Kératose pilaire
La kératose pilaire est une affection cutanée bénigne fréquente, caractérisée par de petites papules kératosiques centrées sur les follicules pileux, parfois entourées d'un érythème périfolliculaire[1]. Le terme associe kérato- (du grec keras, corne) et pilaire (relatif au poil)[1]. Elle touche principalement les faces d'extension des bras, les cuisses et les fesses, et plus rarement le visage[1]. Bien que sans gravité médicale, la kératose pilaire peut être source de gêne esthétique et de retentissement psychosocial chez certains patients[2].

Épidémiologie
[modifier | modifier le code]La kératose pilaire est l'une des kératoses folliculaires les plus fréquentes[1]. Les estimations de prévalence varient selon les études ; elle toucherait 50 à 80 % des adolescents et environ 40 % des adultes, bien que ces chiffres soient probablement sous-estimés en raison du faible taux de consultation[1],[2]. L'affection apparaît le plus souvent dans l'enfance, s'aggrave fréquemment à la puberté, puis tend à s'atténuer avec l'âge, sans disparaître systématiquement[3].
Une composante familiale est fréquente ; une transmission autosomique dominante à pénétrance variable a été proposée, dans un contexte probablement multifactoriel[1]. Des associations avec la dermatite atopique et l'ichtyose vulgaire, deux affections liées à des mutations du gène codant la filaggrine, ont été rapportées[4],[1].
Physiopathologie
[modifier | modifier le code]La pathogenèse de la kératose pilaire n'est pas entièrement élucidée. L'hypothèse classique est celle d'une kératinisation anormale de l'infundibulum folliculaire, responsable d'un bouchon corné visible en surface[1],[4].
Des mutations perte-de-fonction du gène de la filaggrine, une protéine essentielle à la différenciation terminale de l'épiderme et à la fonction de la barrière cutanée, ont été identifiées comme facteur de risque chez une partie des patients[4],[5]. Dans de nombreux cas, aucun déficit en filaggrine n'est identifié; des anomalies plus larges de l'unité pilo-sébacée ont été suggérées, ce qui laisse penser que plusieurs mécanismes contribuent à l'affection[4].
Présentation clinique
[modifier | modifier le code]La kératose pilaire se manifeste par des papules kératosiques de petite taille (1 à 2 mm), réparties de façon symétrique et centrées sur les follicules pileux[1]. La peau prend un aspect rugueux, parfois comparé à une « chair de poule » persistante[2]. Un érythème périfolliculaire d'intensité variable peut accompagner les papules[1].
Les localisations les plus fréquentes sont les faces postérieures et latérales des bras, les cuisses et les fesses[1]. L'atteinte du visage, en particulier des joues, est possible, surtout chez l'enfant[2]. La plupart des patients sont asymptomatiques ; la gêne est principalement d'ordre esthétique[1].
Le diagnostic est clinique. Les principaux diagnostics différentiels incluent le lichen spinulosus, la phrynoderma (carence en vitamine A), l'ichtyose vulgaire et la trichostase spinuleuse[5].
Variantes cliniques
[modifier | modifier le code]Divers phénotypes cliniques sont décrits[1],[2] :
- la kératose pilaire alba : papules rugueuses de couleur claire, sans érythème marqué ;
- la kératose pilaire rubra : papules avec un érythème périfolliculaire prononcé, fréquente sur les joues ;
- la kératose pilaire atrophicans : forme rare avec alopécie cicatricielle, pouvant toucher les sourcils (ulérythème ophriogène).
Aggravation saisonnière
[modifier | modifier le code]La kératose pilaire présente souvent des variations saisonnières, avec une aggravation en hiver et une amélioration relative en été[3].
Prise en charge
[modifier | modifier le code]Il n'existe pas de traitement curatif de la kératose pilaire[1]. La prise en charge vise à améliorer l'aspect cutané et repose sur des mesures topiques, éventuellement complétées par des traitements physiques[2]. Les patients doivent être informés du caractère chronique de l'affection et de la nécessité d'un traitement d'entretien prolongé pour maintenir l'amélioration obtenue[2].
Émollients et kératolytiques
[modifier | modifier le code]Les émollients constituent la base du traitement. Les agents kératolytiques topiques les plus étudiés dans cette indication sont les acides alpha-hydroxylés (acide lactique, acide glycolique), l'urée et l'acide salicylique[6],[5]. Une revue systématique portant sur 27 études a identifié les acides lactique et glycolique comme les topiques les mieux documentés dans cette indication, tout en soulignant que la majorité des études sont de petite taille et de qualité méthodologique variable[6]. Un essai clinique randomisé comparant l'acide lactique à 10 % et l'acide salicylique à 5 % en application biquotidienne pendant douze semaines a observé une réduction de 66 % des lésions avec l'acide lactique, contre 52 % avec l'acide salicylique[7]. Dans une enquête auprès de 251 dermatologues, 43,63 % ont déclaré choisir l'acide lactique en première intention pour la kératose pilaire, suivi par l'acide salicylique (20,72 %)[8].
Rétinoïdes topiques
[modifier | modifier le code]Les rétinoïdes topiques (trétinoïne, tazarotène) peuvent être envisagés en cas de réponse insuffisante aux kératolytiques[5],[6]. Leur utilisation peut cependant être limitée par l'irritation cutanée locale[5].
Traitements par laser
[modifier | modifier le code]Plusieurs types de lasers ont été évalués dans la kératose pilaire, notamment le laser Nd:YAG, le laser à colorant pulsé et le laser à diode[9]. Une revue systématique a montré que ces traitements peuvent améliorer l'érythème et la texture cutanée, en particulier dans les formes érythémateuses ou réfractaires aux topiques[9]. Le niveau de preuve reste cependant hétérogène, la plupart des études étant de faible effectif[9],[6].
Pronostic
[modifier | modifier le code]La kératose pilaire est une affection bénigne qui tend à s'améliorer spontanément avec l'âge, en particulier après l'adolescence[3]. Dans une étude ancienne de suivi portant sur 49 patients, 35% ont rapporté une amélioration au fil du temps, 43% une persistance et 22% une aggravation[3]. L'impact est essentiellement esthétique et psychosocial[1],[2].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Sharon Hwang et Robert A. Schwartz, « Keratosis pilaris: a common follicular hyperkeratosis », Cutis, vol. 82, no 3, , p. 177–180 (PMID 18856156)
- (no) Jakob Lillemoen Drivenes, Ileana Codruta Vasilescu et Anette Bygum, « Keratosis pilaris », Tidsskrift for Den norske legeforening, vol. 143, no 5, (PMID 36987905, DOI 10.4045/tidsskr.22.0513)
- (en) Louise Poskitt et John D. Wilkinson, « Natural history of keratosis pilaris », British Journal of Dermatology, vol. 130, no 6, , p. 711–713 (PMID 8011494, DOI 10.1111/j.1365-2133.1994.tb03406.x)
- (en) Jason F. Wang et Seth J. Orlow, « Keratosis Pilaris and its Subtypes: Associations, New Molecular and Pharmacologic Etiologies, and Therapeutic Options », American Journal of Clinical Dermatology, vol. 19, no 5, , p. 733–757 (PMID 30043128, DOI 10.1007/s40257-018-0368-3)
- (en) Nilesh Kodali, Viral M. Patel et Robert A. Schwartz, « Keratosis pilaris: an update and approach to management », Italian Journal of Dermatology and Venereology, vol. 158, no 3, , p. 217–223 (PMID 37166753, DOI 10.23736/S2784-8671.23.07594-1)
- (en) Anne Beyron, « Keratosis pilaris: a systematic review of the literature and strategies for optimal treatment », European Journal of Dermatology, vol. 35, no 5, , p. 387–393 (PMID 41277649, DOI 10.1684/ejd.2025.4951)
- ↑ (en) Tanawatt Kootiratrakarn, Kowit Kampirapap et Chakkrapong Chunhasewee, « Epidermal Permeability Barrier in the Treatment of Keratosis Pilaris », Dermatology Research and Practice, vol. 2015, , p. 205012 (PMID 25802513, PMCID 4354723, DOI 10.1155/2015/205012)
- ↑ (en) Jonathan Greenzaid, Dillon Nussbaum et Adam Friedman, « Keratosis pilaris: treatment practices of board-certified dermatologists », Journal of Drugs in Dermatology, vol. 22, no 10, , p. 985–989 (PMID 37801530, DOI 10.36849/JDD.7534)
- (en) Jalal Maghfour, Sophia Ly, Wasim Haidari, Sarah L. Taylor et Steven R. Feldman, « Treatment of keratosis pilaris and its variants: a systematic review », Journal of Dermatological Treatment, vol. 33, no 3, , p. 1231–1242 (PMID 32886029, DOI 10.1080/09546634.2020.1818678)