Ka'b ibn al-Ashraf

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Ka'b ibn al-Ashraf (en arabe : كعب بن الاشرف ; ? -624), poète et l'un des chefs de la tribu juive de Médine Banu Nadir, s’opposa à Mahomet après la bataille de Badr. Son assassinat sur ordre du Prophète fut suivi de l’expulsion de sa tribu.

Né d’une mère de la tribu Banu Nadir et d'un père polythéiste, il suivait la religion de sa mère[1],[2].

Le conflit entre Ka'b ibn al-Ashraf et le Prophète[modifier | modifier le code]

Les sources qui évoquent ce conflit sont musulmanes.

Mécontent du nombre élevé de morts de chefs Quraychites (tribu d'origine de Muhammad, restée polythéiste) pendant la bataille de Badr[1],[3], Ka'b ibn al-Ashraf se serait rendu à La Mecque pour manifester son soutien à cette tribu, établissant selon certaines sources[4] une alliance avec Abu Sufyan, adversaire (et parent) de Muhammad, en contravention de la constitution de Médine. Il aurait envisagé d’éliminer le Prophète. Selon al-Zamakhshari, al-Tabarsi, al-Razi et al-Baidawi, ce serait l’archange Gabriel qui aurait informé le prophète de ses agissements[4].

On lui aurait aussi reproché un poème érotique ayant pour sujet des femmes du parti musulman[1],[4].

Mahomet ayant commandité l'assassinat de Ka'ib ibn al-Ashraf Muhammad ibn Maslamah (en) se porta volontaire. Avec quatre complices, dont un frère adoptif d’Ibn al-Ashraf, Muhammad ibn Maslama attira Ka'ib ibn al-Ashraf hors de ses murs une nuit de pleine lune sous prétexte d’une négociation[1],[3] ; ils le tuèrent atrocement.

L'année suivante, les Banu Nadir tentent d'assassiner Muhammad. Ils furent en représailles attaqués puis expulsés ; ils se réfugièrent à Khaybar, mais y furent poursuivis et vaincus par les musulmans en 628 ou 629, lors de la bataille de Khaybar[2].

Récits de l'assassinat de Ka'b ibn al-Ashraf[modifier | modifier le code]

Ibn Ishaq (VIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

L’épisode largement développé par Ibn Ishaq est ici résumé :

« Plusieurs hommes s’étaient associés pour tuer Ka'b. La nuit, ils se promenèrent avec le poète. Un poète, Abu Nâ’ilah se montrait fort gentil avec Ka'b. Il promenait sa main dans ses cheveux en disant : "Je n’ai jamais senti un meilleur parfum". Ils marchèrent pendant plusieurs heures, pour mettre en confiance le poète juif. Puis soudain Abu Nâ’ilah saisit les cheveux de la tête de Ka'b en disant : "Frappez cet ennemi de Dieu !" Ils le frappèrent mais leurs épées qui se croisaient sur Kaab ne pouvaient cependant l’achever. Muhammad b. Maslama dit : "Je me suis souvenu d’un couteau attaché à mon épée. Je le pris et l’enfonçai dans son bas-ventre et je me pressai sur lui jusqu’à ce que j’atteigne le pubis. Alors Ka'b tomba par terre"». L’assassinat du poète juif est largement traité sur sept longues pages par Ibn Ishâq[5]. Cela arriva la troisième année de l'hégire.

Tabari (Xe siècle)[modifier | modifier le code]

Tabari donne également un récit circonstancié de l'assassinat dans ses Chroniques, dont voici un résumé :

Ka'b commandait la forteresse des Banu Nadir et possédait en face de cette forteresse des plantations de dattiers, des champs de blé, qui lui avaient permis d'acquérir une fortune considérable. "Il avait de l'éloquence et était poète". Apprenant la nouvelle de la victoire des musulmans contre les Quraïchites, la tribu du Prophète, restée polythéiste, il en fut triste "car les Quraïchites étaient ses parents" [les parents de Ka'b par son père[6]]. Il se rendit donc à la Mecque, ville de cette tribu de Quraïsh, y "consola les habitants, composa des élégies sur les morts et des satires contre le Prophète et contre ses compagnons. Ensuite il revint à Médine" ; il disait : "Pleurez, pour que l'on pense que Mohamed est mort, et que sa religion cesse d'exister". Le Prophète se plaignit de lui et dit : "Qui donnera sa vie à Dieu, et tuera cet homme ?". Un des compagnons médinois (Ansâr) du Prophète, Muhammad ibn Maslamah (en), se proposa, mais redoutant la puissance de Ka'b, il demanda la permission de dire du mal du Prophète (pour piéger son ennemi), ainsi que des auxiliaires ; huit hommes se joignirent à lui, parmi lesquels un frère de lait de Ka'b, Silkân fils de Salama, surnommé Abu Nâ’ilah [mentionné sous ce nom dans le récit de Ibn Ishaq).

Ils arrivèrent la nuit à la porte du château de K'ab, demandèrent à lui parler ; son épouse effrayée tenta de le retenir, mais il lui répondit : "L'homme noble, quand même on l'appellerait à la mort, répond à l'appel". Le frère de lait de Ka'b, pour l'attirer dans le verger, lui demanda du blé et des dattes afin de nourrir sa famille, et médisant du Prophète ("c'est un fléau"), fit porter sur Mohammed la responsabilité de la famine. En échange du don de nourriture, il promit de lui laisser en gage ce que Ka'b exigerait de lui ; Ka'b demanda en gage les enfants de Sikân (Abu Nâ’ilah), qui proposa plutôt ses armes et celles de ses compagnons, pour endormir la méfiance de Ka'b au vu de huit hommes armés. Ka'b accepta ce gage. "Ka'b avait une chevelure sur le cou, elle était parfumée de musc et d'ambre. A chaque instant, Silkân lui prenait la tête, l'attirait vers lui et en respirait les parfums, en disant : Quelle délicieuse odeur !". "Arrivés au milieu du verger, Silkân saisit fortement Ka'b par les cheveux, et dit : Chargez ! Muhammad ibn Maslamah (en), le serra également, et Harith, fils d'Aus, vint à leur aide. Les autres prirent leurs sabres et le frappèrent"[7].

Commentant cet épisode, Jacques Berque écrit : "La ruse, la traîtrise parfois font partie des mœurs de la guerre, et les Compagnons mêmes [du Prophète] ne peuvent s'en abstenir. C'est ainsi que l'un d'eux vint à bout de Ka'b ibn al-Ashraf[8]".

Autre[modifier | modifier le code]

L'assassinat de Ka'b ibn al-Ashraf est évoqué dans le roman de Barouk Salamé "Le testament syriaque", Rivages / Thriller, 2009 (p. 416-418).

Le poète[modifier | modifier le code]

Ka'b ibn al-Ashraf figure dans Les Classes des poètes arabes (Tabaqat) de Ibn Sallâm al-Jumahî, philologue des VIIIe – IXe siècle, dans la classe des poètes juifs, aux côtés de Samaw'al (VIe siècle), Saaya ibn Urayd (VIIe siècle), Al-Rabi ibn Abu al-Huqayq (en), et quatre autres poètes[9].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d William Montgomery Watt, P.J. Bearman, Th. Bianquis, C.E. Bosworth, E. van Donzel, W.P. Heinrichs Encyclopaedia of Islam, Brill Academic Publishers, ISSN 1573-3912
  2. a et b Norman Stillman, The Jews of Arab Lands: A History and Source Book, Jewish Publication Society of America, Philadelphia, 1979, (ISBN 0-8276-0116-6), p. 13
  3. a et b Ibn Hisham, Al-Sira al-Nabawiyya (La Vie du Prophète)
  4. a, b et c Uri Rubin, The Assassination of Kaʿb b. al-Ashraf Oriens, Vol. 32. (1990), pp. 65-71.
  5. The earliest biography of Muhammad, by Ibn Ishaq,Sahih Bukhari [1]
  6. Le père de Ka'b est de la tribu Tayy (en), qui s'allie par mariage à un assez haut degré avec la tribu de Quraych, selon Siddiqui, Muhammad Yasin Mazhar (1987). Organisation of Government Under the Prophet. Delhi: Idarah-i Adabiyat-i Delli., p.89, ainsi que, par ailleurs, avec la tribu juive de Banu Nadir.
  7. Tabari(trad. du persan par Hermann Zotenberg), La Chronique. Histoire des prophètes et des rois, Actes Sud / Sindbad, coll. « Thésaurus », 2001, t.2, 181-185.
  8. Jacques Berque, préface de Tabari(trad. du persan par Hermann Zotenberg), La Chronique. Histoire des prophètes et des rois, Actes Sud / Sindbad, coll. « Thésaurus », 2001, t.2, p.14.
  9. Charles Pellat, "Ibn Sallam al-Djumahi", Encyclopédie de l'islam, Brill Online, 2 01 4. Reference. BULAC (Bibliothèque universitaire des langues et civilisations). 11 March 2014<http://referenceworks.brillonline.com.prext.num.bulac.fr/entries/encyclopedie-de-l-islam/ibn-sallam-al-djum ahi-SIM_3355><.