Katsutoshi Naitō
| Contexte général | |||||||||
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| Sport | Lutte | ||||||||
| Période active | années 1920 | ||||||||
| Biographie | |||||||||
| Nom dans la langue maternelle | 内藤克俊 | ||||||||
| Nationalité sportive | Japonais | ||||||||
| Nationalité | Japon et empire du Japon | ||||||||
| Naissance | |||||||||
| Lieu de naissance | Hiroshima ( |
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| Décès | (à 74 ans) | ||||||||
| Lieu de décès | Suzano | ||||||||
| Surnom | Tiger Naito | ||||||||
| Palmarès | |||||||||
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内藤克俊 (Naitō Katsutoshi) né le 25 février 1895 à Hiroshima, mort le 27 septembre 1969 à Suzano au Brésil, est un sportif japonais, VIIe Dan de judo et spécialiste de la lutte[1]. Il est considéré comme le fondateur de la lutte japonaise[2]et a œuvré à l’organisation, à la diffusion et à la reconnaissance institutionnelle du Judo au Brésil.
Situation personnelle
[modifier | modifier le code]Il est orphelin dès le plus jeune âge : son père Katsuaki Naitō, officier de l'armée, meurt alors qu'il a six mois et sa mère Assa peu après avoir qu'il a intégré l'école élémentaire Hiroshima Saemi. Il est recueilli par sa sœur mariée qui habite Taïwan - alors occupé par le Japon - où il s'initie à la gymnastique. En 1914, il commence à acquérir les rudiments de l'art martial avec son professeur Takeuchi. L'année suivante, sa sœur et son beau-frère retournent au Japon et Katsutoshi étudie au Lycée Technique de l'Agriculture de Kagoshima. À la fin de l'année, sa famille d’adoption s'établit à Tokyo, où il devient l'élève de l'inventeur du judo, Jigorō Kanō, au Kōdōkan - la première école fondée en 1882 - où il obtient son 2ème Dan[1].
Diplômé de la Taipei First Middle School à Taiwan et de la Kagoshima High School of Agriculture and Forestry (aujourd'hui Kagoshima National University), il bénéficie d'une bourse créée après 1918 par le gouvernement impérial japonais qui permet à certains jeunes méritants de se voir subventionner un voyage à l’étranger. Katsutoshi part sur la côte pacifique des États-Unis en 1919 et travaille dans des fermes des régions de San Francisco, puis de Washington.
En 1920, il est le premier étudiant japonais inscrit à l'Université de Pennsylvanie pour étudier l'horticulture. C'est là qu'il intègre l'équipe de lutte libre de l'Université comme poids plume (56/61 kg), un sport alors inconnu au Japon. En 1923, il devient Capitaine de l'équipe en préparation des championnats de la Ligue Américaine de l'Est et se voit bientôt surnommé «Tiger Naito[3]».
Carrière sportive
[modifier | modifier le code]En 1924, Naitō n'est pas sélectionné dans l'équipe olympique américaine en raison de la loi Johnson-Reed portant sur le contrôle de l'immigration. Cependant, grâce à l'intervention du doyen de l'Université d'État de Pennsylvanie, il peut rejoindre à Paris la délégation japonaise. Il participe aux Jeux olympiques de Paris qui ont lieu entre le 4 mai et le 25 juillet 1924, dans la catégorie « lutte gréco-romaine et libre ». Son inscription est effectuée par courrier. Il voyage alors sur le même paquebot de ligne que l'équipe américaine, ses futurs adversaires. Arrivé en France, il rejoint la délégation japonaise à Paris, composée de 38 personnes.
À Paris, il participe aux deux épreuves de lutte gréco-romaine et libre. Il termine 8e de la compétition et obtient la seule médaille du Japon, le 14 juillet, une médaille de bronze : en dépit d'un doigt de la main gauche fracturé la veille, il remporte ses combats contre le Belge Arthur Foubert (en), contre le Canadien Cliff Chilcott (en) et le Suédois Sigfrid Hansson (en), mais s'incline devant les lutteurs américains Robin Reed et Chester Newton. Katsutoshi Naitō devient ainsi le premier sportif japonais a remporter une médaille olympique en lutte.
Détails de la compétition
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La lutte est pratiquée depuis les premiers Jeux olympiques modernes, mais au Japon, à l’époque elle est méprisée. Elle est appelée « judo nu » ou « sumo occidental ». Elle est considérée comme une sous-classe du judo et n'est pas prise en considération. Pour cette raison, elle n'était pas encore pratiquée au Japon. Bien qu'épaulé par Aida Hikoichi, le fondateur du Kokushikan Judo, durant son séjour en Europe, c’est un vrai défi pour Katsutoshi de participer aux jeux Olympiques.
Hélas, alors qu’il s’entraine à bord du bateau contre ses ex-collègues américains, mais futurs adversaires, il se blesse aux doigts de la main ce qui limite désormais ses mouvements.Il se classe malgré cela huitième en style gréco-romain. Au troisième tour de la compétition des poids plume en style libre, il s’incline suite à une décision arbitrale face à Robin Reed, un combattant contre lequel il n'avait jamais perdu en compétition aux États-Unis. Après le combat, Reed lui a dit : « Je vais me battre pour conserver ma place de champion mais tu pourras espérer la deuxième ou troisième place. ». À l'époque, la règle voulait que le perdant du championnat se batte pour la deuxième et la troisième place. Reed a remporté la médaille d'or comme il le prévoyait, ce qui donnait une chance à l’athlète japonais de gagner une médaille, mais Katsutoshi s'est blessé au cou et à l'épaule lors de journées de compétition consécutives et s'est en plus démis l’index de la main gauche avant le dernier affrontement, alors que sa main était déjà gravement blessée. Le groupe de médecins qui l'accompagnait lui recommande alors de renoncer à la compétition. Mais alors que les coureurs de fond Shizo Kanaguri, Yahei Miura (en) et Kikunosuke Tashiro (en), qui avaient participé au marathon du 13 juillet, avaient tous abandonné pendant la course, la communauté japonaise vivant à Paris était très remontée. En entendant leur doléance Katsutoshi s’engage dans la demi-finale avec une forte détermination, déclarant : « Si je renonce à participer, j’aurais des regrets pour mon pays et pour le soutien reçu du peuple japonais. » et « Je jure que je ne ferai rien d'autre que de me battre de toutes mes forces. ». Katsutoshi Naito s'est engagé dans la dernière épreuve et a remporté le combat pour la troisième place, gagnant ainsi sa première médaille (bronze) pour sa première participation à la lutte japonaise, un exploit historique. C'était la deuxième médaille olympique d'un sportif japonais, après la médaille d'argent remportée par le joueur de tennis Kumagai Kazuya (1890-1968) aux Jeux d'Anvers.
Retour au Japon
[modifier | modifier le code]Il rentre aux USA sur le paquebot Veendan, et arrive le 23 août 1924 à Ellis Island à New-York. La presse américaine augure alors que Katsutoshi est le favori dans sa catégorie pour les Jeux olympiques d'été de 1928, qui se tiendront à Amsterdam. Son diplôme en poche, il retourne au Japon, où il continue à pratiquer le judo et introduit la pratique de la lutte dans les académies militaires et dans des clubs sportifs[3]. Il reçoit alors de Jigoro Kano, ministre de l'Éducation et membre du comité international olympique, le 4e dan de Judo de ceinture noire. Ensuite, il s'embarque pour Taïwan, toujours occupé par les Japonais, et va travailler dans l'industrie du raffinage du sucre[1].
Expatriation au Brésil
[modifier | modifier le code]Engagé comme ingénieur par la société agronome de colonisation Nambei Takushoku Kabushiki Gaisha [4](South America Colonization Company Limited), Katsutoshi, Chioko son épouse et leur fils Katsuhiro immigrent au Brésil à bord du navire Hawaii Maru (en) et arrivent à Belém, en Amazonie, en 1928. Il travaille alors comme surintendant de la Ferme expérimentale Açaiza à Tomé-Açu, ville fondée en 1929, véritable colonie privée japonaise où sont cultivés la canne à sucre, le manioc et les agrumes. L'année suivante, il change d'entrepreneur et s'installe à la Ferme expérimentale de Castlebay où il supervise la plantation de diverses plantes, comme le quinquina (environs 23 000 pieds), le cèdre, les cocotiers, de la cannelle, des clous de girofle, du cacao, du café, des oranges, etc.
Ces fermes fermeront assez vite. La colonisation de l'Amazonie basée sur la dotation de terre de l’État brésilien à de grandes sociétés privées étrangères, ici japonaises, a principalement échoué en raison de l'éloignement des grands marchés de consommation, des épidémies, des inondations, la densité de la forêt ainsi qu'à la qualité du sol impropre à la culture. Les immigrants ont ensuite suivi des destins différents : certains sont retournés au Japon, d'autres se sont installés à Belem, certains sont restés à Tomé-Acu et une partie a émigré à São Paulo. C'est ce que fit Katsutoshi : en 1931, après quelques mois à Itaquera, district de la Zone Est de São Paulo, il s'installe à Suzano, dans le quartier de Boa Vista. Une rue y porte aujourd'hui son nom. Il y travaille à son propre compte, cultive des légumes, des fruits (surtout les fraises, Suzano a été longtemps considérée comme la «capitale de la fraise») et élève de la volaille. Il continue d'y enseigner le judo. Il peut enfin goûter à une tranquillité qu'il n'avait trouvée ni au Japon, ni aux États-Unis, ni à Taïwan.
Palmarès
[modifier | modifier le code]- Jeux olympiques d'été de 1924 à Paris :
Médaille de bronze en lutte libre (catégorie des poids plume).
Notes et références
[modifier | modifier le code]- « Katsutoshi Naito », sur Katsutoshi Naito ~ MuseuVirtualSuzano.com.br (consulté le )
- ↑ « 明治大学レスリング部 - 日本レスリングの始祖 内藤克俊 », sur web.archive.org, (consulté le )
- « Katsutoshi NAITO (1895-1969) – L'olympisme inattendu », (consulté le )
- ↑ (en) « Image of Nanbei Takushoku Kabushiki Gaisha (South America Colonization Company Limited) prospectus (Larger image 045-001) | 100 Years of Japanese Emigration to Brasil », sur www.ndl.go.jp (consulté le )
Liens externes
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- Ressources relatives au sport :