Keir Starmer
| Keir Starmer | ||
Portrait officiel de Keir Starmer en 2024. | ||
| Fonctions | ||
|---|---|---|
| Premier ministre du Royaume-Uni | ||
| – (2 ans et 15 jours) |
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| Monarque | Charles III | |
| Vice-Premier ministre | Angela Rayner David Lammy |
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| Gouvernement | Starmer | |
| Législature | 59e | |
| Coalition | Travailliste | |
| Prédécesseur | Rishi Sunak | |
| Successeur | Andy Burnham | |
| Chef du Parti travailliste | ||
| – (6 ans, 3 mois et 13 jours) |
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| Élection | 4 avril 2020 | |
| Chef adjoint | Angela Rayner Lucy Powell |
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| Prédécesseur | Jeremy Corbyn | |
| Successeur | Andy Burnham | |
| Chef de l'opposition officielle | ||
| – (4 ans, 3 mois et 1 jour) |
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| Monarque | Élisabeth II Charles III |
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| Premier ministre | Boris Johnson Liz Truss Rishi Sunak |
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| Chef adjoint | Angela Rayner | |
| Gouvernement | Cabinet Starmer | |
| Législature | 58e | |
| Prédécesseur | Jeremy Corbyn | |
| Successeur | Rishi Sunak | |
| Député britannique | ||
| En fonction depuis le (11 ans, 3 mois et 12 jours) |
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| Élection | 7 mai 2015 | |
| Réélection | 8 juin 2017 12 décembre 2019 4 juillet 2024 |
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| Circonscription | Holborn and St Pancras | |
| Législature | 56e, 57e, 58e et 59e | |
| Groupe politique | Travailliste | |
| Prédécesseur | Frank Dobson | |
| Biographie | ||
| Nom de naissance | Keir Rodney Starmer | |
| Date de naissance | ||
| Lieu de naissance | Londres (Royaume-Uni) | |
| Nationalité | Britannique | |
| Parti politique | Parti travailliste | |
| Conjoint | Victoria Alexander (depuis 2007) | |
| Diplômé de | Université de Leeds St Edmund Hall (Oxford) |
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| Profession | Avocat plaidant | |
| Religion | Athéisme | |
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| Premiers ministres du Royaume-Uni | ||
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Keir Starmer (prononcé : /ˈkɪə ˈstɑːmə/ ⓘ)[a], né le à Londres, est un homme d'État britannique, membre du Parti travailliste. Chef de son parti du au , il est Premier ministre du Royaume-Uni du au 20 juillet 2026.
Haut responsable du ministère public de 2008 à 2013 puis élu en 2015 député travailliste dans la circonscription de Holborn and St Pancras, il siège au sein du cabinet fantôme de Jeremy Corbyn, d'abord comme ministre de l'Immigration, puis en tant que secrétaire d'État au Brexit. En 2020, il est élu chef du Parti travailliste, à la suite des élections générales de 2019 et devient également chef de l'opposition officielle. Après la très large victoire du Parti travailliste aux élections générales de 2024 en nombre de sièges pour seulement 33,70 % des suffrages exprimés, il prend la direction du gouvernement britannique.
Son mandat est rapidement marqué par des émeutes anti-immigration en 2024, suivies par des manifestations en 2025 avec des revendications similaires. Parallèlement, le parti Reform UK opère une percée inédite dans les sondages. Starmer amorce un durcissement de la politique migratoire britannique. Le mandat de Starmer est également marqué par des revirements idéologiques, diverses controverses dont notamment un scandale lié à l'affaire Epstein concernant la nomination de Peter Mandelson comme ambassadeur aux États-Unis, et par une forte impopularité. Le parti subit ainsi des défaites électorales majeures, notamment aux élections locales de 2025 et 2026, ainsi qu'aux élections législatives galloises de la même année, qui voient les travaillistes subir de lourdes pertes en nombre de sièges, dans le cadre d'une remise en cause inédite du bipartisme dans le pays.
Starmer doit alors faire face à de nombreux appels à démissionner de la part de membres de son propre parti. Keir Starmer annonce finalement sa démission de la direction du Parti travailliste le , et à terme de celle du gouvernement.
Biographie
[modifier | modifier le code]Vie privée
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Keir Rodney Starmer naît le à Southwark, à Londres. Il grandit à Oxted, dans le Surrey. Il est le fils d'un ouvrier d'usine et d'une infirmière qui l'ont prénommé Keir en hommage à Keir Hardie, premier député britannique élu sous l'étiquette travailliste[1].
En 2007, Keir Starmer épouse Victoria Alexander, une juriste qui fut avocate avant de rejoindre le National Health Service. Le couple a deux enfants, un garçon né en 2008 et une fille née en 2009. Il se déclare athée mais ses enfants sont éduqués dans la foi juive, religion de leur mère[2],[3].
Passionné de football, il joue à Kentish Town et est supporter du club londonien d'Arsenal[4]. Dans sa jeunesse, il étudie à la Guildhall School of Music et pratique la flûte, le piano et le violon[5],[6]. Il est pesco-végétarien tandis que son épouse est végétarienne[7].
Parcours professionnel
[modifier | modifier le code]Diplômé de l'université de Leeds en et du St Edmund Hall à Oxford en , Keir Starmer est avocat. Spécialisé dans les droits de l’Homme, il travaille notamment dans les Antilles britanniques. Proche d'Amnesty International, il combat la peine de mort aux Caraïbes, s'oppose à la fermeture des mines de charbon en Grande-Bretagne et affronte la multinationale McDonald's[8].
En , il est découvert par le grand public dans tout le Royaume-Uni et les pays du Commonwealth en raison du documentaire de Ken Loach qui est consacré au cas McLibel, relatant la façon dont Keir Starmer défend des écologistes.
Il prend part, entre 2003 et 2008, à l’élaboration des nouvelles forces de police en Irlande du Nord, le Police Service of Northern Ireland (PSNI). Ce projet, né de l’accord du Vendredi saint signé le qui a mis fin à trente ans de guerre civile, devait intégrer aussi bien des catholiques que des protestants dans un corps de police alors discrédité après des années de violence sectaire. Il devient en 2008 directeur des poursuites judiciaires, ce qui lui vaut d’être promu au grade de chevalier commandeur de l'ordre du Bain par la reine Élisabeth II en 2014. Bien qu'il bénéficie depuis du prédicat honorifique de « Sir », il refuse de se faire appeler « Sir Keir »[9]. En tant que procureur général de 2008 à 2013, son image de juriste progressiste évolue ; il bloque des poursuites engagées à la suite de violences policières, propose des sanctions plus sévères contre ceux qui auraient abusé de l’aide sociale (jusqu’à dix années de prison) et facilite la persécution de Julian Assange par le gouvernement américain[10].
Premiers engagements politiques
[modifier | modifier le code]Keir Starmer s'engage à gauche en réaction aux années Thatcher. Il fournit en 1990 une aide juridique gratuite aux manifestants arrêtés par la police après les émeutes contre la Poll tax. Il est également opposé au gouvernement de Tony Blair, lui reprochant en particulier la guerre en Irak, puis attaque en justice le gouvernement, celui-ci refusant d’accorder des prestations aux demandeurs d’asile[11].
Député
[modifier | modifier le code]En 2015, Keir Starmer est élu député à la Chambre des communes pour la circonscription de Holborn and St Pancras[12]. Il est impliqué en 2016 dans une fronde menée par l'aile droite du Parti travailliste visant à obtenir la démission de Jeremy Corbyn. Celui-ci est toutefois largement reconduit à la tête du parti par le vote des militants[11].
Le , il est nommé par le chef du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, en tant que secrétaire fantôme du Brexit au sein du cabinet fantôme travailliste[13], remplaçant Emily Thornberry. Keir Starmer démissionne d'un poste de conseil auprès du cabinet d'avocats (Mishcon de Reya LLP[14]) qui agit pour Gina Miller lorsque cette citoyenne britannique intente une action en justice pour obtenir un débat et un vote au Parlement sur l'utilisation de l'article 50 du traité sur l'Union européenne, interpellant la Première ministre Theresa May sur sa stratégie de négociation[15].
Résolument favorable à l'intégration du Royaume-Uni au sein de l'Union européenne, il est celui « qui a infligé les plus gros revers au gouvernement sur le Brexit ». Il a notamment contraint l'exécutif à révéler des documents compromettants sur la stratégie britannique. Il échoue toutefois à amener le Parti travailliste à revendiquer l'organisation d'un second référendum sur la sortie de l'UE, s'opposant sur ce point à Jeremy Corbyn. Le Brexit devenu effectif en , il entend depuis lors militer pour un accord commercial rapproché avec l'UE et le maintien de protections sociales, économiques et environnementales que certains conservateurs aimeraient démanteler[8].
Candidature à la direction du Parti travailliste
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Le , au terme d'une élection interne, à la suite de l'échec du Parti travailliste lors des élections générales de 2019, Keir Starmer succède à Jeremy Corbyn comme chef du parti et devient du même coup le nouveau chef de l'opposition officielle[16]. Bien qu'il n'appartienne pas à l'aile gauche du Labour, il défend la renationalisation de certains pans de l’industrie britannique et l’augmentation des impôts pour les plus fortunés. Il bénéficie de l’image d’un rassembleur, à même de réunir toutes les tendances politiques du Labour[17]. Il entend néanmoins repositionner plus à droite le parti sur certaines questions économiques et sociales, notamment en abandonnant le projet de modifier les statuts des écoles privées, très favorables aux élites britanniques, et en défendant un programme de nationalisation moins ambitieux[9]. Il abandonne également l'orientation anti-atlantiste qu'avait défendue Corbyn (opposition aux guerres au Moyen-Orient et à l'OTAN, dénonciation du soutien de Londres aux monarchies du Golfe, désarmement nucléaire, etc.)[18]. Porté à la tête du plus grand parti d’Europe (580 000 militants), il explique vouloir « un Labour qui gagne une élection. On peut dire ce que l’on veut sur vouloir sauver le monde, mais si nous ne gagnons pas d’élections, il n’y a rien que nous puissions faire »[9].
Sa victoire est prononcée par les médias britanniques comme un retour à la normalité[18]. Keir Starmer présente immédiatement ses excuses pour l'antisémitisme au sein du parti[19],[20]. Le Figaro note qu'il a écarté du parti les auteurs de propos antisémites que son prédécesseur Jeremy Corbyn n'avait pas sanctionnés, ce qui avait entaché l'image du Labour[21].
Chef du Parti travailliste
[modifier | modifier le code]Tournant centriste
[modifier | modifier le code]Keir Starmer entreprend après son élection comme nouveau chef du Parti travailliste un tournant plus à droite. Les « dix promesses » sur lesquelles il avait fait campagne et qui s'inscrivaient pour l’essentiel dans la continuité du programme de Jeremy Corbyn sont effacées du site internet du parti. Un groupe de socialistes membres du cabinet fantôme est rapidement exclu pour avoir voté contre deux projets de loi du gouvernement Johnson visant à garantir l’impunité aux militaires et aux agents de renseignement s'ils commettaient des actes criminels au cours de leurs opérations. Rebecca Long Bailey, sa principale rivale lors du scrutin, est à son tour évincée du cabinet fantôme en . Jeremy Corbyn est suspendu du parti en octobre et exclu de son groupe parlementaire pour avoir nuancé les conclusions d'un rapport sur l'attitude du Labour face à l'antisémitisme[22]. En janvier, c'est au tour du dirigeant écossais du parti, Richard Leonard, proche de Corbyn, d’être écarté. Concernant l'actualité du pays, le Labour de Starmer surprend en refusant de soutenir la mobilisation de dizaines de milliers d’étudiants qui demandaient une baisse des frais de scolarité et des loyers des résidences universitaires[23].
Cette mutation est considérée comme un retour au New Labour de Tony Blair[24], bien que Keir Starmer prenne soin de ne pas s'afficher aux côtés de l’ex-Premier ministre travailliste, toujours très impopulaire[25].
Difficultés au sein du Labour
[modifier | modifier le code]Les purges visant l'aile gauche du parti et le réalignement idéologique plus au centre conduisent plusieurs syndicats à envisager de se désaffilier du Labour[22] tandis que le nombre de militants du parti chute de 55 000 à la fin de l'année 2020 alors que la tendance était à la hausse depuis des années[26]. Keir Starmer ne parvient pas à capitaliser sur les erreurs et la relative impopularité du Premier ministre Boris Johnson, le Labour restant au plus bas dans les sondages et enregistrant une série de défaites lors d’élections législatives partielles[27].
Il est mis en difficulté lors de la conférence annuelle du Labour, en , le parti ayant perdu plus de 120 000 militants depuis qu'il en a pris la tête. Il échoue à faire adopter une réforme de la désignation des dirigeants du parti qui visait à supprimer la règle du « une voix, un vote » et ainsi donner plus de poids aux voix des députés et moins à celles des adhérents, réputés plus à gauche[28],[29].
Durant le Partygate, il demande la démission de Boris Johnson pour avoir participé à des fêtes durant les confinements de 2020 et 2021[30]. Le Premier ministre l'accuse en retour d’être responsable de l'affaire Jimmy Savile, un présentateur de télévision accusé de pédophilie par des dizaines de personnes et mort sans avoir été poursuivi, en raison de sa position d'ancien haut responsable du ministère public. Il est ensuite pris à partie par des manifestants[31].
En 2022, il refuse de soutenir les grèves au cours de « l’été du mécontentement »[32], provoquée par la forte inflation touchant le pays[33],[34],[35], et interdit aux membres de son cabinet fantôme de s'afficher avec les grévistes[36]. L'un d'eux, Sam Tarry, ministre fantôme des transports, est même limogé après être apparu aux côtés des cheminots grévistes[36].
Deux ans après son élection à la tête du parti et malgré l'impopularité du parti conservateur au pouvoir depuis plus d'une décennie, il ne bénéficie pas d'une grande popularité malgré la domination du Labour dans les sondages depuis le début de l'année en raison de sa stratégie jugée « brouillonne »[37]. En , seuls 27 % des Britanniques estiment qu'il « s’en sort bien » en tant que chef de l'opposition et 53 % jugent que son bilan est mauvais[37]. Lors du décès de la reine Élisabeth II le 8 septembre, il devient le dernier chef de l'opposition officielle de son règne et le premier du nouveau roi Charles III, qui le reçoit après sa proclamation en tant que nouveau monarque[38].
Embellie dans les sondages et crise politique de 2022
[modifier | modifier le code]Après la démission du Premier ministre conservateur Boris Johnson en , la nomination de Liz Truss, qui revendique ouvertement son admiration pour Margaret Thatcher[39], provoque une hausse spectaculaire des intentions de vote pour le Labour : l'annonce de la nouvelle Première ministre d'une baisse massive des impôts pour les plus aisés, s'élevant à plus de 40 milliards de livres, provoque une panique sur les marchés financiers en raison de son absence de financement[40],[41],[42]. Les sondages prévoient une victoire écrasante des travaillistes si des élections venaient à avoir lieu[43]. En conséquence, Keir Starmer se pose en garant de la stabilité économique[44], défend une ligne pro-business[24] et commence à préparer sa potentielle arrivée au pouvoir au vu de l'impopularité du gouvernement conservateur[45]. En pleine crise politique et après seulement six semaines au pouvoir et face à la fronde de son groupe parlementaire, Liz Truss annonce sa démission le [46]. Keir Starmer appelle alors, au vu de l'instabilité gouvernementale chaotique[47], à des élections anticipées[48],[49],[50]. Rishi Sunak devient finalement Premier ministre après avoir été désigné par les députés conservateurs comme leur nouveau chef.
Longtemps pro-européen et partisan d'un second référendum sur l'adhésion à l'UE, il cesse, depuis son élection à la tête du Labour, de critiquer le Brexit et refuse de remettre fondamentalement en cause l’accord de retrait de l'UE conclu en 2020 par Johnson ou de rejoindre le marché intérieur européen[51]. En , visant à reconquérir les électeurs du « mur rouge » qui ont voté en masse pour le Brexit, il affirme que la Grande-Bretagne doit mettre fin à sa dépendance économique vis-à-vis de l’immigration. Cette déclaration est analysée comme une tentative d'aborder des sujets où le Parti travailliste était perçu comme étant en décalage avec le grand public sous Jeremy Corbyn[52]. Le Figaro analyse par ailleurs que « Keir Starmer se fait le symbole du patriotisme, mène une lutte acharnée contre la criminalité, procède à l'aliénation des courants de gauche radicaux au sein du Parti travailliste, interdit à ses députés de participer à des grèves sous peine de suspension »[53].
Victoire aux élections législatives de 2024
[modifier | modifier le code]À la demande du Premier ministre Rishi Sunak le , des élections législatives anticipées sont convoquées pour le prochain. Il s'agit ainsi des premières élections sous le règne du nouveau roi Charles III. La participation s'établit à 60 %, soit son taux le plus bas depuis 2001, et le second depuis 1885[54]. Comme attendu, le Parti travailliste remporte une victoire écrasante avec plus de 410 sièges sur 650, soit le second meilleur résultat de l'histoire du parti avec celui des élections de 1997[55],[56]. Cependant, la disproportionnalité des résultats, habituelle dans le pays du fait de l'utilisation du scrutin uninominal majoritaire à un tour, est particulièrement élevée en 2024, le parti travailliste réunissant 63 % des sièges avec moins de 34 % des suffrages, tandis qu'à l'opposé, le parti Reform UK en obtient 0,8 % avec 14 % des suffrages. Ainsi, ces élections sont les moins proportionnelles de l'histoire du pays et pose la question du manque de vraie représentativité du corps électoral et du mode de scrutin[57]. La victoire des travaillistes intervient malgré des résultats dans les urnes bien inférieurs à ceux prévus dans les sondages. Alors même que leur nombre de sièges constitue un record historique uniquement égalé par celui de 1997, les travaillistes obtiennent la victoire la plus faible de l'histoire moderne du pays en termes de part des suffrages, un paradoxe qui conduit à de nouvelles critiques du système électoral britannique, tandis que les gagnants sont appelés à ne pas se montrer trop confiant face à une victoire en trompe-l'œil[58],[59],[60].
Premier ministre du Royaume-Uni
[modifier | modifier le code]Investiture et premières mesures
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Le , au lendemain de la très large victoire en nombre de sièges du Parti travailliste aux élections générales anticipées, Keir Starmer est nommé Premier ministre du Royaume-Uni par le roi Charles III, succédant à Rishi Sunak, démissionnaire[61]. Son gouvernement est notamment marqué par la diversité sociale avec des membres issus de familles modestes et formés dans l’enseignement public britannique[62].
Au lendemain de sa nomination, il confirme vouloir abandonner le plan d'expulsion des migrants vers le Rwanda, projet controversé engagé par son prédécesseur[63]. Peu après, il annonce « définir une manière de travailler à travers le Royaume-Uni qui soit différente, meilleure, et reconnaître les contributions des quatre nations » avec les gouvernements décentralisés du pays de Galles, d'Écosse et d'Irlande du Nord avec un objectif : leur redonner une voix plus importante[64].
Émeutes anti-immigrants, revirements idéologiques et controverses
[modifier | modifier le code]Keir Starmer doit faire face à des émeutes consécutives à l'attaque au couteau du , à Southport dans le Merseyside, qui a fait 3 morts, tous des enfants de sexe féminin. Des informations erronées, y compris de fausses affirmations sur l'identité, la nationalité, la religion et le statut d'immigrant du tueur (Axel Muganwa Rudakubana), sont diffusées sur les réseaux sociaux par des comptes d'extrême droite très en vue[65]. La diffusion de ces fausses informations est considérée comme la cause des manifestations violentes anti-immigration, notamment orchestrées par l'English Defence League, mouvement politique anglais créé en 2009 par Tommy Robinson et classé à l'extrême droite[66],[67],[68]. Starmer annonce souhaiter des sanctions rapides contre les manifestants coupables d'exactions et de dégradations[69]. Sa cote de popularité chute après les émeutes anti-migrants et une « période de lune de miel post-électorale », 49 % des personnes interrogées estimant selon un sondage que Keir Starmer a mal géré les émeutes, contre 31 % qui estiment qu’il a été à la hauteur[70].

Il se trouve impliqué dans une controverse en , lorsque la chaîne Sky News révèle qu'il a reçu à partir de des cadeaux pour plus de 100 000 livres sterling, notamment des vêtements mais aussi des billets de concert ou de match de football, qu'il a déclarés auprès des services de la Chambre des communes. Sa femme, Victoria, a également reçu des cadeaux, qui n'ont pas été déclarés. Cette polémique éclot alors qu'il appelle les Britanniques à faire des efforts et conduit Kemi Badenoch, candidate à la direction du Parti conservateur, à le qualifier d'« hypocrite » puisqu'il dénonçait la déconnexion des Premiers ministres conservateurs lorsqu'il était chef de l'opposition. Bien que ces présents soient légaux, Keir Starmer annonce qu'il n'acceptera désormais plus de dons de vêtements, tout comme la vice-Première ministre Angela Rayner et la chancelière de l'Échiquier Rachel Reeves, qui en avaient elles aussi bénéficié[71].
À la suite de l'arrêt de la Cour suprême du Royaume-Uni reconnaissant les femmes transgenres comme des hommes et les excluant ainsi des espaces réservés aux femmes[72], Keir Starmer salue cette décision qui, d'après lui, « apporte une vraie clarté » et affirme qu’une femme est « une adulte de sexe féminin »[73],[74]. Ces déclarations s'écartent des positions traditionnellement sociales-libérales et progressistes du Parti travailliste ainsi que de ses propos de 2022 : il assurait dans The Times que « les femmes transgenres sont des femmes »[73].
En , à la suite de la publication du « rapport accablant » de Louise Casey concernant les activités des gangs pédocriminels pakistanais ou d'origine pakistanaise en Grande-Bretagne et mettant en lumière « des décennies de négligence de la part des autorités locales face à des abus systémiques », il présente ses excuses aux milliers de victimes, après avoir initialement refusé d’ouvrir une enquête nationale. Peu auparavant, il avait déclaré avoir « changé d’avis » après avoir lu l’« audit national » sur les « grooming gangs » craignant jusqu’alors qu’une telle enquête ne soit instrumentalisée par l’extrême droite. En , Elon Musk l'avait accusé d’avoir permis à des « groupes de violeurs d’exploiter des jeunes filles impunément »[75].
Impliqué dans l'affaire Mandelson, du nom de Peter Mandelson, qu'il a nommé ambassadeur aux États-Unis, Keir Starmer refuse initialement de le limoger après que Mandelson ne soit cité dans la plus vaste affaire Epstein. Devant la pression politique, il finit par le démettre de ses fonctions. Quelques mois plus tard, Mandelson est arrêté par la police pour inconduite dans l'exercice de fonctions publiques, alors qu'il apparaît qu'il a transféré à Epstein des documents confidentiels en 2009 lorsqu'il est secrétaire d'État aux Affaires et qu'Epstein lui a transféré de l'argent[76],[77], Starmer allant jusqu'à considérer devant la Chambre des communes que Mandelson a « trahi » son pays[78]. Il apparaît que l'administration britannique avait initialement suggéré de ne pas donner à Mandelson l'habilitation de sécurité nécessaire à ses fonctions d'ambassadeur[79]. Ce scandale survient alors que le gouvernement Starmer avait, lors de sa prise de fonction, annulé la nomination de Tim Barrow pour le poste à Washington et par la suite nommé Mandelson[80].
Impopularité, défaites aux élections locales et démission
[modifier | modifier le code]En , Keir Starmer procède à un large remaniement ministériel après que la vice-Première ministre Angela Rayner a démissionné après des accusations de fraude fiscale[81]. Le , Lucy Powell, démise de ses fonctions gouvernementales lors du remaniement, est élue pour succéder à Angela Rayner comme cheffe adjointe du Parti travailliste, un résultat décrit comme un signe de défiance des militants travaillistes vis-à-vis de Starmer qui appuyait discrètement la candidature de Bridget Phillipson, secrétaire d'État à l'Éducation[82].
En , The Guardian révèle que des proches de Starmer s'inquiètent d'une potentielle tentative du secrétaire d'État à la Santé, Wes Streeting, de renverser le Premier ministre dans les mois à venir[83]. Il devient le Premier ministre le plus impopulaire de l'histoire du pays[10]. Le chef du Parti travailliste écossais Anas Sarwar appelle publiquement à la démission de Starmer, considérant que « trop d'erreurs » avaient été commises[84].
Le Parti travailliste subit une déroute historique aux élections locales de 2025 puis de 2026, perdant en Angleterre des centaines d’élus et le contrôle de plusieurs de ses bastions historiques, en particulier dans les zones déshéritées du pays. Au pays de Galles, la défaite du Labour est encore plus importante lors des élections législatives de 2026, avec la fin d'une domination électorale depuis près de 100 ans[85]. Dans les jours suivant le scrutin, des dizaines de députés travaillistes appellent au départ du Premier ministre et plusieurs membres du gouvernement annoncent leur démission, dont le secrétaire d'État à la Santé Wes Streeting[86],[87]. Keir Starmer exclut toutefois de démissionner, et déclare son intention d'être candidat à sa propre succession si une élection interne venait à être déclenchée par ses rivaux internes[88]. Sa position est menacée par son ancienne vice-Première ministre Angela Rayner, et par le maire du Grand-Manchester Andy Burnham, qui se fait réélire membre du Parlement le à l'occasion d'une élection partielle, dans le but assumé de déclencher un vote interne contre Starmer pour la direction du Parti travailliste[89],[90]. Fortement contesté, à la fois au sein du Labour et sur la scène politique publique, il fait face à de nombreux appels à démissionner de la part d'autres partis, tels que les Verts, mais également par des membres de son propre cabinet.
Le , il annonce finalement son intention de démissionner de la direction du Parti travailliste et de rester Premier ministre jusqu'à la désignation de son successeur par un scrutin interne du Labour, devant se conclure avant la reprise des travaux parlementaires en [91]. Le lendemain, il rencontre Andy Burnham, son successeur pressenti, pour organiser la passation des pouvoirs[92]. Le , toujours en fonction, il annonce un plan d'investissement de 15 milliards en 4 ans pour la modernisation des forces armées britanniques, sans garantie de mise en œuvre par son successeur toutefois[93]. Il est par la suite présent au sommet de l'OTAN à Ankara les 7 et , où il annonce un nouveau programme européen pour développer les missiles longue portée[94].
Andy Burnham est désigné sans opposition nouveau chef du Parti travailliste le suivant, et succède à Keir Starmer comme nouveau Premier ministre du Royaume-Uni le [95],[96].
Résultats électoraux
[modifier | modifier le code]Direction du Parti travailliste
[modifier | modifier le code]| Année | Adhérents du parti |
Soutiens enregistrés |
Soutiens affiliés |
Total | Résultats | |||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Voix | % | Voix | % | Voix | % | Voix | % | |||
| 2020[97] | 225 135 | 56,1 | 10 228 | 76,6 | 40 417 | 53,1 | 275 780 | 56,2 | Élu | |
Membre du Parlement
[modifier | modifier le code]| Élection | Circonscription | Parti | Voix | % | Issue | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 2015 | Holborn and St Pancras | Travailliste | 29 062 | 52,9 | Élu | |
| 2017 | 41 343 | 70,1 | Élu | |||
| 2019 | 36 641 | 64,5 | Élu | |||
| 2024 | 18 884 | 48,9 | Élu | |||
Distinctions honorifiques
[modifier | modifier le code]Distinctions britanniques :
Chevalier commandeur de l'ordre du Bain, lui octroyant le titre de « Sir » () ;
Conseiller privé, lui accordant le prédicat du « Très honorable » () ;- Conseiller de la Reine (puis du Roi), lui autorisant des post-nominales « K.C. » ().
En anglais, son style complet de politesse est : « The Rt Hon Sir Keir Starmer, KCB, KC, MP »[98].
Décorations étrangères :
Grand officier de la Légion d'honneur ([99], remise par Emmanuel Macron).
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Prononciation en anglais britannique retranscrite selon la norme API.
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ (en) Stephen Moss, « Keir Starmer: “I wouldn't characterise myself as a bleeding heart liberal…” », sur The Guardian, (consulté le ).
- ↑ (en) Meet Keir Starmer's Jewish wife, bringing Shabbat to No. 10 Downing Street. jpost.com. July 5, 2024.
- ↑ (en) Beth Harpaz. UK’s new prime minister, Keir Starmer, observes Shabbat, supports Israel and vows to fight antisemitism. forward.com.
- ↑ « Législatives britanniques : Keir Starmer, l'ancien avocat favori pour devenir Premier ministre », AFP, 4 juillet 2024.
- ↑ (en) « Prime Minister Keir Starmer plays flute, recorder and piano, and was a Guildhall music scholar », sur Classic FM (consulté le ).
- ↑ (en-GB) Esther Addley, « How Keir Starmer, former flautist, was shaped by ‘many opportunities’ of music », The Guardian, (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en-GB) Genevieve Holl-Allen, « Sir Keir Starmer: I didn’t let my children eat meat until they were 10 », The Telegraph, (ISSN 0307-1235, lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 « Royaume-Uni : trois choses à savoir sur Keir Starmer, le nouveau chef du Parti travailliste », sur Franceinfo, .
- 1 2 3 Sonia Delesalle-Stolper, « Keir Starmer, un pragmatique à la tête du Labour », sur Libération.fr, .
- 1 2 Owen Jones, « Les trahisons de M. Starmer n'ont pas tué la gauche britannique », sur Le Monde diplomatique, .
- 1 2 « Labour : Keir Starmer, le gentleman prolétaire qui pourrait succéder à Corbyn », sur France Culture,
- ↑ (en) Ramzy Alwakeel et Robin de Peyer, « London election results: Labour dominates the capital as Liberal Democrats crumble », sur Evening Standard, (consulté le )
- ↑ (en) « Jeremy Corbyn has appointed Sir Keir Starmer as Shadow Brexit Secretary and the Tories should be worried », Politicalbetting.com, (lire en ligne)
- ↑ www.mishcon.com
- ↑ Vincent Collen, « Brexit : Theresa May forcée de revoir sa stratégie », Les Échos, (lire en ligne)
- ↑ « Royaume-Uni : Keir Starmer remplace Jeremy Corbyn à la tête du Parti travailliste », sur france24.com, (consulté le )
- ↑ Samuel Ravier-Regnat, « Royaume-Uni. Labour : qui pour succéder à Jeremy Corbyn ? », sur L'Humanité,
- 1 2 Andrew Murray, « Adieux discrets au corbynisme », Le Monde diplomatique, .
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Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Tom Baldwin, Keir Starmer, the Biography, William Collins, 2024.
Liens externes
[modifier | modifier le code]- (en) Site officiel
- Ressources relatives à l'audiovisuel :
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- Ressource relative aux beaux-arts :
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