L'Auberge rouge (film, 1951)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir L'Auberge rouge.
L'Auberge rouge
Réalisation Claude Autant-Lara
Scénario Claude Autant-Lara
Jean Aurenche
Pierre Bost
Acteurs principaux
Sociétés de production Memmon Films
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Comédie dramatique
Durée 95 minutes
Sortie 1951

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

L'Auberge rouge est un film français réalisé par Claude Autant-Lara, sorti en 1951.

Synopsis[modifier | modifier le code]

En 1833, un groupe des voyageurs, auquel viennent se joindre un moine mendiant et un novice, décide de passer la nuit à Peyrebeille, dans une auberge isolée au milieu des montagnes ardéchoises. La femme de l’aubergiste avoue au moine sous le sceau de la confession qu'elle et son mari ont déjà tué plus de cent clients, volé leurs objets de valeur et enterré leurs cadavres dans le jardin.

La dernière victime, un joueur d'orgue de barbarie accompagné d'un singe apprivoisé, a été assassinée quelques heures plus tôt seulement. Dans leur hâte, les aubergistes ont caché son cadavre à l'intérieur d'un bonhomme de neige dans le jardin. Les nouveaux hôtes doivent être les dernières victimes, car le couple envisage de prendre sa retraite.

La femme presse le moine de quitter la maison dès le soir, sans quoi « c’est le même traitement qui l'attend, comme pour les autres ». Mais les voyageurs de la diligence, insouciants et qui ne songent qu’à s’amuser, l’empêchent de prendre la fuite. Désespéré le moine va donc essayer de sauver la vie de ses compagnons sans trahir le secret de la confession.

Pendant ce temps, la fille des aubergistes et le novice sont tombés amoureux l'un de l'autre. Quand l’aubergiste apprend du moine que le jeune garçon est le fils du président du tribunal de Privas, il force le prêtre à marier les tourtereaux dans l'espoir que son futur beau-fils pourra intervenir en sa faveur si ses activités criminelles sont découvertes.

Le lendemain la cérémonie est interrompue par deux gendarmes à cheval qui ramènent au musicien ambulant son singe qui s’était échappé. Le moine réussit à leur faire découvrir le cadavre dissimulé dans le bonhomme de neige et ils arrêtent les aubergistes avec leur domestique.

Soulagés, les voyageurs, le moine et le novice exceptés, reprennent la route pour gagner la vallée, mais, comme les bruits le font comprendre dans la scène finale, le pont que la diligence emprunte et dont le domestique a scié les poutres durant la nuit s'effondre sous le poids du véhicule, et tous périssent dans l'accident.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

« L’année suivante, en 1950, changement de cap. Le comte Czarnezci, riche marchand d’armes, qui pense pouvoir tirer profit du centenaire de la mort de Balzac, propose à Autant-Lara d’adapter L’Auberge rouge déjà porté à l’écran, au temps du muet, par Jean Epstein. Alors que le projet s’enlise pour des raisons financières, une nuit, le metteur en scène se réveille en sursaut et déclare à Ghislaine : "Gardons le titre et racontons une autre histoire…". C’est ainsi qu’avec la complicité d’Aurenche et Bost, Autant-Lara détourne la commande, ne conservant du roman de Balzac que le titre et le décor, une auberge perdue en montagne, théâtre d’évènements sanglants et mystérieux. Le trio imagine un scénario original dont le personnage central, un moine capucin, lié par le secret de la confession, fait tout pour sauver de la mort de malheureux voyageurs, victimes désignés d’aubergistes diaboliques. Ce conte philosophique, joyeusement anticlérical, au cynisme jovial, pratique un humour macabre, plus courant chez les Anglo-saxons que dans l’Hexagone. Mal accueilli par la critique, L’Auberge rouge fut un succès populaire, à mon avis, tout à fait mérité.
Dans le rôle du capucin, Fernandel a traversé le film sans rien comprendre à l’esprit de l’entreprise. Les rapports entre la vedette et son metteur en scène furent exécrables. On dit même que le dernier jour de tournage, le dernier plan mis en boite, Fernandel, en guise de salut, adressa un superbe bras d’honneur à Autant-Lara. "Si ça, c’est du cinéma d’art, tiens…". »

— Francis Girod, Discours prononcé lors de sa réception sous la Coupole en hommage à Claude Autant-Lara

  • Fernandel réalisa pendant le tournage que le film avait des aspects anticléricaux, ce qui contrevenait à ses convictions personnelles. Le tournage ne fut pas non plus facilité par la vision qu'avait Fernandel du film. À cette époque, l'acteur était déjà très célèbre et habitué à être le centre d'intérêt quasi exclusif des comédies légères auxquelles il participait en tant que vedette, et les réalisateurs de « l'Auberge rouge » durent ruser pour pouvoir monter leur film comme ils l'entendaient et non pas comme Fernandel se l'imaginait. À la fin du tournage, Fernandel promit de ne plus participer à un « film d'art. » Claude Autant-Lara raconta cette dernière anecdote - notamment à l'occasion d'une série d'entretiens accordés à Freddy Buache - en ajoutant qu'il estimait avoir fait tourner à Fernandel un de ses meilleurs films[1].
  • Le décor fut entièrement reconstitué en studio, ainsi que les extérieurs en plans serrés. Les extérieurs en plans larges ont été tournés sur le mont Revard à proximité d'Aix-les-Bains en Savoie.

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • Le film illustre un fait divers survenu en Ardèche vers 1830. À quelques kilomètres du petit village de Lanarce, au lieu dit Peyrebeille, un couple d'aubergistes, les époux Martin, aurait, selon la rumeur publique, tué et dévalisé plus de cinquante voyageurs en près de vingt-trois ans. Leur cupidité supposée finit par attirer l'attention du voisinage et les conduisit à leur perte : ils furent arrêtés puis exécutés au terme d'un procès peu satisfaisant qui avait débuté le 6 juin 1833. Pierre Martin, son épouse et leur complice Jean Rochette durent répondre du chef d'assassinats, tentatives d'assassinats et vols. Le 25 juin 1833, le jury les déclara coupables de l'assassinat d'une seule personne, dont on avait retrouvé le corps dans l'Allier. Leur pourvoi en cassation fut rejeté et le roi Louis-Philippe laissa la justice suivre son cours. Les condamnés furent guillotinés sur le lieu des crimes le 2 octobre 1833, en présence d'une foule nombreuse[2].
  • Le fait divers en question n'a aucun rapport avec le roman de Balzac L'Auberge rouge. Cependant le projet original du film devait bien s'inspirer de cette œuvre, l'essentiel des fonds nécessaires à la réalisation du film ayant pu être rassemblé grâce au fait qu'à l'époque, la France se préparait à commémorer le centenaire de la mort de l'écrivain, décédé en 1850. C'est seulement après avoir vendu son projet aux producteurs qu'Autant-Lara s'aperçut que la reconstitution des décors nécessaires au tournage excéderait le budget alloué par les producteurs. Selon lui, c'est sa femme qui suggéra alors de mettre en scène l'histoire de l'auberge de Peyrebeille, ce qui permettait de conserver le titre du projet initial.
  • Le nombre de victimes est actuellement contesté (certains historiens disent une seule, voire aucune)[3].
  • Gérard Krawczyk a réalisé un remake du film en 2007 : L'Auberge rouge. À la distribution de cette nouvelle version, où l'on retrouve près de trente ans après certains des interprètes des Bronzés, on peut préférer celle du film d'Autant-Lara.
  • Contrairement à ce qu'affirment certaines sources erronées, l'Auberge rouge n'est pas à l'origine de la locution ne pas être sorti de l'auberge, qui est antérieure aux crimes de Peyrebeille[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bonus du DVD du film, lors d'une interview (référence à rendre plus précise)
  2. Gazette des Tribunaux.
  3. Émission radio thématique de Jacques Pradel diffusée le sur Europe 1 : La véritable histoire de l'Auberge rouge avec l'historien Gérald Messadié, auteur du Secret de l'Auberge rouge (Paris, Éditions de l'Archipel, 2007, ISBN 2-84187-990-9), et Thierry Boudignon, archiviste aux Archives nationales et auteur de L'Auberge rouge (Paris, CNRS Éditions, 2007, ISBN 2-271-06605-0).
  4. Origine et signification en vidéo sur le site netprof.fr

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]