Kamel Morjane

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Kamel Morjane
Illustration.
Kamel Morjane en mai 2008.
Fonctions
Ministre tunisien de la Fonction publique et de la Modernisation de l'administration et des politiques publiques
En fonction depuis le
(25 jours)
Président Béji Caïd Essebsi
Chef du gouvernement Youssef Chahed
Gouvernement Chahed
Prédécesseur Abid Briki (indirectement)
Ministre tunisien des Affaires étrangères
Président Zine el-Abidine Ben Ali
Fouad Mebazaa (intérim)
Premier ministre Mohamed Ghannouchi
Gouvernement Ghannouchi I et II
Prédécesseur Abdelwahab Abdallah
Successeur Ahmed Ounaies
Ministre tunisien de la Défense
Président Zine el-Abidine Ben Ali
Premier ministre Mohamed Ghannouchi
Gouvernement Ghannouchi
Prédécesseur Hédi M'henni
Successeur Ridha Grira
Biographie
Date de naissance (70 ans)
Lieu de naissance Hammam Sousse, Tunisie
Nationalité tunisienne
Parti politique Néo-Destour/PSD/RCD, indépendant, L'Initiative puis Initiative nationale destourienne
Conjoint Dorra Morjane
Diplômé de Université de Tunis
École nationale d'administration
Institut de hautes études internationales (Genève)
Université du Wisconsin
Académie de droit international de La Haye
Profession Fonctionnaire international

Kamel Morjane (arabe : كمال مرجان), né le 9 mai 1948 à Hammam Sousse, est un fonctionnaire international et homme politique tunisien.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation[modifier | modifier le code]

Juriste de formation (maîtrise en droit public de la faculté de droit de Tunis), diplômé de l'École nationale d'administration et de l'Institut de hautes études internationales de Genève (IUHEI), il est également diplômé de l'Université du Wisconsin et de l'Académie de droit international de La Haye[1].

Carrière internationale[modifier | modifier le code]

Après avoir été assistant en droit international à l'IUHEI de 1976 à 1977, il intègre en 1977 le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), au sein duquel il assume de hautes responsabilités, tant au siège de Genève que sur le terrain à Djibouti et en Égypte. Il retourne en Tunisie pour la première fois en 1989, alors qu'il est directeur des services du personnel du HCR, pour rejoindre le cabinet du ministre des Affaires étrangères où il met en place le programme de formation des jeunes diplomates qui servira de base à la création de l'Institut diplomatique[2].

Dix mois plus tard, considérant cette expérience comme non concluante, il répond à l'appel du nouveau haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés, le Norvégien Thorvald Stoltenberg, qui le nomme à la tête de la direction Asie du Sud-Ouest, Afrique du Nord et Moyen-Orient immédiatement après l'invasion du Koweït en août 1990. En juillet 1994, au milieu de la crise des Grands Lacs, avec le génocide au Rwanda, il est muté à la direction Afrique. En septembre 1996, il est nommé ambassadeur, représentant permanent de la Tunisie auprès de l'Office des Nations unies à Genève. À ce titre, il préside notamment l'organe de règlement des différends de l'Organisation mondiale du commerce en 1998 et le comité du budget et des affaires administratives et financières de la même organisation[1].

II est ensuite désigné le 13 novembre 1999 par le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan comme son représentant spécial pour la République démocratique du Congo, avec rang de secrétaire général adjoint, assurant ainsi la mise en place de la MONUC et le début de la pacification de ce grand pays africain[3]. Il retourne à Genève en octobre 2001 comme Haut Commissaire assistant pour les réfugiés, chargé des opérations. Il est membre du comité consultatif de l'ONU sur la sécurité humaine[4].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Avant la révolution[modifier | modifier le code]

Suivant l'exemple de son père Kantaoui Morjane, militant de la première heure du Néo-Destour et gouverneur de Kasserine[5] puis de Sousse[6] sous la présidence de Bourguiba, il adhère à ce même parti dès l'âge de quatorze ans, tout en étant actif au sein de l'Organisation de la jeunesse scolaire et du mouvement scout tunisien. Plus tard et alors qu'il est étudiant, il est élu membre de la commission administrative de l'Union générale des étudiants de Tunisie puis président de la cellule du Parti socialiste destourien au sein de la faculté de droit et secrétaire général du Bureau national des étudiants destouriens.

Après l'expérience non concluante de 1989, il regagne la Tunisie pour la deuxième fois, le 17 août 2005, lorsque le président de l'époque, Zine el-Abidine Ben Ali, le nomme ministre de la Défense[7]. Le 14 janvier 2010, il hérite du portefeuille des Affaires étrangères détenu jusque-là par Abdelwahab Abdallah[8],[9]. Abdelwaheb Jemal est brièvement l'un des trois secrétaires d'État qui le secondent, les deux autres étant Saïda Chtioui et Abdelhafidh Harguem.

Parcours post-révolutionnaire[modifier | modifier le code]

Deux jours après la fuite du président Zine el-Abidine Ben Ali en Arabie saoudite, Kamel Morjane lui livre un passeport diplomatique, arguant son statut d'ancien président de la République, ainsi qu'à sa femme Leïla et ses deux enfants mineurs. Une semaine plus tard, il annule ces passeports suite aux poursuites judiciaires initiées contre l'ancien couple présidentiel par le ministère de La Justice[10].

Sa reconduction à son poste, et celle d'autres ministres, au sein du « gouvernement d'union nationale » conduit par Mohamed Ghannouchi, cristallise la colère d'une partie de la population qui exige la formation d'un gouvernement excluant les personnalités de l'ancien parti présidentiel[11], le Rassemblement constitutionnel démocratique, dont Kamel Morjane est alors membre : il siège en effet au comité central du parti à partir du congrès du Défi, tenu du 30 juillet au 2 août 2008[12], et intègre son bureau politique le 26 janvier 2010[13].

Kamel Morjane quitte finalement le RCD le [14] puis présente sa démission du gouvernement d'union nationale le 27 janvier[15]. Le 1er avril, son nouveau parti, L'Initiative, est légalisé[16] ; il obtient cinq sièges à l'assemblée constituante lors des élections du 23 octobre 2011. Le 1er décembre 2013, il fusionne avec d'autres partis, principalement Al Watan de Mohamed Jegham, au sein de l'Initiative nationale destourienne dont il devient le président[17] et qui remporte trois sièges à l'Assemblée des représentants du peuple lors des élections législatives de 2014[18].

Le 13 septembre 2014, il annonce sa candidature à l'élection présidentielle[19], qu'il dépose le 20 septembre[20] ; il remporte finalement 1,27 % des voix et se classe sixième parmi les 26 candidats[21],[22].

Le 13 juillet 2016, il fait partie des signataires de l'accord de Carthage, document censé ouvrir la voie à la formation d'un gouvernement d'union nationale[23].

Le 5 novembre 2018, il est désigné ministre de la Fonction publique[24],[25]. Le 12 novembre, les députés de l’Assemblée des représentants du peuple accordent la confiance à sa désignation[26],[27]. Le 23 novembre, il est désigné membre du conseil d’administration du fonds de la Paix de l’Union africaine[28].

Controverses[modifier | modifier le code]

Affaire WikiLeaks[modifier | modifier le code]

Le 3 décembre 2010, quelques jours avant le début du soulèvement populaire conduisant à la révolution tunisienne, Kamel Morjane s'exprime devant la Chambre des conseillers au sujet des informations publiées par WikiLeaks et dénonce certains télégrammes en les qualifiant de « reproduction de mensonges et de calomnies »[29].

Dans ces derniers, l'ambassade des États-Unis à Tunis évoque les abus de pouvoir de l'entourage familial du président, le qualifiant de « quasi-mafia »[29].

Poursuites judiciaires[modifier | modifier le code]

Il est concerné par une plainte pour détournement d'argent public et abus de pouvoir, liée à l'affaire de mise à disposition de fonctionnaires au profit du RCD, déposée par 25 avocats tunisiens contre lui et neuf autres figures du RCD : Mohamed Ghariani, Abdallah Kallel, Ridha Chalghoum, Abderrahim Zouari, Zouheir M'dhaffer, Chédli Neffati, Abdelaziz Ben Dhia, Hamed Karoui et Abdelwahab Abdallah[30].

Il est entendu le 21 avril 2011 par le juge d'instruction du tribunal de première instance de Tunis qui décide de clore l'affaire en ce qui le concerne ; les avocats interjetant appel[31], il est laissé en liberté[32]. Il fait cependant l'objet d'une interdiction de quitter le territoire et se voit refusé, le 24 août, sa demande d'annulation de la procédure par le même tribunal. Cette interdiction est finalement levée le 3 février 2014[33].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Kamel Morjane est père de deux enfants[8]. Il est marié depuis 1979 à Dorra, fille de Bouraoui Ben Ali, pilote de ligne, auteur de deux livres sur l'aviation[34] et la science[35] et cousin du président Zine el-Abidine Ben Ali[36].

Décorations[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Biographie de Kamel Morjane, ministre de la Fonction publique », sur businessnews.com.tn, (consulté le 5 novembre 2018)
  2. Samy Ghorbal, « Kamel Morjane, la force tranquille », sur jeuneafrique.com, (consulté le 3 novembre 2014)
  3. « Kamel Morjane à la Fondation Temimi : l’autre facette, dans l'action humanitaire internationale », sur leaders.com.tn, (consulté le 14 mai 2015)
  4. (en) « Kamel Morjane », sur un.org, (consulté le 21 octobre 2017)
  5. « Qui est Kamel Morjane ? », sur directinfo.webmanagercenter.com, (consulté le 6 novembre 2015)
  6. Ridha Kéfi, « Le sens d'un remaniement », sur jeuneafrique.com, (consulté le 9 décembre 2017)
  7. « Remaniement partiel du gouvernement », sur babnet.net, (consulté le 21 octobre 2016)
  8. a b c et d « Biographie de Kamel Morjane, ministre des Affaires étrangères », sur businessnews.com.tn, (consulté le 16 janvier 2010)
  9. « M. Kamel Morjane, ministre des Affaires étrangères », sur leaders.com.tn, (consulté le 16 janvier 2010)
  10. « Tunisie : Morjane, Ben Ali et l'affaire du passeport », sur jeuneafrique.com, (consulté le 9 décembre 2017)
  11. Delphine Minoui, « "Que la révolution tunisienne porte ses fruits" », sur lefigaro.fr, (consulté le 3 août 2011)
  12. « Liste des membres du comité central du RCD », sur babnet.net, (consulté le 9 décembre 2017)
  13. « 1re interview de Kamel Morjane : son analyse, ses révélations et le rôle qu'il compte jouer », sur leaders.com.tn, (consulté le 5 février 2011)
  14. « Tunisie - Les ministres de Ben Ali quittent le gouvernement », sur lepoint.fr, (consulté le 31 janvier 2011)
  15. (en) « Tunisian foreign minister Kamel Morjane resigns », sur theguardian.com, (consulté le 31 janvier 2011)
  16. « Tunisie - Kamel Morjane obtient le visa pour son parti L'Initiative », sur businessnews.com.tn, (consulté le 9 décembre 2017)
  17. « Tunis : Fusion entre quatre partis politiques », sur leconomistemaghrebin.com, (consulté le 9 décembre 2017)
  18. « Tunisie : que devient Kamel Morjane, ministre des Affaires étrangères sous Ben Ali ? », sur jeuneafrique.com, (consulté le 3 septembre 2018)
  19. « Présidentielle : Kamel Morjane officiellement candidat », sur leaders.com.tn, (consulté le 3 novembre 2014)
  20. « Tunisie : le dernier chef de la diplomatie de Ben Ali candidat à la présidence », sur huffpostmaghreb.com, (consulté le 3 novembre 2014)
  21. « Tunisie : les électeurs ont voté pour le premier tour de la Présidentielle », sur information.tv5monde.com, (consulté le 24 novembre 2014)
  22. Sandro Lutyens, « Campagne électorale : trois stratégies de communication dévoilées de candidats perdants », sur huffpostmaghreb.com, (consulté le 22 décembre 2014)
  23. « L’accord de Carthage signé, Béji Caïd Essebsi félicite les Tunisiens », sur businessnews.com.tn, (consulté le 14 juillet 2016)
  24. « Remaniement : liste des nouveaux membres du gouvernement Chahed », sur kapitalis.com, (consulté le 5 novembre 2018)
  25. « Remaniement ministériel : qui sont les nouveaux ministres », sur huffpostmaghreb.com, (consulté le 5 novembre 2018)
  26. « Tunisie : l’ARP vote la confiance aux nouveaux membres du gouvernement », sur espacemanager.com, (consulté le 12 novembre 2018)
  27. Frida Dahmani, « Tunisie : l’Assemblée approuve le remaniement de Youssef Chahed », sur jeuneafrique.com, (consulté le 13 novembre 2018)
  28. « Kamel Morjane désigné membre du conseil d’administration du fonds de la Paix de l’Union africaine », sur leaders.com.tn, (consulté le 23 novembre 2018)
  29. a et b « Wikileaks : les précisions utiles du ministre tunisien des Affaires étrangères, M. Kamel Morjane », sur leaders.com.tn, (consulté le 3 novembre 2014)
  30. « Le groupe des 25 avocats fera encore parler de lui avec une nouvelle série de plaintes », sur businessnews.com.tn, (consulté le 13 août 2011)
  31. Abou Aymen, « Arrêt des poursuites judiciaires à l'encontre de Kamel Morjane », sur turess.com, (consulté le 25 avril 2012)
  32. « Kamel Morjane interrogé et maintenu en état de liberté », sur turess.com, (consulté le 25 avril 2012)
  33. « Kamel Morjane n’est plus interdit de voyage », sur directinfo.webmanagercenter.com, (consulté le 3 mars 2014)
  34. Bouraoui Ben Ali, Les ailes des hommes, Paris, Pharos/Jacques-Marie Laffont, (ISBN 978-2-756-90021-6)
  35. Bouraoui Ben Ali, Réécrire l'histoire des sciences, Sousse, Dar El Maaref,
  36. Samy Ghorbal, « Kamel Morjane sur tous les fronts », sur jeuneafrique.com, (consulté le 9 décembre 2017)