Julia Cagé

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Julia Cagé
Julia Cagé en 2017.
Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (40 ans)
MetzVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activité
Fratrie
Agathe Cagé (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Thomas Piketty (depuis )Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour
Directeur de thèse
Site web
Distinctions
Prix des Assises (d) ()
Prix Pétrarque de l'essai ()
Prix éthique d'Anticor ()Voir et modifier les données sur Wikidata

Julia Cagé, née le à Metz (Moselle), est une enseignante-chercheuse et économiste française.

Professeure associée en économie à l'Institut d'études politiques de Paris, elle est spécialiste d'économie politique et d'histoire économique. Publiquement engagée à gauche, elle travaille en particulier sur l'économie des médias et le financement de la démocratie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et formation[modifier | modifier le code]

Julia Cagé est la fille d'une femme au foyer et d'un cadre supérieur[1]. Elle a une sœur jumelle, Agathe Cagé, ancienne élève de l'ENA[2] et également une sœur aînée, cheffe d'entreprise[1]. Julia Cagé est depuis 2014 l'épouse de l'économiste Thomas Piketty[3].

Après des classes préparatoires B/L au lycée Thiers à Marseille, Julia Cagé intègre en 2005, avec sa sœur jumelle, l’École normale supérieure[4]. Elle obtient une licence d'économétrie à l'université Panthéon-Sorbonne en 2006 et un master « Analyse et politique économiques » à l'École d'économie de Paris en 2008.

En , elle obtient un doctorat en analyse et politique économiques à l'École des hautes études en sciences sociales avec une thèse intitulée Essays in the Political Economy of Information and Taxation et rédigée sous la direction de Daniel Cohen[5]. Jean Tirole siège dans son jury de thèse[3]. L'année suivante, elle obtient un deuxième doctorat à l'université Harvard, s'intitulant Essays on the Political Economy of Information, sous la direction d'Alberto Alesina, Nathan Nunn et Andrei Shleifer[6]

Carrière universitaire[modifier | modifier le code]

De à 2021, Julia Cagé est maître de conférences en économie à l'Institut d'études politiques de Paris[7],[8]. Elle est ensuite nommée professeure associée en économie.

Elle est également chercheuse associée au Centre for Economic Policy Research (CEPR)[9] et co-directrice de l'axe « Évaluation de la démocratie » du Laboratoire interdisciplinaire d'évaluation des politiques publiques[10],[11].

En 2019, elle est nommée au prix du meilleur jeune économiste de France (Le Cercle des économistes - Le Monde)[12].

Autres activités[modifier | modifier le code]

À l'ENS, repérées par Daniel Cohen, les sœurs Cagé intègrent la fondation Jean-Jaurès et Terra Nova. Julia Cagé devient alors une invitée régulière de France 24. Elles finissent par créer à leur tour leur propre think tank, Cartes sur tables, en 2008[13],[3].

Julia Cagé est membre du conseil d'administration de l'Agence France-Presse (AFP) depuis [14]. Elle a également été membre de la Commission économique de la nation[15].

Elle a été chroniqueuse à Alternatives économiques[16] et à France Culture[17], ainsi qu'à l'émission Le Monde d'après sur France 3[18].

Début , Julia Cagé est nommée présidente de la Société des lecteurs (SDL) du Monde[19]. Elle est la première femme de l'histoire de la SDL à être élue par le conseil d'administration pour occuper la fonction de présidente[20].

Association Un bout du Monde[modifier | modifier le code]

En juillet 2020, Julia Cagé lance avec la SDL et le Pôle d’Indépendance du Monde l’association Un bout du monde[21] « pour la reconquête citoyenne de l’actionnariat des médias d’information », dont elle devient présidente. Elle fixe comme objectif de permettre aux salariés, aux journalistes et aux lecteurs de devenir les garants de l’indépendance des médias aux cours des mois et des années à venir[22].

Prises de position[modifier | modifier le code]

Marquée à gauche[23], Julia Cagé signe un appel d'économistes en soutien au candidat François Hollande lors de la campagne présidentielle de 2012, en raison de « la pertinence des options [proposées], en particulier pour ce qui concerne la reprise de la croissance et de l'emploi »[24].

En , dans la perspective de l'élection présidentielle de 2017, Julia Cagé est l'un des onze initiateurs de l'appel « Notre primaire » pour une primaire à gauche[25],[26].

Le , elle cosigne une tribune de soutien à Benoît Hamon en vue de la primaire citoyenne de 2017, intitulée « pour un revenu universel crédible et audacieux »[27].

Après la victoire de Benoît Hamon à la primaire, elle devient responsable du pôle « économie » pour sa campagne présidentielle[28]. Benoît Hamon lui confie une mission sur la mise en place du revenu universel d'existence (RUE). Son estimation est évaluée « à 45 milliards « maximum » financés par la fusion de la taxe foncière et de l'impôt sur la fortune et un transfert de richesses venant du CICE et du pacte de responsabilité, probablement à hauteur de 20 milliards d'euros »[29]. La Tribune.fr conteste le fondement de ce projet de réforme[30].

Julia Cagé est citée dans une des premières enquêtes du site d'informations grand public français Off-investigation à « 100% spécialisé dans l’enquête journalistique au long cours »[31], créé en octobre 2021 par un groupe de journalistes d'investigation parmi lesquels Jean-Baptiste Rivoire, ancien rédacteur en chef-adjoint de l'émission Spécial Investigation sur Canal +[32], notamment sur le rôle joué par Alain Minc dans les manœuvres d'actionnaires autour du rachat du quotidien Le Monde sous le mandat du président Nicolas Sarkozy[31].

Dans le cadre des élections législatives de juin 2022, elle co-signe une tribune soutenant le programme économique de la NUPES[33].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Le Prix de la démocratie[modifier | modifier le code]

Dans cet ouvrage publié en , elle interroge l'épuisement démocratique et le poids des intérêts privés dans le financement de la vie politique et ses conséquences[34].

Sauver les médias[modifier | modifier le code]

Dans ce livre publié en , et sous-titré Capitalisme, financement participatif et démocratie[35], elle propose notamment un nouveau modèle pour organiser les médias, la « société de média à but non lucratif » (ou « fondaction »), intermédiaire entre la fondation et la société par actions classique. L'objectif est de permettre un partage et un renouvellement démocratique du pouvoir et des financements. Les lecteurs, journalistes et autres « crowdfunders » verraient leur apport en capital reconnu par des droits de vote majorés, alors que ceux des plus gros actionnaires seraient minorés. Les médias bénéficieraient ainsi de la réduction fiscale ouverte aux dons, ce qui permettrait, selon Julia Cagé, de remplacer le système souvent opaque et inefficace d'aides à la presse par un soutien « neutre, transparent et citoyen »[36]. Selon Éric Fottorino, ce modèle peut difficilement fonctionner pour des médias de grande taille, qui ne peuvent pas se passer de gros actionnaires de référence[37].

Ce livre s'appuie notamment sur une analyse de l'évolution historique des médias et de leur mode de gouvernance et de financements en Europe et aux États-Unis depuis le début du XXe siècle, ainsi que sur des travaux précédemment menés sur l'impact d'une concurrence parfois excessive entre supports médiatiques sur l'émiettement des rédactions, en prenant l'exemple de la presse quotidienne régionale en France depuis 1945[38].

L'information est un bien public[modifier | modifier le code]

Cet ouvrage, écrit avec Benoît Huet et publié en , est consacré au financement des médias, à leur modèle de gouvernance et de propriété[39]. Elle y propose une « loi de démocratisation de l'information » qui permettrait notamment l'ouverture des instances de direction aux salariés et la mise en place de droit d'agrément pour les nouveaux actionnaires.

Dans la continuité de ses ouvrages précédents, ce livre s'inspire notamment sur le transfert du quotidien Libération à une société à but non lucratif par son actionnaire en 2020[39].

Publications[modifier | modifier le code]

  • 2010 : Microéconomie, Philippe Aghion, Julia Cagé, François Denis... [et al.], Paris, Pearson education (ISBN 978-2-7440-7457-8)
  • 2012 : Repenser l'action publique, avec Ismaël Emelien, dir. de la publication, Paris, Fondation Jean-Jaurès (ISBN 978-2-36244-044-1)
  • 2015 : Sauver les médias : capitalisme, financement participatif et démocratie, Paris, Le Seuil, coll. « La République des idées » (ISBN 978-2-02-121955-5) Prix spécial du jury 2016 des Assises du journalisme[40],[41].
    Traduit en 10 langues, dont l'anglais, l'allemand, l'italien, l'espagnol, le coréen, le japonais, etc.[42]
  • 2017 : L'Information à tout prix, avec Nicolas Hervé et Marie-Luce Viaud, Paris, Institut national de l'audiovisuel
  • 2018 : Le Prix de la démocratie, Paris, Fayard Prix éthique d'Anticor 2019[43]. Prix Pétrarque de l’essai France Culture-Le Monde[44].
  • 2020 : Libres et égaux en voix, Paris, Fayard
  • 2021 : L'information est un bien public : Refonder la propriété des médias, avec Benoît Huet, Paris, Seuil
  • 2022 : Pour une télé libre. Contre Bolloré, Paris, Seuil
  • 2023 : Une histoire du conflit politique : Élections et inégalités sociales en France (1789-2022), Éditions du Seuil, écrit avec Thomas Piketty

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Qui sont Julia et Agathe Cagé, mobilisées pour Benoît Hamon jusqu’au bout ? », sur elle.fr, (consulté le )
  2. Qui sont Julia et Agathe Cagé, mobilisées pour Benoît Hamon jusqu’au bout ?, (actualité), Hachette et Groupe Lagardère, , [lire en ligne]Voir et modifier les données sur Wikidata
  3. a b et c Sophie Fay, « Julia et Agathe Cagé, les sœurs douées », Le Nouvel Obs, France,‎ (ISSN 0029-4713, OCLC 893662600, BNF 11946121, lire en ligne)Voir et modifier les données sur Wikidata.
  4. Arrêté du 10 février 2006 portant nomination d'élèves à l'École normale supérieure (session 2005), (liste), [lire en ligne]Voir et modifier les données sur Wikidata.
  5. « Julia Cagé », sur www.theses.fr (consulté le ).
  6. Julia Cagé, Certification of doctoral defense of "Essays on the Political Economy of Information", (certification), Université Harvard, , [lire en ligne]Voir et modifier les données sur Wikidata.
  7. Aude Carasco, Julia Cagé, économiste : « L’information est un bien public », (actualité), Bayard Presse, Paris, , [lire en ligne]Voir et modifier les données sur Wikidata.
  8. [PDF] CV de Julia Cagé, janvier 2015.
  9. Julia Cagé has won the Prix Pétrarque de l’Essai France Culture – Le Monde, (actualité), CEPR, , [lire en ligne]Voir et modifier les données sur Wikidata.
  10. Voir ""site officiel" à Julia Cagé, (être humain)Voir et modifier les données sur Wikidata.
  11. « julia.cage », sur sciencespo.fr (consulté le ).
  12. « Prix du meilleur jeune économiste 2019 », sur Le Cercle des économistes (consulté le ).
  13. Cartes sur table, (organisation)Voir et modifier les données sur Wikidata.
  14. « Communiqué », sur afp.com (consulté le ).
  15. « Une composition renouvelée de la Commission économique de la Nation », sur tresor.economie.gouv.fr, décembre 2014.
  16. Alter Eco Plus, décembre 2014.
  17. France Culture, L'économie en questions.
  18. France 3, Le Monde d'après.
  19. Thierry Wojciak, Julia Cagé à la présidence de la Société des lecteurs du Monde, (actualité), , [lire en ligne]Voir et modifier les données sur Wikidata.
  20. Communiqué : Julia Cagé devient présidente de la Société des lecteurs du « Monde », (actualité), Société éditrice du Monde (d), Paris, , [lire en ligne]Voir et modifier les données sur Wikidata.
  21. Un Bout du Monde, (organisation)Voir et modifier les données sur Wikidata.
  22. Arthur Porto, « Un Bout du Monde: pour un actionnariat citoyen des médias! », Mediapart,‎ (ISSN 2100-0735, OCLC 793457011, lire en ligne)Voir et modifier les données sur Wikidata.
  23. Le contrôle du pluralisme dans les médias, un casse-tête, strategies.fr, 14 février 2024
  24. Philippe Aghion, et al., Nous, économistes, soutenons Hollande, (actualité), Société éditrice du Monde (d), Paris, , [lire en ligne]Voir et modifier les données sur Wikidata.
  25. « Pour une primaire à gauche », sur Libération.fr, .
  26. Voir sur notreprimaire.fr.
  27. Piketty, Méda, Landais... Des économistes « pour un revenu universel crédible et audacieux », (actualité), Société éditrice du Monde (d), Paris, , [lire en ligne]Voir et modifier les données sur Wikidata.
  28. Boris Manenti, Qui compose l'équipe de campagne de Benoît Hamon ?, (actualité), France, , [lire en ligne]Voir et modifier les données sur Wikidata.
  29. Erwan Bruckert, Julia Cagé, la sage-femme du revenu universel, (actualité), Kering, , [lire en ligne]Voir et modifier les données sur Wikidata.
  30. Ivan Best, Piketty pour un revenu universel... non universel, (actualité), LVMH, , [lire en ligne]Voir et modifier les données sur Wikidata.
  31. a et b "Des révélations sur Emmanuel Macron menacées de censure", par Théophile Kouamouo sur Le Média, avec Jean-Baptiste Rivoire, cofondateur de "Off-investigation" et Jean-Christophe Parant, entrepreneur geek et Président de Dot Dot Media [1]
  32. [2]
  33. Le JDD, « EXCLUSIF. Piketty, Friot, Cagé... L’appel d’économistes en faveur du programme de la Nupes aux législatives », sur lejdd.fr (consulté le )
  34. Aude Carasco, Julia Cagé : « Le jeu démocratique est capturé par les intérêts privés », (actualité), Bayard Presse, Paris, , [lire en ligne]Voir et modifier les données sur Wikidata.
  35. Julia Cagé, Sauver les médias. Capitalisme, financement participatif et démocratie, (œuvre littéraire), Éditions du Seuil, Voir et modifier les données sur Wikidata.
  36. « Il faut considérer l'information comme un bien public », Libération, 14 février 2015.
  37. « Faut-il réinventer les médias ? », Les matins de France Culture, 5 février 2015.
  38. (en) « Media competition, information provision, and political participation », Harvard University, 2014.
  39. a et b Jérôme Lefilliâtre, « D'actualité », Libération, no 12344,‎ , p. 28 (ISSN 0335-1793, lire en ligne, consulté le ).
  40. « Les lauréats des prix des Assises 2016 », sur journalisme.com (consulté le ).
  41. « Qui fabrique l'info? », sur France Culture (consulté le ).
  42. « Julia Cage », sur observatoireethiquepublique.com (consulté le ).
  43. « La Cérémonie 2019 des Prix éthiques et des Casseroles », sur anticor.org (consulté le ).
  44. « Julia Cagé, lauréate de la 8e édition du Prix Pétrarque de l’Essai France Culture-Le Monde », sur France Culture, (consulté le ).

Liens externes[modifier | modifier le code]