Juste parmi les nations

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Juste parmi les nations
Seconde illustration.
Diplôme de Yad Vashem pour Auguste et Jeanne Bieber
Conditions
Décerné par Drapeau d’Israël Israël
Type diplôme et médaille
Éligibilité avoir apporté une aide dans des situations où les Juifs étaient impuissants et menacés de mort
Statistiques
Création 1963
Total 25 271
Précédent Inférieur
Équivalent
Supérieur
Suivant
Monument aux Justes parmi les nations de Shelomo Selinger au Yad Vashem à Jérusalem.

« Juste parmi les nations » (en hébreu : חסיד אומות העולם, Hasid Ummot Ha-'Olam, littéralement « généreux des nations du monde ») est une expression du judaïsme tirée du Talmud (traité Baba Batra, 15 b).

En 1953, la Knesset, en même temps qu’elle créait le mémorial de Yad Vashem à Jérusalem consacré aux victimes de la Shoah, décida d’honorer « les Justes parmi les nations qui ont mis leur vie en danger pour sauver des Juifs ». Le titre de Juste est décerné au nom de l’État d’Israël par le mémorial de Yad Vashem. Au , 24 355 Justes parmi les nations de 46 pays ont été honorés. En tout, les Justes ont sauvé des centaines de milliers de personnes.

Il s’agit actuellement de la plus haute distinction honorifique délivrée par l'État d'Israël à des civils.

La notion de « Juste parmi les nations » dans la tradition juive[modifier | modifier le code]

Dans la tradition du judaïsme, la plupart des préceptes et obligations contenus dans la Torah ou dans ses commentaires s’imposent seulement aux Juifs, étant hérités de leurs ancêtres qui furent volontaires pour cette charge. Ces obligations sont détaillées dans les 613 commandements (mitzvot) du judaïsme orthodoxe.

Les non-Juifs ont à suivre des principes éthiques moins détaillés. Au sens large, tout non-Juif qui observe les « Sept commandements » est reconnu en tant que « juste » (en hébreu Tsaddik) et est assuré d’une récompense divine. Par exemple, dans les écritures juives, Job représente parfaitement ce type de personne tout comme Melchisédech, tous deux des Gentils.

D’après la Halakha[1], les sept catégories d’obligations divines incombant aux non-Juifs sont :

  1. Reconnaître un seul Dieu, créateur du monde ;
  2. Ne pas blasphémer contre Lui ;
  3. Instaurer des cours de Justice dans la société qui garantissent la moralité publique ;
  4. Ne pas commettre de meurtre ;
  5. Ne pas commettre de vol ;
  6. Ne pas commettre d’adultère ;
  7. Ne pas consommer le membre d’un animal vivant (et d’une manière plus large ne pas faire souffrir les animaux).

D’autres normes sont considérées par les rabbins comme importantes mais seules ces Sept Lois, supposées avoir été édictées au temps de Noé par Dieu pour toute l’Humanité, sont impératives.

D’après l’enseignement rabbinique, les sociétés qui s’écartent délibérément de ces prescriptions ne survivront pas comme le montre l’épisode biblique de Sodome et Gomorrhe. Chaque société n’est ainsi maintenue par Dieu que pour le Bien des « Justes » vivant en son sein. Le terme désigne strictement à l’origine les non-Juifs craignant Dieu comme dans le Midrash[réf. nécessaire] où il est fait référence à de rares « Justes » qui prient l’Éternel. L’usage du terme devient d’un emploi plus fréquent dans la littérature médiévale où sont désignés ainsi tous ceux qui font preuve de bienveillance à l’égard des Juifs. Le Zohar qualifie ainsi tout non-Juif qui se comporte avec justice[2].

La création du titre de Juste parmi les nations[modifier | modifier le code]

Stèle trilingue au Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem.

Le processus de création dans l'ordre juridique israélien[modifier | modifier le code]

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans les années 1950, prend corps en Israël la volonté de commémorer les martyrs de la Shoah. En , le gouvernement israélien dépose à la Knesset un « projet de loi sur la commémoration des martyrs et des héros - Yad Vashem ». C’est lors de débats par un amendement au projet qu’est ajouté une référence aux « Justes parmi les nations », non-Juifs qui ont risqué leur vie pour venir en aide à des Juifs. La notion de Juste entre dans le champ légal et politique par la loi du , au dernier alinéa de l’article I fixant les thèmes d’action du mémorial.

Mais ce n’est qu’à partir de 1963, comme une des conséquences du procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem qui entend faire la lumière sur les comportements pendant la guerre et distingue entre les attitudes des différents pays, institutions et communautés ceux qui ont agi pour sauver des Juifs, que Yad Vashem enclenche une politique active d’identification de ces « Justes »[3].

La signification politique de cet hommage[modifier | modifier le code]

Yad Vashem estime que l’hommage rendu aux Justes parmi les nations revêt une signification éducative et morale[4] :

  • Israël a l’obligation éthique de reconnaître, d’honorer et de saluer, au nom du peuple juif, les non-Juifs qui, malgré les grands risques encourus pour eux-mêmes et pour leurs proches, ont aidé des Juifs à un moment où ils en avaient le plus besoin.
  • Les actes des Justes prouvent qu’il était possible d’apporter une aide. L’argument selon lequel l’appareil terroriste nazi paralysait les initiatives contraires à la politique officielle est démenti par l’action de milliers de personnes de tous les milieux qui ont aidé les Juifs à échapper à la Solution finale.

Octroi de la distinction[modifier | modifier le code]

Critères de choix[modifier | modifier le code]

Depuis 1963, une « commission d'hommage » présidée par un Juge de la Cour suprême d’Israël a été créée pour décerner le titre de « Juste parmi les nations ».

La commission respecte des critères précis et s’appuie sur une documentation méthodique reposant principalement sur les témoignages directs. Les dossiers permettant d’établir la reconnaissance d’un Juste doivent établir, avec plusieurs témoignages concordants, des faits probants tels que :

  • le fait d’avoir apporté une aide dans des situations où les Juifs étaient impuissants et menacés de mort ou de déportation vers les camps de concentration.
  • le fait d’avoir été conscient qu’en apportant cette aide, le sauveteur risquait sa vie, sa sécurité ou sa liberté personnelle, les nazis considérant l’assistance aux Juifs comme un crime.
  • le fait de n’avoir recherché aucune récompense ou compensation matérielle en contrepartie de l’aide apportée[5].

Conséquences de ce choix[modifier | modifier le code]

Une personne reconnue comme un « Juste » se voit octroyer une médaille à son nom, un certificat officiel et son nom est gravé sur le Mur d’Honneur dans le Jardin des Justes à Yad Vashem. Cette inscription remplace la plantation d’un arbre faute de place dans le mémorial. Ces symboles sont remis au « Juste » ou à ses représentants lors de cérémonies publiques. Un Juste reçoit un versement mensuel au niveau du salaire moyen d’Israël. Diverses aides sanitaires et sociales lui sont accordées ainsi qu’à son époux(se). Le « Juste » qui est en difficulté - où qu’il réside - sera aidé par La « Fondation juive pour les Justes », établie à New York (États-Unis) créée à cet effet. Le Fonds Anne Frank, établi à Bâle (Suisse) prend en charge les frais médicaux. Les « Justes » établis en Israël (57 personnes et leurs familles) reçoivent une pension d’État[5].

Les lois de Yad Vashem autorisent :

« à conférer la citoyenneté honoraire aux Justes parmi les nations et s’ils ont disparu, la citoyenneté commémorative de l’État d’Israël en reconnaissance de leurs actions ».

Au , 22 765 personnes, incluant les membres de la famille qui ont partagé les risques du sauvetage des Juifs, ont été reconnues Justes, représentant plus de 8 000 actions de secours authentifiées.

La politique de Yad Vashem est de poursuivre ce programme tant que des demandes de reconnaissance étayées par des preuves lui seront transmises.

L’octroi de cette distinction doit honorer des actions incontestables, prouvées, largement individuelles à quelques exceptions comme le village français du Chambon-sur-Lignon, le village néerlandais de Nieuwlande, le réseau polonais Żegota ou la Résistance danoise. La difficulté de trouver des témoignages directs ou le caractère diffus de certaines actions réduisent le nombre des « Justes » identifiables[6].

Comme le précise le site de la section française de Yad Vashem, le livre des Justes ne sera jamais fermé car nombreux sont ceux qui resteront anonymes faute de témoignages. De plus, de nombreuses actions ont été effectuées par des réseaux très variés, des actions successives de faible portée menées par de nombreuses personnes, assistées par une très large « complicité passive ».

Les Justes en France[modifier | modifier le code]

Inscription au Panthéon.

Comme dans d’autres pays européens, la France a connu des actions visant à aider les Juifs, certaines actives, d’autres traduisant une capacité diffuse et assez répandue de « désobéissance civile » chez les Français.

La diversité des actions de sauvetage, en zone libre comme en zone occupée, la propension des laïcs et des religieux à ne pas exécuter les lois du Régime de Vichy et les exigences des autorités allemandes, la relativité de l’application des décisions gouvernementales sont révélatrices de cette attitude qui a débuté dès 1940, avant les rafles de l’été 1942. Désobéir, c’était, à certains moments, prendre des risques pour ne pas collaborer et pour tenter de sauver autrui.

En France, 3 550 personnes ont été formellement identifiées comme Justes par Yad Vashem. Mais un bien plus grand nombre, probablement, a dû agir pour sauver de la déportation les trois quarts des Juifs qui résidaient alors en France : en , la France comptait environ 300 000 Juifs se répartissant ainsi : 110 000 Français depuis plusieurs générations, 70 000 naturalisés Français et 120 000 étrangers et apatrides ; à ceux-ci s’ajoutèrent en près de 40 000 réfugiés Juifs de Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg qui avaient fui sous le choc de l’invasion allemande ; sans oublier les Juifs allemands, expulsés d’Allemagne en France par les Nazis après l’Armistice de 1940, dont par exemple 6 538 Juifs du Pays de Bade, du Palatinat et de Sarre ; nombre d’entre eux furent internés au Camp de Gurs[7]. 75 721 Juifs[8] furent déportés et 2 560 revinrent des camps[9].

Les « Justes de France »[modifier | modifier le code]

La notion de « Justes de France » apparaît dans une proposition de loi de Jean Le Garrec (groupe socialiste), déposée le et qui n’a pas abouti. Elle prévoyait la création d’un titre de « Juste de France » témoignant d’actions accomplies durant la période du Régime de Vichy pour recueillir, protéger ou défendre des personnes menacées de l’un des crimes définis par les articles 211-1 à 213-5 du code pénal français (génocide, crime contre l’humanité).

Le titre de « Juste de France » aurait été décerné par une commission nationale créée à cet effet et qui aurait vérifié que les personnes concernées répondaient aux conditions fixées par le texte (avoir procuré, au risque conscient de sa vie ou de son intégrité corporelle, spontanément et sans espoir de contrepartie, une aide véritable à une personne se trouvant en situation de danger ou de péril immédiat). Cette proposition de loi n'aboutit pas.

En 2000, une nouvelle proposition de loi, adoptée à l’unanimité par les députés, instaure une journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux « Justes de France » mais abandonne la création d’un titre de « Juste de France » décerné par la République française.

Sont donc désignées, Justes de France, les personnes ayant reçu le titre de « Juste parmi les nations », délivré par la commission israélienne de Yad Vashem aux protecteurs des seuls Juifs (et non à ceux des autres victimes de persécutions raciales, comme les Tsiganes)[10] et qui ont agi en France.

Néanmoins, les Français ayant secouru des Juifs, pendant la Seconde Guerre mondiale et restés des « Justes » anonymes sont honorés comme les « Justes parmi les nations » par une inscription dans la crypte du Panthéon de Paris, en tant que Justes de France.

Hommage aux Justes de France[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mémorial national des Justes.
La cérémonie au Panthéon de Paris le 18 janvier 2007.

On peut lire sur le mur de la crypte le texte suivant :

« Sous la chape de haine et de nuit tombée sur la France dans les années d’occupation, des lumières, par milliers, refusèrent de s’éteindre. Nommés « Justes parmi les nations » ou restés anonymes, des femmes et des hommes, de toutes origines et de toutes conditions, ont sauvé des Juifs des persécutions antisémites et des camps d’extermination. Bravant les risques encourus, ils ont incarné l’honneur de la France, ses valeurs de justice, de tolérance et d’humanité. »

Cette cérémonie fait suite à la déclaration du au Vélodrome d’Hiver dans laquelle le Président Chirac disait : « La folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’État français »[12], reconnaissant ainsi le rôle de l’administration française dans la déportation des Juifs en France. La cérémonie suivait aussi l’instauration en 2000 de la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux Justes de France le 16 juillet de chaque année[13].

Article détaillé : Rafle du Vélodrome d’Hiver.

Le Mémorial de la Shoah à Paris[modifier | modifier le code]

Mur des Justes, Mémorial de la Shoah à Paris.

Le Mémorial de la Shoah est situé au 17 rue Geoffroy-l’Asnier, à Paris dans le IVe arrondissement, en plein cœur du quartier du Marais.

Historique[modifier | modifier le code]

Le Mémorial de la Shoah a ouvert ses portes le , à Paris, sur le site du Mémorial du martyr juif inconnu.

Cette institution succède au C.D.J.C. (Centre de documentation juive contemporaine), créé dans la clandestinité à Grenoble par Isaac Schneersohn en ) et du Mémorial du martyr juif inconnu (inauguré le ), à la suite de la fusion de ces deux institutions décidée en 1997.

Le mur des Justes[modifier | modifier le code]

Le Mémorial de la Shoah, auquel la Fondation pour la Mémoire de la Shoah apporte un soutien financier permanent, a réalisé, à proximité du Mur des Noms où sont gravés les noms des 76 000 Juifs déportés de France, un « Mur des Justes », sur le mur extérieur du mémorial, en hommage aux 2 693 personnes reconnues « Justes parmi les nations » en France. La liste des noms est ordonnée par l'année où le titre a été décerné et par ordre alphabétique. La rue où se trouve la liste a été renommée « allée des Justes ». Ce « Mur des Justes », ainsi que l’exposition réalisée à cette occasion, ont été inaugurés le .

Communautés ou réseaux[modifier | modifier le code]

Le mémorial des Justes parmi les nations, dans le parc Raoul Wallenberg (Budapest), sur lequel sont inscrits les noms de Justes.
  • Aux Pays-Bas, trois groupements ont reçu l'honneur de Yad Vashem : le village de Nieuwlande (117 personnes), l'ensemble des participants de la grève de février (25-26 février 1941), environ 40 à 50 000 personnes (ce fut la première grève contre la déportation des Juives en Europe occupée), et le groupe clandestin des résistants connu comme 'NV' (signifiant "société anonyme") qui se spécialisait dans le sauvetage des enfants Juives, environs 200, qui ont toutes survécu à la guerre;
  • le village de Justes : Le Chambon-sur-Lignon dont la population de 3 000 habitants a été honorée collectivement pour avoir sauvé entre trois et cinq mille Juifs ;
  • Żegota était le nom de code de la Commission d’Aide aux Juifs (Rada Pomocy Żydom), une organisation clandestine en Pologne entre 1942 et 1945. Żegota sauva environ 75 000 Juifs polonais et délivra plus de 60 000 fausses identités et documents pour dissimuler les Juifs dans la population. Elle opérait dans la Résistance intérieure sous la tutelle du gouvernement polonais en exil ;
  • la résistance danoise qui, en 1943, met à l’abri en Suède l’ensemble de la communauté présente au Danemark ;
  • le Comité de Défense des Juifs qui en Belgique organisa la protection de 4 000 enfants entre 1942 et 1944. Andrée Geulen en est la figure la plus connue.

Quelques Justes parmi d'autres[modifier | modifier le code]

Parmi les 2 700 Justes honorés en France, différents groupes sont mis en exergue. Un dictionnaire des Justes de France, comportant plus de 2 000 noms, a été publié en 2003[14],[15]. L’analyse de ces noms montre une très grande diversité des conditions sociales et des métiers mais avec une prédominance notable de femmes (60 % des occurrences)[6].

À travers l’Europe, quelques-uns des « Justes » plus connus montrent également qu’ils relèvent d’origine et de condition très diverses :

Diplomates[modifier | modifier le code]

Le mémorial des Justes parmi les nations, dans le parc de la Navale à La Seyne-sur-Mer.

Personnalités politiques[modifier | modifier le code]

Religieux[16][modifier | modifier le code]

Catholiques[modifier | modifier le code]

Fausse carte d’identité de la juive polonaise Esther Gorinsztejn[17] délivrée par des policiers français résistants, et qu’elle utilisait à Lyon pour échapper aux persécutions antisémites et nazies.

Protestants[modifier | modifier le code]

Orthodoxes[modifier | modifier le code]

Militaires et policiers[modifier | modifier le code]

Enseignants[modifier | modifier le code]

  • Yvonne Hagnauer, institutrice, féministe, syndicaliste, résistante, protégea de nombreux adultes et une soixantaine d'enfants.
  • Aimée Lallement, institutrice, militante associative et politique française, a adopté l’enfant qu’elle a sauvé ;
  • Madeleine Michelis, professeure agrégée au lycée d’État de jeunes filles d'Amiens de 1942 à 1944 et résistante ; a protégé des élèves juives du lycée Victor Duruy à Paris où elle enseignait en 1941 et a hébergé, fait passer en zone non occupée et s'assura de son hébergement, Claude Bloch, fille de l'architecte Jean-André Bloch[24].
  • André Romanet, instituteur à Salles-Arbuissonnas-en-Beaujolais, et son épouse Simone Romanet[25],[26],[27]. Le livre de souvenirs d’André Romanet, Le temps de la comète aux Éditions Graphein en 1998, a été préfacé par Georges Charpak ;

Chefs d’entreprise[modifier | modifier le code]

  • Hermann Friedrich Graebe ingénieur allemand, travailla à partir de 1941 comme directeur régional d'une entreprise de construction de Solingen dans l'Ukraine occupée par les Allemands. Est le témoin d’un massacre de masse perpétré contre des Juifs à Doubno. Il devient un farouche défenseur et sauve de très nombreux Juifs. Il émigre aux États-Unis après la guerre et soutiendra la cause des Juifs jusqu’à sa mort ;
  • Tadeusz Pankiewicz, pharmacien polonais qui a activement aidé les Juifs du ghetto de Cracovie. Sa pharmacie s’était retrouvée en plein milieu du ghetto, il a été le seul non-Juif à rester dans le ghetto et à tenir ouverte sa pharmacie jusqu’au jour de la liquidation[28] ;
  • Oskar Schindler, chef d’entreprise allemand, et son épouse Émilie qui ont sauvé plus de 1 200 personnes en les faisant travailler dans sa fabrique d’émail et de munitions située en Pologne ;

Sportifs[modifier | modifier le code]

  • Gino Bartali, cycliste italien notamment vainqueur des Tours de France 1938 et 1948. A fait partie d'un réseau financé et abrité par le Vatican et aurait ainsi contribué à sauver 800 Juifs en profitant de ses entraînements pour faire passer des documents falsifiés, cachés dans la selle et le guidon de son vélo;
  • Gitta Mallasz, championne de natation, elle obtient la médaille de bronze du 4 X 100m nage libre aux Championnats d'Europe de natation 1931 à Paris. Elle a sauvé une centaine de Juives à Budapest en 1944[29].

Membres de familles royales[modifier | modifier le code]

Autres personnalités[modifier | modifier le code]

  • Hélène Duc, comédienne, qui sauva avec sa mère plusieurs dizaines de personnes ; officier de la Légion d’honneur ;
  • Germaine Ribière, étudiante et militante catholique française, membre de la Résistance, qui sauva de nombreux Juifs ;
  • Dora Rivière, médecin[30]
  • la comtesse Erszébet Szapary, née le 2 juin 1902 à Budapest et décédée le 26 mai 1980 à Lausanne). Le certificat d’honneur de Yad Vashem lui a été décerné à titre posthume le 12 novembre 1998[31] pour avoir sauvé des Juifs avec la Commission hungaro-polonaise des réfugiés fondée en 1940. Elle était l’amie intime de Katalin Andrássy, femme de l’ancien président de la République de Hongrie le comte Mihály Károlyi.

Les Justes par pays[modifier | modifier le code]

Au , les Justes parmi les nations sont 25 271[32]. Ces chiffres tiennent compte des États actuels et non des États existant au moment des faits (Tchécoslovaquie : 606, Roumanie : 139, Yougoslavie : 288, URSS : 3 060) ; par ailleurs, dans les pays où la démocratie et la liberté de l’information manquent ou ne sont apparus que récemment, les rescapés ont eu du mal à retrouver leurs sauveteurs, ceux-ci n’ont pas souvent osé rechercher les personnes qu’ils avaient aidées, et l’existence de Yad Vashem n’a été que tardivement connue, et plutôt en milieu urbain que rural.

Pays d’origine Nombre de Justes Notes
Drapeau de l'Albanie Albanie 69 Dont la famille Veseli[33].
Drapeau de l'Allemagne Allemagne 553 Dont Oskar et Émilie Schindler[34] ; le capitaine de la Wehrmacht Wilm Hosenfeld qui sauva Wladyslaw Szpilman[35] ; l'ingénieur Hermann Friedrich Graebe[36].
Drapeau de l'Arménie Arménie 24 Dont Ashkhen Agopyan[37].
Drapeau de l'Autriche Autriche 95 Dont l'actrice Dorothea Neff[38].
Drapeau de la Belgique Belgique 1 665 Dont la Reine Élisabeth (1876-1965)[39].
Drapeau de la Biélorussie Biélorussie 601 Dont Yefim Buldov[40].
Drapeau de la Bosnie-Herzégovine Bosnie-Herzégovine 42 Dont Mustafa and Zejneba Hardaga, Izet and Bachriya Hardaga et Ahmed Sadik[41].
Drapeau du Brésil Brésil 2 Qui sont l'agent de chancellerie à Hambourg Aracy Guimarães Rosa et l'ambassadeur à Berlin Luís Martins de Sousa Dantas[42].
Drapeau de la Bulgarie Bulgarie 20 Dont Dimitar Peshev[43].
Drapeau du Chili Chili 1 Qui est Maria Errazuriz[44].
Drapeau de la République populaire de Chine Chine 2 Que sont le consul général à Vienne Ho Feng Shan et Pan-Jun-Shun[45][46].
Drapeau de Cuba Cuba 1 Qui est Amparo (Otero) Pappo[47]
Drapeau de la Croatie Croatie 109 Dont Ivan (Ivica) Vranetic[48].
Drapeau du Danemark Danemark 22 Dont Henry Christen et Ellen Margrethe Thomsen[49]. La Résistance danoise veut que les personnes ayant sauvé des juifs ne soient pas listés individuellement mais commémorés comme un seul groupe[50].
Drapeau de l'Égypte Égypte 1 Qui est le Dr Mohamed Helmy [51]
Drapeau de l'Équateur Équateur 1 Qui est Manuel Antonio Munoz Borrero[52]
Drapeau de l'Espagne Espagne 6 Dont le diplomate basé à Budapest Angel Sanz Briz[53]
Drapeau de l'Estonie Estonie 3 Qui sont Uko et Eha Masing[54] et Polina Lentsman.
Drapeau des États-Unis États-Unis 4 Dont le diplomate basé à Marseille Varian Fry[55].
Drapeau de la France France 3 760 Dont Lucien Bunel[56] et Marie Louise Carven[57].
Drapeau de la Géorgie Géorgie 1 Qui est Sergei Metreveli[58].
Drapeau de la Grèce Grèce 321 Dont la princesse Alice de Battenberg, princesse de Grèce et du Danemark[59]. Elle l'une des deux seules princesses européennes à avoir reçu ce titre.
Drapeau de la Hongrie Hongrie 810 Dont Erzsebet Fajo[60], Gábor Sztehlo.
Drapeau de l'Irlande Irlande 1 Qui est Mary Elizabeth Elmes[61].
Drapeau de l'Italie Italie 610 Dont Don Gaetano Tantalo[62] et Giorgio Perlasca, qui se fit passer pour le consul d'Espagne à Budapest.
Drapeau du Japon Japon 1 Qui est le consul en Lituanie Chiune Sugihara[63].
Drapeau de la Lettonie Lettonie 134 Dont Jan et Johana Lipke[64].
Drapeau de la Lituanie Lituanie 871 Dont les familles Rakevicius et Mozuraitis[65].
Drapeau du Luxembourg Luxembourg 1 Qui est Victor Bodson[66].
Drapeau de la Macédoine Macédoine 10 Dont Smiljan Cekada et Aleksandar et Blaga Todorov[67]
Drapeau de la Moldavie Moldavie 79 Dont la famille Zvadaskaya[68].
Monténégro Monténégro 1 Qui est Petar Zankovic[69].
Drapeau de la Norvège Norvège 52 Dont Per Faye Hansen[70] et Ingebjorg Sletten[71].
Drapeau des Pays-Bas Pays-Bas 5 351 Dont Miep Gies, la femme qui cacha Anne Frank et sa famille[72] ; le village de Nieuwlande (117 personnes) ; deux personnes originaires des Antilles néerlandaises.
Drapeau de la Pologne Pologne 6 454 C'est le pays qui compte le plus grand nombre de Justes parmi les nations au monde, dont l'organisation secrète du ghetto de Varsovie Zegota[73] ; Jozef et Wiktoria Ulma, de Markowa, assassinés pour avoir aidés des juifs[74] ; Tadeusz Pankiewicz dont la pharmacie était au cœur du ghetto de Cracovie ; Irena Sendlerowa.
Drapeau du Portugal Portugal 2 Que sont Aristides de Sousa Mendes, consul à Budapest[75] et Carlos Sampaio Garrido.
Drapeau de la République tchèque République tchèque 114 Dont Milena Jesenska, l'amour de Franz Kafka[76] et Milena Herbenova[77].
Roumanie Roumanie 60 Dont Traian Popovici, maire de Czernowitz en Bucovine[78].
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni 21 Dont le major Frank Foley. Sir Nicholas Winston aida aussi des juifs mais étant lui-même juif, il ne put recevoir cette distinction.
Drapeau de la Russie Russie 189 Dont la famille Ivanov et Yelizaveta Kondratyeva[79].
Drapeau du Salvador Salvador 1 Qui est Jose Arturo Castellanos[80]
Serbie Serbie 131 Dont Vera Arandjelovic[81].
Drapeau de la Slovaquie Slovaquie 539 Dont Maria Chomova et sa fille, Olga Sramkova[82].
Drapeau de la Slovénie Slovénie 7 Dont Ivan Breskvar[83].
Drapeau de la Suède Suède 10 Dont Raoul Wallenberg, diplomate suédois à Budapest[84].
Drapeau de la Suisse Suisse 45 Dont Paul Grueninger, un policier gardant la frontière Suisse/Autriche[85].
Drapeau de la Turquie Turquie 1 Qui est Selahattin Ülkümen, consul sur l'île de Rhodes en Grèce[86].
Drapeau de l'Ukraine Ukraine 2 472 Dont la famille Gerasimchik[87].
Drapeau de la République socialiste du Viêt Nam Viêt Nam 1 Qui est Paul Nguyen Cong Ahn[88].
Total 25 271

Controverses[modifier | modifier le code]

Le diplôme et la médaille de Juste parmi les nations remis par l’Institut Yad Vashem à la famille d’Auguste et Jeanne Bieber en 2012.

La notion de Juste parmi les nations entraîne quelques critiques : ainsi les Juifs qui sauvèrent des Juifs, comme les frères Bielski, ne sont pas considérés comme des Justes, leur action étant jugée « normale ». Certains débats ont eu lieu sur le fait de savoir si sauver des Juifs convertis au christianisme pouvait être considéré comme l’action de Justes. Les avis divergent sur cette question[89].

La délivrance du titre de Juste est basée uniquement sur des témoignages de Juifs en faveur de leurs anciens sauveteurs et donc des personnalités, dont le rôle dans le sauvetage de Juifs est avéré, ne peuvent y prétendre si ce témoignage manque. Même des personnalités unanimement réputées pour leur action ne peuvent être reconnues : c'est le cas de Mgr Bruno de Solages, recteur de l'Université catholique de Toulouse dont le dossier n'a pu aboutir faute de témoignages de Juifs[90].

Par ailleurs, il existe des discussions sur l’ambiguïté de Justes comme Oskar Schindler et Traian Popovici, qui, dans leurs relations avec les nazis ou leur équivalent local, ont mis en avant des raisons économiques pour préserver « leurs » Juifs : les commentateurs modernes débattent pour savoir si ces arguments avaient une motivation humaniste (prétexte pour sauver des Juifs) ou bien étaient « sincèrement cyniques » (raison réellement économique)[91]. Par ailleurs, dans N’oublie pas le petit Jésus !, L’Église catholique et les enfants juifs (1940-1945), Maurice Rajsfus publie des témoignages sur les motivations prosélytes des démarches de certains sauveteurs d’enfants[92]. Robert Satloff (en) rappelle quant à lui que de nombreux Arabes d’Afrique du Nord aidèrent à sauver des Juifs et auraient pu mériter le titre de Juste sans que ni eux-mêmes, ni personne n’ait songé à le demander ou à le leur décerner[93].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Talmud de Babylone, traité Sanhédrin 56b.
  2. Dictionnaire encyclopédique du Judaïsme, le Cerf/Robert Laffont, 1996.
  3. La création du Titre de Juste parmi les nations 1953-1963, Sarah Gensburger, Bulletin du centre de recherche français de Jérusalem, no 15, 2004  éd. du CNRS.
  4. Comité Français pour Yad Vashem.
  5. a et b (en) The Righteous Among the Nations.
  6. a et b Philippe Joutard, « Les Justes entrent au Panthéon », L’Histoire, février 2007.
  7. Historique des déportations de et vers le camp de Gurs.
  8. D’après les travaux de Serge Klarsfelds.
  9. Introduction de Lucien Lazare au Dictionnaire des Justes de France.
  10. Proposition de loi relative aux Justes de France, site du Sénat.
  11. Dossier de presse du Ministère de la Culture.
  12. Allocution de Jacques Chirac, le 16 juillet 1995.
  13. Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux Justes de France, sur le site officiel de l’Élysée.
  14. Lucien Lazare, « Dictionnaire des Justes de France », éditions Fayard, 2003.
  15. Au 1er janvier 2008, pour la France, le chiffre était de 2 833, le troisième plus grand nombre après la Pologne (6 066) et les Pays-Bas (4 863), sur un total de 22 211. Voir, (en)Righteous Among the Nations - per Country & Ethnic Origin January 1, 2008.
  16. (en) Quelques chrétiens justes parmi les nations sur le site de Yad Vashem.
  17. Naturalisée française en 1948, devenue plus tard actrice de cinéma sous le nom d’Esther Gorintin.
  18. Base de données de tous les Justes de France, sur le site yadvashem-france.org, consulté le 7 février 2009.
  19. Base de données de tous les Justes de France, sur le site yadvashem-france.org, consulté le 7 février 2009.
  20. Base de données de tous les Justes de France, sur le site yadvashem-france.org, consulté le 7 février 2009.
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  23. http://www.sfhp.fr/index.php?post/2011/09/14/LISTE-DES-POLICIERS-ET-GENDARMES-FRANCAIS-%22JUSTES-PARMI-LES-NATIONS%22-%28par-ordre-alphab%C3%A9tique%29
  24. Madeleine Michelis, Correspondance d'avant guerre et de guerre, préface de Jean-Louis Crémieux-Brilhac, présentations de Julien Cahon, Marie Claude Durand et Charles-Louis Foulon, Paris, éditions du Félin, janvier 2015 (ISBN 978 - 2 - 86645 - 823 - 2)
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  89. Voir la critique de la notion de Justes, qui aborde aussi sa dimension politique dans la revue Imaginaire et inconscient, no 21, 2008, Conjurer le mal : Les Justes, le Bien et le Mal, critiques d’une problématique.
  90. Patrick Cabanel, Histoire des Justes de France, Armand Colin, 2012, p. 10.
  91. Carol Iancu : La Shoah en Roumanie,  éd. PM3, 2001, 188 p., (ISBN 2842693566).
  92. Maurice Rajsfus, N’oublie pas le petit Jésus !, L’Église catholique et les enfants juifs (1940-1945), Manya, 1994 (ISBN 2-87896-096-3).
  93. (en)Robert Satloff, Among the Righteous. Lost Stories from the Holocaust’s Long Reach into Arab Lands, Public Affairs, New York, 2006.
  94. « Paul Grüninger Le juste », sur telerama,‎ (consulté le 25 décembre 2014)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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