Kisurra
| Kisurra Abū-Ḥaṭab, Tell Abu Hatab | ||
| Localisation | ||
|---|---|---|
| Pays | ||
| Province | Province d'Al-Qadisiyya | |
| Coordonnées | 31° 50′ 17″ nord, 45° 28′ 50″ est | |
| Géolocalisation sur la carte : Irak
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Kisurra, actuellement Abū-Ḥaṭab ou Tell Abu Hatab, située dans la province d'Al-Qādisiyyah, en Irak, est une ancienne ville du Proche-Orient située sur la rive occidentale de l'Euphrate, à sept kilomètres au nord de l'ancienne ville Shuruppak et à l'est de l'ancienne ville de Kish.
Pendant la majeure partie de son histoire, Kisurra dépend des principaux centres de pouvoir voisins d'Uruk, d'Isin et de Larsa. Les divinités Inanna de Zabalam, Ningishzida, Ningal, Ninisina et Annunitum sont toutes vénérées à Kisurra, reflétant cette influence. Le dieu peu connu Gal-ga-eri est mentionné dans une tablette comme venant de Kisurra[1].
L'ancien nom du site est déterminé en 1902 sur la base d'une inscription sur brique, déchiffrée par Friedrich Delitzsch. Cette inscription indique « Itur-Samas, chef des Rabbeans, fils d'Iddin-Ilum, gouverneur de Kisurra bien-aimé du dieu Samas et de la déesse Annunitum »[2],[3].
Histoire
[modifier | modifier le code]Bronze ancien
[modifier | modifier le code]Kisurra est fondée vers 2700 av. J.-C., pendant la période dynastique archaïque sumérienne II sur une superficie de 17 hectares. L'extrémité sud du canal d'Isinnitum rejoint l'Euphrate à Kisurra[4].
La ville demeure un centre de commerce et de transport important pendant la période akkadienne Ur III et occupe alors 46 hectares.
Bronze moyen
[modifier | modifier le code]Le souverain de Larsa Rim-Sin (vers 1822-1763 av. J.-C.) rapporte la prise de Kisurra lors de la 20e année de son règne. Les textes cunéiformes et les fouilles archéologiques témoignent d'un déclin sous le règne du souverain babylonien Hammurabi (env. 1792-1750 av. J.-C.)[5]. Les textes indiquent que des prisonniers de guerre de Kisurra sont détenus à Uruk, pendant la période paléo-babylonienne[6].
Samsu-iluna (vers 1749-1712 av. J.-C.), successeur d'Hammurabi, rapporte la destruction de Kisurra lors de la 13e année de son règne : « Année où le roi Samsu-iluna, sur ordre d'Enlil, amena Kisurra et Sabum à la gloire »[7]. Kisurra rejoint la révolte générale contre la domination babylonienne. Cette révolte, infructueuse, est menée par Rim-sin II de Larsa et regroupant 26 villes, dont Uruk, Ur et Isin, ainsi que trois gouverneurs « élamites » (Tanene, Werriri et Kalumatum), contre la Première Dynastie babylonienne, alors gouvernée par Samsu-iluna[8].
Kisurra est mentionnée dans l’édit du roi Ammi-Saduqa (vers 1638-1618 av. J.-C.) : « Si un fils (= citoyen) de Numhia, Emutbal, Idamaraz, Uruk, Isin, Kisurra ou Murgu contracte une dette et qu’il [se] vend, lui, sa femme ou [ses enfants], en servitude pénale… »[9].
Gouverneurs
[modifier | modifier le code]Plusieurs dirigeants de Kisurra, presque toujours en tant que gouverneurs dépendant de potentats plus importants, sont connus par les noms des années de leur gouvernorat, leur ordre chronologique étant conjectural[10],[11] :
- Itur-Šamaš (14 années connues) : il construit les temples d'Annunitum, d'Enki et d'Adad. C'est la seule inscription royale connue ;
- Manna-balti-El (10 années connues) : il construit le temple de Ninurta et est contemporain d'Ur-Ninurta d'Isin ;
- Šarrasyurrum (une année connue) ;
- Ubaya (4 années connues) ;
- Zikrû (6 années connues) ;
- Ibbi-Šamaš (une année connue) ;
- Sallum (deux années connues) : il construit les remparts de Kakkulatum, une ville située sur le Tigre, près de l'embouchure de la Diyala. Deux tablettes trouvées à Kisurra portent des noms d'années mentionnant la mort de Sallum[12] ;
- Ibni-šadûm (7 années connues) : son épouse est la fille du dirigeant de Larsa, Sūmû-Ēl (vers 1895-1866 avant J-C)[13].
Une autre source administrative officielle indique que Manna-balti-El, le père d'Ibni-šadûm, a épousé une fille de Sūmû-Ēl, d'après une inscription qui indique « Šat-Sin, fille de Sumu-El, belle-fille de Manna-balti-El, l'épouse d'Ibni-šadum »[14].
Archéologie
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Le site s'étend sur environ 46 hectares, principalement de la période Ur III, et une extension au nord d'environ 17 hectares, principalement de la période dynastique archaïque II-III. L'extrémité sud du tumulus est recouverte par une nécropole moderne. Après une fouille de sondage menée en 1901 par Hermann Volrath Hilprecht, l'archéologue allemand Robert Koldewey, de la Deutsche Orient-Gesellschaft, y effectue des fouilles pendant 33 jours, en 1902 et 1903, et met au jour de nombreuses tablettes cunéiformes provenant d'Abū Ḥaṭab. La plupart de ces tablettes sont conservées au Musée d'Istanbul et au Musée du Proche-Orient ancien de Berlin. Parmi les autres découvertes, dont la localisation n'est pas précisément connue, on compte un sceau-cylindre de la période akkadienne ancienne et cinq sceaux-cylindres de la période paléo-babylonienne[15],[16].
Une tranchée nord-sud est creusée dans la partie sud du bord est du tumulus, et une tranchée est-ouest dans sa partie nord. Plusieurs briques inscrites de Bur-Sin (peut-être le souverain d'Isin) sont découvertes : « d Bur-Sin lugal Ur-(ki)-ma, Bur-Sin, à Nippur, nommé par Bel du temple de Bel, le brave héros, roi d'Ur, roi des divisions du monde »[17],[18],[19],[20]. En 2016, le projet de prospection QADIS réalise un relevé aérien de la surface du site (QD075a). Les vestiges de surface d'Abū Ḥaṭab datent des périodes dynastiques archaïques I et II, tandis que les vestiges du tumulus principal d'Abū Ḥaṭab datent de la période Ur III[21],[22]. À ce jour, 260 tablettes cunéiformes de Kisurra ont été publiées. Elles sont pour la plupart de nature administrative, principalement des prêts, des actes et des livraisons, mais comprennent également une lettre. Cette lettre contient un texte de serment remarquable : « Ainsi tu m'as dit : “Que ton envoyé me saisisse les testicules et le pénis, et alors je te le donnerai”. Concernant ce que tu m'as dit, je t'envoie Burriya, fils de Menanum »[23].
Les tablettes les plus anciennes datent du règne du souverain de Larsa Gungunnum (vers 1932-1906 av. J.-C.). La tablette la plus récente date du règne du souverain Larsa Rim-Sin Ier (vers 1822-1763 av. J.-C.)[11].
Liste de dirigeants
[modifier | modifier le code]La liste suivante ne doit pas être considérée comme exhaustive :
| Portrait ou inscription | Règle | Date approx. et durée de règne (chronologie) | Commentaires, notes et références concernant les mentions |
|---|---|---|---|
| période Isin-Larsa ( c. 2025 – c. 1763 BC ) | |||
| Itur-Šamaš | Incertain ; ce souverain a peut-être fl. c. 1923 – c. 1896 BC | Fils d'IdiniluIl portait le titre de « Roi » temp. d' Ur-Ninurta | |
| Bur-Suen 𒀭𒁓𒀭𒂗𒍪 |
r. c. 1895 – c. 1874 BC (21 ans) |
Fils d'Ur-NinurtaOriginaire d'Isin Il est dit sur la Liste royale sumérienne (SKL) qu'il porte le titre de « roi » non seulement d'Isin, mais qu'il détient la « royauté » sur tout Sumer. temp. de Sumuel | |
| Erra-imitti 𒀭𒀴𒊏𒄿𒈪𒋾 |
r. c. 1868 – c. 1861 (7 ans) |
Originaire d'IsinLe SKL affirme qu'il porte le titre de « roi » non seulement d'Isin, mais aussi de « royauté » sur tout Sumer. temp. de Nur-Adad | |
| Manabaltiel | Incertain | Il porte le titre de « roi ». | |
| Szarrasyurrum | Incertain | Il porte le titre de « roi ». | |
| Zikrû | Incertain | Il porte le titre de « roi ». | |
| Ubaya | Incertain | Il porte le titre de « roi ». | |
| Hallum | Incertain | Il porte le titre de « roi ». | |
| Ibni-šadûm | Incertain | Il porte le titre de « roi ». | |
| Ibbi-Szamasz | Incertain | Il porte le titre de « roi ». | |
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ (en) Douglas R. Frayne et Johanna H. Stuckey, G, A Handbook of Gods and Goddesses of the Ancient Near East: Three Thousand Deities of Anatolia, Syria, Israel, Sumer, Babylonia, Assyria, and Elam, University Park, USA, Penn State University Press, 2021, p. 107-122 [lire en ligne].
- ↑ (en) Douglas Frayne, Kisurra, Old Babylonian Period (2003-1595 B.C.), in Early Periods, vol. 4, Toronto, University of Toronto Press, 1990, p. 650-652.
- ↑ (en) Samuel N. Kramer, New tablets from Fara, in Journal of the American Oriental Society 52.2, 1932, p. 110-132 [lire en ligne].
- ↑ (en) James W. Bell, « Sumerian Waterways », sur jameswbell.com, .
- ↑ (en) Rients de Boer, Beginnings of Old Babylonian Babylon: Sumu-Abum and Sumu-La-El, in Journal of Cuneiform Studies, vol. 70, 2018, p. 53-86.
- ↑ (en) Annunziata Rositani, The Status of War Prisoners at Uruk in the Old Babylonian Period, in Journal of Ancient Near Eastern History, 2024.
- ↑ (de) E. Ebeling et B. Meissner, Reallexikon der Assyriologie (RIA-2), Berlin, 1938.
- ↑ (en) Wilfred G. Lambert et Mark Weeden, A statue inscription of Samsuiluna from the papers of W.G. Lambert, in Revue d’assyriologie et d’archéologie orientale 114.1, 2020, p. 15-62 [lire en ligne].
- ↑ (de) F. Kraus, Konzigliche Verfugungen in altbabylonischer Zeit, in Studia et Documenta ad lura Orientis Antiqui Pertinentia XL, Leiden, Brill, 1984.
- ↑ (en) Marcel Sigrist et Peter Damerow, Mesopotamian Year Names - list of cities and kings - Kisurra sur cdli-gh.github.io.
- (en) Witold Tyborowski, New Tablets from Kisurra and the Chronology of Central Babylonia in the Early Old Babylonian Period, in Zeitschrift für Assyriologie und Vorderasiatische Archäologie, vol. 102-2, 2012, p. 245-269 (ISSN 0084-5299).
- ↑ (de) Oskar Mann, "S", Band 11 Prinz, Prinzessin - Samug, Berlin, Boston, De Gruyter, 2008, p. 472-648.
- ↑ (en) Z. Földi, On the Seal of Ayalatum and the Dynasty of Larsa, in Nouvelles Assyriologiques Brèves et Utilitaires, 2016/37, 2016.
- ↑ Dominique Charpin, Ibni-šadûm, roi de Kisurra, fils de Manna-balti-El et gendre de Sûmû-El de Larsa, NABU 39, 2002, p. 21-22.
- ↑ (de) Anton Moortgat, Vorderasiatische Rollsiegel, Ein Beitrag Zur Geschichte Der Steinschneidekunst, 1940.
- ↑ Pierre Amiet, « Glyptique susienne archaïque », in Revue d'Assyriologie et d'archéologie orientale 51.3, 1957, p. 121-129.
- ↑ (de) Walter Andrae, Die Umgebung von Fara und Abu Hatab, in Mitteilungen der Deutschen Orient Gesellschaft, no 16, 1903, p. 24-30.
- ↑ (de) Walter Andrae, Ausgrabungen in Fara und Abu Hatab. Bericht über die Zeit vom 15. August 1902 bis 10. Januar 1903, in Mitteilungen der Deutschen Orient Gesellschaft, no 17, 1903, p. 4-35 [lire en ligne].
- ↑ (de) E. Heinrich, Fara: Ergebmisse der Ausgrabungen der Deutschen Orient Gesellschaft in Fara und Abu Hatab 1902/03, J.C. Hinrichs, 1931 [lire en ligne].
- ↑ (en) Sattar A. Jabbar, Excavations of German archaeological Expeditions In Al-Qadisiyah Governorate/Iraq (Isin, Tell Fara, Tell Abu Hatab), in Al-Qadisiyah Journal For Humanities Sciences 22.1, 2019, p. 285-301.
- ↑ (en) Nicolò Marchetti, Abbas Al-Hussainy, Giacomo Benati, Giampaolo Luglio, Giulia Scazzosi, Marco Valeri et Federico Zaina, The Rise of Urbanized Landscapes in Mesopotamia: The QADIS Integrated Survey Results and the Interpretation of Multi-Layered Historical Landscapes, in Zeitschrift für Assyriologie und vorderasiatische Archäologie, vol. 109, no 2, p. 214-237 [lire en ligne].
- ↑ (en) Nicolò Marchetti et Federico Zaina, Rediscovering the Heartland of Cities, in Near Eastern Archaeology 83, 2020, p. 146-157 [lire en ligne].
- ↑ (en) Robert Gordis, Howard Jacobson et Meir Malul, « A Rising Tide of Misery; a Note On a Note On Zephaniah Ii 4 », Vetus Testamentum, Brill, vol. 37, nos 1–4, , p. 487-494 (DOI 10.1163/156853387X00379, lire en ligne)
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) E.J. Banks, « Impressions from the Excavations by the Germans at Fara and Abu Hatab », Biblical World, vol. 24, 1904, p. 138-146 [lire en ligne].
- (de) Félix Blocher, Zur Glyptik Aus Kisurra, in Forschungen Und Berichte, vol. 29, 1990, p. 25-35.
- (de) Zsombor J. Földi, « Inannas Erhöhung in Kisurra und anderen Orten », in Oriens antiquus : rivista di studi sul Vicino Oriente Antico e il Mediterraneo orientale vol. IV, p. 51-55, 2022.
- (en) Anne Goddeeris, « Tablets from Kisurra in the collections of The British Museum », Vol. 9, Otto Harrassowitz Verlag, 2009,
- (en) Anne Goddeeris, « The Economic Basis of the Local Palace of Kisurra », Zeitschrift für Assyriologie und vorderasiatische Archäologie, vol. 97, numéro 1, p. 47–85, 2007
- (en) Anne Goddeeris, « An Adoption Document from the Kisurra Collection in the British Museum », dans Mining the Archives. Festschrift pour Christopher Walker, édité par Cornelia Wunsch, Babylonische Archive 1, Dresde, ISLET, 2002, p. 93-98.
- (de) Burkhart Kienast, Die altbabylonischen Briefe und Urkunden aus Kisurra, vol. 1-2, Steiner, 1978.
- (en) Palmiro Notizia, « A previously unidentified Old Babylonian loan document from Kisurra in the British Museum », AuOr 35, 2017, p. 177-179.
- (de) W. Sommerfeld, Untersuchungen zur Geschichte von Kisurra, ZA 73, 1983, p. 204-231.
- (en) Klaus Wagensonner, « The Middle East after the Fall of Ur », The Oxford History of the Ancient Near East: Volume II: From the End of the Third Millennium BC to the Fall of Babylon, 2022, p. 190-309.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
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