Katharina Lescailje

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Katharina Lescailje
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Frontispice, gravé par Nicolaas Verkolje, des œuvres complètes de Katharyne Lescailje (1731). Le buste au milieu représente Katharina comme dixième muse

Naissance baptisée le [1]
Amsterdam
Drapeau des Provinces-Unies Provinces-Unies
Décès (à 61 ans)
Amsterdam
Drapeau des Provinces-Unies Provinces-Unies
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture néerlandais
Mouvement baroque
Genres

Katharyne ou Katharina Lescailje, baptisée à Amsterdam le et décédée dans sa ville natale le , est une poétesse, traductrice et vendeuse de livres.

Biographie[modifier | modifier le code]

Katharina était la fille de Jacob Lescailje (1611-1679), un poète et vendeur de livres, et d'Aeltje Verwou (1612-1679), vendeuse de livres. Katharina Lescailje demeura célibataire[2].

Katharina Lescailje, devenue l'une des plus célèbres poétesses néerlandaises du XVIIe siècle, grandit à Amsterdam dans un milieu de libraires et de gens liés au théâtre. Son père, originaire de Dordrecht, avait reçu une formation dans l'imprimerie de la famille Blaeu à Amsterdam. À partir de 1645, lui et sa seconde épouse, Aeltje Verwou, dirigeaient une imprimerie et tenaient une librairie au Middeldam (le Dam - ou « barrage » - actuel) à Amsterdam, dans la maison dite « maison sous la voile ». Katharina Lescailje y vécut et travailla toute sa vie. L'entreprise était spécialisée dans les textes littéraires, en particulier ceux des dramaturges amstellodamois. Parmi ses amis, son père comptait Jan Vos, Joost van den Vondel et Gerard Brandt. En 1658, Jacob Lescailje devint le fournisseur attitré de travaux d'imprimerie et d'articles de papeterie du théâtre d'Amsterdam. La boutique devint très vite un lieu de rencontre des personnalités du monde du théâtre d'Amsterdam où l'on discutait de sujets littéraires tels que les controverses autour de la société Nil volentibus arduum : « On ne passe pas la porte d'Aeltje ou l'on y voit se côtoyer les poètes[3],[2]. »

Une entreprise familiale[modifier | modifier le code]

Portrait de Jacob Lescailje, le père de Katharina, par Jan Maurits Quinkhard (coll. Rijksmuseum d'Amsterdam).

Katharina avait deux sœurs, Barbara et Aletta, et deux demi-frères, Anthonie et Johannes – son père et sa mère avaient chacun un fils d'un précédent mariage. On ne connaît que peu de choses sur la formation des enfants, mais il est certain que tous les enfants aidèrent au magasin. Dans les années 1670, Anthonie s'établit comme vendeur, entre autres de nombreuses pièces de théâtre, et le fils d'Aeltje, Johannes van Dorsten, travailla pour la famille Blaeu. Il va sans dire que les fils étaient destinés à reprendre l'entreprise familiale, mais la mort prématurée de Johannes, survenue lors d'un voyage à Francfort, entrepris pour le compte de son employeur Blaeu, et la faillite d'Anthonie conduisirent Jacob Lescailje à la décision de laisser l'entreprise à ses filles. Après la mort de leurs parents en 1679, Katharina Lescailje et ses deux sœurs devinrent « héritières de Jacob Lescailje », sous quel nom elles publiaient désormais des ouvrages. Barbara, entretemps mariée avec le relieur allemand Matthias de Wreedt, était, pour autant que l'on sache, guère impliquée dans la gérance de l'entreprise, qu'elle laissa aux bons soins de ses deux sœurs célibataires et de son mari[2].

Après la mort de Barbara Lescailje (vers 1680) et de Matthias de Wreedt (en 1690), leur fille Susanna hérita d'une des librairies. Après la mort de son père, elle se retira chez ses tantes Katharina et Aletta. Ensemble, elles dirigèrent une librairie qui rapportait bien, principalement grâce à l'afflux garanti de commandes du théâtre d'Amsterdam. La société continua à fonctionner jusqu'en 1736. À partir de 1712, elle revendiqua le nom d'« héritiers de J. Lescailje et D. Rank » ; ce dernier était l'époux de Susanna Lescailje de Wreedt. Le magasin sur le Middeldam demeura un important lieu de rencontre du monde des gens de théâtre d'Amsterdam jusqu'en 1729, lorsque passa à un autre imprimeur le privilège de publier les textes des pièces montées au théâtre d'Amsterdam[2].

Poétesse[modifier | modifier le code]

Illustration gravée pour Nicomedes (Nicomède), tragédie traduite de Pierre Corneille par Katharina Lescailje et publiée en 1692[4]
Portrait de Zacharias Conrad von Uffenbach, gravé par Petrus Schenck d'après Franz Roos. Le bibliophile Von Uffenbach visita Katharina Lescailje en mars 1711.

Comme Katharina Lescailje grandit au sein du milieu littéraire de sa maison parentale, il n'est pas étonnant de la voir prendre la plume à un âge précoce. La légende veut que, lorsque son père eut présenté à ses amis littéraires les premiers poèmes de sa fille, produits à l'âge de onze ans, ceux-ci purent compter sur leur approbation ; Vondel aurait même prédit un grand avenir à Katharina[2],[5]. Des premiers travaux de Lescailje, peu ont été conservés[2]. On connaît une contribution à l’album amicorum (1672) de Johannes Blasius et quelques poèmes de circonstance publiés par son père[6]. Comme Sara de Canjoncle et Cornelia van der Veer, elle rejoignit, vers cette époque, un cercle d'amis où l'on échangeait régulièrement des poèmes[2].

Les quelque 300 poèmes réunis dans les œuvres complètes, publiées en 1731, contiennent des exemples de différents genres poétiques pratiqués par Katharina[7], comme des poésies de cour (« hofdicht »)[8] et dix poèmes religieux, mais plus remarquables encore sont les nombreux poèmes de circonstance, entre autres à l'occasion de mariages, de décès ou d'excursions[7], qu'elle écrivit tout au long de sa vie, y compris une vingtaine sur des événements politiques, mais surtout sur des gens de théâtre et du monde littéraire. En outre, elle acquit une certaine renommée par ses traductions et ses adaptations de pièces françaises. Au total, elle en a huit à son actif, entre autres Kassandra (Cassandre) de 1684 (d'après Pader d'Assezan), Genserik (Genséric) de 1685 (d'après Antoinette Des Houlières) et Nicomedes (Nicomède) de 1692 (d'après Pierre Corneille). Son dernier ouvrage, Geta of de Broedermoord van Antoninus (Geta ou le Fratricide d'Antonin)[2], d'après Géta de Nicolas de Péchantré[9], fut achevé après sa mort par Johannes Haverkamp et publié en 1713. Les pièces de Lescailje furent régulièrement représentées au théâtre d'Amsterdam jusqu'au XVIIIe siècle. Son œuvre était non seulement appréciée par les spectateurs, mais aussi par de nombreux collègues poètes. Des dramaturges débutants auraient sollicité son avis littéraire[2].

Pour Lescailje, Vondel était le modèle parfait, dont elle imitait très souvent les œuvres, comme son poème sur la mort de son fils Constantijntje (Kinder-lyck) ; pour plusieurs vers pour enfants, Lescailje en emprunta le rythme et, parfois, le choix des mots employés dans les rimes, comme pour le poème d'anniversaire pour Helena van Zon, de mai 1690[10]

Katharina Lescailje doit sa renommée à ses œuvres littéraires, mais aussi à sa qualité de poétesse : celle, exceptionnelle à l'époque, d'être une femme qui produit de la poésie. Au cours de sa vie, elle était considérée comme l'égale de poétesses telles que Maria Tesselschade Roemersdochter Visscher et Catharina Questiers. Lorsque Zacharias Conrad von Uffenbach séjournait à Amsterdam en mars 1711[2] et qu'il voulait rencontrer la poétesse Catharina Questiers, celle-ci étant morte depuis quarante ans[6], on le renvoya à Katharina Lescailje. Il rapporta : « Elle est une vieille fille, vers la soixantaine, habitant une boutique ou un magasin où l'on ne vend que des comédies. Elle est considérée comme l'une des meilleures poétesses de son temps[11]. » Au printemps de l'année de la visite de Von Uffenbach, Katharina et Aletta durent faire face à une maladie douloureuse, provoquant des maux causés par la gravelle et un sentiment de suffocation. Si Aletta survécut à la maladie - elle mourra en 1725 -, Katharina succomba après s'être alitée pendant plusieurs mois. Sa mort fut déplorée par de nombreux dramaturges. Dans une longue série d'éloges funèbres d'auteurs tels qu'Enoch Krook, Balthasar Huydecoper, Pieter Antonie de Huybert, Joan Pluimer et Hermannus Angelkot furent chantées la vie et l'œuvre de cette réincarnation[2] amstellodamoise de Sappho[4], la vierge de Lesbos[2].

Notoriété[modifier | modifier le code]

La renommée de Katharina comme grande poétesse n'a pas diminué. Ainsi, au cours du XVIIIe siècle, on ne tarissait pas d'éloges à son égard. En 1720, Balthasar Huydecoper considéra son vers « Haar traanen storten, onder 't storten van haar bloed » (« Ses larmes coulent, lorsque coule aussi son sang ») comme le plus beau que l'on eût jamais créé[2].

La réputation de Lescailje fut sans doute renforcée lorsqu'elle fut honorée, comme l'une des premières femmes dans la littérature néerlandaise, par la publication de ses œuvres complètes. Cette édition, intitulée Tooneel- en mengelpoëzy (Poésies diverses et dramatiques), avait été publiée en 1731 par ses héritiers[6], Jacob Lescailje et Dirk Rank, et n'avait pas seulement été conçue comme hommage à la poétesse, mais aussi comme une arme dans la lutte entre les héritiers - en particulier Dirk Rank - et les administrateurs du théâtre d'Amsterdam pour le privilège de publier des textes dramaturgiques. Après près d'un siècle, les héritiers Lescailje et Dirk Rank avaient perdu leur position privilégiée comme imprimeurs du théâtre d'Amsterdam ainsi que le droit d'imprimer les pièces de théâtre. Ils ne purent préserver que les droits sur les œuvres de Katharina Lescailje. Par la publication de ses œuvres, ils voulaient donc certainement donner le coup de pied de l'âne aux régents du théâtre. Le ressentiment de Rank alla même si loin qu'en 1736, il précisa dans son testament qu'après sa mort, la plupart des copies des œuvres complètes de Katharina Lescailje encore en sa possession devaient être détruites afin d'empêcher les régents du théâtre de faire valoir leurs droits sur celles-ci[2].

Bien que Jeronimo de Vries parla encore d'elle en des termes assez élogieux en 1810, adhérant à l'opinion d'un Vondel qui avait prédit que l'on pouvait attendre d'elle une brillante lumière insolite[12], Lescailje tomba dans l'oubli au cours du XIXe siècle[2]. Depuis peu, cependant, l'œuvre de Katharina Lescailje jouit d'un regain d'intérêt, non seulement parce qu'elle était une poétesse à succès, mais aussi parce que certains historiens prétendent pouvoir trouver des preuves de sentiments homosexuels de la part de la célibataire Lescailje pour son amie Sara de Canjoncle[13]. Il est frappant de voir que Lescailje écrit un bon nombre de poèmes dans lesquels un homme déclare son amour pour une femme. Ces travestis de sentiments nourrissent la perception de son identité présumée lesbienne et de celle de quelques autres autrices néerlandaises de cette époque[14].

Ressources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Frederiks et Van den Branden, p. 466.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o Grabowsky (huygens.ing).
  3. « Men gaat er Aeltje's deur niet voorbij, of ziet er de dichteren zij aan zij », cité de Grabowsky (huygens.ing).
  4. a et b Ter Laan, p. 303.
  5. Frederiks et Van den Branden, p. 467.
  6. a, b et c Grabowsky Mededelingen, p. 65.
  7. a et b Van Gemert Women’s Writing, p. 308.
  8. Van Veen, p. 84.
  9. De Jeu, p. 219.
  10. Klapwijk (réd.).
  11. « Sie ist eine Jungfer, bey sechzig Jahr alt, und wohnet in einem Winckel oder Laden, wo lauter Comödien vercaufft werden. Sie wird vor eine der besten Poetinnen dieser Zeit gehalten. », cité de Grabowsky (huygens.ing).
  12. De Vries, p. 291.
  13. Grabowsky Mededelingen, p. 66.
  14. Van Gemert Hiding Behind Words, p. 24.

Sources[modifier | modifier le code]

Biographies et bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]