Karamanlides

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Karamanli (homonymie).
Cérémonie de mariage de Karamanlides à Malakopi (Cappadoce, act. Derinkuyu) vers 1910
Fronton d'une maison karamanlide à Incesu, province de Kayseri

Les Karamanlides sont des chrétiens orthodoxes de Cappadoce qui parlent le karamanli (en grec moderne : Καραμανλήδικα, turc : karamanlıca), un parler turc écrit en caractères grecs. D'autres orthodoxes de la région autre pratiquent un dialecte grec influencé par le turc, le cappadocien. Turcophones orthodoxes, les Karamanlides sont l'équivalent anatolien des Gagaouzes danubiens et des Tchouvaches de la Volga.

Histoire[modifier | modifier le code]

Comme le reste des populations d'Anatolie, ces chrétiens sont probablement issus de communautés antiques christianisées à l'époque byzantine et ayant adopté la langue turque, ou peut-être de mercenaires turcophones de l'Empire byzantin, Seldjoukides et initialement chamanistes, christianisés.

Le fondateur et premier patriarche de l'Église orthodoxe turque, Papa Euthymios (παπα-Ευθύμιος) ou Baba Eftim Karahissaridès (ou Zeki Erenerol), généralement présenté comme un pope karamanlı, est originaire de Kayseri, en Cappadoce. La création de ce patriarcat en 1922 répond à deux aspirations : celle de chrétiens orthodoxes d'Anatolie qui pensaient ainsi échapper, en tant que Turcs ou turcophones, à l'expulsion collective vers la Grèce décrétée par le Traité de Lausanne en 1923, et celle du gouvernement turc qui disposait ainsi d'un interlocuteur alternatif au patriarche œcuménique, soupçonné de parti-pris pour Athènes pendant la guerre gréco-turque.

La plupart des Karamanlides n'ont pas eu confiance dans la stratégie de Baba Eftim car lors du recensement grec de 1928, il y avait en Grèce 103 642 chrétiens orthodoxes turcophones réfugiés d'Asie mineure, dont une moitié de Karamanlides. Les 193 premières éditions du quotidien Panrosfygiki, dont les lecteurs étaient principalement les réfugiés micrasiates, sont publiées en turc karamanli. Il y avait en outre 240 695 réfugiés pontiques en provenance d'Anatolie, mais aussi du Caucase et de Russie soviétique[1].

En 1991, lors de la chute des régimes communistes en Europe et de la dislocation de l'URSS, le gouvernement turc, afin d'étoffer l'Église orthodoxe turque qui n'avait plus qu'une cinquantaine de fidèles, tous à Istanbul, a proposé aux 220 000 Gagaouzes de Bulgarie et de l'ex-URSS s'y rattacher, mais leur leader Stepan Topal ayant des engagements envers la Russie, et les Gagaouzes craignant d'être accusés de panturquisme, le clergé gagaouze resta fidèle aux patriarcats orthodoxes Russe et Bulgare[2]. En conséquence, la quasi-totalité des descendants des Karamanlides, passés au grec, vivent aujourd'hui en Grèce ou dans la diaspora.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alexandra Georgakopoulou, M. S. Silk, Standard languages and language standards: Greek, past and present, King's College London. Centre for Hellenic Studies, Ashgate Publishing, Ltd., 2009 (ISBN 978-0-7546-6437-6) p.51
  2. Jean-Baptiste Naudet : URSS, le rêve turc des Gagaouzes, Le Monde, 28 mars 1991.

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Evangelia Balta, Karamanlidika. Bibliographie analytique d'ouvrages en langue turque en caractères grecs. Additions (1584-1900), Athens, Centre for Asia Minor Studies, 1987
  • Evangelia Balta, Karamanlidika. Bibliographie analytique d'ouvrages en langue turque en caractères grecs. XXe siècle, Athens, Centre for Asia Minor Studies, 1987
  • Evangelia Balta, Karamanlidika. Nouvelles additions et compléments I, Athens, Centre for Asia Minor Studies, 1997
  • Evangelia Balta, Greek Orthodox communities of Cappadocia. The district of Prokopi (Ürgüp). Sources in the General State Archives of Greece and the Centre for Asia Minor Studies, Athens, Centre for Asia Minor Studies, 2001 (en grec)
  • Clogg, R. (1999). A millet within a millet: the Karamanlides. D. Gondicas & C. Issawi (Eds.), In Ottoman Greeks in the age of nationalism: politics, economy, and society in the nineteenth century (pp. 115-142). Princeton: The Darwin Press.
  • Eski harfli Türkçe basma eserler bibliografyası 1584-1986. (2001). [CD-ROM]. Ankara: Nuvis.
  • Haralambous, Y. (1999). From Unicode to typography, a case study: the Greek script. Actes de International Unicode Conference XIV, Boston, 1999, pp. B.10.1-- B.10.36 Retrieved July 15, 2007 from http://omega.enstb.org/yannis/pdf/boston99.pdf.
  • Kappler, M. (2002). Turkish language contacts in South-Eastern Europe. Istanbul: Isis Press.
  • Xavier Luffin, Le long voyage d’Ashik Garip (traduit du karamanli), Paris, L’Harmattan, 2005 (73 p.)
  • Xavier Luffin, Une version karamanlı d’Âşık Garip Hikâyesi : héros musulmans et public chrétien, in Talon, Ph. (ed), Recueil d’articles en hommage au Professeur Finet, Louvain, Peeters, 2005 : 107-114
  • Xavier Luffin, A Comparison between the English Bible Society’s Translations of the New Testament in Karamanlica (1892) and in Ottoman Turkish (1899) : the Choice of the Religious Vocabulary. First soundings, The Journal of Eastern Christian Studies, 54, Nimègue, 2002 : 149-162
  • Xavier Luffin, Une version karamanli de l’épopée de Köroglu, Archivum Ottomanicum, 16, Wiesbaden, 1998 (éd. G. Hazai) : 5-99
  • Miller, Michael Grimm. (1974). The Karamanli-Turkish texts: the historical changes in their script and phonology, Thesis (Ph. D.) Indiana University, Ann Arbor, Michigan.
  • Misailidis, E. (1986). Seyreyle dünyayı: temaşa-i dünya ve cefakar-u cefakeş (R. Anhegger & V. Günyol, Eds.). İstanbul: Cem [An example of a Karamanlidika Work].
  • Salaville, S., & Dalleggio, E. (1958). Karamanlidika: bibliographie analytique d'ouvrages en langue turque imprimés en caractères grecs. I, 1584-1850. Athens: Center for Asia Minor Studies.
  • Salaville, S., & Dalleggio, E. (1966). Karamanlidika: bibliographie analytique d'ouvrages en langue turque imprimés en caractères grecs. II, 1851-1865. Athens: Center for Asia Minor Studies.
  • Salaville, S., & Dalleggio, E. (1974). Karamanlidika: bibliographie analytique d'ouvrages en langue turque imprimés en caractères grecs. III, 1866-1900. Athens: Center for Asia Minor Studies.
  • Salaville, S., Dalleggio, E., & Balta, E. (1987). Karamanlidika: bibliographie analytique d'ouvrages en langue turque imprimés en caractères grecs. 1958-1987. Athens: Center for Asia Minor Studies.