Julie Candeille

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Julie Candeille
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Julie Candeille par Adélaïde Labille-Guiard (1791).

Biographie
Naissance
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ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Amélie-Julie CandeilleVoir et modifier les données sur Wikidata
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Genre artistique

Amélie-Julie Candeille (née à Paris, paroisse Saint-Sulpice, dans la nuit du 30 au , morte à Paris, le ) est une femme exceptionnelle aux multiples talents artistiques : elle est une brillante compositrice pour le piano et excellente musicienne, actrice et auteure dramatique, mais commence sa carrière en tant que cantatrice.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premiers pas[modifier | modifier le code]

Julie Candeille baigne dans un milieu familial entièrement tourné vers la musique et grâce à son père musicien[1], elle développe certains dons naturels pour le clavecin et le chant. Encore enfant, elle participe à des orchestres de chambre, paraît à un concert devant le roi à l’âge de sept ans et on dit qu’elle est une fois amenée à jouer en compagnie de Mozart adolescent. Elle se produit également comme pianiste et compositrice au Concert Spirituel. On lui doit des sonates pour le clavecin et le piano-forte, des romances et des airs dont certains ont été récemment redécouverts.

Julie Candeille se elle-même dans ses Mémoires : « De fort beaux cheveux blonds, les yeux bruns, la peau blanche, fine et transparente, l’air doux et riant ». D’après sa collègue la comédienne Louise Fusil, elle était jolie, avec « sa taille bien prise, sa démarche noble, ses traits et sa blancheur (qui) tenaient des femmes créoles ». Elle n’a pourtant rien de créole, car ses origines étaient flamandes et, sa vie durant, elle place son physique avenant, ses talents multiples et sa séduction naturelle au service de son ambition qui n’est pas médiocre. En 1781, encore très jeune, elle est initiée dans une loge franc-maçonne – la Candeur –, où elle rencontre un certain nombre d’auteurs de théâtre, comme Olympe de Gouges, mais aussi des personnages influents susceptibles de favoriser sa carrière artistique dans l’univers complexe de la mondanité parisienne et des intrigues de l’Ancien régime agonisant.[réf. nécessaire]

Dans ses Mémoires, elle raconte aussi avoir bénéficié de protections puissantes, entre autres celle du marquis de Louvois, aristocrate contestataire, l’ami intime du chevalier de Champcenetz qui comme lui est envoyé au fort de Ham pour inconduite, de la mélomane duchesse de Villeroy qui avait composé un salon majoritairement féminin et dont l’influence s’étendait dans les milieux du théâtre, et le baron de Breteuil, ministre de la maison du roi, qui est peut-être un amant.

Munie de ces protections, elle débute à l’Académie royale de Musique le 27 décembre 1782, dans le rôle-titre d’Iphigénie en Aulide de Gluck, où elle remporte un succès mitigé. Mme Saint-Huberty qui avait succédé à Mlle Levasseur et Mlle Laguerre, ne lui laisse d’ailleurs aucune chance, car elle n’a pas la voix pour s’imposer sur ce terrain si exigeant. Elle se retourne vers la Comédie-Française où elle se fait remarquer le lundi 19 septembre 1785, dans Hermione d’Andromaque de Racine. Molé est son protecteur, comme il l'est à la même époque, d’Olympe de Gouges alors l’amie de Julie Candeille[2]. Sa personnalité forte et ses idées originales ne plaisent pas et elle est toujours un peu tenue à l’écart par ses collègues de la Comédie française, tels que Molé, Dazincourt, Fleury ou Louise Contat, qu’elle-même regarde comme de plats courtisans de Versailles. Elle se rapprocha de Talma et de ceux des comédiens qui accueillirent avec enthousiasme la Révolution de 1789.

Auteure dramatique[modifier | modifier le code]

En 1789, elle tient le rôle de la jeune esclave Mirza, dans une pièce dénonçant la condition des esclaves des colonies intitulée l’Esclavage des Nègres, ou l’Heureux naufrage, drame en trois actes d’Olympe de Gouges, qui est le prétexte à un affrontement en règle, entre les représentants du puissant lobby des propriétaires coloniaux en France et la Société des amis des Noirs, club cofondé par Brissot, Condorcet et l’abbé Grégoire. Julie Candeille est l’ornement des salons constituants, et on la voit aussi bien chez Mme de Lameth où vient Robespierre, que chez Mmes de Villette, Helvétius ou Condorcet. C’est à cette époque (1791) qu’Adélaïde Labille-Guiard, qui partage ses idées, peint son portrait. Les pièces pour lesquelles elle est à l’affiche au début de la Révolution ont un succès considérable, tant au nouveau théâtre des Variétés amusantes de la rue de Richelieu, qu’au Théâtre de la République. La Révolution relance véritablement sa carrière et elle se fait de nombreux amis dans les cercles politiques avancés. On prétend que c’est pour elle que Fabre d'Églantine écrit la romance Je t’aime tant, mise en musique par Pierre-Jean Garat.

En 1792, Julie Candeille est à une fête que les Talma donnent chez eux, rue Chantereine, en l’honneur du général Dumouriez, vainqueur de Valmy, lorsque Marat à la tête d’un groupe d’énergumènes armés, se fait bruyamment annoncer. La plupart des convives, tels que Antoine-Vincent Arnault ou Pierre Victurnien Vergniaud font dès le lendemain, l’objet d’une dénonciation en règle dans l'Ami du peuple. On dit que Julie Candeille est alors l'amie de Vergniaud, qui est le brillant orateur du parti des girondins.

Elle fait représenter au Théâtre-Français, en 1792, Catherine ou la Belle fermière, comédie en 3 actes et en prose, qui a une vogue prodigieuse. Les représentations ont commencé à l’époque du procès de Louis XVI. Michaud, en a inféré sous la Restauration qu’elle a joué le rôle de la déesse Raison[3], ce qu’elle dément, preuves à l’appui[4], mais les frères Goncourt, qui ne sont pas à une inexactitude historique près, ont allégué le contraire. Compromise par ses amitiés girondines, Julie Candeille est, malgré sa popularité, inquiétée en 1793. Trop proche de Vergniaud et des Girondins, elle est l’objet de dénonciations. Une perquisition est ordonnée à son domicile de la rue Neuve des Mathurins. Mais grâce au député montagnard Julien de Toulouse qui appartient encore au Comité de sûreté générale, Julie Candeille n'est pas arrêtée au titre de suspecte[5].

Citoyenne Simons[modifier | modifier le code]

Une fois la Terreur terminée, elle se marie sur un coup de tête, avec un jeune médecin qui lui plaisait, le citoyen Laroche, dont elle ne porta jamais le nom. Le Directoire consacre sa popularité d’actrice, mais aussi d’auteur dramatique en vue. On expose au Salon des arts de l’an III, son portrait, réalisé par Jacques-Antoine-Marie Lemoine, et l’année suivante une charmante miniature en robe rayée et ceinture rouge, peinte par Jeanne Doucet de Suriny, dans laquelle on la voit occupée à écrire une nouvelle pièce de théâtre. Cette pièce un peu scandaleuse, La Bayadère ou le Français à Surate, comédie en cinq actes et en vers, a été écrite sur mesure pour elle et elle en créer le rôle-titre en janvier 1795. Le succès n'est pas à la hauteur de ses espérances.

En 1797, la comédienne Élise Lange, ancienne protégée et amie de Julie Candeille, épouse l’homme d’affaires Michel Simons, lui-même fils d’un carrossier belge que Mlle Candeille avait rencontré en août 1796 à Bruxelles, ville où elle était venue représenter Catherine ou la belle fermière. Jean Simons le père n'est pas été insensible au charme de Julie, qu’il épouse à Bruxelles, le 11 février 1798, après sont divorce de Laroche et rompant un engagement au théâtre, ce qui lui vaut un procès, qu’elle perd.

Le nouvelle Mme Simons mêne dès lors, une vie luxueuse entre Bruxelles et Paris. Comme beaucoup de parvenus de l’époque, le couple veut avoir sa petite maison qui est construite, à grands frais, sur des plans dessinés par Bellanger, à la pointe Bellevue, sur l’ancien domaine de Mesdames[6]. On dit qu’elle voulut seconder son mari dans l’exercice de ses tâches industrielles et que c’est grâce à sa vieille amitié avec Joséphine qu’elle avait connu dans les salons constituants, qu’elle obtint la commande de la voiture du sacre de Napoléon. Ce joyau de la technologie du Premier Empire, est détruit, avec plusieurs objets du musée Tussaud de Londres, lors de l’incendie de 1925. En 1803, elle partage avec son ex-amie Mme Lejay, devenue comtesse de Pontécoulant, le soin de faire les honneurs de la ville de Bruxelles au Premier consul et à son épouse.

Au début de l’Empire, lorsque la guerre reprend, les affaires de Jean Simons périclitent. Son épouse se retire dans son hôtel parisien rue Cérutti, no 3, et donne des récitals de piano dans les soirées aristocratiques de la capitale. Elle bénéficie aussi d’une pension que lui verse la nouvelle impératrice Marie-Louise.

Passion pour Girodet[modifier | modifier le code]

Julie Candeille a toujours beaucoup d’indulgence pour les jeunes gens, et parmi eux, distingue le talentueux peintre Girodet, son cadet de quelques bonnes années, avec lequel elle a une liaison toute platonique et principalement épistolaire. Fils adoptif du docteur Trioson, Girodet s’est fait connaître en 1793, avec son portrait d’Endymion dans lequel il concourt à mettre au goût du jour l’esthétisation de l’anatomie masculine. Un dessin non localisé de Girodet, le représente en double profil avec une Julie Candeille, méconnaissable, qui semble avoir sacrifié sa longue et blonde chevelure pour une coupe « à la garçonne » avant la lettre. Elle lui adresse des lettres passionnées, jouant le rôle d’une complice et amie plutôt que d’une amoureuse transie, comme cela a été avancé. Elle signe : « Votre vieille Galathée », et s’offre à l’occasion, comme intermédiaire amoureux puisque, connaissant ses dessins homo-érotiques, elle n’ignorait pas que les goûts de Girodet l’inclinaient vers les autres hommes[7].

Lorsqu'elle devient veuve, elle tente quand même sa chance : — Mon ami, lui dit-elle, je suis libre. Je sais que vous avez pensé à moi. Je viens vous offrir ma main. L'autre, éberlué, hésite et cherche une sortie : — Sachez, lui répondit-il, que je suis l'homme le plus violent qui se puisse trouver. Je bats mes domestiques. Il n'y a pas d'excès auxquels je ne sois capable de me livrer.

Delescluze, qui raconte cette histoire, ajoute que « la belle Fermière » trouve ces raisons suffisantes pour abandonner son projet[8]. Elle ne renonce pas pour autant au mariage et jette son dévolu sur un autre homme, fort beau, de trente ans plus jeune qu'elle, Henri Périé de Sénovert, qui accepte. Une fois mariés, ils vivent d'abord dans le magnifique hôtel de Julie, rue Neuve Saint-Augustin (l'hôtel de Gesvres). Elle était devenue très riche, si l'on s'en tient à la seule description de sa chambre : « L'estrade d'ébène incrustée d'argent qui supportait le lit de Mme Périé, était placée dans un hémicycle dont chaque panneau contenait une figure peinte, de grandeur naturelle, représentant une des heures de la nuit. Chacune de ces cinq pages poétiques portait un nom illustre : David, Prud’hon, Girodet, Franque, Gérard, Guérin avaient tous signé leur heure[9] ».

Nîmes[modifier | modifier le code]

Comme on venait de créer le musée de Nîmes, elle intrigue et réussit à faire nommer son mari au poste de conservateur. Ils devaient y vivre neuf ans, y étant logés par un ami de Julie, Jean Roman, autrefois membre des académies d'Ancien régime et fondateur de la société des Valmusiens qui regroupait des poètes des deux sexes. Elle collabore aux Annales de la Littérature et des arts, organe de la Société des Bonnes lettres, et, pour se faire admettre dans la bonne société catholique et royaliste nîmoise, elle publie une « lettre sur Nîmes et ses environs ». Jouissant de sa réputation d'ancienne sociétaire de la Comédie française et d'écrivain, elle ouvre un salon où, à la suite du préfet et de l'évêque, se pressent les célébrités de la ville et de la région. En 1827, elle invite Victor Hugo à venir séjourner qui lui adresse, en retour, un exemplaire dédicacé de Bug-Jargal. À plus de soixante ans, elle était toujours séduisante avec ses beaux cheveux blonds et ses yeux noirs, le sourire aimable et l'air distingué. En 1832, elle annonce à son ami Charles Nodier, qu'elle désire revenir à Paris. Éprouvée dans ses intérêts, elle subit les premières atteintes de la maladie. Périé meurt brusquement en 1833. Elle-même est frappée d'une attaque d'apoplexie. Découragée, elle demande à Nodier de la rapatrier dans une maison de santé parisienne, où elle meurt, le 3 février 1834.

Iconographie[modifier | modifier le code]

gravure : portrait de femme
Julie Candeille vers 1810. Gravure par Cœuré d’après Pierre-Paul Prud’hon.
  • Olivier Blanc, Portraits de femmes, Artistes et modèle à l’époque de Marie-Antoinette, Paris, Didier Carpentier, 2006.

Rôles à la Comédie-Française[modifier | modifier le code]

Entrée à la Comédie-Française, en 1785
Nommée 189e sociétaire, en 1786
Départ en 1791[10]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Écrits[modifier | modifier le code]

  • Catherine, ou la Belle fermière, Paris, l’an II.
  • La Bayadère, ou le Français à Surate, Paris, l’an III.
  • Cange, ou le Commissionaire de St Lazare, 26 novembre 1794.
  • Ida, ou l’orpheline de Berlin, pièce en trois actes.
  • Louise, ou la réconciliation.
  • Lydie, ou les mariages manqués, Paris, 1809.
  • Bathilde, reine des Francs, Paris, 1814.
  • Vers sur la bonté.
  • Justification de Julie Candeille en réponse à Audiffret.
  • Souvenirs de Brighton, Londres et Paris, Paris, 1818.
  • Agnès de France, ou le douzième siècle, Paris, 1821.
  • Essai sur la félicité humaine

Compositions[modifier | modifier le code]

  • Trois sonates pour le clavecin avec accompagnement de violon.
  • Concerto pour piano et instruments à cordes.
  • Grande sonate en mibémol majeur, opus 5 (éd. Imbault 1798)[11] Dédié à Hélène de Montgeroult.
  • Deux grandes sonates pour piano, opus 8 (sous le nom de Julie Simons).
  • Fantaisie pour piano (dédié à Mme Rivière).
  • Nocturne pour piano (fantaisie no 5, opus 11).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Notice biographique sur Anne-Louis Girodet et Amélie-Julie Candeille, Bibliothèque nationale, département des manuscrits.
  • Michaud, Dictionnaire biographique, article « Candeille ».
  • Arthur Pougin, Une charmeuse, Julie Candeille, Le Ménestrel, 7 octobre 1833.
  • Th. Casevitz, « Une actrice femme de lettres au XVIIIe siècle, Julie Candeille », Revue hebdomadaire, Paris, octobre 1923.
  • Jean Stern, « Le Mari de Mlle Lange », Revue des questions historiques, vol. 176.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre-Joseph Candeille (1744-1827) fut acteur, chanteur d’opéra comme basse-taille dans les chœurs et compositeur pour l’opéra et exilé à Moulins où il fut directeur du théâtre (cf. Fétis).
  2. Fabre de l’Aude, Mémoires d’un pair de France, I, p. 197-201.
  3. Ce rôle à une fête donné en la cathédrale Notre-Dame a été tenu par Mlle Maillar de l’Opéra. L’épouse du libraire Momoro, Sophie, aurait elle aussi incarné la déesse Raison.
  4. La justification de Julie Candeille en réponse à Audiffret. Notice historique sur Julie Candeille (extrait du dictionnaire de Michaud).
  5. Julien de Toulouse, Encore un mot à mes détracteurs. Compte rendu de ma fortune, Paris, l’an III.
  6. Bellanger réalisa à même époque la maison de Simons fils et de Mlle Lange à la Chauvennerie, commune de Meudon, qui dépendait également de l’ancien domaine royal.
  7. Girodet a illustré une série de dessins pour l’épisode de Nysus et Euryale de l’Énéide, glorification subtile de l’homosexualité héroïque.
  8. Souvenirs inédits, Revue rétrospective.
  9. Mme Menessier-Nodier, Charles Nodier, épisodes et souvenirs de sa vie, 1867, p. 238.
  10. Source : Base documentaire La Grange sur le site de la Comédie-Française.
  11. Grande sonate, opus 5 : partitions libres sur l’International Music Score Library Project.

Liens externes[modifier | modifier le code]