Kermes vermilio

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La cochenille Kermes vermilio, le kermès des teinturiers, plus connu sous le nom de “graines écarlates”, est un insecte hémiptère parasite du chêne kermès. Le nom Kermès a une origine indo-européenne, il était utilisé pour désigner un ver, une larve, ou un insecte. La désignation de plusieurs nuances de couleurs par les premiers teinturiers dérive directement de kermès et de vermilio :

  • vermillon a pour origine kermès vermilio, (vermilio signifiant "petit ver" à cette époque, la cochenille était prise pour un 'petit ver'). Le rouge vermillon était, entre autres, une teinture obtenue par l'utilisation de cet insecte ;
  • c’est du nom de Kermès, que dérive le nom du chêne kermès, mais aussi cramoisi et carmin.

Le parasite était récolté au Moyen Âge dans le Sud de la France (Languedoc et Provence) et au Sud-Est de l'Espagne (actuelle Castille-la-Manche) sur le chêne kermès ; on recueillait la cochenille qui est immobile, de forme sphérique et de taille minuscule (6 à 8 mm). L'espèce était ramassée, desséchée et broyée pour tirer une teinture rouge écarlate, ou à moindre dose des couleurs rosées et violettes. La récolte, par matinée, était d'environ 1 kg de “graines”, de quoi produire 10 à 15 g de pigment pur.

Au Moyen Âge, son usage a supplanté dans le monde musulman et en Occident la pourpre du coquillage utilisée majoritairement jusqu'à la fin de l'Antiquité pour obtenir le rouge écarlate et des teintes violacées. L'utilisation de cette cochenille méditerranéenne resta inchangée pendant des siècles jusqu'à la découverte du Nouveau Monde au XVIe siècle et de la cochenille du cactus (Dactylopius coccus) dont la concentration et le pouvoir colorant étaient supérieurs. En effet, le coût de production de la teinture issue de Kermes vermilio était très élevé, rendant cette teinture très onéreuse, voire la plus onéreuse pour teindre la soie. Le prix dépendait de la qualité et de l'abondance de la récolte : production soumise au aléas, récolte fastidieuse, solidité du rouge obtenu[1]. Ainsi pour teindre un drap fin, il était nécessaire de récolter 1 à 1,5 million d'insectes. Une pièce de drap fin teint aux kermès vaut deux ans et neuf mois du salaire d'un maître maçon[2]. Ce type de teinture a servi à teindre les étoffes des tissus royaux et de la papauté (laine et soie).

La ville de Montpellier était célèbre au XIVe siècle pour ses tissus écarlates de grande valeur. Elle est utilisée aussi par les moines copistes, dans les enluminures des manuscrits médiévaux. Sa présence a été décelée dans des peintures néolithiques, en France et sur les momies égyptiennes.

Seule la femelle de Kermes vermilio est utilisée pour produire cette substance tinctoriale rouge vif[3].

Le principe tinctorial de cette cochenille est l'acide kermésique, pigment rouge sang du type anthraquinone. La cochenille est aujourd'hui encore sous la rubrique des colorants alimentaires, c'est le E120[4], mais cette cochenille est une espèce mexicaine (Dactylopius coccus avec l'acide carminique) qui a pris le pas sur la petite cochenille méditerranéenne.

Références[modifier | modifier le code]

  1. CARDON Dominique ; Le guide des teintures naturelles. Éditions Delachaux et Niestlé, 1990
  2. Rouge, bleu, blanc : teintures à Nîmes, 1989, 84 p
  3. [1]
  4. http://www.les-additifs-alimentaires.com/E120.php

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