Léonard Melki

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Léonard Melki
LEONARD.jpg
Léonard Melki en 1911.
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MardinVoir et modifier les données sur Wikidata
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Leonard Melki (né le 1er octobre 1881 – mort le 11 juin 1915) – né Yūsuf Habīb Melkī Melkī et sous le nom religieux de Līūnār de Baabdāt – était un prêtre catholique oriental et un membre déclaré de l' Ordre des Frères mineurs capucins[1]. Son nom est souvent romanisé dans divers textes. Léonard Melki devint prêtre avant de servir en tant que prédicateur et professeur dans les différents postes de la Mission d'Arménie et de Mésopotamie de l'Ordre capucin. Il finit par devenir le directeur de l'école de l'Ordre capucin à Mardin, où il enseigna le français et la musique. Il fut assassiné ultérieurement à Mardin le 11 juin 1915 avec un convoi d'Arméniens, de Syriaques, de Chaldéens et de protestants déplacés par des soldats turcs au cours du génocide de la Première Guerre mondiale.[2].

La cause de béatification de Léonard Melki a été introduite le 3 octobre 2005 et il a été titré Serviteur de Dieu[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Septième des onze enfants d'Habīb Awaiss Melkī (1840–1906) et de Noura Bou Moussi Kanaan Yammine (1845–1917), Yūsuf Habīb Melkī est né le 1er octobre 1881. Ses frères et sœurs étaient[4] :

  • Daoud (né en 1870)
  • Oueiss (né en 1873)
  • Mariam (né en 1873)
  • Kalim (1875–77)
  • Kalimé (1875–1955)
  • Mansoura (né en 1878)
  • Youssfié (né en 1881)
  • Khalil (1883–1959)
  • Zayné (1890–1903)
  • Farés (1893–1967)

Il a été baptisé dans l'église paroissiale locale Maronite de Notre-Dame , le 8 octobre 1881, par le curé de la paroisse, P. Hanna Labaki. Son parrain était Assaad Raji Labaki[5]. Il allait à l'église Notre-Dame située près de chez lui, en compagnie de ses frères et sœurs. Son père, qui était connu pour sa voix talentueuse, aidait le prêtre pendant la Messe en chantant des hymnes. Léonard et son frère Khalil reçurent tous deux leur confirmation en même temps le 19 novembre 1893, dans l'église latine et non dans l'église catholique maronite, car certains villageois locaux, dont la famille de Léonard, avaient quitté l'église catholique maronite et rejoint l'église catholique latine pour des raisons politiques, sociales et économiques. À l'époque, la célébration de la première communion n'avait pas encore été instituée dans l'église catholique latine[4].

Léonard est allé à l'école primaire, comme beaucoup d’enfants libanais chrétiens de l'époque, pour suivre des cours sous un chêne dans sa ville natale de Baabdat. Son professeur était le curé maronite Geries Yacoub Abi Hayla. Après que certaines familles de Baabdat eurent rejoint l'église catholique latine, la Sacrée congrégation pour la propagation de la foi demanda à l'Ordre des Frères mineurs capucins de servir cette paroisse latine nouvellement établie. En raison de la présence de capucins à Baabdat, Léonard souhaita rejoindre leur Ordre et poursuivit ainsi son éducation sous leur égide. Il fut envoyé au séminaire de San Stefano près d'Istanbul en avril 1895[6].

Il commença son noviciat en 1899 et reçut l'habit le 1er juillet 1899 ; il reçut son nouveau nom religieux environ une semaine plus tard en l'honneur de saint Léonard de Port-Maurice. Il fit sa première profession à San Stefano le 2 juillet 1900. Puis il passa au grand séminaire à Boudja où il reçut à la fois la tonsure et les ordres mineurs, le 10 février 1901, avant d'être fait diacre le 24 juillet 1904. Léonard Melki fut ordonné prêtre le 4 décembre 1904[6].

Il passa un examen de prédication le 23 avril 1906 et reçut le certificat de prédicateur apostolique le mois suivant. Il était destiné à être envoyé en mission dans l'Empire ottoman et commença sa mission à Mardin, où il fit office de professeur et de prédicateur[7]. Il promut le Tiers-Ordre de saint François, diffusa son apostolat évangélique et actif sur ses lieux de travail et encouragea autrui à le recevoir avec un esprit ouvert, ce qui entraîna une augmentation du nombre des tertiaires.

Au cours de l'année 1910, il ne fut pas vraiment en mesure de bien célébrer la messe en raison de sa mauvaise santé, accompagnée de périodes de maux de tête. Il fut envoyé au poste capucin de Maamouret-el-Aziz pour se reposer, car le climat y était plus clément. Malgré le suivi des prescriptions de son médecin l'invitant au repos, il n'allait pas mieux. Il lui fallait donc du temps pour se rétablir. Il fut autorisé à se rendre au Liban où il passa quelques mois en 1911. Il retourna au poste capucin d’Urfa à la Noël 1911 et y resta jusqu'en 1914, avant de retourner à Mardin[8].

Léonard fut injustement accusé par le gouvernement ottoman de conspiration au profit du gouvernement français et fut finalement arrêté sous de fausses accusations le 5 juin 1915. Léonard fut menacé et reçut un ultimatum : se convertir à l'Islam et être libéré ou mourir chrétien. Il choisit la seconde option. Par conséquent, il fut torturé par les Turcs de diverses manières, notamment battu, tiré par la barbe et jeté dans de longs escaliers à l'intérieur de la forteresse de Mardin, où il était détenu. En outre, il fut pendu par les pieds pendant des heures et subit la douloureuse torture de l'arrachage de ses ongles et de ses ongles de pied. Après une semaine de torture dans la forteresse, Léonard Melki et des centaines d'autres prisonniers chrétiens de Mardin furent contraints de parcourir des kilomètres à pied hors de la ville et vers le désert afin d'être exécutés. Léonard Melki a été assassiné le 11 juin 1915[9].

Processus de béatification[modifier | modifier le code]

La phase initiale du processus de béatification commença après le transfert à Beyrouth du forum pour la béatification du vicariat apostolique d'Anatolie le 30 août 2005 ; il fut titré Serviteur de Dieu le 3 octobre 2005 durant le pontificat du pape Benoît XVI après que la Congrégation pour les causes des saints eut émis le "nihil obstat" officiel pour la cause.

Le procès diocésain s'ouvrit le 17 février 2007 et conclut ultérieurement son travail le 28 octobre 2009, alors qu'un second procès allait s’ouvrir quelque temps après et se clôturer le 15 décembre 2011 ; la Congrégation pour les causes des saints valida ces procès à Rome le 1er octobre 2012 et reçut les deux parties distinctes du dossier de la Positio de la part de la postulation en 2014, puis en 2015. Le comité des consulteurs historiens de la Congrégation pour les causes des saints approuva la cause à l'unanimité en mars 2017[10].

Depuis 2013, le père Carlo Calloni ofm. cap. fait office de postulateur actuel pour cette cause, assisté par le père libanais Tony Haddad ofm. cap.


Vertus de P. Léonard Melki[modifier | modifier le code]

1- Obéissance aux décisions des supérieurs

— À la réception de l’obédience de Votre Paternité revérendissime pour me rendre en Mésopotamie, je partis immédiatement de Boudja pour le Liban où, sur l’ordre du TRP Lino, je passais quelque temps parmi mes chers parents et amis. De là, je partis à l’instant pour ma mission… Après environ un mois, il me fut ordonné de me rendre à Mardine. J’inclinai la tête et remerciai Dieu. (Lettre du P. Léonard au P. Général à Rome, Mardine, 11 décembre 1906)[7].

— Le Supérieur m’a confié l’école et je me suis mis à la besogne de tout cœur[11].

2- Vie communautaire fraternelle

— Depuis un an et plus, je me trouve en compagnie du TRP Préfet, du RP Léonard de Baabdath, du RP Athanase et du bon frère Raphaël de Mossoul. Ils sont jeunes et excellents missionnaires. Vraiment on ne peut désirer une meilleure compagnie, à cause de la grande charité qui règne parmi nous tous. Nous nous entendons à la perfection, nous nous occupons chacun dans le travail journalier déterminé, soit à l’église, soit dans les asiles d’enfants, et surtout dans notre école de garçons dont le directeur est le RP Léonard. Il fait très bien son office[12].

— L’année 1906 a été une année de bénédictions pour les Missions. Cinq nouveaux missionnaires prêtres jeunes et zélés sont venus combler nos vides… Pères et frères sont unis entre eux par les liens de la plus étroite charité. Tous travaillent avec zèle et dévouement… Le P. Léonard de Baabdath a pris la direction de l’école de Mardine et elle progresse[13].

3- Activité missionnaire sans relâche

— Le RP Préfet m’a chargé des travaux suivants : directeur du Tiers-Ordre, qui est très florissant et compte de très nombreux membres ; directeur de la congrégation dite « La Garde d’Honneur du Sacré Cœur » ; directeur de notre nombreuse école, avec des cours de français et de musique ; chaque mois je dois donner deux conférences aux dites congrégations. De temps en temps je prêche aussi à l’église. De plus, les confessions sont très nombreuses, parce que les orientaux catholiques sont nombreux et préfèrent notre église à la leur. Je suis très occupé, pourtant j’en suis très content et je jouis d’une très bonne santé[14].

— Les difficultés n’ont pas manqué comme elles ne manquent point à tout missionnaire ; mais grâce à Dieu, j’ai pu les surmonter[15].

— Dernièrement, comme je suis chargé de la congrégation, j’ai donné l’habit à une trentaine de personnes. En tout, hommes et femmes comptent à présent 432. J’espère, s’il plaît à Dieu, les faire augmenter encore[16].

— Revme Père, je vous prie de vouloir m’accorder la permission de faire ce voyage, car comme je l’espère, l’air natal du Liban pourra me faire du bien et ainsi remis je reprendrais mes occupations dans le saint ministère. Je souffre beaucoup dans cet état inactif, et pour cela je voudrais tenter cet ultime moyen, et j’espère récupérer la santé[17].

4- Dévouement durant l’incendie du collège de Maamouret-el-Aziz

Il y a deux mois, je voulais vous demander une chose, et j’avais même préparé la lettre. Mais l’incendie du Collège et la misère où se trouvent les religieux m’ont fait tout oublier. Même à présent, je ne voudrais rien demander, si je n’étais pas presque forcé, à cause de ma santé, car je voudrais souffrir avec mes confrères les conséquences de l’incendie, après avoir passé d’heureux jours en leur compagnie. (Lettre du P. Léonard au supérieur de la Mission à Ourfa, Maamouret-el-Aziz, 29 mars 1911)[8].

5- Force dans la maladie

Quand je pense au ministère que j’exerçais et que je pourrais encore exercer si je n’étais pas malade, je tombe dans une grande tristesse. Mais, quand je réfléchis que le Seigneur est celui qui envoie les infirmités pour notre meilleur bien, je me résigne à sa suprême volonté et je supporte mon mal[18].

6- Don de soi par amour du P. Daniel

Il restait cependant quelqu’un derrière : notre cher Père Léonard. Il était encore à Mardine. On l’avait cependant invité à venir. Il désirait aussi sortir du milieu de ces sauvages, comme il l’écrivait, ajoutant qu’il ne voulait pas mourir massacré. Il avait fait partir les sœurs, et était resté parce qu’au dernier moment, le vieux Père Daniel, octogénaire, qui, lui, ne pouvait songer à partir, lui avait dit tristement : « Eh bien ! Vous voulez me laisser seul ? » Le P. Léonard avait aussitôt décidé de rester par charité uniquement pour ce vénérable religieux. Le P. Daniel fut dans la suite expulsé à Konia. Le P. Léonard fut massacré, victime de sa charité[19].

7- Amour et respect de l’eucharistie

Au matin du jour J, douze soldats font irruption dans l’église des Capucins... Ils fouillent les chambres, recherchent ce qu’elles contiennent, puis les scellent toutes, font sortir les deux religieux et barricadent les portes... À la vue de ce que ces hommes au cœur dur ont fait, le P. Léonard s’empressa de descendre à l’église. Il ouvrit le tabernacle, en sortit respectueusement le saint calice, l’enveloppa d’un linge blanc, le serra contre sa poitrine et s’en alla le déposer dans la maison de monsieur Hanna Marquisi, notable Arménien... Le lendemain, il porta le saint calice à l’église des Syriaques catholiques et y célébra le sacrifice eucharistique. (Ishac Armalé, Al-Qouçara fi nakabat annaçara, 1919, p. 244-246)[20]

8- Fermeté dans la Foi

— Le 10 juin à minuit, une heure avant le départ du premier convoi funèbre, les prisonniers déjà garrottés ne furent pas peu surpris de voir venir près d’eux un cheikh musulman suivi de 25 Moullahs, tous brandissant des épées. L’évêque et ses compagnons ne pensaient jamais devoir périr à Mardine même:

          - Choisissez, leur dit le cheikh, l’islam ou la mort...
          - Notre choix est fait, reprirent les prisonniers d’une seule voix, la mort...

La mort, ils devaient la subir, quelques heures plus tard, et dans la montagne. (Hyacinthe Simon, Mardine la ville héroïque, Maison Naaman pour la culture, Jounieh, Liban, 1991, p. 76)[21]

— Mamdouh Bey fit arrêter le convoi et lut un soi-disant firman impérial, ainsi conçu : « ... Celui de vous qui se fera musulman, retournera à Mardine, sain et sauf et honoré. Dans une heure vous devez être exécutés. Préparez vous : faites votre dernière prière ». "

Mgr. Maloyan repoussa du pied l’apostasie proposée et il répondit donc au nom de tous:

          - Nous sommes entre les mains du gouvernement ; et quant à mourir, nous mourrons pour Jésus-Christ.
          - Pour Jésus Christ, clamèrent ses 404 compagnons.
          - Traîtres à la patrie ottomane, ajouta-t-il, nous ne l’avons jamais été et nous ne le sommes pas. Mais, devenir traîtres à la religion chrétienne, jamais.
          - Jamais, reprirent ses 404 compagnons.
          - Nous mourrons, mais nous mourrons pour Jésus-Christ, dira encore l’évêque.
          - Pour Jésus-Christ, répétèrent ses 404 compagnons. (Hyacinthe Simon, Mardine la ville héroïque, Maison Naaman pour la culture, Jounieh, Liban, 1991, p. 64-65)[22]

9- Courage au seuil de la mort

Nous pouvons croire que P. Léonard, avec ses compagnons du premier convoi, ont chanté courageusement, comme ceux du second convoi, quatre jours plus tard, ce chant qu’il avait ramené du Liban, composé par son confrère, le vénérable P. Jacques de Ghazir, qu’il a rencontré lors de sa visite à Baabdath, en 1911, quand P. Jacques était curé de la nouvelle paroisse latine:

          Au ciel, au ciel, au ciel, nous obtiendrons notre récompense
          Au ciel notre récompense dont nulle oreille n’a entendue parler
          Au ciel notre récompense que nul œil n’a vue
          Au ciel notre récompense, telle est notre foi
          Rien en ce moment n’égale cette récompense[23].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en-GB) « Leonardo Melki (1881-1915) (N. Prot. 2690) », sur Cappuccini (consulté le 8 février 2018)
  2. Hyacinthe Simon, Mardine la ville héroïque, Jounieh-Lebanon, Maison Naaman pour la culture, , 135 p.
  3. « Hagiography Circle »
  4. a et b Fares Melki, Leonard Melki, Baabdat-Lebanon, Computype, , 5, 7 p.
  5. Register of baptisms kept at Mr. Mounir Hanna Melki in Baabdath.
  6. a et b Joseph Labaki, Baabdat Beyt el ibada, Lebanon, Dar Alkarma, , 130 p.
  7. a et b Lettre du Père Léonard au Père Général à Rome, Mardin, 11 décembre 1906 (Archives générales des Capucins à Rome, Mésopotamie Fonds H72, Privati 86)
  8. a et b Lettre du Père Léonard au Père Supérieur de la Mission à Urfa, Maamouret-el-Aziz, 29 mars 1911 (Archives Générales des Capucins à Rome, Fonds M-72 de la Mésopotamie, Privati 15)
  9. Isaac Armaleh, Alqouçara fi nakabat annassara, , 169, 193–197 p.
  10. Communication avec le vice-postulateur, le père Tony Haddad ofm. cap.
  11. (Lettre du P. Léonard au P. Général à Rome, Ourfa, 18 décembre 1912)
  12. (Lettre du P. Bonaventure Fadel de Baabdath au P. Général à Rome, Ourfa, 4 janvier 1913)
  13. (Lettre du P. Raphaël des Estables au P. Général à Rome, Maamouret-el-Aziz, 10 janvier 1907)
  14. (Lettre du P. Léonard au P. Général à Rome, Mardine, 11 décembre 1906)
  15. (Lettre du P. Léonard au P. Général à Rome, Mardine, 7 août 1907)
  16. (Lettre du P. Léonard au Père Provincial à Lyon, Mardine, 14 décembre 1909)
  17. (Lettre du P. Léonard au Père Général à Rome, Maamouret-el-Aziz, 29 avril 1911)
  18. (Lettre du P. Léonard au P. Général à Rome, Maamouret-el-Aziz, 23 décembre 1910)
  19. (Rapport du P. Bonaventure Fadel de Baabdath sur la Mission d’Ourfa durant la guerre 1914-1919, Beyrouth, 1919)
  20. Isaac Armaleh, Alqouçara fi nakabat annassara, , 244–246 p.
  21. Hyacinthe Simon, Mardine la ville héroïque, Jounieh-Lebanon, Maison Naaman pour la culture, , 76 p.
  22. Hyacinthe Simon, Mardine la ville héroïque, Jounieh-Lebanon, Maison Naaman pour la culture, , 64–65 p.
  23. Isaac Armaleh, Alqouçara fi nakabat annassara, , 213 p.

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