Karl Löwith

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Karl Löwith [Karl Loewith] ( à Munich - à Heidelberg) est un philosophe allemand, spécialiste de Friedrich Nietzsche et théoricien de la philosophie de l'histoire, sur laquelle il a fait paraître un livre important, Histoire et salut[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Karl Löwith est le fils du peintre Wilhelm Löwith (1861-1932), professeur à l'Académie des Beaux-Arts de Vienne et de Munich.

Après son baccalauréat (Abitur), il s'engage comme volontaire, pendant la Première Guerre mondiale et combat à la frontière italienne, où il est grièvement blessé par une patrouille. Il est fait prisonnier et reste jusqu'en 1917 dans un hôpital italien, puis dans un camp de prisonniers près de Gênes, en Italie. Libéré, il reprend à la fin de 1917 des études de philosophie et de biologie. Voulant quitter Munich à la suite des incidents accompagnant la proclamation de la République des conseils de Bavière, il va à Fribourg continuer les mêmes études jusqu'en 1922, sous la direction de Husserl, Heidegger et du zoologiste Hans Spemann (1869-1941). De retour à Munich, il est diplômé avec un travail sur Nietzsche fait sous la direction de Moritz Geiger (1880-1937) : Auslegung von Nietzsches Selbst-Interpretation und von Nietzsches Interpretationen.

Après une période brève où il est précepteur dans le Mecklembourg, Löwith rejoint Heidegger à Marbourg en 1924 et se lie d'amitié entre autres avec Leo Strauss (1899-1973), Gerhard Krüger (1902-1972) et Hans-Georg Gadamer (1900-2002). En 1928, il reçoit son habilitation (nécessaire pour enseigner à l'Université) sous la direction de Heidegger avec un travail en phénoménologie intitulé Phänomenologische Grundlegung der ethischen Probleme, publié sous le titre Das Individuum in der Rolle des Mitmenschen. Ein Beitrag zur anthropologischen Grundlegung der ethischen Probleme. Dans les années qui suivent, Löwith va être Privatdozent (Professeur non titulaire) et donne des cours sur Hegel, Marx, Feuerbach et Nietzsche ; il enseigne aussi sur la philosophie de l'existence (Kierkegaard et l'anthropologie).

Sous le "Troisième Reich", du fait de ses origines partiellement juives, mises au jour par les autorités nationales-socialistes, il perd son autorisation d'enseigner en 1935. Il émigre à Rome l'année d'après avec une bourse d'études Rockefeller. C'est à Rome qu'il achève sa monographie sur Nietzsches Philosophie der ewigen Wiederkehr des Gleichen (1935) (La Philosophie de Nietzsche de l'éternel retour du même[2]) et son Jacob Burckhardt (1936). Cette année-là, il obtient un poste de professeur à l'Université Impériale de Sendai (Japon).

En 1941, Löwith réussit à rejoindre les États-Unis. Grâce à l'entremise de Paul Tillich et de Reinhold Niebuhr, il trouve un poste au Séminaire de théologie de Hartford (Connecticut), puis il est appelé en 1949 à la New School for Social Research à New York. Dans les années 1940 paraissent ses deux travaux en histoire de la philosophie, qui vont lui donner un statut international et qui vont devenir des classiques des études philosophiques présentes : Von Hegel zu Nietzsche (1941)[3] et son ouvrage majeur Meaning in History (1949), (paru en allemand en 1953 : Weltgeschichte und Heilsgeschehen)[4].

En 1952, Löwith retourne en Allemagne où il est appelé à Heidelberg. Il y enseignera jusqu’à ce qu'il devienne professeur émérite en 1964. C'est dans cette période que paraissent son Heidegger - Denker in dürftiger Zeit (1953) (Heidegger - Penseur dans un temps misérable), analyse critique de son ancien maître, sa Kritik der geschichtlichen Existenz (1960) et sa Kritik der christlichen Überlieferung (1966). En 1967 paraît Gott, Mensch und Welt in der Metaphysik von Descartes bis zu Nietzsche, une histoire critique de la métaphysique des temps modernes.

Son dernier livre, paru en 1971, est consacré à Paul Valéry. Ses Œuvres Complètes (Sämtliche Schriften) posthumes, en 9 volumes, paraissent dans la période 1981-1988. Elles composent une œuvre de quelque trois cents titres.

Sa pensée[modifier | modifier le code]

Ses étudiants de Heidelberg voyaient en Löwith une sorte de « sagesse du monde stoïcienne » ; Gadamer l'a caractérisé comme un homme d'une profonde mélancolie, qui avait su tirer de Nietzsche et de l'amor fati son appréhension du monde.

Löwith compte parmi les grandes figures de la philosophie allemande dans les temps marqués par la guerre. Sa pensée se tient dans la grande tradition sceptique et s'oriente dans un sens qui conduit vers la liberté de l'esprit. On peut dire que sa réflexion se situe entre la philosophie existentielle et les études du XIXe siècle. Il a cherché à thématiser la pensée hors des voies traditionnelles afin de cerner en quoi la philosophie de Hegel et de Marx nourrissait la philosophie existentielle et conduisait l'humanisme européen vers le nihilisme. L'histoire ne possède aucune logique immanente, aucun sens ultime sur quoi on puisse s'appuyer (« vouloir s'orienter dans l'histoire en fonction de cela, c'est comme si l'on voulait s'accrocher aux vagues lors d'un naufrage »). Löwith oppose à la tradition chrétienne de la philosophie de l'histoire une « philosophie humaine de l'homme de retour à sa nature » influencée par l'anthropologie sensualiste de Feuerbach. Il cherche à obtenir celle-là en s'appuyant sur la pensée nietzschéenne du monde dans la restitution de la cosmo-théologie grecque antique et de son « concept naturel du monde » : dans la nature immuable, « se suffisant à elle-même », le « monde un de tous les étants ». Grâce à son mouvement circulaire éternel, elle vérifie à nouveau la continuité de l'histoire. En outre, elle permet de retrouver la « conformité au monde de l'existence humaine ». Par sa reconnaissance comme « univers dépourvu de fin et sans Dieu », à partir duquel « l'homme aussi » n'est « qu'une modification sans fin ». En lui, le « hasard englobant », celui-ci [l'homme] est aboli en tant que hasard sans fin.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Titre original : Weltgeschichte und Heilgeschehen, paru en 1953, puis dans le tome 2 des Sämtliche Schriften, chez Metzler Verlag, 1983. La traduction française est parue chez Gallimard en 2002.
  2. Traduction française chez Calmann-Lévy, 1994
  3. Traduction française : De Hegel à Nietzsche. Paris, Gallimard, collection TEL, 1981.
  4. Voir la note 1 ci-dessus

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres traduites en français[modifier | modifier le code]

  • Von Hegel zu Nietzsche (1939) : De Hegel à Nietzsche, Gallimard, 1969.
  • Mein Leben in Deutschland vor und nach 1933 (1986) : Ma vie en Allemagne avant et après 1933, Hachette, 1988.
  • Nietzsches Philosophie der ewigen Wiederkehr des Gleichen (1935) : Nietzsche : philosophie de l'éternel retour du même, Calmann-Lévy, 1994.
  • Meaning in History, (1949) : Histoire et Salut. Les présupposés théologiques de la philosophie de l'histoire, Gallimard, 2002.
  • Max Weber und Karl Marx (1932) : Max Weber et Karl Marx, Payot, 2009.

Principales œuvres en langue originale[modifier | modifier le code]

  • Das Individuum in der Rolle des Mitmenschen, Munich, Drei Masken, 1928.
  • Nietzsches Philosophie der ewigen Wiederkehr des Gleichen, Berlin, Die Runde, 1935.
  • Jacob Burckhardt. Der Mensch inmitten der Geschichte, Lucerne, Vita-Nova-Verlag, 1936.
  • Von Hegel zu Nietzsche, Zurich, Europa-Verlag, 1941.
  • Meaning in History, Chicago, Chicago University Press, 1949.
  • Heidegger, Denker in dürftiger Zeit, Francfort sur le Main, Fischer, 1953.
  • Wissen, Glaube und Skepsis, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1956.
  • Gesammelte Abhandlungen. Zur Kritik der geschichtlichen Existenz, Stuttgart, Kohlhammer, 1960.
  • Zur Kritik der christlichen Überlieferung. Vorträge und Abhandlungen, Stuttgart, Kohlhammer, 1966.
  • Gott, Mensch und Welt in der Metaphysik von Descartes bis zu Nietzsche, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1967.
  • Paul Valéry. Grundzüge seines philosophischen Denkens, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1971.

La totalité des livres et écrits de Karl Löwith ont été réédités dans une édition complète, parue en allemand entre 1981 et 1988 :

  • Sämtliche Schriften (9 volumes), Stuttgart, Metzler Verlag, 1981-1988.

Articles connexes[modifier | modifier le code]