Léon Pétillon

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Léon Pétillon
Fonctions
9e Gouverneur général du Congo Belge

(6 ans, 6 mois et 4 jours)
Monarque Baudouin
Prédécesseur Eugène Jungers
Successeur Hendrick Cornelis
7e Gouverneur du Ruanda-Urundi

(2 ans, 5 mois et 26 jours)
Monarque Charles de Belgique
Léopold III
Baudouin
Prédécesseur Maurice Simon
Successeur Alfred Claeys-Boúúaert
Ministre du Congo belge et du Ruanda-Urundi

(4 mois et 1 jour)
Monarque Baudouin
Premier ministre Gaston Eyskens
Prédécesseur Auguste Buisseret
Successeur Maurice Van Hemelrijck
Biographie
Nom de naissance Léon Antonin Marie Pétillon
Date de naissance
Lieu de naissance Esneux, Belgique
Date de décès (à 92 ans)
Lieu de décès Ixelles, Belgique
Nationalité Belge
Parti politique Parti catholique
Diplômé de Université de Louvain
Profession Avocat
Universitaire
Haut fonctionnaire

Léon Pétillon
Gouverneur général du Congo Belge

Léon Antoine Marie Pétillon, né le 22 mai 1903 à Esneux et mort le 1er avril 1996 à Ixelles, est un administrateur colonial belge. Il est gouverneur du Ruanda-Urundi à partir du et ce, jusqu'au , date à laquelle il devient gouverneur général du Congo belge[1]. En 1958, il devient ministre des Colonies pour une courte période.

Biographie[modifier | modifier le code]

Études[modifier | modifier le code]

Léon Pétillon étudie le droit à l’université catholique de Louvain, en Belgique, où il a obtenu un doctorat.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Carrière en Belgique[modifier | modifier le code]

Après avoir exercé en tant qu'avocat, Pétillon est entré dans la fonction publique coloniale en 1929, au ministère des Colonies à Bruxelles sous le conseil du bâtonnier Crockaert et Dupriez[2]. Après avoir travaillé sur des questions juridiques pour le ministère (affecté au service des Terres dans la concession de terres domaniales), Pétillon est devenu chef de cabinet du ministre Paul Tschoffen et de ses successeurs, dont Albert de Vleeschauwer. À ce titre, il dirige la section du contrôle financier pour le suivi des activités des sociétés en relation avec la Colonie et supervise la création de la loterie coloniale en 1934[3].

Carrière au Congo belge et au Ruanda-Urundi[modifier | modifier le code]

Activités durant la guerre[modifier | modifier le code]

En , Pétillon demande à être affecté au Congo belge et obtient, par l'intermédiaire de Emile Gorlia, secrétaire général du département, un poste de chef de cabinet du gouverneur général, Pierre Ryckmans. Lorsque la Belgique est envahie par l'Allemagne en , il est en poste au Congo. En dépit de son poste de chef de cabinet de de Vleeschauwer auprès du gouvernement belge en exil à Londres, Pétillon a passé la majeure partie de la Seconde Guerre mondiale au Congo. Le , il assiste au séjour au Congo du ministre de Vleeschauwer qui s’entretint avec le gouverneur général et est son accompagnateur à Londres lors de sa présentation des résultats du voyage au gouvernement. En , il prépare le rapport télégraphique du gouverneur général pour mettre au courant le gouvernement à Londres de la situation au Congo. Il devient l’attaché du ministre de Vleeschauwer et du premier ministre Pierlot lors de leur séjour au Congo en été 1942. De mars à , il accompagne le gouverneur général Ryckmans à Londres et aux États-Unis[4].

Ambitions et réalisations concrètes d'après-guerre[modifier | modifier le code]

Après la libération de la Belgique en , Pétillon joua un rôle majeur dans le rétablissement des relations entre l'administration coloniale en Afrique et le ministère des Colonies.

En , il est nommé vice-gouverneur général en tant que suppléant du nouveau gouverneur général Eugène Jungers par Robert Godding, le nouveau ministre des Colonies, après avoir émis le refus d’être nommé gouverneur général. Pétillon ambitionne de récompenser l’effort de guerre des congolais, de poursuivre la formation des congolais et le développement du Congo, de décentraliser les attributions du département vers l’Afrique ainsi qu’aider les congolais à former une population pluriraciale et à demander une autodétermination à l’État belge conformément à la Charte des Nations unies.

Il en résulte l’aboutissement de la réforme administrative des services d’Afrique et la refonte du statut du personnel de la colonie.

En 1947, Pétillon en tant que vice gouverneur général s’est tourné vers l’économique et le social, dans la lignée de la pensée de Ryckmans qui estime que la Belgique a adopté un paternalisme au Congo qui ne profite qu’à elle. Par conséquent, Pétillon est perçu comme un homme de gauche car il bouscule la vision de la colonie de l’époque[5].

En novembre de la même année, il est élu président du Conseil du gouvernement suite au congé de Jungers. A cette occasion, il fait un discours d’ouverture sur son bilan et son programme en désirant un développement économique indigène et la formation d’un marché intérieur, l’adaptation du régime fiscal, la mise à l’étude du plan global de développement économique et social du pays.

Le , il revient en Belgique et devient l’Intérimaire du secrétaire général du département des Colonies. Il assiste ainsi le ministre Wigny dans la préparation du plan décennal pour le développement économique et social du Congo[6].

En , il est affecté au territoire sous tutelle des Nations unies de Ruanda-Urundi, où il assuma la responsabilité générale de son administration[7]. En tant que gouverneur du Ruanda-Urundi, il prépare un plan de développement économique et social du territoire, élabore la réforme politique pour doter le pays de structures autochtones plus en conformité avec la Charte des Nations-Unies et assure les relations avec le Conseil de Tutelle. Ce plan s'inscrit dans la lignée de celui mis en place au Congo.

Le , sur la proposition d'André Dequae, il est nommé gouverneur général et fait la constatation d'un décalage entre les progrès économiques et sociaux, et l’évolution politique du Congo[8].

Face à l'observation d'un écart de salaires conséquent entre les congolais et les coloniaux et des revendications pour obtenir ainsi un barème de salaires égal ou proche des coloniaux, la question du statut unique va devenir un sujet de discussion dès 1953[9].

Ceci nous amène le à la remise par l'Association du personnel indigène de la colonie au gouverneur général Pétillon d'un cahier de revendications dont l'élaboration d'un statut unique, ci-nommé « Statut unique pour tous les agents blancs et noirs de l’administration coloniale », est évoqué[9].

En tant que gouverneur général, il reçoit la visite du roi Baudouin au Congo en 1955 et travaille sur des projets visant à créer une "communauté belgo-congolaise" qui permettrait aux Belges et aux Congolais de nouer des relations plus égalitaires (l'Union belgo-congolaise serait créée à cet effet). Son mandat a également vu les premiers mouvements de nationalisme anticolonial dans la colonie. En 1958, il est justement remplacé par Hendrik Cornelis, dernier gouverneur général du Congo.

En 1958, Pétillon devient ministre du Congo belge et du Ruanda-Urundi en tant que technocrate du gouvernement minoritaire social chrétien de Gaston Eyskens et commence à travailler sur un projet de réforme coloniale. L'idée d'une plus grande association des congolais au processus décisionnel en remplaçant le Conseil colonial prenant les décisions depuis Bruxelles par une assemblée élue siégeant à Léopoldville et en donnant les postes administratifs clés aux congolais lui vient à l'esprit. Malheureusement, ses idées n'ont trouvé écho ni à Bruxelles ni à Léopoldville et n'ont pu être concrètement réalisées[10].

Fin de mandats successifs[modifier | modifier le code]

En novembre, cependant, Eyskens fait entrer les libéraux dans la coalition et nomme Maurice Van Hemelrijck au poste de ministre. Il reste au ministère jusqu'à l'achèvement du rapport du groupe de travail qu'il créa en et qu'il remit au nouveau ministre le [7]. Ce groupe de travail, constitué des représentants de tous les partis politiques belges de l'époque, s'est chargé d'étudier la question politique au Congo avec l'objectif de défendre la politique de la nation congolaise en y consultant tous ses habitants (noirs et blancs)[10]. Bien que le projet fut pertinent, sa réalisation a été complexe. L'absence de congolais dans la composition du groupe de travail constitue une réelle faiblesse dans le projet : seuls les parlementaires belges et d’anciens administrateurs coloniaux furent sollicités[5].

Il se retire progressivement de la vie publique et est fait, à la fin de sa vie, membre de l'Académie royale des Sciences d'Outre-Mer.

Il décède le à Ixelles à l'âge de 92 ans.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Témoignage et réflexions (1967)
  • Courts métrages africains. Pour servir à l'histoire (1979)
  • Récit. Congo 1929-1958 (1985)

Structure et contenu[modifier | modifier le code]

Entre 1929 et 1958, il publie trois ouvrages sur des affaires dans lesquelles il fut impliqué.

Le premier, intitulé Témoignage et réflexions, fait opposer les croyances des belges de la métropole à celles des personnes ayant vécu au Congo. La métropole voue une indifférence voire une hostilité envers le Congo, pays marqué par des querelles politiques belges[7]. Le premier chapitre nommé Témoignages présente les sujets sur lesquels portent les différents témoignages. Le deuxième chapitre nommé Les discours contient ses observations sur l'administration congolaise et les divers problèmes coloniaux. Le troisième chapitre nommé Réponses et répliques fournit plus de précisions sur la situation congolaise. Enfin, le dernier chapitre nommé Rétrospections et réflexions rapporte sa vérité sur le Congo[7].

Le second ouvrage intitulé Courts métrages africains traite d'autres sujets que le Congo et expose les problématiques de l'Afrique à l'attention de destinataires qui les méconnaîtraient[7]. Il en écrit la première partie en 1972 qui reprend cinq études à partir de déclarations de personnalités et la seconde partie en 1973 sur base de quatre autres études.

Le dernier ouvrage de Pétillon est intitulé Récit Congo 1929-1958 et parait en 1985. Il raconte sa vie et sa carrière politique à Bruxelles, à Londres et en Afrique. Pétillon se base sur ses souvenirs pour expliquer la situation qu'a connu le Congo de 1929 à 1958, il détaille comment le pays va évoluer de sa colonisation à son indépendance. Les informations qui sont fournies par l'auteur se basent sur sa propre expérience et non des événements qui sont survenus après lui[7].

A travers ces différentes œuvres, Léon Pétillon chercha à décrire rigoureusement les événements et à émettre un jugement sur ceux-ci.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Charles Stockmans, « Gouverneurs du Congo », sur http://www.congoposte.be/ (consulté le 8 décembre 2019).
  2. Academie royale de Belgique, Nouvelle Biographie Nationale volume 6, Bruxelles, Academie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, , 420 p., p. 307.
  3. Academie royale de Belgique, Nouvelle biographie nationale, Bruxelles, Academie royale des sciences , des lettres et des beaux-arts de Belgique, , 420 p., p. 307.
  4. Academie royale de Belgique, Nouvelle biographie nationale, Bruxelles, Academie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, , 420 p., p. 308.
  5. a et b Jacques Vanderlinden, 1959-1960: La crise congolaise, Bruxelles, Éditions complexes, , p. 23-25.
  6. Musée royal de l'Afrique centrale, « Petillon, Léopold », sur https://archives.africamuseum.be (consulté le 9 décembre 2019).
  7. a b c d e et f Alain Stenmans et Filip Reyntjens, La pensée politique du gouverneur général Pétillon, Bruxelles, Academie royale des sciences d’outremer, , 123 p. (lire en ligne), p. 10-14.
  8. Academie royale de Belgique, Nouvelle biographie nationale, Bruxelles, Academie royale des sciences , des lettres et des beaux-arts de Belgique, , 420 p., p. 310.
  9. a et b Tshonda, Jean Omasombo, « Je veux la civilisation mais le blanc ne veut pas de moi ou le drame du Congo belge au travers de son élite » in: Le manifeste conscience africaine (1956). Élite congolaises et société coloniale. Regards croisés., Bruxelles, Publications des facultés universitaires saint Louis, , p. 141-182.
  10. a et b Jacques Brassine de La Buissière et Georges-Henri Dumont, « « Les autorités belges et la décolonisation du Congo » », Le courrier hebdomadaire du CRISP,‎ , p. 17 (lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]