Léa Roback

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Léa Roback
Léa Roback, vers 1920.
Léa Roback, vers 1920.

Naissance
Montréal, Canada
Décès (à 96 ans)
Cause défendue Féminisme
Communisme
Autres fonctions syndicaliste, libraire

Léa Roback ( - ) est une syndicaliste, militante communiste et féministe canadienne (québécoise). Elle est considérée comme une pionnière du féminisme au Québec.

Biographie[modifier | modifier le code]

Née à Montréal le [1], cette fille d’immigrants juifs polonais a grandi à Beauport dans la région de Québec pour ensuite revenir à Montréal lorsqu’elle était encore adolescente. Elle parle le yiddish à la maison, le français avec ses camarades de Beauport et l'anglais à l'école. Son modèle de jeunesse est sa grand-mère maternelle qui était une femme indépendante.

C’est tout d’abord en travaillant à la British American Dyeworks qu’elle prend conscience des différences entre les diverses couches de la société montréalaise : « On nous avait appris qu’il y avait des riches et des pauvres, que c’est la volonté du bon Dieu et qu’on aurait notre récompense au ciel. Moi j’ai pour mon dire que c’est ici la vie[2] !». Léa Roback y travaille un certain temps pour ensuite se trouver un emploi de caissière au théâtre Her Majesty’s sur la rue Guy. Grande lectrice et férue de littérature française, c’est en y travaillant qu’elle économise la somme nécessaire afin d’aller étudier cette discipline à l’Université de Grenoble en France.

Léa Roback voyage beaucoup au cours de sa jeunesse. Dès son retour de Grenoble, elle rejoint sa sœur à New York. Puis, c’est au tour de son frère Henri, installé à Berlin, de recevoir la visite de Léa après avoir séjourné quelque temps à Barcelone. Nous sommes alors en 1929, Hitler amorce son ascension sur la scène politique allemande et les groupes nazis prolifèrent, Léa devient membre du Parti Communiste du Québec (qu'elle quittera en 1958). Roback explique qu'elle est séduite par les socialistes, mais qu'elle croit qu'il ne mettent pas leurs paroles en action, d'où son appui au marxisme-léninisme. Dans son entretien avec Nicole Lacelle (1988), elle déclare que c’est au cours de cette période qu’est née chez elle une véritable conscience politique.

Les années 1930[modifier | modifier le code]

En 1932, la situation s’envenime, Léa, qui est étrangère, et juive de surcroît, se voit contrainte de revenir à Montréal. La dirigeante de sa cellule étudiante communiste à l'Université de Berlin lui avait recommandé de partir. Elle fait tout de même, en 1934, un séjour de quelques mois en Union Soviétique où elle passe bien près de se marier, mais son désir de liberté et d’indépendance l’en empêche. Installée pour de bon dans la ville qui l’a vu naître, Léa Roback ne chôme pas longtemps et amorce une longue carrière consacrée à lutter contre de nombreuses inégalités sociales. Peu après son retour, elle participe à l’organisation de l’action en faveur des sans travail dirigé par Norman Béthune. Léa Roback travaille aussi au Young Women’s Hebrew Association (YWHA, Association des jeunes femmes juives) où elle met notamment en contact avec des médecins compétents des jeunes femmes désirant avoir recours à l’avortement.

En grève avec Léa et les midinettes, printemps 1937

En 1935, elle ouvre la première librairie marxiste de Montréal[3] — le Modern Book Shop, sur la rue De Bleury[4] — ce qui lui vaut de se faire connaître des autorités policières. Ses activités politiques inquiètent sa mère, mais sont acceptées par son père. En 1936, elle travaille au service de l’éducation de l’Union Internationale des ouvrières du vêtement pour dames, mieux connu sous le nom d’Union de la robe. Les femmes travaillant alors plus de 60 heures par semaine à un petit salaire, elle mène une grève de 5 000 femmes en 1937. Roback organise le syndicat de RCA Victor en 1941, où elle demeurera jusqu'en 1951. Elle y obtient le premier contrat syndical pour femmes en 1943. Elle ne cherche pas à grimper dans la hiérarchie du pouvoir syndical. La même année (1943), elle devient organisatrice politique de Fred Rose, premier candidat communiste à être élu aux Communes.

Léa Roback a aussi livré un combat pour permettre l’accès aux résidents de Saint-Henri à des logements décents, et ce, dès l’époque de l’administration du maire Camillien Houde au tournant des années 1930. L’éducation était également une cause qui lui était chère. Lors de son passage à l’Union de la Robe, lorsqu’elle tenait la librairie marxiste, en distribuant des tracts dans la rue, activité qu’elle adore et accomplit jusqu’à la fin de sa longue vie, Léa Roback a toujours eu à cœur la nécessité de diffuser l’information permettant de mettre en lumière quelconque injustice : « Penser que le citoyen moyen est un idiot relève du mythe. Lorsque je distribue des tracts, les uns se disent intéressés, d’autres sont prêts à écouter, et de retour à la maison, ils en parlent à leur entourage. Ça fait boule de neige. De là des résultats concrets[5] ».

1960 à 1996[modifier | modifier le code]

Léa Roback ne cessera jamais de militer contre « l’inhumanité de l’homme envers son prochain  ». Dans les années 1960, elle devient membre du collectif La Voix des femmes au côté de Madeleine Parent, Thérèse Casgrain et de Simonne Monet-Chartrand. Par la suite, son attention se porte sur la guerre du Viêt Nam, sur le régime d’apartheid en Afrique du Sud, pour l’accès libre à une éducation de qualité.

Féministe, elle s’est battue pour l’obtention du droit de vote, pour le droit à l’avortement, pour l’accès à la contraception. À 83 ans, elle participe, sous une pluie battante, à la marche des femmes pour l’équité salariale. Contre le racisme et l’intolérance, elle est à la fois aux côtés des Canadiens Français, des Juifs, des Noirs sud-africains ou de toutes autres minorités lorsque leurs droits sont bafoués. Quant à la classe ouvrière, elle en fait certainement partie, et y organise la résistance par son travail dans le milieu syndical. Contre le bellicisme de la classe dirigeante, elle s’oppose en se joignant aux pacifistes dénonçant la guerre du Viêt Nam. Plus tard, à l’époque du président Reagan, elle milite contre la prolifération des armes nucléaires. En 1985, elle devient spécialement membre de l'Institut canadien de recherche sur les femmes.

À une époque où l’homosexualité n’était pas encore un mot qui se prononçait, Léa Roback fait des tabous et cultive des amitiés sincères avec quelques homosexuels bien connus, ce qui lui attire les foudres de ses employeurs. De cette trop courte liste qui ne recense que des éléments connus de l’action de cette pionnière, il en ressort un esprit libre, indépendant et rempli d’une grande humanité. Celle dont la mère lui avait appris que la mort est la seule justice au monde n’a visiblement jamais accepté cet état de fait.

Comme le souligne l'hommage qui lui est consacré sur le site web de la Fondation Léa Roback, elle ne cessera de lutter que lorsqu’elle sera « happée en plein combat » à l'âge de 96 ans[4]. Léa Roback est décédée accidentellement à Côte-des-Neiges le .

Sa mémoire est aujourd’hui perpétuée par le travail de La Fondation Léa-Roback qui a été créée à l'occasion de son 90e anniversaire en 1993. Le centre Léa-Roback de Montréal pour la recherche sur les inégalités sociales de santé est également nommé en son honneur, tout comme la Maison Parent-Roback dans le Vieux-Montréal. Sophie Bissonnette a réalisé un documentaire sur sa vie en 1991.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Une rue a été nommée en son honneur dans les années 2000. La rue Léa-Roback se trouve à Montréal, dans le quartier Saint-Henri et jouxte le Canal-de-Lachine.

De plus, une rue du même nom a été nommée également en son honneur dans l’arrondissement Beauport de la ville de Québec, où elle a passé un moment de sa jeune vie.

Citations[modifier | modifier le code]

  • « L'ouvrier d'aujourd'hui n'est pas l'ouvrier ou l'ouvrière qu'on avait dans les années 1930. Ils savent se protéger, ils ont leur syndicat. » (24 octobre 1993)
  • « On ne peut pas vivre pour soi-même, ça je l'ai appris à la maison. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Catherine Blais, « The Adventures of Lea Roback », sur jewishpubliclibrary.org (consulté le 12 juin 2014)
  2. Pedneault, H. Mars 1983. « Entrevue avec Léa Roback : Propos d’une batailleuse », La vie en rose, No. 10, p. 50
  3. (en) Merna Forster, 100 Canadian Heroines : Famous and Forgotten Faces, Dundurn, , 319 p. (ISBN 978-1-55002-514-9, lire en ligne), p. 214.
  4. a et b « Léa Roback : 1903-2000 », Fondation Léa Roback, .
  5. Anonsen, F. Automne 1986. « Léa Roback, plus de cinquante ans de militantisme », Canadian woman studies : Les cahiers de la femme, Vol. 7, no. 3, p. 105.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Anonsen, F. Automne 1986. « Léa Roback, plus de cinquante ans de militantisme » in Canadian woman studies : Les cahiers de la femme, vol. 7, no. 3, p. 105.
  • Audet, Élaine. Mai 2004. « Léa Roback, vivante pour l'éternité », Sisyphe, Montréal.
  • Bissonnette, Sophie. 1992. Des lumières dans la grande noirceur [vidéo]. Productions Contre-Jour, Montréal, 90 min.
  • Lacelle, Nicole. 2005. Entretiens avec Madeleine Parent et Léa Roback, Montréal, Les éditions du Remue-Ménage, 181 p.
  • Leboeuf, Lucie. Octobre 1978. « Léa Roback ou comment l'organisation syndicale est indissociable de la vie de quartier », Dossiers "Vie ouvrière", Vol. 28, no. 128, p. 461-470.
  • Pedneault, H. Mars 1983. « Entrevue avec Léa Roback : Propos d’une batailleuse » in La vie en rose, no. 10, p. 50-52.
  • Teboul, Victor, Entrevue avec Léah Roback à l'émission «Les socialistes juifs» (1re et 2e parties), dans le cadre de la série de 14 émissions, intitulée «La Communauté juive du Québec», diffusée sur la chaîne culturelle de Radio-Canada en 1982.
  • Teboul, Victor, «Léah Roback.Continuer le combat» dans Une femme, un vote, ministère des Communauté culturelles et de l'immigration, Gouvernement du Québec, 1990, p. 52 - 53.
  • Weisbord, Merrily. 1988. Le rêve d'une génération : les communistes canadiens, les procès d'espionnage et la guerre froide, VLB, Montréal, 398 p.

Lien interne[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]