L'ami Y'a bon

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Icône de paronymie Cet article possède un paronyme ; voir : Yabon Paname.
Boîte de Banania à partir de 1936.

L'ami Y'a bon est un personnage publicitaire de la marque de chocolat en poudre Banania, dessiné en 1915 par l'affichiste Giacomo de Andreis.

Article détaillé : Banania.

Histoire[modifier | modifier le code]

Pierre Lardet, le fondateur de la marque Banania, tire profit du premier conflit mondial en décidant d'associer sa boisson à l'effort de guerre. Il envoie sur le front quatorze wagons remplis de poudre de Banania distribuée aux poilus dans les tranchées[1]. Une légende veut qu'un tirailleur sénégalais blessé au front fût rapatrié à l'arrière et employé à la fabrication de la poudre Banania dans l'usine de Courbevoie. C'est en la goûtant qu'il se serait exclamé, la gamelle et la cuillère à la main, « Y'a bon »[2].

Le peintre Giacomo de Andreis représente en 1915 sur l'affiche publicitaire au ciel couleur de banane, un tirailleur sénégalais hilare (avec le fez rouge prolongé d'un pompon bleu et la culotte bouffante de zouave) dégustant un bol de chocolat Banania avec une cuillère, commenté par « Y'a bon » (« c'est bon » en français tirailleur). Giacomo de Andreis s'inspire en fait de la propagande de la campagne du Maroc de 1908 à 1913 qui met en scène sur des cartes postales des noirs souriants avec les slogans « Y'a bon capitaine », « Y'a bon pinard », « Y'a bon cuisine »[3] : d'autres se servent de cette interjection pour qualifier le soldat noir, c'est le cas par exemple pour l'hebdomadaire Le Miroir qui titre sur sa une le 13 juillet 1913 « Y a bon » [sic], sous la photographie d'un tirailleur sénégalais cadré en buste[4].

Au fil des années, l'ami Y'a bon passera d'une représentation « réaliste » jusqu'à un dessin simplifié plus « cartoon » sous le pinceau de l'affichiste Hervé Morvan, réduit à sa tête et sa main tenant une cuillère, mais toujours identifiable à son fez rouge, le corps n'étant plus que l'assemblage de deux bananes[5].

À partir des années 1930, Banania lance des produits dérivés représentant l'ami Y'a bon sous de multiples gadgets en présentoir, en anse d'emballage, en découpage[6].

L'image du tirailleur disparaît des publicités en 1967 (il est remplacé par un simple écusson[7] reprenant cependant la symbolique du visage du tirailleur puis en 1970 par un enfant blondinet souriant) car jugé par certains comme une représentation caricaturale à caractère raciste des Noirs africains. En 1977, le slogan « Y a bon ! » disparaît également de la boîte[8].

En 2005, la polémique resurgit en raison d'un nouveau produit Banania mis en vente par le nouveau propriétaire de la marque depuis 2003, Nutrial. On peut voir sur la boîte du produit une représentation moderne de l'ami Y'a bon, bien reconnaissable cependant grâce à son fez rouge. Le collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais a dénoncé ce nouveau produit, qualifiant son emballage de raciste. Pour le collectif, ces représentations « véhiculent, notamment auprès des jeunes, une image péjorative, dégradante et raciste des personnes de couleur noire, qu’elles présentent comme peu éduquées, s’exprimant de manière primaire et à peine capables d’aligner trois mots en français. »[9]. Nutrial se défend (« Ce petit garçon est synonyme d’intégration ») avant de retirer son slogan de l’Institut national de la propriété industrielle. L'ami y'a bon finissant par totalement disparaître des rayons des supermarchés le 20 mai 2011, le MRAP ayant obtenu gain de cause[10].

Le personnage a donné à son nom à un court-métrage franco-allemand de 2004, L'Ami y'a bon, réalisé par Rachid Bouchareb, et ayant pour thème la vie de tirailleurs sénégalais durant la Seconde Guerre mondiale jusqu'à leur mort au massacre de Thiaroye[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Daniel Cauzard, Jean Perret, Yves Ronin, Le livre des marques, Du May, , p. 28
  2. Sylvie Chalaye, Nègres en images, Éditions L'Harmattan, , p. 126-127
  3. François Bouloc, Rémy Cazals, André Loez, Identités troublées 1914-1918. Les appartenances sociales et nationales à l'épreuve de la guerre, Éditions Privat,
  4. « Images et imaginaires autour de Banania », Mémoires combattantes, en ligne.
  5. Y’a bon ou y’a pas bon Banania ?
  6. Valérie Mitteaux, « Saga Banania », sur Revue des marques
  7. Modèle stylisé dit "jaune tête écusson".
  8. Quentin Noirfalisse, « Banania, cliché épuisé », sur Le Soir,
  9. Y’a bon Banania ou Y’a pas bon Banania ???
  10. L'ami y'a bon disparaîtra des rayons
  11. L'Ami y'a bon sur Evene.fr

Voir aussi[modifier | modifier le code]