K-278 Komsomolets

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K-278 Komsomolets
image illustrative de l’article K-278 Komsomolets
Autres noms Projet 685 Plavnik (Плавник)
Type Sous-marin nucléaire d'attaque de classe Mike
Histoire
A servi dans Naval Ensign of the Soviet Union.svg Marine soviétique
Quille posée 22 mars 1978
Lancement 9 mai 1983
Armé 20 octobre 1983
Statut Coule en mer de Norvège, le 7 avril 1989
Équipage
Équipage 57 (64 possibles), dont 29 officiers[1]
Caractéristiques techniques
Longueur 118,4 m[1]
Maître-bau 11,1 m[1]
Tirant d'eau 7,4 m[1]
Déplacement 5 680[1]-5 880 t en surface,
8 500 t en plongée[1]
Propulsion Réacteur ОК-650b-3
1 hélice à 5 pales
2 propulseurs de manœuvre sur les dérives des barres de plongée.
Puissance 190 MWt (réacteur)
Vitesse 30,6 nœuds (57 km/h) en plongée
14 nœuds (26 km/h) en surface
5 nœuds (9 km/h) sur moteurs électrique
Profondeur 1 000 mètres (sécurité), 1 250 mètres (écrasement)
Caractéristiques militaires
Blindage Titane 48-T de résistance 720 à 750 kg/cm2
Armement 6 tubes lance-torpilles de 533 mm

avec 22 torpilles dont 10 VA-111 Shkval

Localisation
Coordonnées 73° 43′ 18″ nord, 13° 16′ 54″ est

Géolocalisation sur la carte : océan Arctique

(Voir situation sur carte : océan Arctique)
K-278 Komsomolets
K-278 Komsomolets

Le K-278 Komsomolets (en russe : Комсомолец, littéralement « jeune adhérent du Komsomol »), est un sous-marin nucléaire soviétique qui a coulé le 7 avril 1989. Ce jour-là, un incendie se déclara à l'intérieur, provoquant la mort de 4 sous-mariniers, puis de 38 autres lors de son naufrage par 1 600 mètres de fond, au large des côtes de Norvège.

Description du bâtiment[modifier | modifier le code]

Schéma d'un sous-marin de classe Mike.

Le Projet 685 Planik (en russe : Плавник, « nageoire ») est conçu par le Bureau d'étude Rubin afin de développer un sous-marin capable d'emporter aussi bien des torpilles que des missiles de croisière conventionnels ou dotés d'ogives nucléaires. Le but de ce projet était d'étudier l'effet des grandes profondeurs sur les systèmes d'arme[2]. L'ordre de concevoir les plans du sous-marin est donné à la demande de l’État-major de la Flotte en 1966 et ils sont achevés en 1974. La quille du K-278 — premier (et seul) sous-marin de sa classe — est posée le 22 avril 1978 à Severodvinsk, une ville fermée soviétique située sur les bords de la mer de Barents. Il est lancé le 3 juin 1983 et commissionné le 28 décembre 1983.

Il fait 120 mètres de long, 11 mètres de hauteur un tirant d'eau de 8 mètres avec un déplacement d'eau de 8 000 tonnes. Sa double coque en titane fait alors de lui le sous-marin pouvant plonger le plus profondément au monde, avec une profondeur opérationnelle de 900 mètres[réf. nécessaire], bien plus importante que celle des sous-marins américains. Sa coque interne est divisée en sept compartiments ; les cloisons des compartiments no 2 et 3 étant renforcées afin de créer une « zone de sécurité ». Une capsule de sauvetage — résistante jusque 1 500 m, pouvant accueillir tout l'équipage[1] — est intégrée au kiosque au-dessus de ces deux compartiments pour permettre à l'équipage d'abandonner le bâtiment en cas d'urgence.

Le K-278 Komsomolets est équipé de deux réacteurs nucléaires pour sa propulsion, révolutionnaires pour leur système de refroidissement. Les services de renseignement occidentaux estiment dans un premier temps la vitesse du K-278 en partant de l'hypothèse qu'il était propulsé par deux réacteurs à métal liquide plomb-bismuth. Lorsque l'Union soviétique révèle que le sous-marin était propulsé par un réacteur à eau pressurisé conventionnel OК-650b-3, les estimations de vitesse sont revues à la baisse[3].

D'après Norman Polmar et Kenneth J. Moore - deux experts occidentaux des sous-marins soviétiques - la conception du Projet 685 comprend de nombreux systèmes automatisés, qui permettent de réduire le nombre de marins normalement nécessaires pour manœuvrer un sous-marin de cette taille. Les listes d'équipage du Ministère de la Défense soviétique prévoit en 1982 un équipage de 57 hommes. Ce nombre sera porté par la suite à 64 hommes : 30 officiers, 22 premier maîtres et 12 marins[4]. Son premier commandant est le capitaine de 1er rang Iouri Zelenski.

Il fait partie de la classe Mike, censé devenir le premier d'une large classe de sous-marins nucléaires d'attaque. Il devient opérationnel fin 1984, mais les exemplaires construits sur le même plan ne verront jamais le jour. Après avoir passé le stade de prototype, il prend part aux patrouilles de surveillance sous-marines. En novembre 1983, il est affecté à la 6e division de la 1re flottille de sous-marins de flotte du Nord. Le 4 août 1984, il bat le record de plongée pour un sous-marin d'attaque, avec une immersion à 1 027 m[5].

Le 31 janvier 1989, il est renommé « Komsomolets ». Il est alors décrit comme un sous-marin de lutte contre la guerre sous-marine. Le 28 mars, il part pour sa dernière mission.

La catastrophe du 7 avril 1989[modifier | modifier le code]

Ce jour-là, le Komsomolets navigue à 380 mètres de profondeur près des côtes norvégiennes, à 180 km au sud-ouest de l'île de Medvezhy[6], pour une patrouille commencée 39 jours auparavant.

Peu après 11 h 0, un incendie se déclare dans le compartiment 7, sans doute dû à une petite quantité d'huile se déversant sur une surface brûlante, dans cet endroit où passent des flux d'air comprimé connectés aux ballasts. Le centre de commandement ordonne alors d'éteindre le feu grâce à du Fréon, un gaz inerte susceptible de l'étouffer. Cela provoque l'asphyxie du sous-marinier Bukhnikashvili qui se trouvait dans le compartiment. Mais le commandement ignore qu'un flux d'air se déverse dans le compartiment, le transformant en véritable fourneau. Le feu se répand alors dans tout le bâtiment. Afin d'éviter une catastrophe nucléaire les réacteurs sont stoppés, ce qui prive le sous-marin de sa principale source d'énergie.

Le commandement ordonne alors la remontée du bâtiment, par la vidange des ballasts. Arrivé en surface, il envoie un SOS chiffré à l'armée soviétique. L'équipage est loin d'être tiré d'affaire car l'incendie, qui se propage par les câbles, dégage une chaleur intense. Des hommes tombent inconscients, le CO2 étant détecté trop tard. À 11 h 41 le SOS est reçu et l'armée de l'air est en état d'alerte. L'hécatombe est déjà largement commencée, et les tentatives de ventilation et de remise en route du moteur diesel seront vaines.

À 12 h 19 le commandant Vanine abandonne le protocole de sécurité et envoie un SOS non chiffré en indiquant son nom, sa position et les circonstances de la catastrophe. L'amiral Tchernavine ordonne le secours immédiat du sous-marin, avec l'aide possible et souhaitée de la flotte norvégienne. Mais celle-ci ne fut pas alertée. Les secours sont totalement désorganisés et trop tardifs.

À 14 h 40 le bâtiment est repéré par les secours aériens. L'eau est très froide, la visibilité mauvaise et la majorité de l'équipage est sortie, chassée par la fumée. Seul le commandement et quelques techniciens sont encore à bord pour tenter de sauver le bâtiment. Les secours sont prévus pour 18 h 0. Dans des conditions météo défavorables et malgré un protocole de sécurité défectueux des tentatives de sauvetage du sous-marin durent 4 heures. Mais à 16 h 42, l'ordre d'abandonner le navire est donné.

Les hommes prennent alors place dans les canots de sauvetage, et de petits radeaux de sauvetage sont lancés par un avion, mais de nombreux hommes étaient déjà morts d'hypothermie dans les eaux à °C de la mer de Barents. Le Komsomolets commence à sombrer vers 17 h 0. Six hommes sont alors à l'intérieur, dont le commandant. Cinq hommes réussissent à s'échapper du sous-marin par une capsule de secours, mais un seul réussit à rejoindre la surface. Les radeaux de sauvetage, trop peu nombreux, laissent une cinquantaine d'hommes à la mer. L'usine flottante de transformation de poissons B-64/10 Alexeï Khlobistov (Алексей Хлобыстов) arrive peu avant 18 h 0, 81 minutes après le naufrage du K-278, et remonte 25 survivants et 5 morts à son bord. Au total, le naufrage fait 42 victimes, 38 hommes meurent noyés et 4 sont portés disparus.

Les réactions après la catastrophe[modifier | modifier le code]

La catastrophe est alors connue par toute la presse mondiale. Le décompte des morts et l'enchaînement des événements sont divulgués par les journaux Komsomolskaïa Pravda et Sovietskaïa Rossia. L'équipage du Komsomolets est décoré et des missions océanographiques sont envoyées sur le site de l'épave.

La catastrophe provoque alors une réaction des autorités soviétiques, qui commande une enquête de deux semaines, sans aucun résultat. Pourtant elle profite des moyens océanographiques importants de l'URSS. Le navire océanographique Akademik Mstislav Keldych est chargé d'enquêter, les autorités russes craignant un nouveau Tchernobyl. Une enquête interne sur l’accident se déroule alors pendant 7 ans, effectuant neuf expertises et identifiant les parties responsables. Des missions sur l'épave sont conduites en 1991, 1992, 1993, à chaque fois de plus en plus dirigées vers les effets de la pollution radioactive. Des sédiments sont prélevés, analysés par différents pays. Mais l'enquête fut brusquement arrêtée par le procureur avant qu’elle ne puisse conduire à un procès et les résultats ont été gardés secrets.

L'émoi suscité par la catastrophe déclencha la construction de l'ékranoplane Spasatel. Les ogives nucléaires que contenait le sous-marin alimentent la polémique sur l'état des sous marins nucléaires russes et la pollution inhérente en Norvège, et plus généralement le problème des déchets nucléaires abandonnés en mer. Pourtant, selon les enquêtes, notamment celle de 1993, le césium 137 issu des réacteurs n'a provoqué qu'une pollution minime. En septembre 1993, Tengiz Borisov, à la tête du Comité spécial russe pour la conduite des travaux océanographiques, annonce qu'il décide de retirer les ogives nucléaires contenues dans le sous-marin, car la contamination fait craindre une impossibilité de pêcher pour les 600 prochaines années dans la mer norvégienne.

Seul reste de l'épave du sous-marin, l'horloge du Komsomolets est conservée au musée naval de Leningrad. Elle est arrêtée à 17 h 43.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Projet 365 - Caractéristiques
  2. Projet 365 - Historique
  3. Le réacteur ОК-650 sera également installé sur les sous-marine appartenant aux Projet 971 (classe Akoula), Projet 945 (classe Sierra), et par paires sur les Projet 941 (classe Typhoon).
  4. Norman Polmar et Kenneth J. Moore, Cold War Submarines : The Design and Construction of U.S. and Soviet Submarines, 2004, Brassey's Inc., Dulles, Virginie, p. 286-287 (ISBN 1-57488-594-4)
  5. (ru) Alexey Matveev, « Оборона укрепляется на уровне штабов », sur http://vpk-news.ru/,‎ (consulté le 21 avril 2017)
  6. (en) Gary Weir et Walter Boyne, Rising Tide, New York, Basic Books, 2003

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Des informations sur la propulsion, les torpilles, et la phase de prototype en général ont été divulgués par un entretien avec l'auteur du Jane's Fighting Ships 1989-90 le 21 octobre 1993 et Igor Spasskiy, un des concepteurs du Komsomolets.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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