutôt à une seconde branche de sa congrégation, en établissant une société de femmes du même nom, et destinée à l'éducation des jeunes personnes. Il s'était abouché pour cela avec la princesse Louise de Condé, à Passau, et cette dame le suivit jusqu'à Vienne avec quatre autres ; mais il vit bientôt que la princesse ne pouvait remplir ses vues, entraînée comme elle l'était vers la vie monastique.

Tournély songeait à obtenir, au moins par lettres, une approbation du pape, quand, attaqué de la petite vérole, il mourut à l'âge de 30 ans, le [6]. Ses restes ont été transférés à Vienne, le , dans la chapelle que lui avaient fait élever les religieuses du Sacré-Cœur.

La Société du Sacré-Cœur se fondit en 1799 dans la société des Pères de la Foi. Presque tous ses membres entrèrent dans la Compagnie de Jésus, quand celle-ci fut rétablie en 1814.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

On petit consulter sur Tournély et sur sa fondation, la Vie du R. P. Jos. Varin, que le R. P. Guidée a publiée en 1854, et trois articles insérés dans le 49e volume de l'Ami de la religion. Sa vie a été écrite en allemand par une religieuse du Sacré-Cœur de Vienne, et le Père Carlos Sommervogel lui a consacré une notice dans les Études religieuses (janvier 1868).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il naquit de Léonor-François de Tournely, d'une famille d'écuyers d'Alençon et de Jeanne-Mathurine du Plessis de Montgenard. Son père était membre de la Société du Jardin Berset. Sa mère, au début de la Révolution française avait quitté sa résidence de Bois-Thibault pour se retirer dans sa maison de la Rue Renaise à Laval. Par suite de l'émigration de ses fils, elle se vit en butte à toutes les vexations, mais les supporta avec une patience que ses filles trouvaient excessive. Tous ses biens furent mis sous séquestre ou vendus nationalement. Elle subit deux fois la prison. Le 21 juillet 1799, elle était encore, comme suspecte, mise sous la surveillance de la police. Elle meurt le 17 novembre 1804. Deux des sœurs de Léonor-François de Tournely se firent religieuses. Un de ses frères, François-de-Paule, qui rentré de l'émigration s'était joins aux Chouans en Mayenne, épousa Hélène de Pierre-Pont, dont la fille unique a épousé le comte de Saint-Paul.
  2. Emery a dit n'avoir pas rencontré une âme plus embrasée de l'amour divin que son cher Tournely..
  3. Cette société comptait au nombre de ses membres, Charles et Maurice de Broglie, de Villèle, depuis archevêque de Bourges, de Sambucy et Grivel. Elle était dirigée et animée par Tassin, qui mourut trappiste à la Valsainte quelques années après.
  4. Le premier fut Jean-Pierre de Tournély, frère du fondateur, puis Pierre Leblanc, normand. L'un des plus remarquables fut Joseph Varin qui depuis succéda à Tournély dans la direction de la petite société.
  5. Se levant de grand matin, ils faisaient en chemin leur méditation et récitaient ensemble différentes prières. Ils s'arrêtaient à sept heures pour célébrer ou entendre la messe, et après une légère réfection, ils continuaient leur marche, priant devant toutes les croix et dans toutes les églises. Ils n'avaient pas de domestiques pour vaquer aux emplois temporaires. Tous ces jeunes gens étaient obligés de remplir les offices de cuisinier, de sacristain, d'infirmier. On couchait sur des paillasses piquées, étendues sur le plancher et entourées de mauvais rideaux qui formaient la séparation d'un lit à l'autre, il n'y avait de feu que dans un ou deux cbauffoirs communs, et il n'était pas rare pendant l'hiver de se réveiller le matin, la bouche environnée de la glace qu'avait formée l'haleine congelée sur la couverture.
  6. Son acte de décès contient cet éloge :

    « Le R. P. Léonor-François de Tournély, prêtre et pour le moment supérieur des prêtres émigrés de France en temps de la Révolution, ecclésiastique vraiment pieux et exemplaire et d'une patience que rien ne pouvait troubler, repose au cimetière de Saint-Vitt, entre la croix de pierre et l'enceinte murée. Il a été enterré par moi, P. Léandre Mayr, curé de cette paroisse, cette année 1797, le 9 juillet à 7 heures du soir »

Source partielle[modifier | modifier le code]