Katip Çelebi

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Katip Tchélébi
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Kaşf az-Zunūn (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Katip Çelebi (aussi ortographié Kâtib-Tchélébi) de son nom complet Mustafa bin Abdallah, dit aussi Kâtib-Tchélébi ou Hajji Khalifa, (février 1609, Constantinople - 6 octobre 1657, Constantinople), est un érudit musulman (alem) d'origine turque qui vécut au XVIIe siècle sous l'Empire ottoman.

Il était un véritable polymathe puisqu'il fut à la fois historien, géographe, cartographe, médecin, économiste, juriste (faqîh), théologien rationaliste (moutakallim), philosophe et exégète (moufassir).

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfant, Çelebi a étudié le Coran, la grammaire arabe et la calligraphie[1]. Fils de soldat, il entre à un très jeune âge dans l'administration de la cavalerie, où il s'initie à la comptabilité et au travail dans les archives. Il semble avoir eu peu d'intérêt pour ce travail, et guère plus pour les diverses campagnes militaires auxquelles il participa, que ce soit le matage de la révolte de Abaza ou le siège infructueux de Bagdad, tombée aux mains des Séfévides. Durant l'hiver 1629-1630, il est stationné à Alep, et il met à profit cette pause pour se rendre au pèlerinage à la Mecque. En 1635, il participe à la conquête d'Erevan par le sultan Murad IV[2]. Ces opérations seront pour lui l'occasion de rassembler du matériel qui lui servira dans ses travaux historiques ultérieurs[1].

De retour de ces campagnes militaires, il reçoit un héritage qui lui permet bientôt de mener une vie plus retirée, et de se consacrer aux livres, à l'étude et à l'écriture[1]. Cependant, il poursuit alors ses tâches de fonctionnaire du gouvernement, mais en ne se rendant plus que deux jours par semaine dans les bureaux de l'administration, ce qui bloquera sa carrière administrative et le privera des revenus qu'il espérait. Il faudra l'intervention de puissants soutiens pour qu'il se voie attribuer la sinécure qui lui permettra de vivre sans souci financier[2].

Il est mort prématurément, en 1657, d’un excès de pastèque trop verte, selon l'uléma qui racheta sa bibliothèque à sa veuve[2]. Il a laissé une autobiographie « Balance de ce qui est juste pour le choix de ce qui l’est le plus » (Mîzânü-l-hakk fî ihtiyâri-l-ahakk).

Ses surnoms de Katip Çelebi (plus ou moins « docteur gentilhomme secrétaire ») et Hajji Khalifa viennent d'ailleurs de ses fonctions et grades dans l'administration, et du fait qu'il a accompli le hajj (pèlerinage à la Mecque)[2].

En outre, il apparaît sous ce dernier nom dans plusieurs traductions de ses ouvrages en langues d'Europe occidentale à partir de la fin du xviie siècle. Aujourd'hui cependant, il est plutôt connu sous le nom de Kâtib Çelebî[2].

Conception du savoir[modifier | modifier le code]

Réfléchissant aux causes de la perte de la suprématie de l'Empire ottoman face à l'Europe, il est le premier Turc à juger qu'au moins une partie de la responsabilité de cet état de fait est imputable à l'insuffisance de l'éducation musulmane traditionnelle, essentiellement orientée vers un cursus religieux défini par les oulémas. Or selon Çelebi, ces oulémas ignorent ce qu'est réellement le savoir. Et c'est ainsi qu'il estime que l'Empire passe à côté des nouveaux savoirs qui se développent en Europe, alors même qu'ils sont tout à fait compatibles avec l'islam[3].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Çelebi est l'auteur d'au moins trente-trois livres, à côté de traités plus courts[4]. Son œuvre la plus connue est le Kashf al-ẓunūn ʿan asāmi al-kutub wa al-funūn (« La levée du doute dans les noms des livres et des sciences »). Cet ouvrage est son chef-d'œuvre ; il s'agit d'une encyclopédie biobibliographique en langue arabe donnant des informations sur 18 000[5] livres arabes, persans et turcs publiés jusqu'à son époque[1]. Ce travail, auquel il a consacré vingt ans de sa vie, a servi de base à la Bibliothèque Orientale de Barthélemy d'Herbelot de Molainville[6], et il est une « source de référence indispensable (...) aux orientalistes »[5],[7].

En 1648, Çelebi entreprend la rédaction d'une ambitieuse description du monde connu qu’il intitule Cihân-nümâ (« Cosmorama » ou «Image du monde ») et qu'il poursuit jusqu'au 41e chapitre, sur le Caucase et l'Ermeniyye (Arménie). Cet ouvrage de géographie utilise pour la première fois, en Turquie, des atlas européens[1]. La rédaction de ce livre est interrompue par la mort[8].

Parmi ses autres travaux :

  • Fadhlakat al-tawarikh (1639), une chronologie jusqu'en 1639, dont la liste des 1 300 sources a été perdue du manuscrit original.
  • Takwim al-tawarikh, une chronologie d'Adam jusqu'en 1648, traduit en italien par Rinaldi Carlo sous le titre Cronologia historica... Venise, 1697, traduit en latin par Koehler, et en français par Antoine Galland.
  • Découverte des pensées touchant les livres et les genres, précieux traité de bibliographie, publié à Leipzig par Gustave Leberecht Flügel, turc-latin, 7 volumes in-4, 1843-1858.
  • Géographie, en arabe.
  • Histoire de Constantinople, etc., 1732 (traduite en français par Pierre Armain[Note 1], 1743).

Il a également traduit des textes latins en coopération avec un Français converti à l'Islam, connu sous le nom de shaykh Mehmed Iklāsī :

  • Rawnak al-sultana, Historia rerum in Oriente gestarum, Francfort, 1587.
  • Tariq-i-Firengi, Chronique de Jean Carrion, Paris, 1548.

On peut noter en outre son étude et sa traduction partielle de l'Atlas Minor de Gerardus Mercator et Jodocus Hondius.

Galerie[modifier | modifier le code]

Cartes tirées du Cihân-nümâ dans son édition de 1648. Les légendes sur les cartes sont en turc ottoman (en caractères arabes).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Interprète et érudit qui fut, jusqu'en 1712, élève de l’École des Jeunes de Langues dirigée par les pères capucins de Galata. Il travailla dans les années 1730 et 1740 au catalogage des manuscrits persans de la Bibliothèque du roi. En 1752, il est nommé au Collège Louis-le-Grand, où il enseigna les langues orientales jusqu'à son décès en 1757. [« Département des Manuscrits / Persan Introduction », sur archivesetmanuscrits.bnf.fr (consulté le )]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e (en) « Kâtip Çelebi. Turkish historian », sur britannica.com,
  2. a b c d et e Bacqué-Grammont 2016.
  3. Lewis in Tchelebi 1957, p. 9.
  4. Lewis in Chelebi 1957, p. 8.
  5. a et b Bacqué-Grammont 2017.
  6. « Katib Tchelebi, géographe et bibliographe », sur turquie-culture.fr, (consulté le )
  7. Lewis in Chelebi 1957, p. 11.
  8. (de) Gottfried Hagen, Ein osmanischer Geograph bei der Arbeit. Entstehung und Gedankenwelt von Kâtib Çelebis Cihânnümâ, Berlin, Klaus Schwarz Verlag,

Sources[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Katib Chelebi (translated from Mīzān al-ḥaqq of Katib Chelebi with an introduction and notes by G.L. Lewis), The Balance of Truth, London, George Allen and Unwin Ltd, , 160 p. (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • « Katib Tchelebi, géographe et bibliographe », (Deux notices écrites au XIXe siècle, mais toujours valides, sur cet important géographe, bibliographe et historien qui est la source principale de la Bibliothèque orientale d'Herbelot. Avec un essai de bibliographie.), sur turquie-culture.fr, (consulté le )

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Orhan Şaik Gökyay, « Katib Celebi » in Encyclopédie de l'Islam tome IV (1978), article (p.791-792). [lire en ligne (page consultée le 28 décembre 2020)]
  • Jean-Louis Bacqué-Grammont, « Un érudit ottoman entre orient et occident : Kâtîb Çelebî (1609-1657) », aedilis.irht.cnrs.fr,‎ 2016 [2003] (lire en ligne, consulté le ). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (de) Franz Babinger, Die Geschichtsschreiber der Osmanen und ihre Werke, Leipzig, Harrassowitz, , VII, 477 p. (lire en ligne), p. 195-203

Liens externes[modifier | modifier le code]