Champfleury (écrivain)

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Champfleury
Image dans Infobox.
Portrait de Champfleury par Nadar vers 1860.
Fonction
Conservateur de musée
Musée national de Céramique
à partir de
Biographie
Naissance
Décès
(à 68 ans)
À Sèvres Drapeau de la France France
Sépulture
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Œuvres principales
  • Les Chats

Jules François Félix Husson, dit Fleury, dit Champfleury, est un écrivain français né à Laon le 10 septembre 1821 et mort à Sèvres le 6 décembre 1889.

Journaliste, critique d'art, dramaturge, nouvelliste et romancier, il se lie d'amitié avec Victor Hugo et Gustave Flaubert, tout en s'attirant l'hostilité des frères Goncourt, dont il stigmatise le « maniérisme ». Soucieux de se venger de ses attaques, les frères Goncourt lui reprochent alors une orthographe approximative et un « manque de style ». Ils iront jusqu'à le caricaturer dans leur roman Charles Demailly, consacré aux milieux intellectuels de leur temps.

Enfance, famille et formations[modifier | modifier le code]

Fils de Pierre-Antoine Husson-Fleury, un secrétaire de mairie et d’une épicière, Mélanie-Joséphine Duflot, il est le dernier de trois enfants et appartient à cette petite bourgeoisie d’employés et de commerçants qui s’était développée sous la Restauration, à Paris comme en province. Élève peu brillant, le jeune homme fréquente le collège de Laon de 1830 à 1834.

Jules Husson jugeait les matières scolaire comme inefficace, c'est pourquoi il s'est forgé sa propre culture grâce notamment à l'essor de l'illustration, des journaux et de la littérature. Cela lui auraient permis de nourrir son esprit et ses ambitions culturelles mieux que ne l’aurait fait l’école. Devenu quasi autodidacte, il publie à partir de 1845 des nouvelles ironiques (Chien-Caillou, Pauvre Trompette, Feu Miette) qui jouent de la caricature. Ses nouvelles seront plus tard louées Hugo et Courbet. Ceux-ci le proclament « réaliste »[1].

Comme de nombreux jeunes gens ambitieux Jules Husson se rend à Paris à l’âge de dix-sept ans. Le jeune homme est alors commis-libraire chez Legrand, quai des Grands-Augustins, et commence à fréquenter les milieux artistes. Mais ce premier séjour est assez bref car il est rappelé à Laon par son père qui avait quitté son poste à la mairie en 1838 et acheté en janvier 1841 le Journal de l’Aisne (fondé en 1808). Jules Husson-Fleury contribue alors, en qualité de commis, à la gestion familiale de cette publication dont son frère est le propriétaire, et son père le rédacteur. Il ne pourra « remonter » à Paris qu’en mars 1843. Le jeune homme s’établit alors définitivement dans la capitale. Il travaille avec acharnement pour y occuper une place dans le champ littéraire. Seul, il cherche un réseau lui permettant d’obtenir des collaborations éditoriales fructueuses. L’enjeu est pour lui à la fois économique et culturel, car ses articles de presse lui procurent un certain revenu et suscitent en lui l’espoir d’une reconnaissance artistique[2].

Son frère aîné, l'érudit Édouard Fleury, était le rédacteur du Journal de l'Aisne.

Il est l'époux d’Élisabeth Victoire Pierret filleule du peintre Eugène Delacroix. Elle meurt en 1876 deux ans après le décès de leur fillette.

Ami de la peintre Éléonore Escallier née Légerot, il est témoin au mariage de sa fille en 1884.

Vers le réalisme[modifier | modifier le code]

Champfleury commence son ascension littéraire en développant un certain intérêt pour la littérature, la chanson et l’imagerie populaires. L’amitié entre Max Buchon et Champfleury, née entre 1846 et 1848. Cela joue alors un rôle déterminant dans la mesure où l’écrivain lui fait connaître, au fil des années 1850, plusieurs auteurs étrangers dont le poète allemand Hebel, les romanciers suisses Auerbach et Bitzius (plus connu sous le pseudonyme de Jérémias Gotthelf). La découverte de ces auteurs inspire à Champfleury de nombreux articles. En 1851, il entreprend une série de critiques publiées dans le Messager de l’Assemblée, où il fait l’éloge des chants villageois de Dupont et de Mathieu. Il consacre ensuite un article à son compagnon Buchon et deux feuilletons aux chansons populaires contemporaines. Il s’agit d’une année particulièrement féconde. Champfleury développera ultérieurement ses réflexions dans la Revue de Paris et l’Athenaeum. Il consacre en outre à la caricature – qu’il considère comme un art populaire des villes – une place de plus en plus importante. Son amitié avec Gustave Courbet tient en partie à son intérêt pour les images et à son rapport avec la culture populaire. De 1848 à 1865, cette amitié oriente de manière significative l’évolution esthétique de Champfleury et la formulation des théories réalistes de celui-ci[2].

L’œuvre de Courbet qui présente selon lui des traits propres à l’art populaire : une méthode fondée sur l’observation de la réalité dans ses détails les plus modestes ; le choix de sujets humbles et ordinaires ; la simplicité et la « sincérité » d’un style qui ne prétend pas cacher la réalité sous l’apparence de la forme ou de l’idée. Quand il publie le recueil Le Réalisme en 1857, sa théorie est déjà connue mais il entend la développer. Champfleury l’avait déjà exprimée dans la préface des Aventures de Mariette (1853), puis dans sa Gazette (novembre-décembre 1856). Cofondateur de la revue Le Réalisme avec l'aide de Duranty, Assézat et Thuilé il publie un manifeste en faveur de l'« art vrai » dans les domaines aussi bien littéraire qu'artistique[3].

Admirateur des frères Le Nain, ancêtres du Réalisme, ainsi que de Gustave Courbet, il consacre de nombreuses études à ces peintres. Il se lia avec le romancier et critique d'art Louis Edmond Duranty. Il est aussi grand amateur de pantomimes, en écrivant plusieurs pour Paul Legrand et son rival Charles Deburau.

De même, ses articles de presse portent la marque de son admiration pour Balzac.

« En 1852, Fourtoul étant ministre de l'Instruction Publique, un comité s'organisa avec Ampère comme président, pour rassembler dans chaque province de France le plus grand nombre possible de vieilles chansons afin d'en offrir un choix au public, mais le projet ne put aboutir. Champfleury, curieux homme et homme curieux, publia quelques années plus tard un florilège de ces savoureuses chansons (qui) lui valut un article louangeur de Sainte-Beuve dans Le Constitutionnel du 2 janvier 1863 (...). Champfleury, qui avait fait ouvrir (à Max Buchon, salinois aisé, condisciple au collège de Gustave Courbet qui l'a portraituré) les portes de La Revue des Deux-Mondes, le félicita et l'encouragea, et lui adressa plus de deux cents lettres[4]. »

L'expert en chats et en faïences[modifier | modifier le code]

Les Chats, affiche de lancement (lithographie, 1868).
Caricature de Champfleury par Jules Adeline (1902).

Les romans et nouvelles de Champfleury s'attachent à la description réaliste de la petite bourgeoisie et de la bohème.Tout en poursuivant sa carrière d'homme de lettres, Champfleury se spécialise dans l'art de la faïence et apparaît bientôt comme une autorité en la matière. En 1872, il est nommé « chef des collections de la manufacture de Sèvres » puis, en 1876 « conservateur du musée et des collections à la Manufacture » et, enfin, sous-administrateur en 1887, poste qu'il occupe jusqu'à sa mort. Lui-même grand collectionneur, il ironise sur sa propre manie dans un roman autobiographique, Le Violon de faïence.

Toutefois, son plus grand succès littéraire reste Les Chats : histoire, mœurs, anecdotes[5], publié par l'éditeur Jules Rothschild en 1869 et illustré entre autres par des dessins gravés de Delacroix, Viollet-le-Duc, Mérimée — dont l'anecdote dit qu'il aimait « crayonner » les chats familiers de son ami l'architecte niortais Pierre-Théophile Segretain (1798-1864) —, Prisse d'Avesnes, Manet, Gottfried Mind, Edmond Morin, Kreutzberger, Ribot et Hokusai. Relativement peu cher — 5 francs —, l'ouvrage a connu un triomphe immédiat[6] et est devenu un classique, bien qu'aujourd'hui d'une grande rareté[7].Cet ouvrage est une sorte d'encyclopédie des chats qui examine leur place dans l'histoire et la littérature, combat les préjugés à leur endroit, rend hommage aux grands hommes qui les ont aimés et décrit leurs comportements à travers une foule d'observations fines et d'anecdotes curieuses et amusantes. Pour accompagner son livre, Champfleury, qui était au coeur de la vie artistique de son temps, s'est assuré la collaboration de ses amis les plus prestigieux, parmi lesquels notamment Manet, Delacroix et Viollet-le-Duc. Les illustrations que ceux-ci lui ont confiées donnent à cet ouvrage un charme unique.

Champfleury a été peint par Courbet, photographié par Nadar et Charles Gallot[8]. Il a fait également l'objet de nombreuses caricatures. Il est inhumé au cimetière des Bruyères (Sèvres).

Œuvres[modifier | modifier le code]

La liste complète en a été donnée en 1891 par Maurice Clouard, qui compléta les notes de Champfleury lui-même ; voir également la bibliographie donnée par G. et J. Lacambre dans Son regard et celui de Baudelaire (Hermann, 1990).

Romans[modifier | modifier le code]

  • Chien-Caillou, fantaisies d'hiver ; Pauvre Trompette, fantaisies de printemps ; Feu Miette, fantaisies d'été (1847) ;
  • Confessions de Sylvius (1849) ;
  • Les Aventures de Mademoiselle Mariette (1853) ;
  • Les Oies de Noël (1852, réédité en 1858 sous le titre de L'usurier Blaizot ) ;
  • Les Souffrances du professeur Delteil (1853) ;
  • Les Bourgeois de Molinchart (1855) ;
  • La Succession Le Camus, écrit d'août 1855 à mai 1856 (Paris, A.Cadot, 1858, puis Plon et Cie, ds la "bibliothèque de romans à 1 franc le volume", ex. non daté - archives personnelles) ;
  • Les sensations de Josquin (1859) ;
  • Le Violon de faïence (1862) ;
  • La Comédie académique - La Belle Paule (1867) ;
  • M. Tringle, illustré par Léonce Petit, Paris, Librairie Hachette (1868).

Études[modifier | modifier le code]

  • Essai sur les Lenain, 1850 ;
  • Les excentriques, 1852 lire en ligne sur Gallica
  • Du réalisme. Lettre à Madame Sand, 1855 [lire en ligne]
  • Le Réalisme, 1857 lire en ligne sur Gallica
  • Souvenirs des Funambules, Michel Lévy Frères, 1859 ;
  • Richard Wagner, 1860 ;
  • Chansons populaires des provinces de France, 1860 ;
  • De la littérature populaire en France, 1861 ;
  • Nouvelles recherches sur la vie et l'œuvre des frères Le Nain, 1862 ;
  • Histoire des faïences patriotiques sous la Révolution, 1867 ;
  • Histoire de la caricature antique, E. Dentu, quatre éditions en 1865, 1867, 1879, 1880 ;
  • Histoire de la caricature au Moyen Âge et sous la Renaissance, E. Dentu, deux éditions en 1872 et 1876 ;
  • Histoire de la caricature sous la Réforme et la Ligue. Louis XIII à Louis XVI, E. Dentu, 1880 ;
  • Histoire de la caricature sous la République, l'Empire et la Restauration, E. Dentu, deux éditions en 1874 et 1877 ;
  • Histoire de la caricature moderne, E. Dentu, trois éditions en 1865, 1872, 1885 ;
  • Le musée secret de la caricature, E. Dentu, 1888 ;
  • Histoire de l'Imagerie populaire, E. Dentu, 1869 ;
  • Souvenirs et portraits de jeunesse, E. Dentu, 1872
  • Documents pour servir à la biographie de Balzac, 1875 ;
  • Henry Monnier, sa vie son œuvre, E. Dentu, 1879 ;
  • Balzac au collége, A. Patay, 1878 :
  • Les Vignettes romantiques. Histoire de la littérature et de l’art 1825-1840, Dentu, 1883.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • ABÉLÈS Luce et LACAMBRE Geneviève, Champfleury : l’art pour le peuple, Paris, Réunion des musées nationaux, 1990, 68 p.
  • BONNET Gilles (éd.), Champfleury, écrivain chercheur, actes du colloque organisé à Bordeaux, 22-24 mai 2003, Paris, H. Champion, 2006, 435 p.
  • CABANES Jean-Louis et SAÏDAH Jean-Pierre (éd.), La Fantaisie post-romantique, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2003, 648 p.
  • CLOUARD Maurice, L’Œuvre de Champfleury, dressée, d’après ses propres notes, et complétée par M. Maurice Clouard, Paris, Léon Sapin, 1891, 48 pages.
  • CLOUARD Maurice, VICAIRE Georges, « Bibliographie de Champfleury », éditée par Thomas Busciglio, in Marie Gispert, Catherine Méneux (ed.), Bibliographies de critiques d’art francophones[9].
  • EHRARD Antoinette, CHAMPFLEURY (1821-1889), La Promenade du critique influent : anthologie de la critique d'art en France 1850-1900, Textes réunis et présentés par Jean-Paul Bouillon, Nicole Dubreuil-Blondin, Antoinette Ehrard et Constance Naubert-Riser, Paris, Hazan, 1990, p. 45-46 ; nouvelle édition revue, corrigée et mise à jour par Jean-Paul Bouillon et Catherine Méneux, Paris, Hazan, 2010, p. 47-48.
  • FLANARY David A., Champfleury. The Realist Writer As Art Critic, Ann Arbor, UMI Research Press, 1980, 95 p.
  • LACAMBRE Geneviève et Jean, Son regard et celui de Baudelaire. Champfleury, textes choisis, Paris, Hermann, 1990, 256 p.
  • Ridiculosa, 2002, n° 9, numéro spécial « Jules Champfleury », p. 1-124.
  • VICAIRE, Georges, « Champfleury », in Manuel de l’amateur de livres du XIXe siècle (1801- 1893), Paris, A. Rouquette, 1895, t. 2, p. 175-214.
  • VOUILLOUX Bernard, Un art sans art. Champfleury et les arts mineurs, Lyon, Fage, 2009.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michela Lo Feudo, « Champfleury écrivain chercheur », Acta Fabula, no vol. 7, n° 6,‎ (ISSN 2115-8037, lire en ligne, consulté le )
  2. a et b Michela Lo Feudo, « Du journalisme à l'art populaire. Biographie intellectuelle de Jules Champfleury, polygraphe du XIXe siècle », Bérose - Encyclopédie internationale des histoires de l'anthropologie (consulté le ).
  3. Michela Lo Feudo, « Champfleury écrivain chercheur », Acta Fabula, no vol. 7, n° 6,‎ (ISSN 2115-8037, lire en ligne, consulté le )
  4. Maurice-Pierre Boyé, Jura Franche-Comté, Grenoble, Arthaud, 1954, p. 49 et 50.
  5. Les Chats (édition originale, 1869) sur Gallica et Les Chats (5e édition, 1870) sur Gallica
  6. L’Illustration, t. 52, juil.-déc. 1868, lire en ligne, consulté le 17 aout 2015, p. 267.
  7. Livre : Les chats écrit par Champfleury - La Coopérative (lire en ligne)
  8. Gazette de l'Hôtel Drouot, 14 mai 2018, vente Pierre Bergé, lot n° 132.
  9. « Champfleury (1821-1889), bibliographie », sur critiquesdart.univ-paris1.fr

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]