L'Art de perdre

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L'Art de perdre
Auteur Alice Zeniter
Pays France
Genre roman
Éditeur Flammarion
Date de parution
ISBN 978-2081395534

L'Art de perdre est un roman d'Alice Zeniter paru le aux éditions Flammarion et récompensé par une demi-douzaine de prix littéraires dont le Prix Goncourt des lycéens 2017. De plus le roman reste deux années consécutives, en 2017 et 2018, dans le palmarès des livres francophones les plus vendus en France.

Écriture du roman[modifier | modifier le code]

L'expression L'Art de perdre est l'incipit du poème One Art d'Elizabeth Bishop (1911-1979)[1], que connaissent et citent Naïma et son chauffeur entre Tizi Ouzou et Alger, au retour de la maison familiale et du pays d'origine ; poème également lu par l’héroïne du film In Her Shoes.

Résumé[modifier | modifier le code]

Le roman accompagne Naïma, le personnage principal contemporain, qui essaie de reconstituer ses origines et son identité.

Partie 1 : L'Algérie de papa[modifier | modifier le code]

L'histoire familiale semble commencer au centième anniversaire de la conquête de l'Algérie par la France, en 1930, en Kabylie, au sud-est d'Alger, région de Bouira, près de Palestro (actuelle Lakhdaria), sur les crêtes, dans un hameau (mechta) oublié. On y parle encore de la révolte des Mokrani (1871) et des poèmes de M'hand.

Les trois frères Zekkar (p. 476), Ali (marié à Yema en troisième mariage), Djamel (marié à Fatima), Hamza (marié à Rachida, mère d'Omar), sont de petits paysans, un temps ouvriers agricoles, qui ont fini par racheter des terres, planter des oliviers, récupérer un pressoir, vendre leur production, devenir importants, nouveaux riches, et susciter des jalousies, au moins celle des Amrouche.

Le premier fils d'Ali et Yema est Hamid (né en 1953). Il a eu deux filles d'un premier lit, puis, avec Yema, neuf autres frères ou sœurs (Dalila (1954), Kader (1955), Akli (1957), Claude (1962), Hacène (1964), Karima (1965), Mohamed (1967), Fatiha (1968), Salim). Hamid se sent bien dans la boutique de Claude, auprès d'Annie, et de Michelle, sœur de Claude, tous Français.

Youcef Tadjer, adolescent voisin, veut croire quelque temps à Messali Hadj (1898-1974), mais Ali, engagé volontaire de 1940, bardé de médailles, président adjoint de l'Association des Anciens Combattants locale ne veut pas comprendre ce désir d'indépendance. Et encore moins quand le FLN (dont le Kabyle Krim Belkacem) se manifeste en 1954, puis interdit toute relation avec l'administration française, dont le tabac, les pensions militaires. Le loup de Tablat organise au village une mise en scène menaçante. Ce qui n'empêche pas la cérémonie de circoncision d'Hamid.

Après l'embuscade de Palestro (1956, Ali Khodja), la situation se détériore : terreur, répression, assassinat du président de l'AAC, arrestation d'Ali, suspicions croisées, regroupement des villages, napalm... La guerre d'Algérie (1954-1962) est vue de cette zone de crêtes de Haute Kabylie, par un Kabyle qui voudrait vivre tranquillement, mais qui se trouve confronté à la violence, dont l'attentat du Milk Bar (Alger, Zohra Drif).

Même s'il n'a (sans doute) rien fait, ni trahi personne, pour ne pas avoir soutenu le FLN, il est considéré comme un harki, qui parvient à obtenir une place avec Hamid pour Marseille en 1962.

Partie 2 : La France froide[modifier | modifier le code]

Huit mois sous tente au Camp de Rivesaltes, après regroupement familial, avec beaucoup d'autres auxiliaires de l'administration française, tout l'hiver de 1962. Camps de transit et de reclassement pour les harkis : « la danse des perdants des guerres coloniales » (p. 177), entre vengeances et neuroleptiques.

De 1963 à 1965, deux années en hameau de forestage au Logis d'Anne[2], à Jouques, à travailler pour l'Office national des forêts, à avoir peur des chenilles processionnaires (p.197), à être des invisibles. Même à un médaillé de la bataille de Monte Cassino, on sort : «Je sers pas les crouilles», avec référence aux films Indigène et La Ligne rouge. Hamid est en classe de rattrapage.

En 1965, Ali est déplacé à Flers (Orne), dans un nouvel immeuble de banlieue (Sonacotra), avec baignoire, pour y travailler comme ouvrier dans l'uine de tôlerie Luchaire. Ali est incapable d'expliquer à Hamid la situation : «Tu rêves ou tu veux que je rêve» (p. 227). Du passé algérien, on ne parle pas, sauf quand on y est forcé : appels du frère Hamza resté au pays, changement de président. Hamid est jugé trop sérieux à l'école, mais il se lie d'amitié avec deux élèves, François et Gilles. En 1967, Ali vide à la poubelle les sept kilos de ferraille de ses médailles.

Une forme d'intégration a lieu : les enfants scolarisés font les courriers officiels du voisinage. Au lycée, Hamid abandonne le ramadan, découvre la politique, et Marx, et ne parvient pas à se faire expliquer par Ali pourquoi ils en sont là. La fête de la Saint-Jean est l'occasion d'une bagarre raciste, où le trio Hamid-François-Gilles se défend (p. 286).

L'été 1969 permet au trio de visiter Paris, logé dans le studio de Stéphane, pour le pire, l'altercation avec un restaurateur kabyle expatrié des années 50, et le meilleur, la rencontre de Clarisse. Hamid reste avec elle à Paris, travaille en intérim, suit une formation, intègre la Caisse nationale des allocations familiales, oublie son passé ou le cache : Je suis de Basse-Normandie.

Hamid doit rentrer en famille pour un courrier officiel algérien : la loi exige les non résidents à céder leurs terres à ceux qui les travaillent. L'intransigeance du père et du fils amène la crise. Désormais, Hamid devient silencieux. Ali monte à Paris rencontre Mohand, sans chercher à voir son fils, et ils tirent tous deux un bilan mitigé de leurs vies.

Après son service militaire en 1973, le jeune couple s'installe dans un appartement approximatif sous les toits. La scène de panique de Clarisse devant le rat aux toilettes communes entraîne des concessions, dont la visite commune aux parents respectifs. Même Annie réapparaît, avant de repartir aider en Algérie. Clarisse accouche de Myriem. Trois autres enfants vont suivre, à la campagne : Pauline, Naïma, Aglaé.

Partie 3 : Paris est une fête[modifier | modifier le code]

Naïma, née vers 1990, a 25 ans en 2015, pour les attentats du 13 novembre 2015 en France (Bataclan). Elle vit en colocation avec Sol et Romain, et travaille dans une galerie d'art contemporain, sous la direction de Christophe. Celui-ci décide d'offrir à l'artiste algérien Lalla, exilé de 1995, lors de la guerre civile algérienne (1991-2002), une rétrospective. Pour cela, il charge Naïma de se rendre en Algérie chercher une partie de la production de Lalla. Elle hésite, se plonge dans l'histoire récente de l'Algérie, essaie de comprendre ses origines, et les silences de toute la famille (son père Hamid, son grand-père Ali, sa grand-mère Yema). Elle finit par accepter, arrive à Alger en bateau, est prise en charge, découvre Alger, puis Tizi Ouzou, rencontre des gens concernés. Enfin, comme un pari, elle accepte de se laisser conduire "au village", après Lakhdaria (ancienne Palestro), "chez les terros", un hameau sur les crêtes près de Zbarbar, où elle retrouve la maison familiale. On parle de Hassen Ferhari, de Mektoub Lounès, on trace dans l'air un arbre généalogique familial, on prend des photos. Elle accepte de passer la nuit sur place.

Accueil de la critique[modifier | modifier le code]

Prix littéraires et ventes[modifier | modifier le code]

Les principaux prix littéraires reçus par le roman sont :

Fin janvier 2018, le palmarès annuel L'Express-RTL-Tite Live – dévoilé en présence des lauréats conviés pour un déjeuner à l'hôtel Lutetia à Paris – place le roman à la sixième position des ouvrages francophones (parus en grand format) les plus vendus en 2017[10] et bien qu'il soit paru l'année précédente, le roman est toujours à la quatorzième place du même palmarès l'année suivant en 2018, démontrant la persistance rare de ses ventes sur une période de deux ans[11].

Éditions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]