Léon Deubel

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Léon Deubel
Deubel - Régner, 1913 (page 8 crop).jpg
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 34 ans)
Maisons-AlfortVoir et modifier les données sur Wikidata
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Léon Deubel, né à Belfort le et mort à Maisons-Alfort le , est un poète français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Pauvre, inadapté à la vie sociale, Léon Deubel se suicida en se jetant dans la Marne après avoir brûlé tous ses manuscrits.

Deubel est considéré comme un des derniers poètes maudits.

Premiers poèmes[modifier | modifier le code]

Après le baccalauréat, Deubel devient répétiteur à Pontarlier d’avril à octobre 1897, puis en novembre est nommé au Collège Louis Pasteur d’Arbois[1]. En 1898, Hector Fleischmann publie un de ses premiers recueils de poèmes : Six Élégies d’un jeune homme mélancolique. On y trouve en Liminaire ces vers de Deubel :

Le vent fait virer ta bougie,
Petit ami sur qui voilà
Le front penché des nostalgies.
(…)
Et comme on pleure ou comme on chante,
Un soir tu répandis ta vie,
Comme une onde selon sa pente,
En mineur de six élégies.

Le premier poème qu’il nous reste date de janvier de cette même année 1898, À Mlle A. d’Arbois, Deubel a 18 ans :

Vous êtes cette rose blonde
Éclose au jardin de mon Rêve

En Avril 1899, Deubel quitte Arbois pour le Collège de Saint-Pol-sur-Ternoise, où il trouvera une situation beaucoup plus difficile[2].

Cependant la situation administrative de Deubel s’aggrave. Le 11 février 1900, alors qu’il est à Boulogne-sur-mer chez un ami, il reçoit l’annonce de sa révocation. Désormais la misère va commencer.

Détresse[modifier | modifier le code]

L’arrivée à Paris le 1er mars 1900 au soir[3] ouvre sur la misère. Pour un bachelier, donc d’un niveau d’étude assez rare à l’époque, aucun débouché s’il n’a pas de relations. « Je suis resté 48 heures sans manger autre chose qu’une écorce d’orange trouvée dans la rue[4] ». Et plus tard : « Je passe la nuit entière à marcher pour ne pas me faire ramasser et, le matin, je vais dormir trois heures entre 2 colonnades du Louvre[5]. »

À trois heures du matin, dans le Paris de la Belle Époque :

Seigneur ! Je suis sans pain, sans rêve et sans demeure,
Les hommes m’ont chassé parce que je suis nu.

Et lorsqu’il trouve un abri précaire :

J’ai faim, j’ai froid, la lampe est morte
Au fond de ce soir infini.

Il écrit les poèmes Détresses II et Détresse I qui trouveront place dans le recueil suivant : Le Chant des Routes et des Déroutes. Enfin alerté, son oncle paternel, qui dirige une affaire d’épicerie en gros, lui apporte une aide jusqu’au début de son service militaire. Mais Deubel est marqué par l’épreuve :

La vie résonne comme un pas
Qui s’est égaré sur la route,
Et l’ombre luit comme une voûte
Dont tu ne t’échapperas pas.

Le Soleil d’Italie[modifier | modifier le code]

Au cours des trois ans de service militaire à Nancy, Léon Deubel reçoit un héritage de 12 000 F. Une forte somme à l’époque : un petit repas coûte 0,75 F. Léon Deubel s’enivre de poésie et peut faire publier Le Chant des routes et des Déroutes ainsi que Sonnets intérieurs. Puis, dès le service militaire fini, il file en Italie. Venise, Florence, Fiesole, Pise, c’est une révélation. La lumière du sud le transforme. À son retour, fin 1903, il est hébergé chez Louis Pergaud, qui sera toujours un ami très proche. Il fait paraître Vers la vie, Sonnets d’Italie, La Lumière natale. Mais ses ressources financières étant à bout, ces recueils paraissent en très peu d’exemplaires. Léon Deubel trouve enfin un emploi régulier de secrétaire à la Rénovation Esthétique. Il héberge Edgard Varèse, écrit, fait paraître Poésies, avec des poèmes d’une nouvelle manière, plus rigoureuse, moins naturelle. On y trouve Tombeau du poète, L’Invitation à la promenade :

Mets tes bijoux roses et noirs
Comme les heures du souvenir
Mets ce qui s’accorde, ce soir,
À ce qui ne peut revenir :
(...)
Ta robe de crêpe léger
Plus incertaine qu’une charmille
Qui fait trembler dans les vergers
L’herbe frileuse à tes chevilles ;

Mais la Rénovation Esthétique change de propriétaire ; Deubel est remercié. Désormais, la misère va reprendre. Il ne trouvera que quelques ressources épisodiques dans un travail de secrétaire au service de Persky, riche mécène habitant la Suisse, qui lui confie parfois la mise au net de diverses traductions d’auteurs russes.

Décès[modifier | modifier le code]

Le 12 juin 1913, des mariniers retirent de la Marne le corps de Léon Deubel, décédé vers le six juin.

Son tombeau sera marqué par Épitaphe :

J’ai voulu que ma vie entière
Fût comme une arche de clarté
Dont la voussure, large et fière
Descendît vers l'éternité
Et traversât dans la lumière
Le torrent noir de la cité.

Il est inhumé au cimetière parisien de Bagneux, 11e division, où sa tombe subsiste toujours.

Opinions et hommages littéraires[modifier | modifier le code]

De très nombreux poèmes d’hommage ont été écrits pour la célébration posthume de Léon Deubel.

Je te connaissais un peu, Léon Deubel.
J'aurais pu m'approcher de toi comme ceux-là
Qui t'ont contemplé sur la dalle mouillée.
[...]
Je te connaissais un peu, Léon Deubel.
Ton départ est une chose si amère
Que j'arrête pour laisser couler mes yeux.

Extraits de Parler de Pierre Jean Jouve, Crès, août 1913[6].

J’ai vu Léon Deubel sur la dalle gluante
Que baisa le front blanc de Gérard de Nerval.

Extrait de Les Spectres, poème de Fagus, Le Divan, mai 1923.

Cette nuit là
Auprès de toi, Deubel, J’ai veillé auprès de toi
Toi, l’homme abattu, chair nue et morte sur le froid des dalles.

de Marcel Martinet, qui reconnut avec Louis Pergaud le corps de Deubel à la Morgue.

Des déclarations émues de Léon Bocquet : « Je te nomme, Léon Deubel, comme autrefois. Je t’appelle au pays des ombres où t’a rejoint Pergaud. M’entends-tu et reconnais-tu ma voix ? Écoute et sois heureux. Il y a là (…) ces jeunes gens que tu n’as pas connus, mais qui, comme Jean Réande[7], t’apportent la promesse que demain tes vers embelliront les mémoires et fleuriront aux lèvres jolis des femmes. »

Et Jean Misler, Secrétaire perpétuel de l’Académie Française : « Un matin de janvier 1855, on décrocha le cadavre de Gérard de Nerval, (…) il y avait dans son gousset une pièce de deux sous. En 1913, un marinier repêcha dans la Marne le corps de Léon Deubel ; dans ses poches on trouva six sous. Cela correspond à peu près (…) à la variation du pouvoir d’achat de l’argent entre ces deux dates[8]. »

Hommages[modifier | modifier le code]

Un portrait en buste, œuvre du sculpteur japonais Hiroatsu Takata, est visible à Maisons-Alfort.

Un monument à sa mémoire, réalisé par le statuaire Philippe Besnard, a été érigé dans un jardin public de Belfort, sa ville natale, qui lui consacre une série d'événements en 2013 et 2014.

En 1930, la place Léon-Deubel, près de la porte de Saint-Cloud dans le 16e arrondissement de Paris est créée en hommage.

Œuvre[modifier | modifier le code]

  • La Chanson balbutiante. Éveils, Sollicitudes, la Chanson du pauvre Gaspard (1899)
  • Le Chant des Routes et des Déroutes (1901)
  • À la Gloire de Paul Verlaine (1902). Poème récité sur la tombe de Paul Verlaine le 12 janvier 1902.
  • Léliancolies. La Chanson du pauvre Gaspard (1902). Paris, édition de la Revue Verlainienne (reprend des textes déjà publiés).
  • Sonnets intérieurs (1903)
  • Vers la vie (1904). Reprend Le Chant des Routes et des Déroutes, Sonnets intérieurs, et ajoute les poèmes inédits de Evocations. Publié à 17 exemplaires.
  • Sonnets d'Italie (1904). Editions du Beffroi, publié à 7 exemplaires.
  • La Lumière natale, poèmes (1905), réédition au Mercure de France en 1922.
  • Poésies (1905)
  • Poèmes choisis (1909). Paris, Editions du Beffroi.
  • Ailleurs (1912). Plaquette de 16 pages publiée en français à Berlin.
  • Régner, poèmes (1913). Mercure de France, avec une très belle introduction de Louis Pergaud.
  • Œuvres de Léon Deubel. Vers de jeunesse. La Lumière natale. Poésies. Poèmes divers. L'Arbre et la Rose. Ailleurs. Poèmes divers. Appendice, préface de Georges Duhamel (1929)
  • Lettres de Léon Deubel (1897-1912) (1930) Introduction et notes par Eugène Chatot, Le Rouge et le noir, 278 pages.
  • Chant pour l'amante (1937)
  • Léon Deubel, Poèmes 1898-1912 (1939). Mercure de France, présentation par Georges Duhamel, 333 pages (l'anthologie la plus complète à ce jour).
  • Florilège Léon Deubel, publié à l'occasion de son centenaire (1979). L'Amitié par le Livre, présentation et choix de Henri Frossard. 80 pages, avec des poèmes inédits en fac-similé.

Mise en musique[modifier | modifier le code]

  • Léon Deubel a lui-même mis en musique quelques-uns de ses poèmes. « Il savait chanter très agréablement. À vingt ans, pour faire plaisir à sa bien-aimée, il avait (...) composé quelques chansons[9]. »
  • Deubel a hébergé Edgar Varèse dans les locaux que La Rénovation esthétique avait mis à sa disposition, au 5 rue Furstenberg[10]. Varèse a mis en musique plusieurs poèmes de Léon Deubel : Poésie de Léon Deubel, à Madame Chapuis, lent et triste. Il s'agit du poème Détresse I : J'ai faim, j'ai froid, la lampe est morte[11].
  • Épitaphe (2014). Opéra Rock en 12 tableaux, créé à l'occasion du centenaire de sa disparition par Francis Décamps (Gens de la Lune).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lettres de Léon Deubel, page 7.
  2. Lettres de Léon Deubel, présentation par Eugène Chatot page XV
  3. Lettres, pages 64
  4. Lettres page 65
  5. Lettres page 71
  6. Réédité dans : Pierre Jean Jouve, Œuvre I, Mercure de France, 1987, p. 1490-1491.
  7. Voir en Liens externes :Le Chant pour l’amante
  8. Le poème de Marcel Martinet et les citations sont extraits du Florilège Léon Deubel, 1979.
  9. Lettres de Léon Deubel, page XXIII.
  10. Ortographe des Lettres de Léon Deubel.
  11. Voir le fac-similé aux 2e, 3e et 4e de couverture des Auteurs comtois n°4.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Léon Deubel, roi de Chimérie, par Léon Bocquet. Bernard Grasset, 1930. 280 pages.
  • Maurice Favone, Le Poète Léon Deubel, Paris, R. Debresse, Bibliothèque de l’artistocratie, 1939, 63 pages.
  • Les Poètes maudits d'aujourd'hui (1972). Editions Seghers. Présentation et choix de Pierre Seghers pour Léon Deubel: pages 107 à 123.
  • Léon Deubel, choix et présentation de Henri Frossard. Collection Auteurs comtois, n°4, Besançon, CRDP, 1987. 112 pages. Avec des poèmes inédits en fac-similé.

Liens externes[modifier | modifier le code]