Julien Crozet

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Julien Crozet
Nom de naissance Julien-Marie Crozet
Naissance
Port-Louis
Décès 1780 (à 52 ans)
en mer
Nationalité française
Famille Jeanne-Marie Calvé (épouse), cinq enfants

Découvertes principales Archipel du Prince-Édouard (1772), îles Crozet (1773)
Pour le compte de France
Bâtiments L’Éléphant (1753), ''Petit chasseur (1754), Danae (1755), Volant (1758), Mascarin (1771), Élisabeth (1777)
Première expédition Sénégal (1753)
Dernière expédition Mascareignes (1777)

Julien-Marie Crozet, né le à Port-Louis (Bretagne), au lieu-dit La Croizetière (aujourd'hui en Riantec, Morbihan) et mort en mer en 1780[1], est un officier de marine français du XVIIIe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Son père, Joseph Crozet, dauphinois d'origine[2], commerçant et fournisseur aux armées, s'installe à Port-Louis, rue de la Pointe, en 1727[3]. Il y épouse le 4 février 1728, Marie Relo. Le couple aura dix-neuf enfants, onze garçons et huit filles. Julien-Marie est l'aîné[4]. Il est baptisé le 27 novembre à l'église Notre-Dame.

Le 3 septembre 1739, il est confié au capitaine Jean-Baptiste Gaultier de La Renaudais et embarque comme pilotin sur le Maurepas à destination de Pondichéry. La Renaudais se charge alors de son instruction.

De retour à Port-Louis le 26 mai 1741, il rembarque, toujours comme pilotin, en décembre 1742, sur le Philibert, pour la Chine et ne reviendra qu'en décembre 1744.

Carrière[modifier | modifier le code]

Le 2 avril 1744, il part comme volontaire pour les Indes à bord du Maurepas pour défendre les comptoirs du Sénégal, de Saint-Louis et de Gorée contre les Anglais, sous les ordres du capitaine Pierre-André de Sanguinet. Après la perte du navire le 13 juin, il revient en France. Il est alors nommé enseigne surnuméraire. Le 25 avril 1746, il s'embarque sur le Duc de Penthièvre à destination de l'Île-de-France puis de là rejoint l'escadre de Mahé de La Bourdonnais à Pondichéry. Le 9 novembre 1748, il est de retour en France puis prend part en avril 1749 à la campagne de Ouidah comme enseigne-écrivain sur le Triton. Le 21 novembre 1750, il joint le Glorieux sous le commandement de Jean-Baptiste d'Après de Mannevillette et voyage aux Mascareignes.

En mai 1753, son premier commandement lui est confié, celui du brigantin L’Éléphant qui conduit au Sénégal. Il est ensuite nommé capitaine du Petit chasseur à Saint-Louis. Lieutenant, il embarque le 3 mai 1755 sur la Danae de nouveau pour Pondichéry. De retour le 17 février 1757, il y apprend la mort de son père survenue deux mois auparavant.

Le 7 mars 1758, il commande une frégate de dix canons, le Volant et mène de violents combats contre les anglais sur les côtes du Sénégal. Le 29 décembre, il est capturé devant Gorée.

Libéré, il rentre en France le 27 janvier 1759 et y apprend le décès de sa mère[5]. Le même mois, il est nommé capitaine de brûlot avec pour mission de lever les plans de la Basse-Vilaine et d'analyser la possibilité de faire sortir les navires de la Marine Royale bloqués dans cette rivière.

Le 9 janvier 1761, il embarque sur le Comte d'Argenson sous les ordres de Marion-Dufresne et se rend à l'Ile de France puis à l'île Rodrigues pour y conduire l'astronome Alexandre-Guy Pingré parti observer le passage de la planète Venus devant le soleil. De retour en France le 27 janvier 1764, il y découvre son premier enfant né le 27 septembre 1761.

Le 29 septembre 1765, il part pour la Chine à bord du Penthièvre et reviendra à Lorient le 7 juillet 1767. En février 1768, il est nommé premier lieutenant sur le Condé et repart aux Indes. Le 7 novembre après un court retour en France, il voyage de nouveau à destination des Indes mais est repéré lors de l'escale à l'Ile de France par Pierre Poivre chargé par Marion-Dufresne des préparatifs d'une expédition dans le Pacifique.

L'expédition Marion-Dufresne-Crozet[modifier | modifier le code]

Marion-Dufresne est chargé de ramener à Tahiti Aoutourou que Bougainville avait amené en France en 1769. Il demande alors qu'un des ravitailleurs du Roi lui soit attaché. Il engage Crozet comme second sur le Mascarin (1771). Aoutourou meurt dans la baie de Fort-Dauphin à Madagascar. Marion-Dufresne décide alors d'entreprendre un tour du monde pour découvrir de nouvelles îles et surtout le continent australe[6].

Les deux navires, deux flûtes, partent ainsi du cap de Bonne-Espérance le 28 décembre 1771. Le 13 janvier 1772, ils découvrent de nouvelles terres que Marion-Dufrense nomment Terre de l'Espérance. Il s'agit aujourd'hui de l'Archipel du Prince-Édouard dont l'une des îles porte le nom de Marion.

Le 24 janvier, ils découvrent des îles que Marion-Dufresne baptise Iles Froides ce sont les actuelles îles Crozet, Julien Crozet prenant possession de l'île principale nommée île de la Possession par Marion.

Les îles Crozet
Vue des îles Crozet

Crozet lors de cette prise de possession où selon la coutume il enferme l'acte dans une bouteille déposée au sommet d'une pyramide de pierres écrit : L'endroit où je débarquai était absolument pierreux. Je montai sur une éminence d'où j'aperçus de la neige qui s'étendait dans plusieurs vallées ; la terre semblait aride et était couverte d'une petite herbe fine...[7] Il y découvre une immense colonie d'éléphants de mer, manchots, pétrels et cormorans.

Les îles Crozet abritent une importante faune

Le 3 mars, les navigateurs arrivent en Terre de Van Diemen où ils sont accueillis par une population belliqueuse. Ils quittent l'île le 10 mars en direction de la Nouvelle-Zélande qu'ils atteignent le 22. Ils y rencontrent le chef Tacouri avec qui ils entretiennent des rapports amicaux.

Les rapports deviennent tels que Marion Dufresne décide de faire désarmer les canots et les baleinières allant à terre malgré la désapprobation de Crozet[8]. Le 8 juin, Crozet remarque qu'un indigène avec qui il s'est lié d'amitié est anormalement triste et lui fait de nombreux cadeaux, ce qui lui parait étrange. De même, les hommes avec qui les officiers avaient sympathisé, pour la première fois, ne se rendent pas à bord. Le 12 juin, Marion Dufresne s'embarque dans sa baleinière avec seize hommes dont deux officiers dans le but d'aller chercher et manger des huitres. Ils sont accompagnés par le chef Tacouri et quelques hommes à lui. A la nuit tombée, personne ne revient à bord, ce qui d'abord n'inquiète, en raison de l'hospitalité et de la grande confiance qui règne, personne. Le lendemain, une chaloupe est envoyée à terre chercher de l'eau. Quelque temps plus tard, un homme est aperçu revenant à la nage vers le navire et est recueilli. Grièvement blessé, il apprend alors à tous qu'il vient d'échapper au massacre des hommes de la chaloupe et a vu périr tous ses compagnons[9]. Crozet en déduit aussitôt le sort de Marion et de ses hommes. Il fait alors rechercher tous les hommes restés dans les stations à terre et a confirmation du massacre, les indigènes proclamant à tue-tête Tacouri maté Marion (Tacouri a tué Marion). Il parvient enfin à s'embarquer et à regagner les navires[10].

Afin de s'assurer de la mort réelle de Marion Dufresne et de ses compagnons, Crozet fait ensuite envoyer une chaloupe fortement armée pour effectuer des recherches minutieuses. Il donne l'ordre d'exterminer les habitants et de mettre le feu au village après avoir fouillé les habitations[11]. Les hommes découvrent les preuves du cannibalisme, un crane cuit avec des lambeaux de chair demeurant même chez Tacouri ainsi qu'une cuisse entamée fixée à une broche. Des vêtements et des objets furent aussi retrouvés.

Au retour de la chaloupe, Crozet recherche alors les instructions du gouverneur de l'Ile de France dans les affaires de Marion et décide de poursuivre le voyage.

Crozet écrit à ce moment-là dans son récit : « Ici et là, on nous dresse une image de ces hommes primitifs ; ils sont portés aux nues par ceux qui ne les connaissent pas et qui leur attribuent, gratuitement, plus de vertus et moins de défauts que ceux possédés par ces hommes qu'ils se plaisent à appeler artificiels parce que l'éducation a réellement parachevé la raison. »[12]

Crozet dans son récit se montre partisan d'un continent englouti entre la Nouvelle-Zélande et Tahiti[13].

Le 14 juillet, Crozet quitte la Nouvelle-Zélande en direction des îles Rotterdam (aujourd'hui Namuka-i-Lau) et Amsterdam. Il découvre alors une nouvelle île qu'il nomme île du Point du Jour. Il s'agit vraisemblablement de l'île de Niuafoʻou[14]. Enfin, il atteint l'île de Guam le 20 septembre 1771. Après un séjour de deux mois à Guam, il quitte Agana le 19 novembre en direction des Philippines et s'encre en baie de Manille le 5 décembre pour y faire réparer les navires. Le 15 février 1772, le Castries, entièrement remâté et caréné se sépare du Mascarin pour faire route vers l'Ile de France. Le Mascarin quant à lui prendra la même route le 8 mars. Après avoir passé Sumatra le 7 avril, il s'engage dans le détroit de la Sonde et fait escale à l'île Rodrigue. Il arrive enfin à l’Île de France le 7 mai.

Fin de carrière[modifier | modifier le code]

De retour en France le 4 novembre 1773, il reste avec sa famille pendant un an. Il est ensuite nommé capitaine de brulôt par Louis XV et obtient le commandement de l'Ajax (7 décembre 1774). Il voyage alors aux Mascareignes. Lors d'une escale au Cap, il rencontre James Cook. Il revient à Port-Louis le 8 août 1776 pour repartir en mer le 29 mars 1777 comme capitaine de l' Élisabeth. Il meurt à bord sans avoir connu son dernier enfant, une fille née en août 1777.

Famille[modifier | modifier le code]

Le 14 juillet 1760, il épouse sa voisine et cousine Jeanne-Marie Calvé. Elle lui donnera cinq enfants, Jean-François (né le 27 septembre 1761), Toussaint-Blaise (né en mai 1762), Julien-François (né le 7 août 1770-mort en octobre 1770), Julien-Marie (né le 31 mars 1775) et Jeanne-Marie (née en août 1777).

Hommages[modifier | modifier le code]

Les îles Crozet sont nommées d’après lui, de même qu’une rue et un lycée professionnel portent son nom dans sa ville de naissance.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Terres Australes, Extrait de la campagne de la flutte du roy le Mascarin, à commencer de son départ du Cap de Bonne Espérance jusqu'à son arrivée aux Manilles aux Terres australes, 1771-1773, 1773
  • Voyage à la Mer du Sud, 1783

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Étienne Taillemite, Dictionnaire des marins français, Tallandier, 2002, p.118
  2. Il est né à Voiron
  3. Henri-François Buffet, Notice biographique, Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Bretagne, Tome XXIII, 1943
  4. Ibid.
  5. Morte le 13 juin 1759
  6. Julien Crozet, Le Voyage de Crozet, p.21
  7. Le Voyage de Crozet, p.27
  8. Crozet, p.59
  9. Le récit entier de son sauvetage et du massacre (cannibalisme) est donné par Crozet, p. 61
  10. Crozet, p.63
  11. Crozet, p.68
  12. Crozet, p.72
  13. Crozet, p.79
  14. (en) Akihisa Tsukamoto, The language of Niuafo'ou Island, thèse de doctorat, Australian National University, , 482 p., p. 3

Liens externes[modifier | modifier le code]