L'Inconnu de Shandigor

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L'Inconnu de Shandigor
Titre original L'Inconnu de Shandigor
Réalisation Jean-Louis Roy
Scénario Jean-Louis Roy
Acteurs principaux
Sociétés de production Frajea Film
Pays d’origine Drapeau de la Suisse Suisse
Genre Film de science-fiction
Film d'espionnage
Durée 95 min
Sortie 1967

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

L'Inconnu de Shandigor est un film suisse, sorte de parodie d'un film d'espionnage, réalisé par Jean-Louis Roy et sorti en 1967. Ce film, présenté au Festival de Cannes et, avec La Lune avec les dents, de Michel Soutter, au Festival de Locarno en 1967, démontre la possibilité d'un cinéma suisse de qualité[1].

Synopsis[modifier | modifier le code]

Von Krantz, savant infirme à demi fou, a inventé l'Annulator, procédé capable de désamorcer les armes nucléaires, ce qui ne manque pas de susciter la convoitise de puissants états (les États-Unis et la Russie) comme d'étranges organisations (les Chauves et les Asiatiques de Soleil Noir-Orient). La demeure de Krantz, véritable bunker protégé par un terrifiant système anti intrusion, est bientôt cernée par des espions de tout poil. Sa fille Sylvaine et son assistant Yvan sont enlevés pour servir de monnaies d'échange aux assaillants impatients de s'approprier les plans du fantastique Annulator.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

Casting[modifier | modifier le code]

Daniel Emilfork endosse déjà un rôle de savant fou handicapé, celui de « Krantz », 28 ans avant d'incarner « Krank », un autre savant handicapé (incapable de rêver) devenu de ce fait le démoniaque voleur de rêves de La Cité des enfants perdus de Jean-Pierre Jeunet (1995). Krank est une référence directe et un hommage au personnage de Jean-Louis Roy.

Tournage[modifier | modifier le code]

Les extérieurs ont été en partie tournés à la « Villa Bertrand » à Cointe (Liège, Belgique). Celle-ci fut détruite peu après et remplacée par une surface commerciale dès 1968[5],[6].

Des scènes ont également été tournées en Espagne, au parc Güell et à la Sagrada Família de Barcelone[7], devant la Gordanne, à Perroy, mais surtout à Genève: notamment aux Bains des Pâquis, devant le Mur des Réformateurs, au Parc de la Roseraie, au Musée d'art et d'Histoire, devant la Poste du Mont-Blanc, la Maison du Paon, l'Hôtel Intercontinental, le Bowling de Plainpalais, les Tours de Carouge, le cimetière St-Georges, à la gare de Cornavin, à l'aéroport de Cointrin, peut-être les citernes de Vernier, etc[8]. Les lieux sont choisis soit pour leur style pseudo-futuriste /la maison de Von Krantz, les Tours de Carouge), voire déshumanisante (l'usine où apparaît l'armée secrète, les citernes et leur tuyauterie), soit au contraire pour leur incarnation des pouvoirs en place (architecture imposante du Musée, de la Poste, du cimetière, de la Gordanne), soit encore pour des connotations fantastiques (les cheminées de Gaudi). Les cadrages et la lumière transfigurent ces lieux urbains familiers, et ces architectures deviennent des personnages[1].

Analyse[modifier | modifier le code]

Centré sur un personnage de savant fou et d'espions, le film joue avec les clichés du genre, comme de ceux du fantastique et de la série B (le monstre caché dans la piscine, la torture), à la fois comme citation et comme parodie. Il a été décrit comme "une sorte de James Bond revu par Dürrenmatt"[9]. Le style va chercher du côté de l'expressionnisme et de la bande dessinée et du fantastique, tirant même vers le burlesque (la scène du cours de déguisement des espions), avec un souci esthétique constant, malgré des moyens très simples. Le choix des acteurs, connotés par leurs rôles antérieurs (Howard Vernon, Daniel Emilfork), comme la musique d'Alphonse Roy, père du réalisateur, et de Gainsbourg, visent au même effet de citations parodiques, de même que celui des objets et des lieux de tournage. L'Annulator, découverte du savant fou Von Krantz, fonctionne comme un MacGuffin.

Freddy Buache, ancien directeur de la Cinémathèque Suisse et critique de cinéma, le décrit ainsi: "Cette mosaïque d’intrigues manifeste ouvertement le refus de jouer le jeu du suspense ou du romanesque linéaire: le sujet se déplace et c’est au cœur de la poésie que nous trouvons son centre de gravité. Roy, comme Franju, nous emmène au bord du réalisme fantastique et, parfois, comme Stanley Donen, il fait virer l’action du côté du ballet"[10].

Le contexte de la guerre froide est omniprésent, avec la présence des Russes et des Américains, dont la représentation est volontiers caricaturale (Dufilho se cachant derrière la Pravda, accompagné d'une fillette, ou en sadique torturant l'assistant de Von Krantz à la musique rock et aux lumières stroboscopiques, les Américains avec leurs lunettes de soleil), mais aussi dans le scénario. Alors que tout le film se déroule dans lne logique d'enfermement (la maison prison de Von Krantz, les caves secrètes, l'enfermement de l'affrontement sans fin des nations), l'échappée de Sylvaine, la fille du savant fou qui parvient à prendre la fuite et à rejoindre son amant (thèmes de la liberté et de l'amour, avec le bord de mer représentant l'ouverture) se retourne (au sens propre avec le mouvement de caméra) et se referme dans le plan des retrouvailles finales, lorsque le spectateur découvre que l'amant appartient à l'une des sectes toutes puissantes qui cherchaient à s'emparer de l'Annulator, et qu'il n'y a donc pas d'espace qui échappe à cette guerre[11],[12],[13].

Dans sa chanson Bye-bye Mister Spy, Gainsbourg joue comme à son habitude[14] sur les sonorités et les doubles sens des mots clés: "spy" et "bye bye", "Mister" et "Mystère", le "bal du mal", intelligence au sens propre et à celui "d'accord secret" ou de "relations secrètes". La scène de l'embaumement, avec les candélabres dégoulinants, et le sourire macabre de l'embaumé, va chercher du côté des films de vampires et du démoniaque. Le Bal du mal, et sa référence à l'enfer, était l'un des titres possibles du film, avec Atomic-mac[9].

Distinction[modifier | modifier le code]

Drapeau : France Festival de Cannes 1967 : Jean-Louis Roy nommé pour la Palme d'or.

Festival de Locarno 1967: recommandation du Jury des Jeunes[15].

Vidéo[modifier | modifier le code]

Le Groupe 5, Cinémathèque suisse et Radio télévision suisse, 2016, coffret 3 DVD + livret de 96 pages, 600 minutes (10 heures) [présentation en ligne] : les DVD rassemblent deux longs métrages, L'Inconnu de Shandigor de Jean-Louis Roy (restauration 4K) et Les Arpenteurs de Michel Soutter (DVD 1), et 3 moyens métrages documentaires, Les Motards de Claude Goretta, Docteur B, médecin de campagne d'Alain Tanner et La Dernière Campagne de Robert Kennedy de Jean-Jacques Lagrange (DVD 2) + bonus, portraits des 5 cinéastes, making-of de L'Inconnu de Shandigor, interviewes, etc. (DVD 3).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b "Jean-Louis Roy", documentaire de 33' de Bertrand Theubet pour la RTS, série "Cinéma suisse", 2015 (voir en ligne)
  2. Source : in Serge Gainsbourg, L'Intégrale et Cætera d'Yves-Ferdinand Bouvier et Serge Vincendet, collection Omnia des Éditions Bartillat, Paris, réimpression 2009 (ISBN 978-2841004614)
  3. elsuperfreak, « L'Inconnu de Shandigor - 1967 - switzerland - Serge Gainsbourg : "Bye Bye Mister Spy" » (consulté le 9 décembre 2018)
  4. http://www.cnc.fr/web/fr/rechercher-une-oeuvre/-/visa/34255
  5. Claude Warzée, Liège autrefois, les quartiers et leur histoire, Cointe - Haut-Laveu - Saint-Gilles - Burenville, Liège, Noir Dessin Production, , 200 p. (ISBN 978-2-87351-269-9)
  6. http://histoiresdeliege.skynetblogs.be/archive/2014/08/20/les-boulevards-des-hauteurs-occidentales-8261920.html
  7. http://blog.dvdpascher.net/index.php/b/2010/11/13/critique_cinema_l_inconnu_de_shandigor
  8. (en) « L'Inconnu de Shandigor », sur The Cine-Tourist (consulté le 9 décembre 2018)
  9. a et b Cinémathèque suisse, « Coffret DVD Groupe 5 en vente », sur www.cinematheque.ch (consulté le 9 décembre 2018)
  10. « LE GROUPE 5 "NOUVELLE VAGUE" ROMANDE », sur rts.ch, (consulté le 9 décembre 2018)
  11. (en) spinenumbered, « The Unknown Man of Shandigor (Jean-Louis Roy, 1967) », sur Make Mine Criterion!, (consulté le 9 décembre 2018)
  12. « L’Inconnu de Shandigor (1967) de Jean-Louis Roy », sur L'Oeil sur l'Ecran (consulté le 9 décembre 2018)
  13. JEAN DE BARONCELLI, « DE L'OPÉRA A LA SCIENCE-FICTION », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le 9 décembre 2018)
  14. « Gainsbourg entre les mots », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 9 décembre 2018)
  15. « 1967 », sur www.locarnofestival.ch (consulté le 9 décembre 2018)

Liens externes[modifier | modifier le code]