Léonie de Bazelaire

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Léonie de Bazelaire
Naissance
Décès
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Nationalité
Activité

Léonie de Bazelaire, de son nom complet Marie Léonie de Bazelaire de Ruppierre, née dans les Vosges, à Sainte-Marguerite[1], le , et morte au Cannet le , est une femme de lettres et peintre française. Elle est inhumée à Saint-Dié le .

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Issue d'une ancienne famille lorraine venue au XVIe siècle du comté de Chiny s'établir dans les Vosges, elle est la fille de Marie-Charles Sigisbert de Bazelaire de Saulcy[2] et de Marie Anne Victoire Louise Florentin. Elle a sept frères et sœurs, nettement plus âgés qu'elle[3]. Elle grandit à Saulcy-sur-Meurthe, étudie à Saint-Dié avant que son père ne soit nommé juge de paix à Ligny-en-Barrois.

Une femme écrivain-voyageur[modifier | modifier le code]

En avril 1888, avec un groupe de pèlerins, Léonie de Bazelaire se rend en bateau en Palestine[4]. Après une escale en Italie où elle visite Rome (elle raconte une audience auprès du pape Léon XIII), puis en Crète, le bateau qui amène les pèlerins jette l’ancre à Haïfa. Accompagnée de son frère Maurice (1840 - 1909), « curé d'un charmant village au milieu des sapins » et de sa sœur Isabelle (1847 - 1889), Léonie parcourt à cheval, pendant un mois, le pays tout entier. « Achille aux pieds légers », elle en tire un récit très vivant, finement illustré par elle-même : Chevauchée en Palestine (1889)[5]. À la suite de ce voyage, elle publiera également Mois du Sacré-Cœur de Terre Sainte (1890)[6].

Deux ans plus tard, en 1890, elle se rend par chemin de fer en Haute Bavière, pour assister au Jeu de la souffrance, la mort et la résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui se joue à Oberammergau depuis 1634 et, tous les dix ans, mobilise une grande partie de la population. Cet extraordinaire spectacle a été monté afin de rendre grâce à Dieu d’avoir épargné la ville de la peste lors de la guerre de Trente Ans. Avec un sens profond de la spiritualité dramatique qui le sous-tend, Léonie de Bazelaire décrit le Passionspiel en grand détail dans son ouvrage Le drame d’Oberammergau (1891)[7].

Léonie voyagera également en Égypte et publiera Jérusalem, cinq ans après - Une fuite en Égypte (1893). Dans un compte-rendu du journal La Croix, on peut lire : « Dans la deuxième partie, les tableaux changent, mais l’écrivain sait leur donner un relief poétique et qui captive; ce sont là, tour à tour, le canal de Suez, le Caire, le Nil, la ferme des Autruches, Matarieh, Héliopolis, les Pyramides et le Sphinx, Memphis, etc. tous les monuments enfin de ce sol fameux, qui défilent sous les yeux enchantés du lecteur[8]. » De retour de Khartoum, en 1907, elle rencontre l’écrivain Pierre Loti à Louxor[9]. En 1912, elle publiera ses Croquis d'Égypte et de Nubie, dont on peut lire un compte-rendu dans Les Annales politiques et littéraires[10].

Outre ces récits de voyages, Léonie de Bazelaire publiera un essai biographique sur Jeanne d’Arc, Figure Exquise (1895), « un tableau, sorte de triptyque » selon l'auteur[11], dans lequel « la fidélité historique n'a diminué en rien l’élan poétique[12] », ainsi que trois pièces de théâtre : L’idée de Colette (1897), Os de Poulet (1897) et Trèfle à quatre feuilles.

Au tournant du siècle, une femme journaliste[modifier | modifier le code]

Léonie de Bazelaire a une activité journalistique: elle sera directrice de publication de La Chevauchée, une revue littéraire destinée aux femmes qu'elle a fondée (1900 - 1903)[13], où elle réunit des femmes écrivains ou artistes comme Jean Bertheroy, Virginie Demont-Breton [14] , la Princesse Hélène Vacaresco ou Jean Bach-Sisley [15]. Elle y publie notamment un article sur La femme au 19e siècle[16], où, ainsi que le rapporte Rotraud von Kulessa, elle rappelle la nécessaire professionnalisation des femmes auteurs, et souligne « le rôle de la femme dans l’éducation et dans la famille, qu'elle peut remplir parfaitement en écrivant sans pour autant remettre en cause les valeurs de la famille[17].

Dans un article sur La femme éducatrice[18], Léonie écrit :

« Il me semble plus honorable de prouver notre valeur personnelle par quelques actes intelligents et d’œuvrer toute notre vie, non seulement par l’aiguille, mais par la plume, par l’art, par l’enseignement, et ainsi le rôle de la femme éducatrice sera immense dans la société. »

En janvier 1904, avec la fusion de La Chevauchée avec La Revue du Bien dans la Vie et dans l'Art dirigée par Marc Legrand, Léonie rejoint cette dernière revue où elle assure la rubrique Pages Féminines[19]. Elle y publie un article sur L'Art et la Femme qu'elle conclut ainsi[20] :

« L'art de la vie est partout, s'assimile à tout, si nous savons nous éclairer à cette lumière, si nous quittons le sol bas et boueux pour monter sur cette passerelle, d'où, respirant l'air pur et vivifiant, nous serons plus fortes, plus aimables et plus éprises de ce but de toute intelligence humaine: la Beauté. »

Elle collabore également au magazine Femina, lancé en 1901 par Pierre Lafitte. Selon Claire Blandin, « Femina est avant tout le témoin de cet âge d'or de la presse française que représente la Belle Époque. Il est aussi le premier projet de presse féminine d'un des inventeurs de la presse illustrée française » [21].

Une femme peintre[modifier | modifier le code]

Formée au dessin et à la peinture par Édouard de Mirbeck [22], à Saint-Dié, Léonie de Bazelaire sera l’élève des peintres Eugène Grandsire, Carolus-Duran et Jean-Jacques Henner[23]. Son atelier « est situé sur le flanc méridional de la colline de Grattin, un des derniers contreforts de la Montagne d'Ormont, une des promenades les plus jolies et les plus fréquentées de la ville de Saint-Dié ». Un visiteur qu'elle y reçoit en 1893 décrit « la jeune artiste [dont la] physionomie mobile donne de la vie aux êtres inanimés qui l'environnent et qui semblent refléter la vivacité de ses traits et les saillies de son esprit » [24] .

Elle illustre le plus souvent ses récits de croquis (personnages, situations et lieux) qui viennent stimuler l’imagination de ses lecteurs. Ainsi, dans son récit Chevauchée en Palestine, trouve-t-on une belle vue sur Haifa et le mont Carmel. Mais elle peint aussi pour les yeux, fortement influencée par les paysages des Vosges où elle passa son enfance, et saura également rendre la lumière à la lumière de l’Orient et de la mer, surtout à partir de 1908, lorsqu’elle s’installera à Cannes, dans la Villa Jeannette qu'elle a acquise quelques années auparavant[25].

Elle a peint des portraits et exposa régulièrement dans sa région natale, à Épinal, Remiremont et Saint-Dié ou à Cannes[26]. Ainsi présente-t-elle une « étude pleine de sentiment » intitulée Les brouillards d'automne dans les Vosges à une exposition à Épinal, en 1881[27].

En mai 1882, elle présente au Palais des Champs-Élysées, à Paris, son œuvre Sous-bois dans les Vosges [28].

Lors d'une exposition à Saint-Dié, en 1911, on peut voir trois tableaux de cette « Lorraine bien connue sur la Côte d'Azur »[29] : Tartanes au repos, Le Pont des Soupirs à Venise et Coucher de soleil à Cannes.

Parmi ses tableaux les plus connus, on citera :

  • Paysages de montagne dans les Vosges (Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg)[30]
  • Le bouquet de fleurs
  • Bateaux de pêche quittant le port
  • Voiliers rentrant au port

Décédée au Cannet à soixante-neuf ans, Léonie de Bazelaire avait servi pendant la Première Guerre mondiale comme infirmière-major et reçut à ce titre la croix de guerre[31]. Elle était chevalier de la Légion d'honneur[32].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Récits de voyages[modifier | modifier le code]

  • Chevauchée en Palestine - Alfred Mame, 1889 - (7 rééditions)
  • Mois du Sacré Cœur de Terre Sainte - Wagner, 1890
  • Le drame d’Oberammergau - P. Lethielleux, 1893
  • Jérusalem cinq ans après: une fuite en Égypte - Ed. de l’Assomption, 1893
  • Croquis d'Égypte et de Nubie - 1912

Essais biographiques[modifier | modifier le code]

  • Figure exquise - Victor Retaux, 1895 (un triptyque sur Jeanne d’Arc: pastorale; épopée; le drame.)
  • Préface à Saint Pierre Fourier, surnommé le Bon Père de Mattaincourt - Édouard de Bazelaire - Crépin Leblond - Nancy, 1897

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Os de Poulet, Comédie en deux actes - Librairie théâtrale, 1897
  • L’idée de Colette, Comédie en un acte - Librairie théâtrale, 1897
  • Trèfle à quatre feuilles

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Information confirmée par la table décennale des naissances à Sainte-Marguerite consultable en ligne sur le site vosges-archives
  2. En 1866, Marie-Charles Sigisbert de Bazelaire releva le nom de Ruppierre, du nom de sa mère Adélaïde Aurore, comtesse de Ruppierre
  3. Léonie de Bazelaire, arbre généalogique
  4. Francoise Lapeyre - Le roman des voyageuses françaises (1800 - 1900) - Payot - Paris, 2007 - page 24
  5. Chevauchée en Palestine - Gallica -
  6. Compte-rendu dans La Croix - 16 avril 1890
  7. Le drame d’Oberammergau - Gallica -
  8. La Croix - 14 septembre 1893
  9. Alain Quella-Villéger - La politique méditerranéenne de la France 1870 - 1923. Un témoin : Pierre Loti - L'Harmattan - 1992 - page 81
  10. « Il est tout à fait réconfortant de voir combien les beautés de la nature et l'attirance du passé chantent, aujourd'hui, au cœur des voyageurs à l'esprit cultivé et aux impressions d'artistes (...) Les croquis d'Égypte et de Nubie sont l'œuvre d'une femme intelligente qui remonte le Nil jusqu'à Khartoum, dessinant et racontant la vieille Égypte et la mystérieuse Nubie. » Voir: Les Annales politiques et littéraires - N°1496 - 25 février 1912 - page 170
  11. Léonie de Bazelaire - Figure Exquise - Victor Retaux - Paris, 1895 - Avis au lecteur, page V
  12. Charles Dubois, in Henri Le Soudier - Bibliographie Française, Tome 9 - Paris, 1900 - page 38
  13. La Chevauchée, Revue littéraire des femmes - Cette revue littéraire bi-mensuelle publia soixante dix-huit numéros entre 1900 et 1903. Dans le premier numéro, Léonie de Bazelaire écrit un article qui précise le programme de la revue: « Lorsqu'une femme de génie paraît, place et honneur à elle; elle vaut l'homme de génie. Si une femme exceptionnellement douée se sent attirée vers une carrière spéciale: médecine, agriculture, même si la chicane a des attraits pour elle et que la nécessité l'oblige à chercher une position lucrative, pourquoi cette femme n'aurait-elle pas le droit d'exercer autant qu'un médecin ou qu'un avocat, puisqu'elle a le savoir ? Toujours nous encouragerons ces energiques exceptions; mais ne poussons pas en masse notre sexe faible vers les carrières viriles. Ne soyons pas des outrancières du feminisme. » Voir: L'Est Républicain - 11 octobre 1900, sur le site de la Bibliothèque Médiathèque de Nancy - Le Kiosque Lorrain [1]
  14. « Dans l'article sur La femme dans l'art du 1er janvier 1901, Virginie Demont-Breton appelle à l'union des femmes contre les préjugés concernant son activité dans le domaine artistique. (...) Elle réclame d'ailleurs une meilleure éducation des filles. » Voir: Rotraud von Kulessa - Entre reconnaissance et exclusion: la position de l'autrice dans le champ littéraire en France et en Italie à l’époque 1900 - Henri Champion, éditeur, 2011 - page 194
  15. La Revue du Midi - 16e année - Nimes, Janvier 1902 - page 65
  16. La Chevauchée, Revue littéraire des femmes – 1 janvier 1901 - pages 85 et suiv.
  17. Rotraud von Kulessa - Entre reconnaissance et exclusion: la position de l'autrice dans le champ littéraire en France et en Italie à l’époque 1900 - Henri Champion, éditeur, 2011 - page 194
  18. La Chevauchée, Revue littéraire des femmes – 15 février 1901 - page 109
  19. Son premier article publié dans cette revue est intitulé Le Bien par la Femme. Voir: La Revue du Bien dans la Vie et dans l'Art - Janvier 1904 - page 8. Sur Gallica [2]
  20. La Revue du Bien dans la Vie et dans l'Art - Mars 1904 - page 8. Sur Gallica [3]
  21. Claire Blandin - Histoire@Politique - Compte-rendu de Claire Cosnier - Les dames de Femina, un féminisme démystifié - PUR - Rennes, 2009 [4]
  22. Biographie d'Édouard de Mirbeck sur le site de la ville de Blâmont [5]
  23. L. Houdard Casalta - Catalogue du Musée municipal de la ville de Saint-Dizier - 1905
  24. La Lorraine-Artiste - 11e année, numero 11 - 12 mars 1893 - page 167 - 168. On trouve dans le même numero de cette revue une photographie de l'artiste dans son atelier. Voir: le site de la Bibliothèque Mediathèque de Nancy - Le Kiosque Lorrain [6]
  25. La Revue de Cannes et du Littoral - 10 novembre 1903
  26. Dictionnaire des Vosgiens célèbres
  27. La Gazette des Femmes, Revue du Progrès des Femmes - 10 juillet 1881
  28. Explication des ouvrages de peinture, sculpture... exposés au Palais des Champs-Élysées le 1er mai 1882 - Charles de Mourgues - Paris, 1882 [7]
  29. Bulletin de la Société Philomatique vosgienne, 37e année (1911 - 1912) - page 166
  30. Musée de l'Ermitage - Mountainous landscape in Vosges - Léonie de Bazelaire (1893) [8]
  31. Le Gaulois - 29 juillet 1926
  32. Le Journal des débats - 30 juillet 1926

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Guy Galazka, À la redécouverte de la Palestine : le regard sur l'Autre dans les récits de voyage français en Terre sainte au 19e siècle - Thèse de doctorat - Université Paris-Sorbonne - (Paris IV) - 25 janvier 2010 [9]
  • Rotraud von Kulessa - Entre reconnaissance et exclusion: la position de l'autrice dans le champ littéraire en France et en Italie à l’époque 1900 - Henri Champion, éditeur, 2011
  • Albert Ronsin, « Léonie de Bazelaire de Rupierre », in Les Vosgiens célèbres. Dictionnaire biographique illustré, Éditions Gérard Louis, Vagney, 1990, p. 39-40 (ISBN 2-907016-09-1)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]