Just-so story

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Dans l'étude de l'évolution biologique, les just-so stories (histoires ad hoc ou histoires comme ça) sont des explications peu convaincantes de l'origine évolutionnaire d'un trait (comme un organe ou un comportement).

Origines[modifier | modifier le code]

L'expression est réputée avoir été utilisée dans son sens actuel pour la première fois par Stephen Jay Gould dans un article de 1978 intitulé Sociobiology: The Art of Storytelling (littéralement : « Sociobiologie : l'art de raconter des histoires ») [1]. Toutefois, on en trouve trace au début du XXe siècle dans un article de Robert Ranulph Marett critiquant une hypothèse de Freud formulée dans Totem et Tabou, et Freud lui-même reprendra l'expression critique dans un courrier puis dans Psychologie des masses et analyse du moi[2].

L'expression est inspirée du livre pour enfants de Rudyard Kipling, Just So Stories (Histoires comme ça), contes étiologiques dans lesquels l'auteur raconte avec humour comment des animaux ont acquis leurs traits caractéristiques : le léopard ses taches, l'éléphant sa trompe, etc[1].

Critique des théories adaptationnistes[modifier | modifier le code]

Cette expression est souvent employée dans un sens critique, essentiellement contre les théories adaptationnistes qui essaient d'expliquer l'émergence de telle ou telle caractéristique d'un organisme par des spéculations sur la fonction de ce trait dans l'histoire de l'espèce, qu'il s'agisse de traits comportementaux décrits par la sociobiologie[1] ou la psychologie évolutionniste[3],[4], ou de traits biologiques[5]. Faute d'être alimentées par des éléments précis, ces spéculations peuvent en effet se révéler invérifiables, voire irréfutables, donc peu scientifiques.

Mais l'expression a aussi été utilisée lors de l'opposition créationnistes/évolutionniste, pour dénoncer le manque de base scientifique des modèles proposés par les premiers[6].

Sociobiologie et psychologie évolutionniste[modifier | modifier le code]

Tout comme le fut en son temps la sociobiologie, la psychologie évolutionniste est souvent critiquée pour sa tendance à expliquer les comportements humains modernes par de telles just-so stories. Toutefois, ses défenseurs[Qui ?] distinguent la psychologie évolutionniste scientifique de sa version populaire diffusée par les médias, qui serait seule véritablement concernée par cette critique.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c (en) Glen A. Love, Practical Ecocriticism: Literature, Biology, and the Environment, University of Virginia Press, (ISBN 978-0-8139-2245-4, lire en ligne), p. 70-71
  2. Bertrand Pulman, « Une histoire comme ça. Présentation et traduction d'un texte de Robert R. Marett », Journal des anthropologues, nos 64-65,‎ , p. 33-48 (lire en ligne)
  3. David J. Internet Archive, Adapting minds : evolutionary psychology and the persistent quest for human nature, Cambridge, Mass. : MIT Press, (ISBN 978-0-262-02579-9, lire en ligne) :

    « "Often, evolutionists use consistency with natural selection as the sole criterion [of hypothesis acceptance] and consider their work done when they concoct a plausible story" about how a trait may have evolved under selection. But, "since the range of adaptive stories is as wide as our minds are fertile," Gould and Lewontin argue, it is always easy to concoct a story about how some trait was adaptive in the long-gone evolutionary past. Given the ease with which such stories can be concocted, Gould pejoratively dubs them "just-so stories." What is needed, Gould argues, is not a "just-so story/' which explains how a trait may have evolved under selection, but some serious evidence of past selection to support the story. »

  4. (en) Anthony Gottlieb, « It Ain’t Necessarily So », sur The New Yorker, (consulté le )
  5. (en) Mark E. Olson et Alfonso Arroyo-Santos, « How to Study Adaptation (and Why To Do It That Way) », The Quarterly Review of Biology, vol. 90, no 2,‎ , p. 167–191 (ISSN 0033-5770 et 1539-7718, DOI 10.1086/681438, lire en ligne, consulté le )
  6. (en) Mark Internet Archive, The counter-creationism handbook, Berkeley : University of California Press, (ISBN 978-0-520-24926-4, lire en ligne), p. 102 :

    « Creationists have almost nothing but just-so stories to back up their models (such as they are). For example, every detail creationists give about the Flood is a just-so story, due to a lack of basis for anything more than the broad outline given in Genesis. And no research is ever done to test their stories. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stephen Jay Gould, « Sociobiology: the Art of Storytelling », New Scientist, 16 novembre 1978, 80(1129), p. 530-533.
  • Michal Hubálek, « A Brief (Hi)Story of Just-So Stories in Evolutionary Science », Philosophy of the Social Science, 6 août 2020, https://doi.org/10.1177/0048393120944223
  • Richard Lewontin « Sociobiology - A Caricature of Darwinism », PSA: Proceedings of the Biennal Meeting of the Philosophy of Science Association, 1976, p. 22-31.
  • Mark E. Olson, Alfonso Arroyo-Santos, « How to Stuy Adaptation (and why to do it that way) : adaptation, just so stories and circularity », Q Rev Biol., Juin 2015, 90(2), p. 167-91. doi: 10.1086/681438. PMID 26285354.