Koryo-saram

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Koryo-saram
Populations significatives par région
Drapeau de l'Ouzbékistan Ouzbékistan 184 699 (2013)[1]
Drapeau de la Russie Russie 153 156 (2010)[2]
Drapeau du Kazakhstan Kazakhstan 100 305 (2009)[3]
Drapeau du Kirghizistan Kirghizistan 16 828 (2015)[4]
Drapeau de l'Ukraine Ukraine 12 711 (2001)[5]
Drapeau du Turkménistan Turkménistan 3 000[6]
Population totale 500 000
Autres
Langues russe, koryo-mar (en)
Religions Christianisme orthodoxe, Bouddhisme, Confucianisme, Protestantisme
Ethnies liées Coréens, Coréens de Sakhaline (en)
Description de cette image, également commentée ci-après

  •      Population de Koryo-saram de plus de 20 000 personnes
  •      Population de Koryo-saram significative mais inférieure à 20 000 personnes
  •      Population coréenne s'identifiant en partie comme Koryo-saram (Sakhaline).

Koryo-saram (cyrillique : Корё сарам, Hangeul : 고려사람) est le nom par lequel s'appellent les personnes d'origine coréenne présentes dans les anciens États soviétiques, d'abord dans l'Extrême-Orient russe au XIXe siècle, puis en Asie centrale où elles furent déportées dans les années 1930[7],[8].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Koryo renvoie au royaume de Goryeo, État qui occupa la péninsule de Corée du début du Xe siècle à la fin du XIVe siècle ; saram signifie peuple. Le terme Koyoin est aussi utilisé en Corée pour les désigner[9].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le peuple Koryo-saram possède beaucoup de caractéristiques communes avec les Coréens, dont il s'est séparé à la fin du XIXe siècle : mêmes racines génétiques, socle d'histoire et de culture commun, etc. Cependant, les évènements historiques vécus par les Koryo-sarams ont affecté leur mentalité, leur culture, leur langage, et même leur apparence, ce qui en fait un peuple différent des Coréens[10].

Installation dans le Primorié sous l'Empire russe[modifier | modifier le code]

Localisation du fleuve Tumen : la Corée est au Sud de l'embouchure, le Primorié au Nord. La Chine n'a plus accès à la mer du Japon.

L'origine de leur présence remonte à des Coréens qui vivaient dans l'Extrême-Orient russe au XIXe siècle et au début du XXe siècle. En 1860, l'Empire russe fit reculer la dynastie Qing et s'étendit sur le Primorié. La frontière entre la Corée du Nord et la Russie fut définie en 1861, et revêtit immédiatement une haute importance stratégique, car elle coupait l'accès à la mer du Japon à la Chine. Des migrants coréens traversèrent alors le Tumen pour s'installer sur des terres vacantes du Primorié ; cette migration de Coréens se poursuivit jusqu'au début des années 1930, encouragée par le manque de terres en Corée, la tolérance des fonctionnaires russes, et l'occupation de la Corée par le Japon en 1905. En 1917, environ cent mille Coréens vivaient en Russie ; ils représentaient le tiers de la population du Primorié (90 % de la population dans le district de Possyet (en)[11]). Les Coréens s'installèrent principalement dans le Kraï du Primorié, jusqu'à l'arrivée des colons russes. Une grande partie d'entre eux tenta d'obtenir la citoyenneté de l'Empire russe.

Déportation sous l'URSS[modifier | modifier le code]

Les Coréens furent les premiers à subir la déportation des peuples en URSS[12] (voir déportation de Coréens en Union soviétique (en)). En 1937, 172 000 Coréens furent déportés en Asie centrale, principalement en RSS kazakhe et en RSS ouzbèke sous prétexte d'espionnage pour le compte des Japonais[13]. Avant la déportation, le Primorié comptait deux raions coréens et 77 conseils ruraux coréens, environ 400 écoles coréennes, des lycées techniques et des instituts coréens, un théâtre coréens, et un certain nombre de journaux édités en coréen.

Selon le recensement de 1959, 44,1 % des Coréens d'URSS vivaient en Ouzbékistan, 29,1 % en Russie et 23,6 % au Kazakhstan[14]. Après la chute de l'URSS, les Koryo-sarams d'Asie centrale migrèrent en priorité vers la Russie et l'Ukraine.

En 1993, le Soviet suprême de la Fédération de Russie (en) décréta officiellement que les décisions prises en 1937 à l'encontre des Koryo-sarams étaient illégales et reconnut leur statut de victimes de répressions politiques[15].

Répartition[modifier | modifier le code]

Environ 500 000 personnes d'origine coréenne vivent sur le territoire de l'ancienne Union soviétique, principalement en Asie centrale mais aussi dans le sud de la Russie (autour de Volgograd), dans le Caucase et dans le sud de l'Ukraine.

Une communauté de Koryo-sarams existait au Tadjikistan à la chute de l'URSS mais semble ne plus être significative de nos jours[16].

Langue[modifier | modifier le code]

Leur langue est le Koryo-mar (en), dérivé du dialecte de Hamgyŏng, aujourd'hui en Corée du Nord. C'est une langue orale sans enseignement officiel. En 1995, 85% des Koryo-sarams parlaient le russe et en 1990, le dernier journal publié en coréen ne comptait qu'une centaine d'abonnés[17].

Les Coréens de Sakhaline[modifier | modifier le code]

Il y a aussi une communauté coréenne sur l'île Sakhaline, et au sein de cette communauté, tous ne revendiquent pas l'identité Koryo-saram. À la différence de la communauté coréenne présente sur le continent, elle tire son origine de personnes venues du Gyeongsang et de la Jeolla dans les années 1930 et 1940 dans le cadre d'une politique de travail forcé mise en œuvre par le Japon pour exploiter des mines de charbon.

Bol de carottes rapées.
Carottes à la coréenne (en), un plat typique koryo-saram.

Gastronomie[modifier | modifier le code]

La gastronomie traditionnelle koryo-sarame (voir cuisine koryo-sarame (ru)), bien qu'issue de la cuisine des régions du nord de la Corée, a connu des changements significatifs sous l'Empire russe et l'URSS, s'adaptant à la présence ou à l'absence de certains ingrédients. Il en résulte une série de plats qui n'ont pas leur équivalent dans la gastronomie de Corée du Nord ou du Sud. Un bon exemple en est les carottes à la coréenne (en)[18] ; certains plats russes se préparent ou se consomment d'une manière différente par les Koryo-sarams : par exemple, ils ajoutent du riz au bortsch. De nos jours, les Koryo-sarams incluent souvent des éléments de gastronomie d'Asie centrale dans leur repas, comme le plov et les mantı, même s'ils n'y vivent plus.

Viktor Tsoi, rocker soviétique mort prématurément, avait un père koryo-saram.

Quelques personnalités koryo-sarams[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en)/(ru) Cet article est partiellement ou en totalité issu des articles intitulés en anglais « Koryo-saram » (voir la liste des auteurs) et en russe « Корё-сарам » (voir la liste des auteurs).

  1. (ru) Y. N. Tsyryapkina, « Les russes en Ouzbékistan : pratiques linguistiques et auto-identification (sur la base des recherches par genre à Fergana) », Journal de Tomsk de Linguistique et d'Anthropologie, vol. 9, no 3,‎ (lire en ligne).
  2. (ru) « НАЦИОНАЛЬНЫЙ СОСТАВ НАСЕЛЕНИЯ РОССИЙСКОЙ ФЕДЕРАЦИИ » [« Données du recensement de population de 2010 de la Fédération de Russie »] [[xls]] (consulté le 2 mars 2017).
  3. (ru) Agence des statistiques de la République du Kazakhstan, « Résultats du recensement national de la République du Kazakhstan de 2009 : Rapport analytique » [[PDF]], Astana, (consulté le 2 mars 2017), p. 22.
  4. (ru) Comité national des statistiques de la République du Kirghizistan, « Recensement de la population permanente de la République du Kirghizistan par nationalité entre 2009 et 2015 » [[xls]] (consulté le 2 mars 2017).
  5. (uk) « Recensement par nationalité et par langue en Ukraine », (consulté le 2 mars 2017).
  6. Kwangseo Ki 2002.
  7. Nikolaï F. Bougaï (dir.), L’exil des Coréens du territoire de l’Extrême-Orient vers l’Asie centrale, in "Istoriia otechestvennaia" no 6, 1992
  8. Exil des Coréens soviétiques d'Extrême-Orient, in "Istorii k voprosu", no 5, 1994.
  9. (en) Ban Byung-yool, « Koreans in Russia: Historical Perspective », The Korea Times,‎ (lire en ligne).
  10. (ru) German N. Kim, « Qui-pro-quo dans le discours de conscience nationale, ethnique et de diaspora », dans Yu V. K. et German N. Kim, Newsletter of Korean Studies in Central Asia, vol. 18, Almaty, Center for Korean Studies KazNU, , 330 p. (ISBN 5-628-01-982-8, lire en ligne), p. 67-68.
  11. (ru) Mikhaïl Kalichevsky, « Y aura-t-il une fin au vagabondage des Koryo-sarams ? De la migration des Coréens d'Asie centrale en Russie. Partie 1. », Fergana,‎ (lire en ligne).
  12. (en) J. Otto Pohl, Ethnic Cleansing in the USSR, 1937-1949, Greenwood Press, coll. « History », , 179 p. (ISBN 0313309213 et 9780313309212, lire en ligne).
  13. (ru) « Décret N° 1428-32BCC du Conseil des Commissaires du Peuple de l'URSS et du Comité Central VKP(b) "De l'expulsion des populations coréennes des régions frontalières du Kraï d'Extrême-Orient" », sur Memorial, (consulté le 2 mars 2017).
  14. (ru) Soc J. G., « Étapes de la transformation de l'identité nationale de la communauté coréenne russophone en URSS et en Russie (1926-2010) », sur Koryo Saram, (consulté le 2 mars 2017).
  15. (ru) « Décret du Soviet suprême de la Fédération de Russie : De la réhabilitation des Coréens soviétiques », (consulté le 2 mars 2017).
  16. (ru+tg) Agence de statistiques sous la direction du Président de la République du Tadjikistan, Composition nationale, maîtrise linguistique et citoyenneté de la population de la République du Tadjikistan : Recensement de la population de 2010, t. III, (lire en ligne), p. 7.
  17. Jean-Jacques Marie, Les peuples déportés d'Union soviétique, Éditions Complexe, 1995, page 31
  18. (en) Andrei Lankov, « Korean carrot », Russia beyond the Headlines,‎ (lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]