Léonce Vieljeux

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Léonce Vieljeux
Tableau de Léonce Vieljeux, à la fin de la Première Guerre mondiale, cabinet Jean Guiton à l'hôtel de ville de La Rochelle.
Tableau de Léonce Vieljeux, à la fin de la Première Guerre mondiale, cabinet Jean Guiton à l'hôtel de ville de La Rochelle.
Fonctions
Maire de La Rochelle
Prédécesseur Édgard Jodet Angibaud
Successeur René Godard
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Drapeau de la France France Les Vans (Ardèche)
Date de décès (à 79 ans)
Lieu de décès au camp de Struthof (Alsace)
Nationalité Français

François Paul Auguste Léonce Vieljeux, né le aux Vans (Ardèche, France) et mort le , est armateur, maire de La Rochelle et colonel de réserve. Il est déporté pour faits de résistance et exécuté en septembre 1944.

Biographie[modifier | modifier le code]

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Son père était ingénieur des Ponts et Chaussées. Léonce fait ses études secondaires au lycée de Tournon et entre en 1886 à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr[GAC 1]. Diplômé en 1888, il est affecté au 123e régiment d’infanterie à La Rochelle.

Carrière d'armateur[modifier | modifier le code]

Il épouse, en 1891, Hélène Delmas, fille de l'armateur rochelais, Frank Delmas et rejoint la maison d’armement « Delmas Frères » dont il prend la présidence, la compagnie prend le nom de Compagnie Delmas-Vieljeux, une des plus importantes compagnies françaises de navigation.

Parcours politique[modifier | modifier le code]

Il siège au conseil municipal de La Rochelle, de 1912 à 1925. À La Rochelle, c'est l'une des principales figures des milieux colonialistes. À la suite d'une crise municipale, il devient maire en 1930. De son expérience à la tête de la Ville de La Rochelle, il tire un court essai Le Maire.

Activités militaires, politiques et de résistance[modifier | modifier le code]

Il est mobilisé en 1914, où il est blessé en Argonne et cité à l'ordre de la brigade, de la division, de l'armée. Il est fait chevalier de la Légion d'honneur[GAC 1] puis officier en 1920. Il finit la guerre avec le grade de lieutenant-colonel[RB 1].

Stèle à la mémoire de Léonce Vieljeux sur le mur d'enceinte de l'Hôtel de ville de La Rochelle.

Avec la Seconde Guerre mondiale, Léonce Vieljeux s’emploie à résister aux exigences des officiers allemands présents dans sa ville. Ainsi, le dimanche , un lieutenant allemand se présente à lui afin de hisser un drapeau hitlérien sur l’hôtel de ville. Le maire de La Rochelle lui répond alors : « Colonel [de réserve] dans l'armée française, maire d'une grande ville, mon honneur d'officier et ma dignité m'interdisent de discuter avec un officier subalterne, même s'il appartient à une armée victorieuse. Je n'exécuterai des ordres que s'ils émanent d'un officier allemand ayant un grade au moins égal au mien »[RB 1].

Ce premier acte de résistance fut suivi par une opposition systématique à l’affichage de la propagande nazie. Parallèlement, il aida à trouver des filières d’évasion pour les ingénieurs et ouvriers de son usine et organise avec ses cousins et amis le réseau de résistance « Alliance», qui fournit à Londres des informations sur le trafic portuaire rochelais, et des faux emplois aux requis du STO.

Le , il est destitué de ses fonctions de maire puis expulsé de sa ville du 17 juin au 2 novembre 1941.

Revenu à La Rochelle, il est arrêté par la Gestapo le 14 mars 1944, pour avoir protégé la fuite de deux de ses ouvriers ; il est arrêté ainsi que son petit-fils Yann Roullet, pasteur à Mougon (79), ses neveux Frank Delmas et Jacques Chaperon ainsi que Joseph Camaret, ingénieur en chef des chantiers Delmas-Vieljeux, qui appartiennent au réseau Alliance ou ont protégé ses membres. Depuis l'asile de Lafond, ils sont d'abord transférés à Poitiers, puis à la Fresnes et enfin au camp de concentration de Schirmeck, le 29 avril 1944.

Dans la nuit du 1er au , une camionnette amène par petit groupe de 12 les 107 détenus du réseau Alliance depuis Schirmeck jusqu'au camp de Struthof-Natzwiller (Alsace) où ils sont abattus d'une balle dans la nuque[réf. nécessaire] et les cadavres sont brûlés ensuite dans le four crématoire attenant, en même temps que 300 hommes et 92 femmes.

La nouvelle ne parvient à La Rochelle que vers la fin du mois de janvier 1945. Deux services religieux distincts sont alors célébrés le l'un après l'autre, au temple protestant et en la cathédrale Saint-Louis de La Rochelle, autour desquels se sont massés 3 000 Rochelais d'obédiences et de catégories sociales diverses ; bien que la ville soit encore occupée et que tout rassemblement y soit prohibé, les Allemands n'interviennent pas[GAC 2]. Une stèle est inaugurée le 23 juillet 1948 par le général de Gaulle qui rappelle le sacrifice de Léonce Vieljeux[RB 1],[MFD 1].

Maison familiale des Vieljeux[modifier | modifier le code]

Maison de famille des Vieljeux.

La famille de l'armateur logeait dans un hôtel particulier de style Louis XV construit à l'emplacement d'une ancienne porte de ville 2, rue de la Monnaie à la Rochelle; une plaque dans le vestibule rappelle le souvenir de Vieljeux et de ses petits-neveux. Une partie du décor intérieur d'époque fin XIXe siècle y subsiste (boiseries et jardin d'hiver à vitraux).

Après-guerre la propriété est acquise par le conseil général de Charente-Maritime qui y installe ses bureaux. Lors de la construction de l'actuelle Maison du Département elle est rachetée par la Préfecture, dont le siège est contigu, afin d'y transférer une partie de ses services[PC 1].

Postérité[modifier | modifier le code]

  • Vers la fin de la guerre, les résistants réalisèrent quatre véhicules blindés. L'un d'eux porte le nom de Léonce Vieljeux. Ce camion, transformé en blindé, était équipé de deux mitrailleuses, deux fusils mitrailleurs et d'un lance-flamme[1],[PC 2],[N 1]. Les blindés ont été réalisés avec l'aide des chantiers navals Delmas-Vieljeux[GAC 3].
  • Une stèle est inaugurée le 23 juillet 1948 par le général de Gaulle qui rappelle le sacrifice de Léonce Vieljeux[RB 1],[MFD 1].
  • L'Association Léonce Vieljeux organise une cérémonie annuelle à la date anniversaire de son exécution devant ce mémorial érigé sur le rempart de l'hôtel de ville de La Rochelle.
  • Vers 1950, son fils, l'armateur et collectionneur Pierre Léonce Vieljeux (1892-1987), fait dessiner par l'architecte-paysagiste Jacques de Wailly un jardin à la française sur sept hectares de sa propriété de Nieul-sur-Mer, à cinq kilomètres de La Rochelle, sur un site qui avait servi de cantonnement pour les troupes (M.C., « Demeures et jardins de vacances - Du côté de Nieul-sur-Mer », et Jacques de Wailly, « Le jardin dessiné d'un amateur », Plaisir de France no 201 / juin 1955, p. 14-20, ill.).
  • Un lycée de La Rochelle, un collège des des Vans (Ardèche), une rue de La Rochelle portent son nom.
  • Un timbre de 0,30 FRF honorant les héros de la Résistance à l'effigie de Léonce Vieljeux, est émis le 28 mars 1960[2].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Liste des auteurs par ordre alphabétique :

  • Anthologie des écrivains morts à la guerre : 1939-1945, Association des écrivains combattants, Michel, 1960, p. 756
  • Rémi Béraud, Petite encyclopédie monumentale et historique de La Rochelle, La Rochelle, Édition Rupella,‎ 1987, 193 p., p. 190Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Pierre Blanchon et Philippe David, Léonce Vieljeux, La Rochelle, Librairie F. Pijollet,‎ , 101 p.
  • Jean Combes et Gilles Bernard, Histoire du Poitou et des pays charentais : Deux-Sèvres, Vienne, Charente, Charente-Maritime, Clermont-Ferrand, Éditions de Borée,‎ , 447 p. (ISBN 978-2-84494-084-1)
  • Marie-Françoise Deveau, L'Hôtel de ville de La Rochelle, La Rochelle, Être & connaître et Quartier latin,‎ , 40 p. (ISBN 2-911198-00-X), p. 14Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Le Patrimoine des Communes de la Charente-Maritime, t. II, Flohic éditions,‎ , 575 p. (ISBN 2-84234-129-5), p. 678-748Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Christiane Gachignard, La Rochelle : « poche » de l'Atlantique août 1944 - mai 1945, La Rochelle, Gotac Presse,‎ 1994, 127 p. (ISBN 2-903974-09-8)Document utilisé pour la rédaction de l’article

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le "Léonce VIELJEUX" est exposé au Musée des blindés de Saumur, le "Joseph CARMARET II" est exposé dans la cour du Musée d'Orbigny Bernon.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Photo du blindé "Léonce VIELJEUX" au musée des blindés de Saumur.
  2. Timbre à effigie de Léonce Vieljeux
  • Références issues de l'ouvrage Rémi Béraud, Petite Encyclopédie Monumentale et Historique de La Rochelle,‎ (voir dans la bibliographie) :
  1. a, b, c et d p. 190
  • Références issues de l'ouvrage Marie-Françoise Deveau, L'Hôtel de Ville de La Rochelle,‎ (voir dans la bibliographie) :
  1. a et b p. 14
  1. p. 738
  2. p. 746
  • Références issues de l'ouvrage Christiane Gachignard, La Rochelle « poche » de l'Atlantique,‎ (voir dans la bibliographie) :
  1. a et b p. 118
  2. p. 82-83
  3. p. 85

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]