Judex (film, 1916)

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Judex
Description de cette image, également commentée ci-après
Judex avec René Cresté

Réalisation Louis Feuillade
Scénario Louis Feuillade
Arthur Bernède
Acteurs principaux
Sociétés de production Société des Établissements L. Gaumont
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Thriller
Durée 300 min
Sortie 1916

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Judex est un film muet français en 12 épisodes, réalisé par Louis Feuillade, sur un scénario de Louis Feuillade et Arthur Bernède. Succès commercial lors de sa sortie, le film connaît l'année suivante une suite, La Nouvelle Mission de Judex.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Un mystérieux justicier, Judex, entre en lutte contre le banquier Favraux qui a construit sa fortune de manière criminelle. Judex enlève Favraux et l'enferme dans les caves de son repaire. Cependant, ses plans sont contrariés par une aventurière, Diana, qui cherchait à mettre la main sur la fortune du banquier. Celle-ci s'en prend alors à sa fille, mais Judex tombé sous son charme, veille sur la jeune femme.[1].

Film à épisodes[modifier | modifier le code]

Épisodes[modifier | modifier le code]

Bien que projeté en avant-première le 16 décembre 1916 au Gaumont-Palace[2], cette histoire a été simultanément publiée en feuilleton dans la revue quotidienne Le Petit Parisien et a été produit par la Maison Gaumont pour une sortie au cinéma sur douze épisodes entre janvier et avril 1917.

Date de projections des épisodes au cinéma :

  1. L'Ombre mystérieuse : 19/01/1917
  2. L'Expiation : 25/01/1917
  3. La Meute fantastique : 02/02/1917
  4. Le Secret de la tombe : 09/02/1917
  5. Le Moulin tragique : 14/02/1917
  6. Le Môme réglisse : 22/02/1917
  7. La Femme en noir : 03/03/1917
  8. Les Souterrains du Château-Rouge : 10/03/1917
  9. Lorsque l'enfant parut : 17/03/1917
  10. Le Cœur de Jacqueline : 24/03/1917
  11. L'Ondine : 30/03/1917
  12. Le Pardon d'amour : 06/04/1917

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Affiche par Leonetto Cappiello (1916) mettant en parallèle le feuilleton publié dans Le Petit Parisien et le film de Louis Feuillade.

Autour de l’œuvre[modifier | modifier le code]

Genèse du projet[modifier | modifier le code]

Après son film Les Vampires (1915-1916) dans lequel il relate les exploits d'une bande de criminels, Louis Feuillade opte pour son film suivant pour une approche plus légère en célébrant les aventures d'un justicier. Pour cela, le réalisateur développe un projet de film en collaboration avec le romancier Arthur Bernède. En effet, en parallèle à la sortie du film, Bernède publie l'histoire qui paraît en roman-feuilleton dans la presse, de façon à attirer les lecteurs-spectateurs, et ainsi à rentabiliser le film au maximum[1], notamment en profitant des annonces accompagnant le roman-feuilleton suite à la crise du papier de 1916 qui a considérablement réduit le tirage des brochures publicitaires[4].

Arthur Bernède explique l'étroite collaboration qu'il a eu avec Louis Feuillade, chargé de la partie cinématographique, dans la création de Judex. Ainsi, il précise qu'ils ont travaillé en parfaite accord, d'après un plan arrêté d'avance, dont ni l'un ni l'autre ne se sont écarté un seul instant :

« Dans cette mise en commun d'idées et d'efforts, nous avons cherché à réaliser une œuvre pittoresque, amusante, suffisamment dramatique pour captiver l'attention de tous, mais respectueuse avant tout de la morale publique. »

— Arthur Bernède[5].

Après son succès en Irma Vep dans Les Vampires, Musidora est à nouveau choisi par Louis Feuillade pour le rôle de la méchante gouvernante et aventurière Diana Monti. Il reprend également Marcel Lévesque, le Mazamette des Vampires, pour jouer le détective Cocantin.

Influences du personnage[modifier | modifier le code]

Pour la création de leur personnage, Louis Feuillade et Arthur Bernède puisèrent dans un lot de références littéraires. Ainsi, Judex possède de nombreuses similitudes avec Fantômas (sa propension aux déguisements, ses méthodes musclées,...) hormis le fait qu'il se bat pour la justice. D'ailleurs, pour parfaire le parallèle, l'acteur René Navarre qui joua le rôle de Fantômas dans le film éponyme de 1913 fut proposé par Louis Feuillade, qui refusa néanmoins[1].

En outre, Judex partage également des points communs avec le Comte de Monte-Cristo : si le héros s'acharne sur Favraux, c'est que le banquier a autrefois ruiné sa famille. Ainsi, après l'avoir plongé dans un état de mort artificielle, il l'emprisonne secrètement dans sa base. Comme dans l’œuvre d'Alexandre Dumas, l'histoire se situe ici clairement dans le registre de la vengeance familiale[1].

Enfin, Judex rappelle le personnage de Ténébras d'Arnould Galopin. Suite à sa vengeance, Judex provoque la ruine de la fille du banquier Favraux, Jacqueline. Après être tombé éperdument amoureux d'elle, il prend alors la décision de protéger la jeune femme contre tout danger qu'elle pourrait rencontrer. Cette romance évoque énormément celle qu'entretient Ténébras avec la femme dont il tombe amoureux[6].

Sortie de l’œuvre[modifier | modifier le code]

À cause de la première guerre mondiale, la sortie du film fut retardée en France. En effet, les studios Gaumont craignèrent de déclencher une polémique au motif de vouloir ruiner le moral de la population française. En conséquence, le film et le roman restèrent quelques mois dans les cartons.

C'est finalement un film concurrent produit par les frères Pathé qui provoqua la sortie. Réalisé par un tandem de réalisateurs franco-américain, Louis J. Gasnier et Donald McKenzie, The Shielding Shadow, mettant également en scène un justicier, sort aux Etats-unis en 1916. Il est probable que la Gaumont, craignant que le film de Gasnier et McKenzie ne sorte en France avant le film de Feuillade, se décida à diffuser Judex au début de l'année 1917[6],[7].

Postérité[modifier | modifier le code]

Remakes[modifier | modifier le code]

Modèle du film à épisodes[modifier | modifier le code]

Le film de Louis Feuillade inspire de nombreux réalisateurs des années 1910 et 1920 dans l'utilisation du film à épisodes. En effet, non seulement le format de douze épisodes, propre à Judex, est établi comme référence[8], mais en outre, la composition narrative sert de modèle : un ensemble d'épisodes de longueur identique (environ 600 mètres), à l'exception du premier (environ 1 200 mètres) qui est constitué en plus d'un prologue dans lequel sont présentés les personnages[9].

Véritablement, le Judex de Feuillade inaugure une lignée de films à épisodes construits sur le même modèle : Mascamor de Pierre Marodon (1918), Les Mystères de Paris de Charles Burguet (1922),...

Influences de Judex[modifier | modifier le code]

Les personnages de justiciers de Judex et Ravengar ont très probablement contribué à inspirer The Shadow, un personnage de pulps apparu en 1930, qui porte un costume semblable à celui de Judex et possède le pouvoir d'invisibilité de Ravengar. Par ailleurs, le premier épisode de Judex s'intitulait aux États-Unis The Mysterious Shadow, tandis que le personnage de Ravengar apparaissait dans le film The Shielding Shadow. Incidemment, dans les années 1940, des comic strips du Shadow — personnage alors inconnu des lecteurs français — sont publiés en France dans une traduction qui les transforme en aventures de Judex.

Précurseur immédiat des super-héros, The Shadow est à son tour l'une des inspirations de Batman. Ainsi, pour le spécialiste de la bande dessinée Xavier Fournier, Judex est « d'une certaine manière, le grand-père du célèbre homme chauve-souris »[10].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Fournier 2014, p. 69
  2. a et b « Les films de la semaine », Hebdo-film, no 43,‎ , p. 12 (lire en ligne)
  3. « Cinémas dans lesquels seront projetés à partir du 19 janvier 1917 les films de notre grand roman-cinéma Judex », Le Petit Parisien,‎ , p. 4 (lire en ligne)
  4. Neau 2013
  5. [encart du quotidien Le Petit Parisien du 10 janvier 1917, page 2] « Une lettre d'Arthur Bernède à propos de Judex » (consulté le 6 décembre 2018)
  6. a et b Fournier 2014, p. 70
  7. [Les deux premiers épisodes de Ravengar sont sortis en France en mai 1917] « Ravengar (1er épisode : Les Torches vivantes) – Louis J. Gasnier et Donald MacKenzie – 1917 », sur filmographie.fondation-jeromeseydoux-pathe.com (consulté le 2 février 2017)
  8. Trebuil 2012, p. 51-55
  9. Trebuil 2012, p. 57
  10. Fournier 2014, p. 73