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L'Histoire officielle

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L'Histoire officielle
photo couleurs d'un couple, l'homme montre une statuette dorée
Le réalisateur Luis Puenzo et l'actrice Norma Aleandro
Titre original La historia oficial
Réalisation Luis Puenzo
Scénario Luis Puenzo
Aída Bortnik
Acteurs principaux Norma Aleandro
Héctor Alterio
Chunchuna Villafañe (es)
Hugo Arana (es)
Guillermo Battaglia (es)
Sociétés de production Historias Cinematograficas Cinemania
Progress Communications
Pays de production Drapeau de l'Argentine Argentine
Genre Drame
Film historique
Durée 112 minutes
Sortie 1985

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

L'Histoire officielle (La historia oficial en espagnol, The Official Story en anglais), sorti en 1985, est un film argentin écrit par Aída Bortnik et réalisé par Luis Puenzo qui obtient le premier Oscar pour l'Argentine. C'est l'un des premiers films sorti deux ans après des faits réels advenus pendant la dictature militaire en Argentine (1976-1983). Il traite des disparitions forcées, des enfants arrachés à leurs parents biologiques pour être adoptés par des soutiens du régime et de l'histoire falsifiée. Proche de cette réalité, l'actrice principale du film, Norma Aleandro, qui a reçu plusieurs prix d'interprétation, est rentrée en Argentine après avoir été forcée à s'exiler par la dictature. Le film a été récompensé par les plus grands festivals de cinéma.

Photographie noir et blanc d'un groupe de militaires debout, entourant un orateur devant plusieurs micros
Jorge Rafael Videla prêtant serment en tant que président à la Casa Rosada le 29 mars 1976.

Le film s'inspire de faits politiques réels[Note 1] qui se sont déroulés en Argentine après la prise du pouvoir par la junte militaire réactionnaire de Jorge Rafael Videla, le . Pendant le régime militaire, le parlement a été suspendu, les syndicats, les partis politiques et les gouvernements provinciaux ont été interdits, et des milliers de personnes considérées comme « subversives » (innocentes ou guérilleros d'organisations telles que Montoneros, Armée révolutionnaire du peuple (ERP), etc.), principalement des péronistes, des radicaux et des membres de partis de gauche ou d'extrême gauche, ont « disparu » de la société. La disparition forcée est définie par l’article 2 de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. Ce qui est entre dans la catégorie crime contre l'humanité. La dictature s'est notamment approprié plus de 500 bébés, les enlevant à leurs mères dès leur naissance[1],[2].

Comme d'autres acteurs et personnalités progressistes d'Argentine, l'actrice principale du film, Norma Aleandro, a été contrainte de s'exiler pendant cette période[3],[4],[2]. Elle s'est d'abord rendue en Uruguay, puis en Espagne. Elle est revenue après la chute du gouvernement militaire en 1983. Aleandro a déclaré un jour : « La quête personnelle d'Alicia est aussi la quête de mon pays pour la vérité sur notre histoire. Le film est positif dans la mesure où il montre qu'elle peut changer sa vie, malgré tout ce qu'elle perd. »

Ce film fait partie d'un groupe de films parmi les premiers à être réalisés en Argentine après la chute, en 1983, du dernier dictateur argentin, le général Reynaldo Bignone, et de son régime autocratique[5]. Ces films traitent sans détour de la répression, de la torture et des disparitions survenues pendant la dictature civile et militaire en Argentine dans les années 1970 et au début des années 1980 ; parmi ceux-ci, on peut citer No habrá más penas ni olvido (1983) et La Noche de los Lápices (película) (es) (1986). Un deuxième groupe de films, dont La deuda interna (1988), utilise des métaphores et fait allusion à des questions sociopolitiques plus larges.

L'histoire se déroule à Buenos Aires en 1983, dernière année de la dictature civile et militaire argentine, autoproclamée « Processus de réorganisation nationale » (1976-1983).

Alicia Marnet de Ibáñez est professeure d'histoire dans un lycée pour garçons. C’est une bourgeoise vivant confortablement avec son mari Roberto, homme d’affaires sans scrupules qui s'est enrichi en faisant des affaires avec la dictature, leur fille Gaby, adoptée il y a cinq ans, et la bonne. En ces derniers mois de la dictature militaire, les signes de temps nouveaux s’accumulent : des journaux révèlent l'existence des desaparecidos, des manifestations exigent que soient punis les coupables de la « guerre sale » et de celle des Malouines, les Grands-mères défilent autour de la Place de Mai

Alicia, comme beaucoup d'Argentins, ne semble pas réellement consciente du terrorisme d'État et des disparitions organisées dans le pays. Elle croit naïvement que seules les personnes coupables sont arrêtées. Les opinions d'Alicia sont remises en question par un collègue enseignant, Benítez (Patricio Contreras). Puis certains de ses élèves remettent en question le contenu des manuels d'histoire. L'un d'entre eux, Costa affirme, au cours d'une discussion sur la mort du père fondateur argentin Mariano Moreno, que :

« L'histoire est écrite par les assassins. »

— Affirmation de Costa, en classe d'histoire

D'abord dubitative, Alicia accepte peu à peu qu'il existe d’autres histoires que la version officielle qu'elle enseigne. L'amie d'Alicia, Ana, qui était en exil, revient en Argentine après avoir quitté le pays au début de la dictature. Lors d'un dîner avec Alicia et Roberto, Ana leur raconte sa captivité en 1976 et les tortures qu'elle a subies à cause d'une liaison avec un homme qualifié de subversif, même si elle ne l'avait pas revu depuis deux ans. Elle se moque avec ironie de la réponse naïve d'Alicia qui lui dit qu'elle aurait dû « dénoncer » ce fait à la police. Ana dit aussi que pendant sa captivité, elle a vu des femmes enceintes partir pour accoucher, mais revenir sans leurs bébés, et qu'elle pense qu'ils ont été vendus à des couples riches. Surprise par cette déclaration, Alicia commence à douter de l'origine de sa fille Gaby, soupçonnant qu'elle pourrait être une enfant volée sous la dictature argentine à des parents disparus. Malgré l'insistance d'Alicia, Roberto affirme que Gaby a été adoptée légalement et normalement, mais ses réponses brusques et ses tentatives pour la convaincre de « ne pas y penser » ne font qu'accroître sa curiosité.

Costa, de son côté, continue de provoquer ses camarades de classe et affiche un jour au tableau des avis de recherche de desaparecidos. Alors qu'Alicia tente de le réprimander, son collègue Benítez prend sa défense, expliquant à Alicia que la vie de Costa pourrait être en danger si son attitude rebelle venait à être connue des autorités scolaires. Alicia se lie progressivement d'amitié avec Benítez, à mesure que sa propre enquête la rapproche de la vérité. En recherchant les registres de naissance de l'hôpital où est née Gaby, Alicia découvre l'existence d'une organisation qui recherche les enfants disparus, les Grands-mères de la place de Mai. Elle rencontre Sara, dont la fille enceinte a été enlevée par les forces armées, et qui pense que Gaby pourrait être sa petite-fille. Sara a une photo de sa fille au même âge que Gaby, qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau.

De son côté, Roberto est confronté au stress au travail en raison des machinations de ses collègues, dont plusieurs vont disparaître au cours du film. Ana le confronte, l'accuse de l'avoir dénoncée et d'avoir causé son arrestation des années auparavant. Vers la fin du film, tandis que Gaby est chez ses grands-parents adoptifs, Alicia emmène Sara chez elle et tente de la présenter à Roberto, qui, furieux, force Sara à partir. Alicia veut savoir si Gaby pourrait être la fille de disparus. L'attitude et l'insistance de Roberto à justifier que « si c'était vrai », ce serait peut-être « mieux » que ce soit eux qui s'occupent de la petite fille, confirment les soupçons d'Alicia. Il s'ensuit une confrontation physique violente entre Alicia et Roberto qui frappe sa femme. Alicia attrape son sac à main et sort, laissant les clés derrière elle. Roberto se retrouve seul.

Réception critique

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Le film, réalisé en 1985, a reçu principalement des critiques positives, car c'est l'un des premiers à baser l'histoire sur des faits réels advenus pendant la dictature 1976-1983[2]. L'actrice principale, Norma Aleandro, obtient une reconnaissance internationale[6],[7]. Le , à l'occasion du dixième anniversaire du coup d'État de 1976, La historia oficial remporte l'Oscar du meilleur film étranger[8], le premier pour une production argentine. C'est Norma Aleandro elle-même qui l'annonce, puis elle déclare dans le journal Clarín,alors qu'elle est invitée pour célébrer les trente ans de la démocratie[4] :

« Nous étions là depuis plusieurs jours pour faire la promotion du film, nous étions arrivés longtemps à l'avance, nous avions assisté aux Golden Globes et nous étions restés. Ils sont venus me parler pour me demander de présenter le prix du meilleur film étranger. Là, je me suis dit « ils ne vont pas nous le donner ». Parce qu'il est très rare que la personne qui annonce le prix remporte celui-ci. Et puis nous avions des concurrents formidables. Le jour de la remise des prix, je n'avais pas mis mes lunettes. Quand j'ai ouvert l'enveloppe, les lettres étaient petites et j'ai dû éloigner la carte. Ça commençait par « Official Story », et j'étais habituée à « La historia oficial » ; je ne pensais pas que c'était en anglais. Quand j'ai réalisé que c'était notre film, j'ai dit le célèbre « God bless you », qui venait du fond du cœur, parce que c'était une revanche sur tout ce qui nous était arrivé. Le vent avait tourné et le film commençait à nous apporter des merveilles après tant de tristesse. »Clarin, 24 mars 2016

Le film remporte de nombreux prix lors de sa première sortie à l'étranger et ce drame est très bien accueilli dans les années 1980. Walter Goodman, critique de cinéma au New York Times, déclare que le film est bien équilibré et écrit : « Le film de M. Puenzo est fermement engagé en faveur des droits de l'homme, mais n'impose aucune idéologie ni doctrine. »[9].

Les critiques cinéma Frederic et Mary Ann Brussat, de Spirituality and Practice, touchés par l'histoire qu'ils ont vu écrivent dans leur chronique : « L'histoire officielle est un drame déchirant et douloureux qui cristallise l'horreur et l'obscénité des activités politiques qui anéantissent la solidarité familiale au nom de l'idéologie. » et concluent « L'Histoire officielle a un impact viscéral dévastateur. »[10]. Le critique américain Roger Ebert écrit dans le Chicago Sun-Times : « L'Histoire officielle est à la fois une controverse, un thriller et une tragédie. Il rejoint la liste des films tels que Z, Missing et El Norte, qui montrent les aspects humains des troubles politiques. C'est un film qui soulève des questions très difficiles. [...] Alicia est interprétée dans le film par Norma Aleandro, dont la performance lui a valu le prix de la meilleure actrice au Festival de Cannes cette année. »[11].

Fiche technique

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Distribution

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(de gauche à droite) Les acteurs Héctor Alterio, Norma Aleandro, Chunchuna Villafañe, Chela Ruiz et Hugo Arana qui ont participé au film.
Complément de la distribution
  • Susana Behocaray
  • Cecilia Blanche
  • Angelica Bogué
  • Zulema Caldas
  • Eduardo Camacho
  • Paula Canals
  • Jorge Chernov
  • Diego Cosín
  • Alicia Dolinski
  • Horacio Erman
  • Mónica Escudero
  • Oscar Ferrigno (es)
  • Luis Gianneo
  • Eduardo Gondell
  • Gabriel González
  • Ricardo Hamlin
  • Fernando Hoffman
  • Amparo Ibarlucia
  • Virginia Innocenti (es)
  • Tony Middleton : homme d'affaires américain
  • Luisa Onetto
  • Fabian Pandolfi
  • Gastón Presas
  • Pablo Rago (es)
  • Fabián Rendo
  • Maximiliano Reussi
  • Adrian Schiavelli
  • Jorge Sorvik
  • Silvia Suárez (es)
  • Beatriz Thibaudin (es)
  • Gustavo Tieffenberg
  • Marcos Woinsky
  • Horacio Yervé

Prix et nominations

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Année Prix/Festival Catégorie Nomination Résultat Ref.
1985 Festival de Cannes Palme d'Or La historia oficial Nommé [12]
Meilleure actrice Norma Aleandro Primée
Prix du jury œcuménique Luis Puenzo Primé
1986 Oscar Meilleur film étranger La historia oficial (Argentina) Primé [8],[6]
Meilleur scénario original Aída Bortnik y Luis Puenzo Nommés
Golden Globes Meilleur film étranger La historia oficial (Argentina) Primé [13]
Condors d'argent Meilleur film La historia oficial Primé
Meilleur réalisateur Luis Puenzo Primé
Meilleure actrice Norma Aleandro Primée
meilleur acteur dans un second rôle Patricio Contreras Primé
meilleure actrice dans un second rôle Chela Ruiz Primée
Meilleure révélation féminine Analía Castro Primée
Meilleur scénario original Aída Bortnik, Luis Puenzo Primés
Meilleur montage Juan Carlos Macías Primé
Meilleure photographie Félix Monti Primé
Los Angeles Film Critics Association Meilleur film étranger La historia oficial (Argentina) Primé
Festival international de cinéma de Toronto Prix du public (People's Choice Award) Primé
Prix du cercle des critiques de cinéma de New York Meilleure actrice Norma Aleandro Primée
Festival international du film de Carthagène Meilleure actrice Primée
Festival international du film de Berlin Prix Otto Dibelius La historia oficial Primé
National Board of Review Top 10 des films étrangers Inclus
Kansas City Film Critics Circle Meilleur film étranger Primé
David di Donatello Meilleure actrice étrangère Norma Aleandro Primée
Prix Sant Jordi du cinéma Meilleure actrice étrangère Candidate
Prix ACE Meilleur film La historia oficial Primé
Meilleur réalisateur Luis Puenzo Primé
Meilleure actrice Norma Aleandro Primée

Notes et références

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Références

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  1. Elena Basso, « Le bouleversant retour aux origines pour les bébés volés de la dictature argentine », Le Monde,‎ (lire en ligne Accès limité, consulté le )
  2. a b et c (en-US) Nina Darnton, « Film Captures Argentina's Agony (Published 1985) », New York Times,‎ (lire en ligne Accès limité, consulté le )
  3. (en) « Norma Aleandro Movies List », sur www.rottentomatoes.com, (consulté le )
  4. a et b (es) Gaspar Zimerman, « "La historia oficial": Necesaria e inolvidable », sur Clarín, (consulté le )
  5. (en) « Norma Aleandro Biography » [archive du ], sur movies.yahoo.com (consulté le )
  6. a et b (en) « Norma Aleandro y las anécdotas del Oscar a La Historia Oficial : dell llegar caminando al God Bless You, por Pablo Mascareño », sur ICC – Instituto de Cultura CUDES, (consulté le )
  7. (es-AR) « La historia oficial - criticas », sur film affinity Argentina, (consulté le )
  8. a et b (en) « The 58th Academy Awards | 1986 », sur www.oscars.org, (consulté le )
  9. (en-US) Walter Goodman, « Screen : Argentine Love And Loss (Published 1985) », New York Times,‎ (lire en ligne Accès limité, consulté le )
  10. (en) Frederic and Mary Ann Brussat, « The Official Story | Film Review », sur www.spiritualityandpractice.com (consulté le )
  11. (en-US) Roger Ebert, « The Official Story movie review (1985) », sur www.rogerebert.com, (consulté le )
  12. « Festival de Cannes: The Official Story », sur festival-cannes.com (consulté le )
  13. (en) « L'Histoire officielle - Récompenses », sur IMDb (consulté le )

Articles connexes

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Liens externes

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