Justin Trudeau

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Justin Trudeau
Illustration.
Justin Trudeau en 2019.
Fonctions
Premier ministre du Canada
En fonction depuis le
(3 ans, 10 mois et 12 jours)
Monarque Élisabeth II
Gouverneur David Johnston
Julie Payette
Gouvernement 29e conseil des ministres
Législature 42e
Prédécesseur Stephen Harper
Chef du Parti libéral du Canada
En fonction depuis le
(6 ans, 5 mois et 2 jours)
Prédécesseur Bob Rae
Député à la Chambre des communes
En fonction depuis le
(10 ans, 11 mois et 2 jours)
Élection
Réélection
Circonscription Papineau
Législature 40e, 41e et 42e
Groupe politique Libéral
Prédécesseur Vivian Barbot
Biographie
Nom de naissance Justin Pierre James
Trudeau
Date de naissance (47 ans)
Lieu de naissance Hôpital Civil d'Ottawa
Ottawa, Canada
Nationalité Canadienne
Parti politique Parti libéral
Père Pierre Elliott Trudeau
Mère Margaret Sinclair
Conjoint Sophie Grégoire
Diplômé de Université McGill
Université de la
Colombie-Britannique
Profession Professeur de français
Résidence Rideau Cottage, Ottawa

Signature de Justin Trudeau

Justin Trudeau
Premiers ministres du Canada

Justin Trudeau, né le à Ottawa, est un homme d'État canadien. Il est Premier ministre du Canada depuis le .

En 2008, il est élu député de la circonscription de Papineau à la Chambre des communes. Dirigeant du Parti libéral du Canada depuis 2013, il accède à la tête du gouvernement fédéral à la suite de sa victoire aux élections fédérales de 2015.

Origines et formation[modifier | modifier le code]

Jusqu'à 12 ans, Justin grandit en Ontario, au 24 Sussex Drive, la résidence des Premiers ministres canadiens.

Justin Pierre James Trudeau est le fils de Pierre Elliott Trudeau (1919-2000), 15e Premier ministre du Canada[1] et de Margaret Trudeau. Jusqu'à 12 ans, les enfants grandissent en Ontario, surtout au 24 Sussex Drive, la résidence officielle des Premiers ministres canadiens. Quand Pierre Elliott Trudeau quitte la politique, Justin a 12 ans et la famille s'installe à Montréal : à partir de ce moment, les enfants Trudeau grandissent à Montréal[2]. Après un cours secondaire au collège Jean-de-Brébeuf, où il se prononce en faveur de la Constitution canadienne et de l'unité du pays[3], il obtient un baccalauréat en littérature anglaise à l'université McGill et un baccalauréat en éducation à l'université de Colombie-Britannique. En 1994, il travaille comme videur dans une boîte de nuit pour payer les frais d'un voyage qu'il entreprendra avec plusieurs amis pour visiter la France, l'Espagne, le Maroc, le Bénin, la Russie, la Chine, la Thaïlande et le Viêt Nam[4].

De retour au Canada, il travaille comme enseignant de français à la West Point Grey Academy et à l'école secondaire Sir-Winston-Churchill à Vancouver. En 2002, il revient s'établir à Montréal et entreprend des études d'ingénieur à l'École polytechnique de Montréal entre 2002 et 2003[5]. Il devient président du programme Katimavik en 2003 et travaille pour la station de radio CKAC en 2004. De 2005 à 2006, il est inscrit à une maîtrise en géographie environnementale à l'université McGill[5].

Il épouse le Sophie Grégoire, animatrice de télévision, qui est également instructrice de yoga. Ils ont trois enfants portant le nom de Trudeau : Xavier James (né le ), Ella-Grace Margaret (née le ) et Hadrien Grégoire (né le ).

Le 31 mars 2012, il met KO après six minutes le sénateur conservateur Patrick Brazeau, lors d'un combat de boxe caritatif contre le cancer[6]. Les paris donnaient pourtant Brazeau gagnant à trois contre un[7]. Un documentaire intitulé God Save Justin Trudeau relate le combat.

Ascension politique[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

Justin Trudeau fait son entrée sur la scène publique en , avec l'éloge funèbre qu'il prononce pour les funérailles de son père. Radio-Canada reçoit alors de si nombreuses demandes de retransmission que le doyen de la politique québécoise Claude Ryan suggère que l'on assiste peut-être à la première manifestation d'une dynastie[8].

Justin Trudeau appuie le candidat Gerard Kennedy lors du congrès de 2006 à la direction du Parti libéral du Canada. Après l'élimination de Kennedy, il soutient Stéphane Dion.

Élu et dirigeant national[modifier | modifier le code]

Député fédéral[modifier | modifier le code]

Le , Trudeau est choisi par les militants du Parti libéral du Canada pour l'élection fédérale suivante comme candidat dans la circonscription de Papineau , dont l'électorat est l'un des plus diversifiés sur le plan socio-culturel et l'un des plus pauvres au Canada[9]. Il emporte le siège en battant la députée sortante Vivian Barbot (Bloc québécois). Il est réélu en 2011 et en 2015.

Chef du Parti libéral[modifier | modifier le code]

Le , Trudeau annonce qu'il sera candidat à la direction du Parti libéral du Canada à la suite de la démission de Michael Ignatieff et à la nomination provisoire de Bob Rae. Dans une course qui le met en lice avec Martin Cauchon, Deborah Coyne, Martha Hall Findlay, Joyce Murray et Karen McCrimmon, il remporte l'élection avec 80,1 % des 104 000 suffrages exprimés[10]. Il entre en fonction comme chef du Parti libéral le .

À la suite du scandale Mike Duffy, qui met en évidence l'absence de contrôle des dépenses des sénateurs, il propose un plan selon lequel les dépenses des parlementaires seraient publiées chaque trimestre, et annonce le dépôt d'un projet de loi visant à ouvrir au public les débats du Bureau de régie interne de la Chambre des communes[11]. En , il dépose au Parlement un projet de loi prévoyant notamment de donner au commissaire à l'information le pouvoir d'ordonner au Gouvernement de dévoiler des documents[12],[13].

Le , son parti remporte les élections fédérales avec une majorité de sièges à la Chambre des communes du Canada et il est désigné Premier ministre par le gouverneur général du Canada, David Lloyd Johnston. Les libéraux obtiennent 184 mandats à la Chambre, soit 150 de plus que lors de la 41e législature.

Premier ministre du Canada[modifier | modifier le code]

Justin Trudeau et Barack Obama en 2016.

Il prête serment et devient le 23e Premier ministre du Canada le , succédant à Stephen Harper. Au printemps 2016, le magazine Time le classe parmi les cent personnalités les plus influentes du monde[14]. Six mois après son élection, le New York Times consacre un article à son extraordinaire popularité dans les médias sociaux, et rapproche son expertise en matière de médias de celle d'Obama et de John Kennedy[15].

Formation du cabinet[modifier | modifier le code]

Le cabinet ministériel de Justin Trudeau est assermenté le . Donnant suite à une promesse du Parti libéral, il nomme trente ministres en respectant la parité hommes-femmes, soit 15 femmes et 15 hommes (le cabinet du Premier ministre Stephen Harper comptait douze femmes sur 39 ministres)[16]. C'est la première fois dans l'histoire du Canada qu'un cabinet ministériel fait une telle place à des membres des Premières nations et à des femmes tout en leur confiant des postes importants[17]. Parmi les membres du cabinet, neuf sont capables de s'exprimer en anglais et en français, dont quatre Québécois ; Trudeau s'engage à ne pas exiger de ses ministres unilingues anglophones qu'ils suivent des cours de français[18]. Le jour de son assermentation, le magazine Forbes classe Justin Trudeau au 69e rang sur sa liste annuelle des personnes les plus influentes au monde[19].

Politique économique et sociale[modifier | modifier le code]

À son arrivée à la tête du Gouvernement, qui bénéficie de la politique de rigueur initiée par son prédécesseur, il promet d’augmenter les dépenses publiques mais de revenir à l’équilibre budgétaire en 2019[20]. Le déficit s’élève ainsi à quelque 20 milliards de dollars chaque année à partir de 2016, une situation jugée tenable dans une période de croissance économique[20]. En 2019, le ministre des Finances constate l’échec de la promesse de retour à l’équilibre budgétaire, estimant qu'il faudra attendre « au moins 2040 » avant de le retrouver[20]. Il insiste sur le fait que les dépenses supplémentaires en infrastructures sont nécessaires pour assurer la croissance à long terme et que le chiffre à considérer n'est pas le déficit budgétaire mais la proportion de la dette par rapport au produit intérieur brut[21].

Conformément à une promesse électorale, Trudeau met en place en 2016 une allocation pour les familles ayant des enfants de moins de 18 ans[22]. Le montant maximal annuel est de 6496 $ par enfant de moins de six ans et de 5481 $ par enfant de moins de 18 ans. Ces montants sont augmentés en 2018[23].

En 2019, le taux de chômage est tombé de façon continue, jusqu'à atteindre 5,4% en juin, ce qui est le taux le plus bas enregistré au pays depuis 40 ans. La croissance de l'emploi est le signe que l'économie a rebondi substantiellement, et permet d'envisager un taux de croissance de 2% pour l'année, bien au dessus des prévisions initiales[24].

Fédéralisme et question du Québec[modifier | modifier le code]

Justin Trudeau se rallie en 2006, sous le gouvernement de Stephen Harper à une forme de reconnaissance du Québec en acceptant la proposition du gouvernement Harper de reconnaître la nation québécoise comme « une nation au sein d'un Canada uni. » Cette position, qui s'inspire de la société distincte de Robert Bourassa[25], faisait avancer Justin Trudeau vers une plus grande ouverture d'esprit que face à des épisodes antérieurs où il était plutôt contre la notion de société distincte[26]. En 2017, Justin Trudeau refuse l'invitation lancée par le gouvernement libéral du Québec et son Premier ministre Philippe Couillard de rouvrir la question constitutionnelle au Canada[27],[28],[29]. En 2018, il indique que la présence d'un mouvement séparatiste dans un pays, en incluant le Canada, peut constituer un risque de violence[30].

Dans son approche du fédéralisme canadien, il affirme vouloir travailler avec les provinces dans un esprit de consultation et de cogestion. Il suggère principalement un fédéralisme de réconciliation et un retour à l’esprit fédéral. Les moyens qui devraient être utilisés pour promouvoir cette vision du fédéralisme sont selon lui la collaboration dans le respect des différences en vue d’atteindre des objectifs communs. Dans sa perspective fédérale, Justin Trudeau semble aussi vouloir tendre la main aux provinces et aux peuples autochtones. Enfin on peut également noter que l’approche fédérale de Justin Trudeau, dans un langage plus technique, s'oriente surtout autour d'une mixité où fédéralisme coopératif exécutif et fédéralisme coopératif axé sur les provinces se côtoient[31],[32],[33].

Mais à l’issue de son mandat, les relations entre le Gouvernement fédéral et plusieurs provinces sont fortement dégradées, notamment en raison de questions financières ainsi que de plusieurs projets d’infrastructures et environnementaux[20].

Premières Nations[modifier | modifier le code]

Justin Trudeau souhaite redéfinir le cadre légal des droits des Autochtones du Canada.

Lors de sa nomination, Trudeau affiche son souhait d’améliorer les relations du Gouvernement avec les autochtones. Lors d'une rencontre, en décembre 2015, avec des centaines de chefs et délégués des Premières Nations, il s'engage à faire la lumière sur les femmes disparues ou assassinées, à augmenter les dépenses en éducation et à mettre en œuvre les recommandations issues de la Commission de vérité et réconciliation (en)[34]. En 2018, il promet un meilleur cadre légal afin de garantir le respect des droits des Autochtones, inscrits dans la Constitution du Canada[35],[36]. La Commission sur les femmes et filles autochtones disparues ou assassinées, mise en place en 2016[37], dépose son rapport final en juin 2019. Celui-ci suscite des réactions variées dans le public, notamment en raison de l'emploi du terme « génocide »[38].

Fonctionnement de la Chambre[modifier | modifier le code]

En 2015, il se déclare favorable à des votes libres des députés au Parlement, à un processus ouvert de nomination des candidats et à l'élimination de toute publicité gouvernementale à coloration partisane. Il se prononce contre un mode de scrutin proportionnel. Affirmant durant la campagne de 2015 que cette élection serait la dernière dans le mode de configuration uninominal à un tour s'il était élu, il abandonne toutefois en 2017 tout projet de réforme du mode d'élection de la Chambre des communes estimant qu'il ne se dégage pas de « consensus » autour de la question. Cette décision est critiquée comme une « trahison des électeurs » par Elizabeth May ou Rona Ambrose[39], qui estiment que le Parti libéral fait passer ses intérêts avant le bien commun.

Réforme du Sénat[modifier | modifier le code]

Estimant que le Sénat est miné par les deux problèmes majeurs que sont le sectarisme et le favoritisme politique, il annonce en un plan de réforme en vertu duquel « seuls les députés élus de la Chambre des communes seront membres du caucus libéral national ». En conséquence, les 32 anciens sénateurs libéraux ne sont plus membres du caucus. Il s'engage également à « mettre en place un processus public, ouvert et transparent pour nommer et confirmer les sénateurs [et à] nommer seulement des sénateurs indépendants[40] ».

Une fois au pouvoir, Trudeau n'a nommé au Sénat que des personnes recommandées par un comité consultatif indépendant auprès duquel tout citoyen canadien âgé d’au moins 30 ans et de moins de 75 ans peut déposer sa candidature[41]. En décembre 2018, sur 105 sénateurs, on compte un groupe de 54 indépendants, 31 conservateurs, 10 libéraux indépendants et 10 sans affiliation. Trudeau envisage des modifications à la Loi sur le Parlement du Canada[42] afin que les ressources financières ne soient plus distribuées entre deux partis (celui du pouvoir et l'opposition) mais entre tous les groupes. Il vise ainsi à consolider sa réforme du sénat et à rendre un retour en arrière plus difficile[43].

Pour sa part, le chef conservateur, Andrew Scheer, entend renouer avec l'ancienne pratique de ne nommer que des partisans conservateurs. Selon un historien spécialisé dans le domaine, ce serait là une erreur et un gâchis, car, dans l'ensemble, la réforme du Sénat a été bénéfique[44].

Questions de société[modifier | modifier le code]

Immigration et accueil des réfugiés[modifier | modifier le code]

Justin Trudeau au cimetière national d'Arlington (2016).

Justin Trudeau s'engage en faveur de l'accueil des réfugiés. En 2015, il annonce vouloir accueillir 25 000 réfugiés syriens et met en place un programme gouvernemental de parrainage afin de faciliter leur intégration dans la société[45]. Au cours des trois années qui suivent, le Canada accepte en fait plus de 40 000 réfugiés[46],[47]. Plusieurs des nouveaux arrivants ont toutefois de la difficulté à se trouver un emploi[48].

Le Gouvernement se donne pour objectif d’accueillir de façon annuelle 340 000 résidents permanents d'ici à 2020, avec une augmentation de 60 % pour l’immigration économique[49].

Il assouplit également les conditions d’accès à la nationalité canadienne et abroge la loi introduite par Stephen Harper sur la déchéance de citoyenneté des binationaux condamnés pour actes de terrorisme ou crimes contre l'intérêt national[50],[51].

Il défend le port du hijab, qu'il considère comme un droit individuel. En août 2016, le port du hijab est ainsi autorisé au sein de la police fédérale[52], tout comme l'est le port du turban pour les Sikhs dans la Gendarmerie royale du Canada depuis 1990[53].

Aide médicale à mourir[modifier | modifier le code]

Le , le Gouvernement dépose le projet de loi C-14, qui autorise l'aide médicale à mourir pour les personnes qui remplissent « trois conditions : le demandeur devrait être atteint de problèmes de santé « graves et irrémédiables », éprouver des « souffrances persistantes qui lui sont intolérables au regard de sa condition », et être en mesure d'offrir un consentement éclairé[54] ». Lors du vote à la Chambre, les députés libéraux n'ont pas de directive à suivre, à l'exception des membres du Cabinet. Les autres partis laissent la liberté de choix à leurs députés sur cette question[55]. La loi sur l'aide médicale à mourir est adoptée le 17 juin 2016[56].

Légalisation de la marijuana[modifier | modifier le code]

Lors de la « journée internationale du cannabis », le , la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, annonce l’intention du Canada de déposer un projet de loi afin de légaliser et réglementer la marijuana à des fins « récréatives », notamment pour limiter le marché noir[57]. Ce projet de loi est déposé le et est finalement adopté le 6 juin 2019[58]. Il est prévu de mettre en place des programmes de prévention gérés par les provinces et que l'âge minimal de 18 ans puisse être augmenté selon chaque province. Le texte prévoit également que les citoyens puissent avoir quatre plants de 100 centimètres maximum en plus d'une possession légale de 30 grammes de cannabis en public[59].

Environnement[modifier | modifier le code]

Accord de Paris sur le climat[modifier | modifier le code]

En décembre 2015, quelques semaines après son élection, Justin Trudeau participe à la Conférence de Paris de 2015 sur les changements climatiques. Le , il se rend à New York afin de signer l'accord de Paris sur le climat, qui sera ratifié le 5 octobre 2016, à la suite d’un vote du Parlement, et entrera en vigueur le 4 novembre 2016[60]. À la conférence de Marrakech, en novembre, il soumet la stratégie du Canada en vue d'effectuer une transition vers une économie à faibles émissions[61] et rappelle que « son gouvernement s'est engagé à verser 2,65 milliards de dollars sur cinq ans pour aider certains pays à lutter contre les changements climatiques[62] ».

En dépit de ces déclarations écologiques, il signe un projet visant l'exportation de gaz de schiste liquéfié à partir de Prince Rupert, pour une valeur de 36 milliards de dollars[63].

Le 29 novembre 2016, il approuve approuve deux projets d'oléoducs au départ de l'Alberta — Trans Mountain jusqu'à Vancouver et Enbridge Line 3 (en) jusqu'au Lac Supérieur —, mais rejette celui du Northern Gateway[64]. En 2018, lorsque la société Kinder Morgan renonce à élargir la capacité de l'oléoduc Trans Mountain en raison des oppositions qu'elle rencontre, Trudeau annonce le rachat de ce pipeline par le Gouvernement pour 4,5 milliards de dollars[65]. Cette décision surprend son camp politique, car elle va à l'encontre de ses engagements en faveur de l'accord de Paris[66]. En juin 2019, il relance les travaux d'agrandissement de cet oléoduc, une décision saluée par l'industrie pétrolière mais décriée par les écologistes. Une fois achevé, le projet pourrait générer environ 500 millions de dollars (environ 340 millions d'euros) de plus par année en recettes fiscales mais aussi entraîner une hausse de 15 millions de tonnes des émissions de gaz à effet de serre du Canada[67]. Au terme de ces quatre années, le Canada ne respecte pas son projet de réduction d'émissions de gaz à effet de serre (baisse de 30 % d’ici à 2030), la différence entre les promesses et les résultats augmentant même chaque année[20].

En juin 2018, le Parlement ratifie un important projet de loi sur la tarification de la pollution causée par les gaz à effet de serre [68]. Andrew Scheer, chef du Parti Conservateur, s'oppose à cette loi et, dans les mois qui suivent, basera sa campagne électorale sur la promesse d'abolir cette « carbon tax »[69], en dépit du fait que cette mesure n'est pas une taxe car elle est neutre au plan fiscal comme le rappellent les analystes et les principaux journaux[70]. Plusieurs provinces s'adressent aux tribunaux pour faire déclarer la loi inconstitutionnelle.

Le 28 juin 2019, le Gouvernement publie un projet de norme sur les combustibles propres, qui devrait déboucher, lors de sa mise en application, sur une exigence annuelle de réduction de l’intensité en carbone de la plupart des carburants[71], notamment en obligeant les raffineries canadiennes à produire dès 2022 une essence rejetant de 10 à 12 % moins de carbone[72]. Cette mesure est critiquée par le chef de l'opposition, Andrew Scheer, qui promet d'abroger cette « taxe secrète » s'il est élu, en plus de la « taxe carbone »[73].

Autres enjeux[modifier | modifier le code]

En avril 2016, Santé Canada autorise l’élevage de saumons transgéniques[74]. Ces saumons, qui produisent plus d'hormone de croissance, grandissent deux fois plus rapidement qu'un saumon normal[75]. En 2017, le même ministère renouvelle pour une période de 15 ans l'autorisation de l'usage du glyphosate[76],[77].

Politique étrangère[modifier | modifier le code]

États-Unis[modifier | modifier le code]

Dès son entrée en fonction, le président Donald Trump annonce sa volonté de renégocier l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena), affirmant que ce traité a été désastreux pour son pays. Les négociations commencent formellement le . Les États-Unis étant le principal partenaire commercial du Canada, il est vital pour l'économie canadienne de maintenir en place les dispositions de ce traité. Les principaux points en litige sont le système canadien de gestion de l'offre en matière de produits laitiers, le pourcentage de pièces importées de l'étranger dans l'industrie automobile, les salaires et les droits de négociation collective des travailleurs, la durée de protection de la propriété intellectuelle, les mécanismes de résolution de conflit, une clause de renégociation[78]. Après des pressions de toute sorte de la part de Trump, les parties arrivent à une entente le [79]. Toutefois, la ratification est retardée en raison de différends persistants, notamment en matière de droits sur l'acier et l'aluminium[80]. En outre, le Parti démocrate, qui contrôle la Chambre des représentants des États-Unis, souhaiterait réouvrir l'entente, ce qui suscite un refus catégorique de la part du Canada[81].

En mai 2018, au nom de la « sécurité nationale », le président Trump impose des droits de douane supplémentaires (tariffs) de 25 % sur l'acier et 10 % sur l'aluminium en provenance du Mexique et du Canada, ainsi que de l'Union européenne. Il veut notamment faire pression pour une prompte renégociation du traité de l'Alena et imposer une clause de renégociation tous les cinq ans[82]. Ces droits sont finalement levés le 17 mai 2019[83]. Cette décision est saluée par les analystes[84].

Chine[modifier | modifier le code]

En 2016, Trudeau fait une première visite en Chine à l'occasion de la tenue du sommet du G20 à Hangzou, où le public lui donne le surnom affectueux de « petite patate »[85]. Il retourne en Chine en décembre 2017 pour lancer des négociations commerciales. Avant même de commencer les discussions, il déclare vouloir placer ces négociations dans un cadre plus large englobant l’environnement, les droits des travailleurs, l’égalité des sexes et la bonne gouvernance, mais le Premier ministre chinois rejette catégoriquement ces demandes et met fin aux discussions[86]. L'échec est attribué par certains analystes au manque de travaux préparatoires par l'ambassadeur canadien en Chine, John McCallum[87].

Le , Meng Wanzhou, directrice financière de la compagnie Huawei, est arrêtée à la demande des États-Unis alors qu'elle prenait un vol de correspondance à Vancouver[88]. Cette arrestation irrite les dirigeants chinois, qui réagissent immédiatement en arrêtant les Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor sous une accusation d'espionnage. La Chine bloque ensuite successivement, sous divers prétextes, les exportations canadiennes de semences de canola, de pois, de soja, de viande de porc et de viande de bœuf[89].

Arabie saoudite[modifier | modifier le code]

En 2014, John Baird, ministre du gouvernement de Stephen Harper, avait conclu une entente avec l'Arabie saoudite portant sur la vente de plusieurs centaines de véhicules blindés légers, du type LAV 6, fabriqués par General Dynamics Land Systems à London ; ce contrat, négocié par la Corporation commerciale canadienne, pouvait atteindre un total de quinze milliards de dollars[90]. Lors de l'élection du gouvernement libéral, plusieurs voix se font entendre afin que ce contrat soit résilié en raison de la situation des droits de l'homme en Arabie saoudite, des guerres au Yémen et en Syrie. Le , le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, décide toutefois de respecter ce contrat militaire et signe le permis d'exportation[91]. Cette décision, en plus de contrevenir au cadre législatif canadien en matière de vente d'armes, ne respecte pas le traité sur le commerce des armes de l'ONU, que le gouvernement Harper avait refusé de signer. Elle contraste aussi avec une décision du Parlement européen réclamant un embargo sur les ventes d'armes à l'Arabie saoudite et avec le fait que le Gouvernement allemand avait précédemment refusé d'autoriser une transaction similaire que voulait effectuer la compagnie Rheinmetall[90]. Enfin, il apparaît que la compagnie américaine General Dynamics se sert de sa filiale et d'un relâchement des règles canadiennes en matière d'exportation d'armes, autorisée par le gouvernement Harper, afin de contourner le contrôle du Congrès américain sur ce type d'exportations[90].

Le 2 août 2018, Chrystia Freeland, ministre des Affaires étrangères, émet un tweet demandant à l'Arabie saoudite de libérer immédiatement deux activistes saoudiens défendant les droits de la personne. Ce tweet est repris en arabe par l'ambassade canadienne à Riyadh. En réaction, le chef saoudien rappelle son ambassadeur à Ottawa[92]. Devant le refus de Justin Trudeau de s'excuser, le royaume bloque les achats de blé et d'orge canadien et rappelle ses 800 médecins résidents au Canada[93].

Israël[modifier | modifier le code]

Trudeau maintient la politique pro-israélienne de son prédécesseur Stephen Harper. En février 2016, il se range derrière une motion déposée par les conservateurs qui condamne toute promotion du mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS).

Diplomatie[modifier | modifier le code]

Justin Trudeau et Donald Trump en 2017.
Justin Trudeau en Inde en 2018.

Justin Trudeau conduit une politique étrangère opposée à l'utilisation directe de la force militaire et favorable à une action dans le cadre de l'ONU et des casques bleus. L'une de ses premières décisions dans ce domaine est la fin des frappes canadiennes contre l'État islamique (EI) en Syrie et en Irak, déclarant souhaiter concentrer ses efforts dans la formation de troupes locales pour combattre les djihadistes[94]. Il défend également l'aide au développement[20].

Sa politique internationale fait régulièrement l'objet de critiques et d’accusation d’amateurisme[20]. En matière de diplomatie, l’université Carleton lui accorde en la note de C-[20]. En , il provoque un incident diplomatique lors d'un séjour en Inde en invitant un Sikh séparatiste extrémiste à une réception ; il se voit également critiqué et moqué lorsqu'il revêt chaque jour une tenue traditionnelle indienne différente[20]. Il est aussi tenu partiellement pour responsable de l’échec de Michaëlle Jean à se voir reconduire à la fonction de secrétaire général de la Francophonie[20].

En 2019, son ancien conseiller Jocelyn Coulon déclare : « En 2015, Justin Trudeau a promis le retour du Canada sur la scène internationale. Non seulement cela ne s'est pas concrétisé, mais quatre ans après son élection, notre situation est très embarrassante. Le Canada se retrouve dans la situation exceptionnelle où il entretient des relations tendues sinon exécrables avec les quatre grandes puissances mondiales : les États-Unis, la Russie, la Chine et l'Inde. […] Il existe un aveuglement idéologique de la part de dirigeants canadiens qui font de l'imposition des principes libéraux au reste du monde une véritable croisade. »[20]

Controverses[modifier | modifier le code]

Affaire SNC-Lavalin[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire SNC-Lavalin.

En février 2019, Trudeau est accusé d'avoir fait pression sur la ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, pour mettre un terme aux poursuites contre le groupe SNC-Lavalin, impliqué dans des scandales de corruption[95]. En raison de ce scandale, Gerald Butts, principal conseiller du Premier ministre démissionne, suivi par Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott, ministre du budget, qui explique ne plus avoir confiance en Trudeau[96].

Hommage à Fidel Castro[modifier | modifier le code]

À l’occasion de la mort de Fidel Castro, en novembre 2016, Justin Trudeau diffuse un communiqué dans lequel il rend hommage à l'ex-chef d'État cubain communiste[97], ami de son père Pierre Elliott Trudeau. Les termes de cette déclaration provoquent de vives réactions politiques[98] et sur les réseaux sociaux[99].

Autres controverses[modifier | modifier le code]

En janvier 2017, la commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique enquête sur des vacances offertes par Karim Aga Khan IV à Trudeau, qu'il a acceptées alors que les voyages proposés et payés avec l'argent privé d'autrui sont interdits aux élus.

En juillet 2017, le gouvernement Trudeau présente ses excuses, en plus d'une indemnité de 10,5 millions de dollars, à l'ex-enfant-soldat Omar Khadr afin de le dédommager pour les sévices qu'il a subis lors des 10 années passées à la prison américaine de Guantanamo. Cette décision a été vertement critiquée par le Parti conservateur. Son chef, Andrew Scheer, a dénoncé le Gouvernement « pour avoir fait d’un terroriste, un millionnaire ».

Début juin 2018, CBC ressort une ancienne histoire d'inconduite sexuelle sur une journaliste œuvrant dans un journal national[100]. Dix-huit ans plus tard, Justin Trudeau déclare qu'il se rappelle très bien le voyage en question, mais qu'il n'a aucun souvenir d'avoir eu une « interaction négative » avec qui que ce soit cette journée-là[101]. Interrogé en janvier 2018 par une journaliste de CBC, dans une entrevue télévisée, Justin Trudeau déclare qu'il n'existe aucun contexte qui pourrait exonérer une personne de sa responsabilité face à des gestes posés dans le passé[102].

Résultats électoraux à Papineau[modifier | modifier le code]

Élection fédérale de 2015
Candidat Parti # de voix % des voix
     Yvon Vadnais Conservateur +02 376, 4,68 %
     Maxime Claveau Bloc québécois +06 192, 12,19 %
     Justin Trudeau (sortant) Libéral +26 293, 51,78 %
     Anne Lagacé Dowson NPD +13 240, 26,07 %
     Danny Polifroni Vert +01 432, 2,82 %
     Tommy Gaudet Rhinocéros +00324, 0,64 %
     Peter Macrisopoulos Marxiste-léniniste +00144, 0,28 %
     Chris Lloyd Indépendant +00512, 1,01 %
     Kim Waldron Indépendant +00159, 0,31 %
     Berverly Bernardo Indépendant +00106, 0,21 %
Total 50 778 100 %


Élection fédérale de 2011
Candidat Parti # de voix % des voix
     Shama Chopra Conservateur +02 021, 4,73 %
     Vivian Barbot Bloc québécois +11 091, 25,93 %
     Justin Trudeau (sortant) Libéral +16 429, 38,41 %
     Marcos Radhames Tejada NPD +12 102, 28,29 %
     Danny Polifroni Vert +00806, 1,88 %
     Peter Macrisopoulos Marxiste-léniniste +00228, 0,53 %
     Joseph Young Indépendant +00095, 0,22 %
Total 42 772 100 %


Élection fédérale de 2008
Candidat Parti # de voix % des voix
     Mustaque Sarker Conservateur +03 262, 7,63 %
     Vivian Barbot (sortante) Bloc québécois +16 535, 38,69 %
     Justin Trudeau Libéral +17 724, 41,47 %
     Costa Zafiropoulos NPD +03 734, 8,74 %
     Ingrid Hein Vert +01 213, 2,84 %
     Mahmood Raza Baig Indépendant +00267, 0,62 %
Total 42 735 100 %

Notes et références[modifier | modifier le code]

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Ouvrages cités[modifier | modifier le code]

  • (en) Norman Hillmer and Philippe Lagassé, Justin Trudeau and Canadian foreign policy, New York,
  • (en) Althia Raj, « Contender: The Justin Trudeau Story », The Huffington Post,‎ (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]