L'arte del violino

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L'arte del violino
opus 3
Image illustrative de l’article L'arte del violino
Page de titre de l'édition originale de Michele Carlo Le Cene (1733)

Genre Musique instrumentale
Musique Pietro Locatelli
Effectif Violon, cordes et basse continue
Dates de composition 1733
Dédicataire Girolamo Michiel Lini
Partition autographe Michele Carlo Le Cene (Amsterdam, 1733)

L'arte del violino est un recueil de compositions musicales remarquables et influentes du compositeur l'italien de la période baroquePietro Locatelli. Les douze concertos sont écrits pour violon, cordes et basse continue et ont été publiés en 1733 sous le numéro d'opus 3. Le style et l'art virtuose présent dans l'œuvre a fortement influencé l'écriture et le jeu du violon au XVIIIe siècle et construit la réputation de Locatelli comme pionnier de la technique du violon moderne[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

L'arte del violino est publié pour la première fois chez l'éditeur Roger-Le Cene à Amsterdam, où Locatelli réside dès 1729 jusqu'à sa mort en 1764[2]. Le musicien dédie l'œuvre à un patricien vénitien, Girolamo Michiel Lini, chez qui il était souvent invité et pour lequel il avait joué lorsqu'il était à Venise, entre 1723 et 1729[3]. On avait remarqué sa compétence et son « importance inégalée »[4].

Une lettre daté du 11 avril 1741 de Benjamin Tate, un voyageur anglais, a exprimé son étonnement après avoir écouté jouer Locatelli dans le concerto du labyrinthe :

« [Il] a l'attitude qui m'a touché avant qu'il commence à jouer, que je ai jamais vu dans ma vie. Je l'ai entendu jouer ce Concerto, si prodigieusement difficile. Il m'a dit lui-même que ce Labyrinthe était assez facile en comparaison de l'effroi qu'il appelle sa « Queue de Vache ». Ce Caprice est écrit sur sept grandes feuilles, écrit très proche ; il n'y a pas de pause dans l'ensemble du Caprice où il pourrait éventuellement tourner la page... il peut jouer pendant trois heures d'affilée, sans être le moins du monde fatigué. Jamais de ma vie je n'ai vu un homme jouer avec tant de facilité. »

— Benjamin Tate, 1741[5]

Structure[modifier | modifier le code]

Par opposition à sa musique antérieure, qui se modelait sur le style baroque romain, dont le meilleur exemple est Arcangelo Corelli, les concertos de L'arte del violino ont été conçus dans le nouveau style vénitien d'Antonio Vivaldi. La musique fait un ample usage du haut registre du violon (jusqu’à la 16e position[6]), en lui donnant une qualité de bel canto qui manquait dans les premières œuvres de Locatelli[7]. Il s'agit d'« un panorama des possibilités techniques du violon [… et] d’un point de vue technique, il atteint (aujourd’hui encore) les frontières du réalisable[8] ».

Chacun des douze concertos de L'arte del violino est composé des traditionnels trois mouvements, avec la progression type de deux mouvements rapides encadrant un mouvement central lent, Largo ou Adagio, plus méditatif. Dans chaque concerto, les deux mouvements extrêmes contiennent ce qui est connu comme un capriccio. En outre, une courte cadence improvisée est prévue.

Le dernier concerto nommé le concerto "Labyrinthe" par le compositeur, est réputé pour la difficulté extrême de ses capricci. Locatelli écrit ce qui suit pour le capriccio du premier mouvement : « Laberinto armonico : Facilis aditus ; difficilis exitus » qui se traduit ainsi : « Labyrinthe harmonique : Facile d'accès ; difficile d'y échapper ».

Les caprices[modifier | modifier le code]

Toujours placé avant la dernière ritournelle de l'orchestre, ces capricci, qui durent souvent plusieurs minutes, peuvent être décrits comme une sorte de large cadenza pour le violon, joués comme de façon improvisée et pendant lesquels le soliste a amplement l'occasion de montrer son habileté instrumentale. Les passages des capricci contredisent le format attendu du concerto solo avant le finale en forme de ritournelle et en tutti. Ce sont les passages extraordinaires des 24 capricci pour laquelle L'arte del violino a atteint sa renommée et influente[3], car ils sont considérés comme « les plus difficiles passages à interpréter de la littérature du violon de tout le baroque »[9].

Chaque caprice – mais ils sont « de qualité variable »[6] – est centré, dans un tempo généralement rapide, sur une difficulté technique particulière, ce qui en a fait un recueil d'étude, notamment par l'école française de violon[10],[6]. Dans le premier, alors que l'interprète joue des intervalles de plus en plus grand, il exécute des motifs en broderie sur une note de pédale. Dans le second, le bras droit est très sollicité dans un passage staccato. Dans le quatrième caprice, est un exercice de doubles cordes et sur les sauts des cordes extrêmes qui nécessite une précision parfaite, tant des doigts que de l'archet. Le neuvième débute par une fanfare à quatre sons. Le dixième caprice mêle trilles avec le quatrième doigt et motif stacatto sur la corde grave. Le douzième alterne dans un seul coup d'archet et une pédale, des arpèges sur plusieurs octaves soit legato, soit staccato, avant un passage en tierces. Le quinzième, très court, fait usage des accords en arpèges, de quatre notes. Le seizième étant une collection de difficultés, notamment des arpèges ondulants sur la touche suivit de saut de cordes et des trilles du quatrième doigt. Une fugue à trois voix constitue le dix-huitième caprice. Le vingt-deuxième caprice, dans une vague montante de tierces, fait sonner un do dièse sur-aigu (au-delà du do naturel du clavier des pianos modernes). Le vingt-troisième joue avec des arpèges sur le lit d'une double-pédales. Le dernier et vingt-quatrième caprice, présente la mélodie en tierces développée sur trois pages puis des arpèges, triolets avec sauts de cordes.

Dans les caprices, « il ne se préoccupe que de pure virtuosité instrumentale, avec une extravagance et une audace qui annoncent Paganini[11] ». « Sans la contribution de Locatelli à la technique de la virtuosité du violon, de nombreux progrès seraient à peine pensables[6] » : Paganini dans les siens, « n'ira pas plus loin[12] ».

Concertos[modifier | modifier le code]

  • Concerto no 1 en majeur, op. 3 no 1
    1. Andante
    2. Largo
    3. Andante
  • Concerto no 2 en ut mineur, op. 3 no 2
    1. Andante
    2. Largo
    3. Andante
  • Concerto no 3 en fa majeur, op. 3 no 3
    1. Andante
    2. Largo
    3. Vivace
  • Concerto no 4 en mi majeur, op. 3 no 4
    1. Largo – Andante
    2. Largo
    3. Andante
  • Concerto no 5 en ut majeur, op. 3 no 5
    1. Largo
    2. Adagio
    3. Allegro
  • Concerto no 6 en sol mineur, op. 3 no 6
    1. Largo – Andante
    2. Adagio
    3. Vivace
  • Concerto no 7 en si-bémol majeur, op. 3 no 7
    1. Andante
    2. Largo
    3. Allegro
  • Concerto no 8 en mi mineur, op. 3 no 8
    1. Andante
    2. Largo
    3. Allegro
  • Concerto no 9 en sol majeur, op. 3 no 9
    1. Allegro
    2. Largo
    3. Allegro
  • Concerto no 10 en fa majeur, op. 3 no 10
    1. Allegro
    2. Largo – Andante
    3. Andante
  • Concerto no 11 en la majeur, op. 3 no 11
    1. Allegro
    2. Largo
    3. Andante
  • Concerto no 12 en majeur : Il Laberinto Armonico, facilus aditus, difficilis exitus, op. 3 no 12
    1. Allegro
    2. Largo
    3. Allegro

Discographie[modifier | modifier le code]

Notes discographiques[modifier | modifier le code]

  • (fr) Brian Clark (trad. Daniel Fesquet), « 24 Capriccios pour violon seul/Emmanuele Baldini », p. 7–10, Newton 8802128, 2012 (OCLC 794543230).
  • (fr) Albert Dunning (trad. Jean-Luc Herin), « L'arte del violino/Elizabeth Walfish », p. 11–13, Hyperion CDS44391/3, 1994 (Lire en ligne) (OCLC 31616392).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Luisella Molina (1998), "Locatelli: L'Arte del Violino." Livret du disque, Locatelli: L'Arte del Violino. Brilliant Classics, ASIN B0009OALJW.
  2. http://www.mymusicbase.ru/PPB/ppb15/Bio_1546.htm
  3. a et b Dunning 1994, p. 11
  4. Blair Johnston, "The Art of the Violin: 12 Concertos & 24 Caprices, Op. 3 (before 1733), dans : (en) Chris Woodstra, Gerald Brennan et Allen Schrott (éds.), All Music Guide to Classical Music, San Francisco, Backbeat Books, , 1607 p. (ISBN 0879308656, OCLC 61295944), p. 760.
  5. (en) Simon McVeigh et Jehoash Hirshberg, The Italian solo concerto, 1700-1760 : rhetorical strategies and style history, Rochester, Boydell Press, , 372 p. (ISBN 1843830922, OCLC 54529971), p. 41.
  6. a, b, c et d Dunning 1994, p. 12
  7. (en) Michael Thomas Roeder, A History of the Concerto, Portland, Amadeus Press, , 480 p. (ISBN 0585343071, OCLC 47008952), p. 105.
  8. Dunning 1994, p. 11–12
  9. (en) Chappell White, From Vivaldi to Viotti : a history of the early classical violin concerto, Langhorne, Gordon and Breach Science Publishers, coll. « Musicology » (no 11), , 375 p. (ISBN 2881244955, OCLC 23176990), p. 9.
  10. Clark 2012, p. 9
  11. Roland de Candé, Nouveau dictionnaire de la musique, Paris, Édition du Seuil, , 670 p. (ISBN 2-02-006575-4, OCLC 10882498), p. 304.
  12. Adélaïde de Place « Pietro Locatelli », dans : François-René Tranchefort (dir.), Guide de la musique de chambre, Paris, Fayard, coll. « Les Indispensables de la musique », , 995 p. (ISBN 2-213-02403-0, OCLC 21318922, notice BnF no FRBNF35064530), p. 538.
  13. Manque le concerto no 9

Liens externes[modifier | modifier le code]