Léon Meiss

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Léon Meiss est un magistrat français, né le à Sarrebourg et mort le à Courbevoie. Il est président de la 11e chambre de la Cour d'appel de Paris et conseiller à la Cour de Cassation.

Dirigeant notoire de la communauté juive de France, pendant et après la guerre, il est président du Consistoire central israélite de France de 1944 à 1949, succédant à Jacques Helbronner. Il est le fondateur en 1944 et premier président du CRIF jusqu'en 1950 et, succédant à Edmond Fleg, président des EIF (Éclaireurs Israélites de France) de 1949 à 1955. Il fait partie du comité central de l'Alliance. Léon Meiss est, en , à l’origine de la création du FSJU (Fonds social juif unifié) et en préside la conférence constitutive. Il préside également l'ORT France, l'Union-ORT et l'OSE France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Avant la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Léon Frédéric Meiss est né à Sarrebourg, (en Lorraine annexée à l'Empire allemand depuis 1871), le , dans une famille juive traditionnaliste. Il est le fils d'Israel (Isidore) Meiss ( Ingwiller - Sarrebourg) et Eve (Ida) Neumann (2 aout 1864 Fegersheim - 17 aout 1939 Sarrebourg), mariés à Sarrebourg le . Il a une sœur ainée, Jeanne, née le à Sarrebourg.

Après la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Après la guerre, il étudie le droit à Strasbourg et reçoit une licence en droit et un diplôme d'études supérieures de droit. Le , il épouse Georgette Kahn, de Maizières-lès-Metz, elle-même licenciée en droit. Ils ont deux filles, Françoise Perez-Meiss[1] née en 1933 et Marianne Ullmann née en 1937.

Il entre dans la magistrature et est nommé, en 1920, procureur cantonal à Brumath et, en , juge suppléant à Strasbourg.

Léon Meiss est successivement nommé dans diverses villes de l’est de la France : juge en et substitut en , à Briey; substitut à Saint-Dié (aout 1926), Charleville () et Épinal (); procureur à Briey () et enfin Nancy où, après avoir été, à partir d', vice-président du Tribunal de première instance, il devient, en , conseiller à la Cour d’appel.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Léon Meiss est mobilisé (de à ) et sert comme capitaine dans la justice militaire. Il est président de Tribunal militaire.

Il est relevé de ses fonctions « pour appartenance à la race juive »[2], le . Pendant l'occupation, il se replie avec sa famille, à Villeurbanne. Sans emploi, il s'investit dans le travail manuel et devient apprenti tourneur sur métaux à l'école professionnelle de la Martinière, à Lyon. Coopté comme membre du Consistoire central en tant que délégué du Consistoire de Lyon, puis nommé directeur du Consistoire central, il se rend régulièrement après le service religieux à la synagogue du quai Tilsitt, au siège du Consistoire central, rue Boissac. Il contribue à la fondation de fermes agricoles qui servent à cacher des jeunes juifs pendant l'occupation, en particulier la ferme à Saint-Germain-de-Joux dans l'Ain. Il établit une liaison permanente avec les différents centres de résistance à Toulouse, Grenoble, Marseille, etc. Il travaille de concert avec l'UJRE (Union des juifs pour la résistance et l'entraide) et est mobilisé dans les FFI[3]. À Lyon, il est, à partir de , vice-président et chargé des œuvres sociales du Consistoire israélite. Il met à l’abri des milliers de personnes qui avaient fui l’oppression nazie, escorte ou place leurs enfants en Suisse, en fait passer d’autres en Espagne.

À l'arrestation de Jacques Helbronner[4], le président du Consistoire central israélite de France, en , il accepte de le remplacer, bien que sachant le danger de cette position. Léon Meiss quitte Villeurbanne pour éviter d'être pris par la Gestapo, pour Vaulx-en-Velin, avant de se réfugier en Savoie. Sa sœur Jeanne Lévy-Meiss, son beau-frère Sylvain Lévy et leurs enfants Madeleine, Jacqueline et Simone sont arrêtés le à Clermont-Ferrand. Ils sont internés à Vichy et arrivent à Drancy le . Ils seront déportés sans retour le vers Auschwitz par le convoi 66. Le fils Paul Lévy-Meiss avait été arrêté un mois avant à Villeurbanne et déporté sans retour le vers Auschwitz par le convoi 63. De la famille de sa sœur, ne survit que la nièce Georgette[5].

Il est l'initiateur et le fondateur, en 1944, du CRIF qui réunit tous les organismes juifs de France. Il en est également le premier président.

Après la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Retour à la magistrature[modifier | modifier le code]

À la Libération, Léon Meiss est réintégré dans ses fonctions de magistrat et nommé, en [6] vice-président au Tribunal de la Seine, puis en Conseiller à la Cour d'appel de Paris. Il participe, fin 1945, au procès de Nuremberg, où sont jugés les principaux dirigeants nazis, en tant que membre de la délégation française.

Il devient, en , président de Chambre[7] à la Cour de Paris, ainsi qu'au tribunal militaire et aux Assises de Versailles. Il préside, entre autres, le (second) procès, en 1950, devant le Tribunal militaire, du futur écrivain René Hardy[8]; ainsi que celui du député gaulliste du Pas-de-Calais, Antoine de Récy, devant la Cour d'assises de Versailles, en 1952[9].

Il est nommé, en , conseiller à la Cour de Cassation.

Reconstruction du judaïsme français après la Shoah[modifier | modifier le code]

Léon Meiss reste président du Consistoire central et du CRIF, et mène de pair son activité professionnelle de magistrat et celle de chef de file de la renaissance du judaïsme français.

Léon Meiss réussit à regagner Paris dans les premières semaines de . À Paris, il se rend compte des nombreux conflits qui déchirent la communauté juive. Nombreux sont ceux qui reprochent aux dirigeants consistoriaux leur passivité pendant l’Occupation. Même un modéré comme Edmond Fleg demande la démission de la totalité des membres du Consistoire à l’exception de Léon Meiss et de Joseph Fischer, ancien animateur du Fonds national juif qui avait joué un rôle essentiel dans la résistance[10]. Les barons Édouard et Robert de Rothschild sont accusés d’avoir abandonné leurs fonctions respectives de président du Consistoire central et de président du consistoire de Paris pour se réfugier à l’étranger, et leur retour à la tête de ces organismes apparaît impossible. Les anciens dirigeants de l’Union générale des israélites de France (UGIF) sont interdits de toute activité au sein des institutions juives et les organisations de résistance réclament un procès public pour tous ceux qui ont accepté des responsabilités dans l’organisme créé par Vichy et considéré comme un instrument de collaboration.

Léon Meiss use ses liens personnels avec les groupements de Juifs étrangers et de résistance ainsi que de ses nouvelles fonctions de président du CRIF, pour aplanir les conflits, calmer les revendications et procéder, lentement et par des voies déviées, à la remise en ordre des affaires cultuelles. Il établit des contacts avec le Congrès juif mondial et les organisations juives américaines.

Il est aidé dans cette tâche par Joseph Fischer, délégué de l’Organisation sioniste. Léon Meiss est également aidé auprès des notables par René Mayer, membre du Consistoire central et ministre du Gouvernement provisoire, et par Guy de Rothschild, que sa conduite pendant la campagne de France et dans les Forces françaises libres met à l’abri des critiques émises à l’encontre de certains membres de sa famille.

À la fin de 1944, Léon Meiss se rend aux États-Unis avec le grand rabbin Kaplan (futur grand rabbin de France) et Guy de Rothschild pour assister à une session du Congrès juif mondial et prendre contact avec le judaïsme américain. il obtient, à cette occasion, l'aide de l'AJDC (American Jewelry Design Council)[11].

Léon Meiss soutient le mouvement sioniste et dirige la délégation qui rencontre le le président de la République, Vincent Auriol, pour obtenir le soutien de la France à la création de l'État d'Israël.

Léon Meiss succède, en 1949, à Edmond Fleg à la présidence des Éclaireuses éclaireurs israélites de France.

Les efforts de Léon Meiss pour changer le Consistoire en promouvant des idées novatrices, comme l’introduction de la langue française dans les offices en attendant que l’enseignement de l’hébreu soit suffisamment développé, la multiplication des cercles d’étude pour adultes, la fin de la séparation entre Juifs français et immigrés, parce que « nul passeport n’était requis à la bouche des fours crématoires », l’implication du Consistoire dans le domaine social et la lutte contre l’antisémitisme, n'aboutissent pas et les institutions élues après la guerre ressemblent beaucoup à celles d'avant la guerre.

En conséquence, Léon Meiss démissionne de la présidence du Consistoire central en 1949, et du CRIF en 1950. Guy de Rothschild lui succède au Consistoire et Vidal Modiano au CRIF.

Léon Meiss est président du musée d'art et d'histoire du judaïsme, de l'école des cadres Gilbert Bloch d'Orsay et du Centre universitaire d'études juives.

Léon Meiss est décédé le , à Courbevoie. Il repose aux côtés de son épouse, au cimetière juif de Metz.

Plaque commémorative à Villeurbanne. L'année de naissance est erronée.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Léon Meiss est nommé, en , commandeur de l'ordre du Nichan Iftikhar.

Léon Meiss reçoit la croix des services militaires volontaires, et est nommé, en , chevalier de la Légion d'honneur à deux titres différents (du ministère de l'intérieur, et de la Résistance), puis promu officier de la Légion d’honneur, au titre du ministère de la justice, en [12].

Il reçoit, en 1945, le titre de docteur honoris causa du Jewish Theological Seminary of America[13].

Le , la ville de Villeurbanne a donné le nom de Léon Meiss à une allée et à un square.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Myriam, la fille de Françoise Perez-Meiss se marie avec le rabbin Jean-Jacques Gugenheim, fils du grand-rabbin Ernest Gugenheim.
  2. Loi du 3 octobre 1940: premier Statut des Juifs, publié le 18 octobre : Les juifs sont exclus de la fonction publique de l'État, de l'armée, de l'enseignement et de la presse. Voir Lois contre les Juifs et les étrangers pendant le régime de Vichy.
  3. Carte F.F.I. No. 101.033, MEISS, Léon, Fréderic, Capitaine-Instructeur
  4. Arrêté le 23 octobre 1943, interné à la prison Montluc, détenu à Drancy, déporté par le Convoi 62 et assassiné à son arrivée à Auschwitz en novembre 1943
  5. Georgette Lévy-Meiss s’était engagée croix rouge de 1938 à 1940 à l’hôpital militaire de Sarrebourg. Elle décida de poursuivre ses études d’infirmière et parti s’installer à Saint-Chamond (Loire) dès janvier 1942. Elle n'était pas présente lors de l'arrestation de sa famille.
  6. rétroactivement du 1er juillet 1941
  7. président de la 11e chambre de la Cour d'appel de Paris
  8. soupçonné d'avoir trahi Jean Moulin, qui fut arrêté à Caluire-et-Cuire le 21 juin 1943 à la suite d'un guet-apens
  9. C'est l'affaire des bons d'Arras, un des plus grands scandales de la IVe République. De Récy est accusé d'avoir commandité le vol de 1 000 bons d'une valeur de 100 millions de francs à la Trésorerie générale d'Arras.
  10. Archives du Consistoire central, Fonds Moch, boîte 42.
  11. L'American Jewelry Design Council est une société éducative à but non lucratif, qui reconnaît et favorise l'appréciation artistique de la conception originale de bijoux.
  12. « Léon Frédéric MEISS », base Léonore, ministère français de la Culture
  13. Voir (en)French-jewish Leaders Awarded Honorary Degrees by Jewish Theological Seminary

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Blumel, Un grand Juif : Léon Meiss, Président du Consistoire Central des Israélites de France durant l'occupation ennemie, Paris, éd. Guy Victor, 1967

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur le site du judaisme d'Alsace et de Lorraine[modifier | modifier le code]

Sur d'autres sites[modifier | modifier le code]

Notice d'autorité[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]