Kamalashila

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Kamalaśīla
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Kamalashila (sanskrit : Kamalaśīla) (floruit 713-763) est un philosophe indien bouddhiste. Originaire de la célèbre université indienne de Nâlandâ, il est le disciple de Shantarakshita et de Padmasambhava, qui introduisit au Tibet l'enseignement Madhyamika[1]. Il accompagne Shantarakshita (725–788)[2] au Tibet à la demande de Trisong Detsen.

La tibétologue Eva Dargyay présente une lignée de transmission et de traduction de Śīla, Sutrayana (en) Bouddha Vacana (en) ainsi que des six Pāramitā (vus principalement au travers des enseignements Mahayana de Nāgārjuna), depuis l'Inde vers le Tibet (Pandit, dans le contexte de cette citation, désigne en sanskrit un érudit) :

« Les pandits indiens, principalement représentés par Śāntarakṣita, Kamalaśīla et son disciple Ye-śes-dbang-po, forment un groupe renommé. Ces disciples étaient tous des défenseurs de l'école Madhyamaka, basée sur les enseignements de Nāgārjuna. Cependant, ils enseignèrent avant tout les dix règles de conduite de l'éthique bouddhiste (śīla) et un résumé des enseignements provenant des Sūtras canoniques du Mahāyāna, ainsi que les actions vertueuses des six pāramitā. Ces exercices sont supposés permettre, à travers un cheminement qui semble interminable, l'ascension progressive vers l'acquisition de capacités intellectuelles supérieures qui aboutissent finalement à la bouddhéité. Cette tendance a été renforcée après le débat de bSam-yas [Samyé] qui eut lieu de 792 à 794 ; le résultat exact de cette dispute est toujours sujet à discussion[3],[4]. »

Histoire de l'enseignement[modifier | modifier le code]

Une danse Cham raconte l'histoire du Concile de Lhasa liée aux enseignements du Chöd. Au cours de cette danse sacrée, le moine chan Moheyan est généralement dépeint comme corpulent, que les enfants s'amusent à piquer[5]. Le chöd est un produit à la fois des transmissions tant indienne que chinoise dans l'Himalaya[6].

En simplifiant, la transmission tantrique indienne peut être qualifiée de « graduelle » (en tibétain : rim gyis ‘jug pa; en chinois : tun-wu) par opposition à la transmission chinoise Ch'an qualifiée, elle, de « directe» (en tibétain : cig car gyi ‘jug pa; en chinois : chien-wu)[7] Il faut souligner que cette claire dichotomie entre ces deux approches du Dharma est valable uniquement dans le contexte historique du grand débat entre Kamalaśīla et Moheyan, organisé par Trisong Detsen, et qu'elle reste ouverte à la dialectique. Ce débat, appelé « Conseil de Samyé » par Giuseppe Tucci, est plus connu sous le nom de « Concile de Lhasa ». D'après la tradition tibétaine, l'écho de ces deux ans de débat parviendra jusqu'au monastère de Samyé, situé à quelque 120 km de Lhasa.

Selon les traditions orthodoxes de la culture traditionnelle tibétaine, Kamalaśīla, un mahapandita et disciple éduqué à Nâlandâ, défend durant cette rencontre l'approche « graduelle » de l'éveil. Cependant, le maître chinois Moheyan, en tant que maître de la transe et de la méditation, défend l'éveil « subit » de l'esprit originel à travers le nirodha de la pensée discursive, la cessation des idées. L'historicité de ce débat a été remise en question par Tucci et Heissig en 1970[8], Gomez en 1983[9] et Ruegg en 1992[10], ce qui ne diminue pas son importance dans l'émergence et la définition des traditions religieuses et culturelles du Tibet[11].

Kamalaśīla, qui était doté d'un physique avantageux et de talents oratoires, remporte ce débat, bien qu'on relève des divergences à ce sujet entre les sources primaires et des comptes-rendus secondaires.

Un récit hagiographique affirme que, immédiatement après son débat avec Moheyan, alors qu'il cheminait de l'Himalaya vers les piémonts indiens, Kamalaśīla mit en œuvre le phowa (en) poussé qu'il était par la compassion, de transférer son courant de pensée afin de réanimer un cadavre atteint par la contagion, et d'éloigner ainsi le risque qu'il présentait pour une communauté des environs. Comme le courant de pensée de Kamalaśīla était engagé ailleurs, un Mahāsiddha du nom de Padampa Sangye trouve le kuten vacant ou la "base physique" de Kamalaśīla. Padampa Sangye n'est pas béni de manière karmique avec une forme corporelle esthétique, et étant à la recherche du corps d'une grande beauté, du corps sain mais vide de Kamalaśīla, il a transféré son courant de pensée dans le corps de Kamalaśīla, qu'il perçoit comme un corps récemment dépourvu de vie. Le courant de pensée de Padampa Sangye à travers le corps de Kamalaśīla poursuit l’ascension vers l'Himalaya et ainsi transmet le Chöd. Le courant de pensée de Kamalaśīla sur l'effort de retourner à son kuten n'était pas réalisable et par nécessité, cette pensée doit avoir recours au corps vacant de Padampa Sangye[12]. Le courant de pensée de Padampa Sangye se poursuit dans ce corps, et c'est dans ce corps d'une grand beauté que la transmission de Chöd se réalise pour Machig Labdrön, son épouse[13].

Œuvres[modifier | modifier le code]

On doit à Kamalaśīla plusieurs œuvres[14], notamment un ouvrage de logique, des ouvrages tantriques, ainsi que des commentaires de la Prajñāpāramita qui contiennent entre autres un commentaire du Sūtra du diamant. Aujourd'hui toutefois, Kamalaśīla est surtout connu pour le Bhāvanākrama (en), Les étapes de la méditation. Il s'agit d'un ensemble de trois textes, fondamentaux pour la tradition tibétaine, qui s'appuient sur et résument la tradition Yogācāra d'Asanga (le premier texte a été traduit en chinois[15]).

On en trouve les traductions suivantes:

  • Les étapes de la méditation, traduit du tibétain par Georges Driessens, Paris, Seuil, 2007 (ISBN 9782020857031) [Le texte comprend les trois parties]
  • (en) Bhāvanākrama I, traduction par Giuseppe Tucci dans Minor Buddhist Texts, II, Rome, Is. M.E.O., 1958.
  • Bhāvanākrama II : Dalaï-Lama, Les étapes de la méditation (Commentraire de Sa Sainteté sur le texte de Kamalashîla), Guy Trédaniel, 2018 [2000] (ISBN 978-2-8132-1749-3).
  • Bhāvanākrama III, traduit par Etienne Lamotte dans Le Concile de Lhasa: une controverse sur le quiétisme entre bouddhistes de l'Inde et de la Chine au VIIIe siècle de l'ère chrétienne, Paris, Collège de France, Institut des hautes études chinoises, 1987 (1953), p. 336-353. Lire en ligne.
  • (en) Commentary on Difficult Points (Sanskrit: Madhyamālaṃkāra-panjika, Wylie: dbu ma rgyan gyi dka' 'grel).
  • (en) Illumination of the Middle (Skt. Madhyamakālaṃkāra, Wylie: dbu ma snang ba).


Références[modifier | modifier le code]

  1. Notice d'autorité de la BNF.
  2. James Blumenthal : "Śāntarakṣita", The Stanford Encyclopedia of Philosophy, édition 2008, Edward N. Zalta. Page consultée le 4 septembre 2012.
  3. The Indian pandits, represented mainly by Śāntarakṣita, Kamalaśīla, and his disciple Ye-śes-dbang-po, form a known group. These scholars were all defenders of the Madhyamaka school, which is based upon Nāgārjuna's teachings. First of all, however, they taught the ten rules of behaviour of the Buddhist ethics (śīla) and a summary of the teachings according to the canonic Sūtras of the Mahāyāna, as well as the virtuous works of the six pāramitās. These exercises are supposed to lead, in a long seemingly endless way, to the gradual ascent to the acquisition of higher intellectual abilities finally culminating in Buddhahood. This trend was intensified after the debate of bSam-yas had taken place in the years 792 to 794; the exact outcome of this debate is still debatable
  4. Eva Dargyay et Alex Wayman (éditeur) (1977, 1998). The Rise of Esoteric Buddhism in Tibet. Second revised edition, reprint. Delhi, India: Motilal Banarsidass Publishers Pvt Ltd. Buddhist Tradition Series Vol. 32, page 7. (ISBN 81-208-1579-3)
  5. On trouvera ici deux représentations de Moheyan.
  6. Pour une discussion sur le lien Dunhuang entre le Bouddhisme chinois et indien, consulter Sam van Schaik et Jacob Dalton, Where Chan and Tantra Meet: Buddhist Syncretism in Dunhuang" in Whitfield, The Silk Road: Trade, Travel, War and Faith. London: British Library Press. pp61–71, 2004, Susan (ed).
  7. Sam van Schaik : The Great Perfection and the Chinese Monk: rNyingmapa defences of Hwashang Mahāyāna in the Eighteenth Century. Page consultée le 14 janvier 2007.
  8. (en) Eva Dargyay : The Rise of Esoteric Buddhism in Tibet (1977-1998). Seconde édition révisée, Vol. 32 p.74, note 21. (ISBN 81-208-1579-3)
  9. (en) Luis Gomez : The Direct and Gradual Approaches of Zen Master Mahāyāna: Fragments of the Teachings of Moheyan, Gimello, Robert M. and Peter N. Gregory (édition), Studies in Chan and Hua-yen. Honolulu: University of Hawaii Press: 393–434.
  10. (en) D. Seyfort Ruegg : Buddha-nature, Mind and the Problem of Gradualism in a Comparative Perspective: On the Transmission and Reception of Buddhism in India and Tibet. London: School of Oriental and African Studies.
  11. (en) Sam van Schaik : The Great Perfection and the Chinese Monk: rNyingmapa defences of Hwashang Mahāyāna in the Eighteenth Century., 2007.page consultée le 10 septembre 2012.
  12. (en) Khenchen Thrangu et Christoph Klonk et Gaby Hollmann : Chod – The Introduction & A Few Practices, 2006. Page consultée le 16 septembre 2012.
  13. (en) Machig Labdrön. Page consultée le 16 septembre 2012.
  14. Philippe Cornu, Dictionnaire encyclopédique du Bouddhisme, Paris, Seuil, , 949 p. (ISBN 978-2-02-082273-2), p. 297
  15. (zh) 廣釋菩提心論

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Barou, Sylvie Crossman, Tibet, une autre modernité, Paris, Seuil, coll. Points Essais, 2012 (2010) - V. en particulier le chapitre 2.
  • Paul Demiéville, Le Concile de Lhasa: une controverse sur le quiétisme entre bouddhistes de l'Inde et de la Chine au VIIIe siècle de l'ère chrétienne, Paris, Collège de France, Institut des hautes études chinoises, 1987 (1953).
  • Giuseppe Tucci, Walther Heissig Les religions du Tibet et de la Mongolie, Paris, Payot, 1973 (1970). Lire compte-rendu sur cet ouvrage.

Source de la traduction[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]