Jude (frère de Jésus)

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 Cet article traite du frère de Jésus appelé Jude et auteur de l'épître qui porte son nom. Pour l'apôtre Judas de Jacques, aussi appelé Thaddée (Lebbaeus), voir Jude (apôtre). Pour l'apôtre Thaddée-Addaï, aussi appelé Judas, ayant évangélisé Édesse et peut-être aussi l'Arménie, voir Thaddée d'Édesse.

Jude ou Judas (Ἰούδα), appelé aussi Judas Thaddée, est un des quatre « frères » de Jésus dont les noms sont donnés dans le Nouveau Testament et qui sont mentionnés dans de nombreuses autres sources chrétiennes. La tradition chrétienne le considère comme l'auteur de l'épître de Jude, mais cela est controversé. Toutefois, le contour du personnage est difficile à tracer, car les différentes traditions ne sont pas d'accord sur l'identité des Jude et Judas des sources chrétiennes. Le problème est encore amplifié par la divergence au sujet des « frères » de Jésus, dont Jude fait partie. Notamment, la tradition catholique estime que ces « frères » sont des cousins germains de Jésus, là où la plupart des Églises orientales voient en fait des demi-frères et où les protestants comme les historiens voient en général des frères de Jésus, fils que Marie a eu avec Joseph.

Toutes les traditions s'accordent toutefois sur le fait que Jude est le « frère » de Jésus qui est mentionné — avec trois autres « frères » — dans les évangiles selon Matthieu (Mt 13,55) et selon Marc (Mc 6,3), alors que Jésus est revenu « dans sa patrie ».

Pour le christianisme oriental, après avoir effectué une prédication dans la région Palestine, il s'est rendu « dans le pays Arabe » (probablement la Nabathée), en Syrie, en Mésopotamie (Empire Parthe) et en Arménie (royaume d'Arménie). Les traditions orientales l'identifient avec Judas Barsabas qui est chargé, par Jacques le Juste, de porter le décret apostolique à Antioche, comme cela est relaté dans les Actes des Apôtres. Il est très souvent associé à son frère Simon le Zélote. Une partie des églises orientales estiment qu'il s'agit du Judas Thaddée appelé Addai dans de nombreuses sources en syriaque et la Première apocalypse de Jacques, ce qui est contesté par les églises latines d'Occident, pour qui ce Thaddée est un membre des septante disciples, mais n'est ni l'apôtre Judas Thaddée, ni celui qui est désigné comme « frère » de Jésus en particulier dans les évangiles.

Les Constitutions apostoliques indiquent qu'il a été enterré à Béryte de Phénicie (Beyrouth). Des auteurs médiévaux parlent de la tombe de Jude dans la même ville.

Frère de Jésus[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Frères de Jésus.

Il y a un débat, essentiellement dans l'exégèse confessionnelle, concernant la nature du lien familial entre les « frères de Jésus » et ce dernier, la tradition catholique en faisant un cousin et la tradition orthodoxe un demi-frère, tandis qu'une partie de l'exégèse retient l'acception première du lien fraternel.

La lecture traditionnelle catholique, fondée sur la croyance plus tardive en la virginité perpétuelle de Marie, à la suite de Jérôme de Stridon (IVe-Ve siècle) qui, le premier, argumente contre une « fratrie » au profit de « cousins », est de nos jours remise en cause par l'exégèse contemporaine qui elle, à l'instar de l'exégète catholique John P. Meier, conteste cette acception qui n'apparaît jamais dans la version grecque de l'Ancien Testament[1] dans lequel le terme adelphos marque exclusivement le lien fraternel de sang ou de droit[2].

Chez les historiens, il y a peu de doute sur le fait que ces « frères » de Jésus étaient de réels frères, fils de Joseph avec Marie[3]. Selon Hégésippe de Jérusalem (un Père de l'Eglise du IIe siècle), Jude est « frère du Sauveur » et Davidique[4] ou « frère [du Sauveur] selon la chair[5] ». Des théologiens comme Daniel Marguerat ou Emmanuelle Steffek rappellent ce même passage d'Hégésippe : « Il y avait encore, de la race du Sauveur, les petits-fils de Jude, qui lui-même était appelé son frère selon la chair », pour montrer que, « quand l'évangile de Jean parle du « fils unique » du Père (Jn, 1, 14.18 ; 3, 16.18), il se livre à une affirmation théologique et non biologique[6] ».

La confusion semble provenir de l'identification du frère de Jésus, Jacques le Juste avec Jacques le Mineur effectuée par Jérôme de Stridon (saint Jérôme), qui a fait que les « frères » de Jésus sont devenus des cousins de ce dernier et précisément des fils de Marie Jacobé avec Clopas[7]. L'identification proposée par Jérôme a par la suite été acceptée par l'Église catholique romaine[7]. De plus à partir du Ve siècle, l'idée que Joseph et Marie aient eu d'autres enfants que Jésus est devenue hérétique, et « n'a plus guère été soutenue, jusqu'à l'apparition, il y a deux siècles, des études critiques du Nouveau testament[8] ». Il est donc logique que des critiques aient considéré que tous ceux qui étaient appelés frère de Jésus étaient des fils de Clopas, bien que Jérôme n'ait alors parlé que des deux fils de Clopas mentionnés dans les évangiles : Jacques le Mineur et José. Cette identification n'a toutefois jamais été acceptée par les Églises orientales qui distinguent Jacques le Mineur et Jacques frère du Seigneur et les fêtent séparément[7] et pour qui l'apôtre Jude est bien celui qui est appelé « frère » de Jésus dans les évangiles synoptiques et dans d'autres textes chrétiens.

Ses noms et surnoms[modifier | modifier le code]

Judas le Zélote[modifier | modifier le code]

Au VIe siècle, le Décret de Gélase déclare canonique l'épître de Jude, qu'il désigne comme « l’apôtre Juda Zélotes » (« Iudæ Zelotis apostoli »). Au IVe siècle, Jérôme de Stridon, pour qui le « frère » de Jésus appelé Jude est aussi l'apôtre du même nom, écrit dans son Commentaire de l’Épître aux Galates que « l’apôtre Judas, qui n’est pas le traître[9] » a pris le nom de Zélote « en vertu de son zèle insigne[9]. »

Deux variantes de manuscrits des Constitutions apostoliques indiquent que « Thaddaeus, aussi appelé Lebbaeus et surnommé Judas le Zélote, prêcha la Vérité aux Édesséniens et au peuple de Mésopotamie lorsque Agbarus (Abgar) régnait à Édesse[10]. »

Jérôme de Stridon écrit dans son Commentaire de l’Épître aux Galates que « l’apôtre Judas, qui n’est pas le traître[9] » a pris le nom de Zélote « en vertu de son zèle insigne[9]. » Dans son texte contre Helvidius, il affirme à nouveau : « Jude Zélote qui est dit Thaddée dans un autre évangile[11]. ». Le Decretum Gelasianum au VIe siècle déclare canonique une épître Iudæ Zelotis apostoli, « de l’apôtre Jude Zelotes ».

Son surnom, « le Zélote » comme celui de l'apôtre Simon, associé au discours de Jésus tel que transcrit par les évangiles, conduit certains historiens à penser que Simon[12] et Jude étaient membres du groupe zélote[13], ou des anciens membres qu'ils auraient quitté pour rallier le mouvement de Jésus[14]. Ces deux apôtres semblent avoir agi en commun pour l'évangélisation de territoires situées à l'Est de l'Euphrate et sont considérés comme étant deux frères. Toutefois, la question de savoir s'ils appartenaient au mouvement zélote est débattue chez les historiens. Pour Gérard Nahon, l'apôtre Simon était un Zélote et Jésus, crucifié entre deux « brigands[15] », a peut-être été « considéré comme zélote par Pilate, qui venait de faire exécuter des Galiléens (évangile selon Luc, XIII, 1)[12]. » André Paul estime que « comme d'autres apôtres du Christ, Simon devait être un ancien zélote[14]. » Robert Eisenman estime que Simon et Jude étaient des Zélotes[13]. Toutefois pour Simon Claude Mimouni, l'appellation « Simon le Zélote » ne renvoie pas au groupe des Zélotes, mais signifie simplement « Simon le Zélé »[16]. Pour lui, ce groupe n'existe pas à l'époque de Jésus, mais son mouvement a toutefois pu relever « d'un de ces mouvements d'opposition de la société installés tant en Galilée qu'à Jérusalem[16]. » « C'est en tout cas ainsi qu'il a été compris par certains de ses disciples, et notamment par ses frères dont le premier d'entre eux est Jacques le Juste. Autrement dit Jésus a très bien pu être l'un de ces révoltés qui ont été si nombreux à son époque[16]. »

Jude et Thaddée[modifier | modifier le code]

Jude est parfois identifié à l'apôtre Jude Thaddée, et à l'auteur de l'Épître de Jude, une des épîtres catholiques du Nouveau Testament, dont l'auteur se dit « Jude, serviteur de Jésus Christ, frère de Jacques » (Ju v 1) (peut-être Jacques le Juste, autre frère de Jésus).

Addai[modifier | modifier le code]

Les deux Apocalypses de Jacques du codex V retrouvé à Nag Hammadi établissent un rapport entre un « Theuda » et Jacques le frère de Jésus[17]. Dans la deuxième Apocalypse de Jacques, Theuda — probablement une forme latine de Thaddée — est appelé « du Juste et un de ses parents », c'est-à-dire un des parent de Jacques le Juste[17].

La Première Apocalypse de Jacques est un texte antérieur à la rédaction du premier livre de Contre la Gnose au nom menteur d'Irénée de Lyon (fin du IIe siècle), puisque celui-ci en cite de très larges extraits[18]. Dans ces deux Apocalypses de Jacques, il y a trois personnages principaux, les deux premiers sont Jésus et son frère Jacques, le troisième est appelé Theuda (probablement Thaddée) dans la deuxième Apocalypse et est appelé Addai dans la première[19]. « Il s'agit donc probablement du Addai que les sources tardives d'Édesse et d'Arbèle disent avoir été envoyé par Thomas pour convertir les Syriens[20]. » Puisque Addaï, dans la période ancienne, est un protagoniste de peu d'importance pour l'Église grecque et pour l'Occident, on peut donc supposer une connexion entre cette apocalypse et la Syrie[20] et notamment Édesse et l'Osrhoène[19]. Dans ce texte, comme dans ceux de l'Évangile selon Thomas et de Évangile selon les Hébreux, Jacques est désigné comme son successeur par Jésus lui-même[21],[19]. C'est aussi Jacques qui est impliqué dans l'enseignement d'Addai/Thaddée, alors que les sources plus tardives mentionnent que c'est Thomas qui l'a envoyé à Édesse[19].

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Jude est un personnage dont l'identité exacte fait débat. Dans les évangiles synoptiques, il est mentionné dans les listes de « frères » de Jésus, aux côtés de Jacques, Joset et Simon. Il est généralement considéré comme l'auteur de l'épître de Jude qui figure dans le canon du Nouveau testament. Les différentes traditions ainsi que les historiens se divisent sur son identité exacte.

Dans les traditions des églises orientales Jude est aussi surnommé Thaddée. Il est mentionné dans l'évangile attribué à Marc (Marc 3:18) dans la liste des douze apôtres. Dans le passage parallèle de Matthieu, il est appelé Thaddée ou « Laebbius qui est appelé Thaddée (Matthieu 10:03) » dans certaines versions antiques. Laebbius est une latinisation du mot hébreu « cœur ». Dans certains manuscrits de l'évangile attribué à Luc et des Actes des Apôtres, il est nommé « Judas de Jacques (Luc 06:16, Actes 01:13) ». Dans l'évangile attribué à jean, il est appelé « Judas pas l'Iscariot (Jean 14:22) ».

Selon Hégésippe (IIe siècle) et Eusèbe de Césarée, Jude avait des petits-fils qui ont comparu comme davidique (des descendants du roi David) devant l'empereur Domitien[22] (81-96). La relation de cette tradition antique est cohérente avec l'indication de Paul de Tarse selon laquelle les frères de Jésus effectuaient leurs voyages missionnaires en compagnie de leur femme[23]. Son frère Jacques le Juste devait lui aussi être marié puisque dans la liste d'évêques de Jérusalem des Constitutions apostoliques (VII, 46, 1), il est rapporté que l'évêque qui succède à Siméon fils de Clopas est Judas (Justus), le fils de « Jacques frère du Seigneur », premier « évêque » de la liste[24]. Il est donc possible que Judas (Justus) soit le fils de Jacques[24]. Par ailleurs, les accusations de davidique qui seront le motif de la crucifixion de son cousin germain Siméon fils de Clopas et de l'arrestation des petit-fils de Jude[25] convergent avec l'insistance des évangiles synoptiques pour présenter Jésus comme un descendant de David[26]. La succession de type dynastique qui depuis Jean le Baptiste voit se succéder à la tête du mouvement des cousins, des frères ou des fils, renforce l'idée d'une « appartenance à une lignée davidique » qui expliquerait « la position prééminente des membres de la famille de Jésus[25] » dans l'Église primitive. Par sa mère Marie, Jude est de famille sacerdotale, c'est donc un prêtre (un cohen)[27].

Dans la tradition orthodoxe[modifier | modifier le code]

Pour les orthodoxes, Jude est un des douze apôtres de Jésus, descendant du roi David et de Salomon par « Joseph le fiancé de Marie », dont il est un des fils qu'il a eu avant son mariage avec Marie, avec une autre épouse[28],[29]. Jude est aussi surnommé « Lebbaeus qui est aussi Thaddeus (Thaddée) » (Mt. 10, 3)[28]. Il est aussi appelé Thaddée dans l'évangile attribué à Marc (Mc. 3, 18)[28]. Il est identifié avec Judas Barsabas qui, selon les Actes des Apôtres, est chargé par Jacques le Juste, de porter le décret apostolique à Antioche (Ac. 15, 22)[28],[30]. Il est parfois appelé Jude (ou Judas) frère de Jacques, pour marquer son humilité[31]. Il aurait aussi été appelé Lévi[31], ce qui le renvoie avec ses frères à l'appartenance à une famille sacerdotale[27].

Il a effectué sa prédication en Judée, Galilée, Samarie et Idumée, puis par la suite « dans le pays Arabe » (probablement la Nabathée), en Syrie, en Mésopotamie (Empire Parthe)[28] et dans le royaume d'Arménie[31]. Finalement, il se rendit dans la cité d'Édesse[28]. Là, il finit le travail que n'avait pas achevé son prédécesseur, saint Thaddeus, membre du groupe des soixante-dix[28]. Il existe une tradition, selon laquelle Jude se rendit « en Perse », où il écrivit son épître catholique en Grec[28].

Dans la tradition nestorienne[modifier | modifier le code]

La tradition nestorienne reprend le même type d'information que les orthodoxes. Judas Thaddée y est souvent appelé Addaï, celui-ci aurait d'abord été envoyé par l'apôtre Thomas peu de temps après la « résurrection » de Jésus. C'est de ces apôtres, avec Bar-Tulmai (Barthélemy) et Mar Man l'un des septante disciples que l'Église apostolique assyrienne de l'Orient a reçu l'enseignement de Jésus[32],[33]. Cette église aurait initialement été établie à Édesse au Ier siècle et c'est à partir d'Édesse que la « Bonne nouvelle » (évangile) se serait répandue[32].

La tradition arménienne[modifier | modifier le code]

La tradition arménienne affirme que Thaddée fut envoyé évangéliser l'Arménie par Abgar, vu comme l'oncle du roi d'Arménie Sanatrouk, c'est-à-dire Abgar V. Les détails varient largement, mais dans toutes les versions, Thaddée convertit Sandoukht, la fille du roi. Dans certaines versions, Sanatrouk se convertit également avant d'apostasier ; selon d'autres, il ne se convertit jamais et fut au contraire hostile au christianisme dès le départ. Dans tous les cas, il soumit Thaddée et Sandoukht au martyre. L'apôtre Thaddée aurait été exécuté dans la ville de Maku vers 45[34]. D'autres versions font également arriver l'apôtre Barthélemy en Arménie à l'époque de l'exécution de Thaddée, où il connut également le martyre dans les années 60[35]. Quoi qu'il en soit de l'authenticité de ces traditions, le christianisme a probablement été introduit assez tôt en Arménie, étant donné que des persécutions contre les chrétiens sont rapportées pour les années 110, 230 et 287 par Eusèbe de Césarée et Tertullien[36].

Quoique Grégoire l'Illuminateur est crédité du titre « d'Apôtre des Arméniens » pour avoir baptisé Tiridate IV d'Arménie en 301, et convertit les Arméniens, les apôtres Jude et Barthélemy sont traditionnellement considérés comme ayant été les premiers à apporter le christianisme en Arménie, et sont donc vénérés comme les saints patrons de l'Église apostolique arménienne. Le Monastère Saint-Thaddée (dans le nord de l'Iran) est construit à l'endroit supposé du martyr de Jude. Le Monastère Saint-Barthélemy d'Aghbak (dans le sud-est de la Turquie) est construit à l'endroit supposé du martyr de Barthélemy.

La tradition catholique[modifier | modifier le code]

Dans la tradition latine d'occident, les « frères » de Jésus ne sont pas de réels frères, mais des cousins germains de Jésus[37]. Ils ne sont ni des fils de Joseph ni des fils de Marie, mais les fils qu'une demi-sœur de Marie, Marie Jacobé, auraient eu avec un frère — ou un demi frère — de Joseph appelé Clopas[37]. Jude est donc le frère de l'apôtre Simon le Zélote, mais tous deux sont donnés comme étant les frères de Jacques le Mineur qui est effectivement un fils de Clopas et de Marie Jacobé[37]. Ils adoptent par ailleurs la proposition de saint Jérôme, qui a fait de « Jacques le frère du Seigneur » et Jacques le Mineur un seul et même personnage.

Par ailleurs, le fait que Jude soit l'apôtre Jude cité dans les listes de douze apôtres sous le nom de Judas de Jacques ou de Thaddée est contesté. Pour une partie des exégètes catholiques, Judas de Jacques mentionné dans les évangiles synoptiques ne devrait pas être lu comme Judas [frère] de Jacques, en référence à l'épître de Jude où celui-ci se désigne comme frère de Jacques, mais devrait se lire comme Judas [fils] de Jacques[38]. Pour eux, il n'est pas non plus Thaddée/Addai que Thomas envoie à Édesse, ce Judas Thaddée là serait un membre du groupe des septante disciples et pas un des douze apôtres et donc pas l'apôtre Judas Thaddée et pas non plus le « frère » de Jésus. Une autre partie de la tradition catholique considère que le frère de Jésus appelé Jude est bien l'apôtre Judas Thaddée, en référence notamment à la tradition telle qu'elle est relatée dans la Légende dorée. Il n'est toutefois jamais appelé Addaï.

Problèmes d'identification[modifier | modifier le code]

Judas le frère de Jacques dans l'épître de Jude est le troisième « frère » de Jésus[39].

C'est celui qui dans les listes d'apôtre des évangiles synoptiques est appelé Thaddaeus (Mc 3, 18), Lebbaeus surnommé Thaddaeus (Mt 10, 3) et Judas de Jacques (Lc 6, 16 et Ac. 1, 14)[39]. Robert Eisenman note que cet apôtre, placé en onzième position dans ces listes d'apôtre, est toujours suivi d'un autre Judas : Judas Iscariote[39].

Des personnages embarrassants ?[modifier | modifier le code]

Les critiques qui, suivant les traditions chrétiennes orientales, soutiennent que Jude le frère de Jésus est le même personnage que l'apôtre Jude (appelé Judas de Jacques ou Thaddée dans les évangiles) et qu'il est aussi le même que Judas Thaddée aussi appelé Addaïe des traditions orientales et arménienne, estiment que ce personnage a été éclaté en trois personnages différents au fil des siècles[13]. Il pourrait même avoir été dispersé sur quatre personnages différents, si l'on tient compte des traditions de certaines églises orthodoxes qui considèrent que c'est aussi le même que Judas Barsabbas mentionné dans les Actes des Apôtres[28].

Un tel phénomène aurait été favorisé par le fait qu'à partir du IVe siècle les fortes réserves qui frappaient un grand nombre d'écrits chrétiens qualifiés d'apocryphes se sont transformées en de véritables interdits. Il est en effet quasi-impossible de départager les différentes positions sur ces personnages sans l'aide des écrits apocryphes.

Le personnage de Jude aurait dans ce cas suivi le même parcours que son frère Jacques le Juste[13]. Toutefois, là où Jacques le Juste a été assimilé à Jacques le Mineur à la suite de l'astucieuse proposition de saint Jérôme — transformant ainsi les frères de Jésus en des cousins germains, fils d'une demi-sœur de la vierge Marie (Marie Jacobé) avec un demi-frère de Joseph, appelé Clopas[40] — Jude, lui aussi devenu fils de Marie Jacobé et de Clopas, aurait poursuivi sa perte d'identité au point d'être séparé en trois ou quatre personnages différents[13]. Le troisième frère qui lui aussi était un des douze apôtres, Simon le Zélote[41], étant lui aussi parfois assimilé à un autre fils de Clopas, Siméon de Clopas, le deuxième évêque de Jérusalem, qui lui aussi a été qualifié de Zélote[42].

Article détaillé : La proposition de saint Jérôme.

Pour Pierre-Antoine Bernheim, « l'ingénieux Jérôme trouva une solution qui régla le « problème Jacques » pendant plus de quinze siècles[40]. » Il supposa que Jacques et ses frères n'étaient que des cousins germains de Jésus et il identifia Jacques le Juste avec Jacques le Mineur dont on ne sait à peu près rien. Il résolut ainsi non seulement le problème de Jacques, mais aussi celui de ses frères Jude et Simon le Zélote qui eux aussi devinrent des fils de Clopas, souvent appelé Alphée, faisant naître ainsi une confusion entre les différents personnages qui n'est toujours pas définitivement réglée à ce jour.

Concernant Jacques le Juste, Pierre-Antoine Bernheim explique ce phénomène par le fait que pour la « Grande Église », Jacques était devenu « une source d'embarras, une sorte d'anomalie dans l'histoire de l'Église » telle que ses chefs souhaitaient la reconstituer[43]. D'abord, parce que Jacques était appelé partout le frère du Seigneur alors que Jésus n'était plus supposé avoir eu des frères[44]. Même si la qualité de frère du Seigneur est beaucoup moins présentes dans les textes pour Jude et Simon le Zélote, cette particularité a probablement été aussi embarrassante pour eux que pour Jacques.

De plus, l'image et le prestige de Jacques et de Jude ont, dans une large mesure, suivi les vicissitudes du judéo-christianisme[43]. Jacques et ses frères partisans du maintien de l'observance des règles de la Loi (la Torah) et de la séparation entre chrétiens d'origine juive et pagano-chrétiens, « ne pouvaient guère plaire à une Église d'origine surtout païenne et détachée de la Loi[40]. »

Robert Eisenman, estime lui aussi que c'est en raison du caractère embarrassant de ces personnages que leur appartenance au groupe des douze apôtres a été peu à peu oublié[13]. Aux raisons ci-dessus, il en ajoute une : ces frères de Jésus étaient des Zélotes. En effet, l'auteur de l'épître de Jude est lui aussi surnommé Jude (ou Judas) le Zélote, dans plusieurs sources chrétiennes[13]. De plus de nombreuses sources chrétiennes indiquent que Simon le Zélote était un « frère » de Jésus, que celui-ci soit considéré comme un demi-frère ou un cousin[13]. D'autre part, l'apôtre Judas de Jacques (qu'il faut alors comprendre comme Judas [frère] de Jacques), appelé Judas Thaddée dans de nombreuses sources, est aussi donné comme un frère de Simon le Zélote[13]. C'est d'ailleurs ce que professent les Églises chrétiennes orientales, pour qui simplement ces « frères » sont des demi-frères de Jésus, mais sont bien les apôtres, Simon le Zélote et Judas Thaddée.

Les sources[modifier | modifier le code]

Le Nouveau Testament[modifier | modifier le code]

Dans certaines de ses épîtres, Paul de Tarse parlent de « frères du Seigneur » qui ne sont pas Jacques le Juste, mais on ne sait si Jude fait partie de ceux qui sont désignés par cette expression. Dans les évangiles synoptiques, Jude est mentionné en troisième position dans les listes de frères de Jésus. C'est aussi probablement lui qui est appelé de la curieuse formulation : Judas pas l'Iscariote dans l'évangile attribué à Jean. Le fait de savoir s'il est l'apôtre appelé Judas de Jacques ou Thaddée ou Thaddée qui est aussi Laebbius dans les listes de douze apôtres des évangiles fait débat parmi les historiens et diverge selon les traditions des églises latines d'Occident et celles des Églises d'Orient.

Les deux Apocalypses de Jacques[modifier | modifier le code]

Les deux Apocalypses de Jacques du codex V retrouvé à Nag Hammadi établissent un rapport entre un « Theuda » et Jacques le frère de Jésus[17]. Dans la deuxième Apocalypse de Jacques, Theuda — probablement une forme latine de Thaddée — est appelé « du Juste et un de ses parents », c'est-à-dire un des parent de Jacques le Juste[17].

La Première Apocalypse de Jacques est un texte antérieur à la rédaction du premier livre de Contre la Gnose au nom menteur d'Irénée de Lyon (fin du IIe siècle), puisque celui-ci en cite de très larges extraits[18]. Dans ces deux Apocalypses de Jacques, il y a trois personnages principaux, les deux premiers sont Jésus et son frère Jacques, le troisième est appelé Theuda (probablement Thaddée) dans la deuxième Apocalypse et est appelé Addai dans la première[19]. « Il s'agit donc probablement du Addai que les sources tardives d'Édesse et d'Arbèle disent avoir été envoyé par Thomas pour convertir les Syriens[20]. » Puisque Addaï, dans la période ancienne, est un protagoniste de peu d'importance pour l'Église grecque et pour l'Occident, on peut donc supposer une connexion entre cette apocalypse et la Syrie[20] et notamment Édesse et l'Osrhoène[19]. Dans ce texte, comme dans ceux de l'Évangile selon Thomas et de Évangile selon les Hébreux, Jacques est désigné comme son successeur par Jésus lui-même[21],[19]. C'est aussi Jacques qui est impliqué dans l'enseignement d'Addai/Thaddée, alors que les sources plus tardives mentionnent que c'est Thomas qui l'a envoyé à Édesse[19].

Les Constitutions apostoliques[modifier | modifier le code]

Dans les Constitutions apostoliques, quand il s'agit de discuter de Lebbaeus surnommé Thaddaeus — la même formulation que dans l'évangile attribué à Matthieu, l'ordre des deux noms étant seulement inversé — deux manuscrits notent qu'il était aussi « appelé Judas le Zélote »[39]. Celui-ci, « va prêcher la Vérité aux Édesséniens et au peule de Mésopotamie » lorsque Agbarus (Abgar) régnait à Édesse[45]. »

Les Constitutions apostoliques nous sont parvenues en syriaque[39]. Leur datation est discutée, certains chercheurs estiment qu'il s'agit d'un document du IIe siècle tandis que d'autres estiment qu'il est plus tardif[39]. Comme les textes pseudo-clémentins, eux aussi attestés en syriaque, les Constitutions apostoliques se réfèrent à Jacques « frère de Jésus selon la chair »[39]. De plus, comme dans les Reconnaissances, il est précisé que Jacques a été nommé « évêque » par le Seigneur lui-même[39]. Dans l'une des variantes de ces manuscrits qui suit directement le développement à propos de « Lebbaeus surnommé Thaddaeus » étant également appelé « Judas le Zélote », il est déclaré que Simon le Zélote a été « couronné avec son martyr en Judée sous le règne de Domitien[39]. »

Hippolyte de Rome[modifier | modifier le code]

Les fragments de liste des « douze » et « septante disciples », attribués à Hippolyte de Rome, connaissaient déjà les traditions reliant « Judas appelé Lebbaeus surnommé Thaddaeus » avec l'évangélisation « des Édesseniens et de toute la Mésopotamie » et apportant une lettre à « Augarus » (Abgar)[46]. Eusèbe de Césarée expose cette tradition, qu'il déclare avoir trouvé dans les Archives royales d'Édesse[47]. Citation d'Eusèbe : Après l'ascension etc.[47] Chez Hippolyte, ce Thaddaeus est clairement le même Judas Thaddeus (ou Lebbaeus) qui est aussi surnommé le Zélote[47]. Pour Eisenman, le troisième frère de Jésus est le même que l'apôtre appelé Judas de Jacques ou Thaddaeus ou Lebbaeus surnommé Thaddaeus dans les listes d'apôtres des évangiles ou dans le fragment de Pappias[47] (cité par Eusèbe de Césarée ?).

Saint Jérôme[modifier | modifier le code]

Pour Jérôme de Stridon Thaddée envoyé au roi Abgar est l'apôtre Thaddée cité dans les listes des douze dans les évangiles[48]. Ce que conteste Bède_le_Vénérable en s'appuyant sur Eusèbe de Césarée qui mentionne seulement son appartenance au « groupe des 70 ». Il en conclut que Thaddée-Addaïe n'est pas l'apôtre Thaddée mentionné dans les évangiles[48].

La Caverne des trésors et les sources en syriaque[modifier | modifier le code]

Une chronique appelée la Caverne des trésors qui date probablement de la fin IIe début du IIIe siècle[49] associe Mar Mari à Addai pour l'évangélisation de l'Adiabène et de Garamée (Beth Garmai[50]) comme on le trouve dans d'autres textes[51]. Plusieurs autres sources en syriaque mentionnent Addaï-Thaddée[51] comme l'Anaphore de Addaï et Mari.

L'histoire d'Abgar de Léroubna d'Édesse, la Doctrine d'Addaï racontent aussi l'envoi par Thomas de Thaddée/Addai au roi Abgar V et l'évangélisation d'Édesse par cet apôtre (Shlika)[52], la même histoire est racontée dans les sources latines occidentales, mais Addaïe y est appelé Thaddée. C'est notamment le cas dans l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée.

L'Épître de Jude[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Épître de Jude.

Il est en général considéré comme l'auteur de l'Épître de Jude qui figure dans le Nouveau Testament. Il s'y présente comme « Jude serviteur de Jésus-Christ et frère de Jacques (Ju 1) », peut-être pour bien marquer qu'après sa résurrection Jésus a désormais un statut tout à fait particulier qui lui confère le titre de « fils de Dieu » et au service de qui Jude se proclame. L'authenticité de cette épître est disputée. Les datations proposées pour sa rédaction oscillent dans une fourchette assez large comprise entre 45 et 180, mais pour Jacques Schlosser, il semble raisonnable de la circonscrire entre 80 et 100[53]. C'est un des plus courts textes du Nouveau Testament[54], avec seulement vingt-cinq versets.

François Blanchetière note que c'est un des textes canoniques les moins commentés et qu'il est controversé depuis la plus haute Antiquité[54]. Selon Richard Bauckham, cette épître est « susceptipbe de nous fournir un regard sur ce qu'il appelle le judéo-christianisme palestinien[55] » ainsi que « d'importants éléments de compréhension sur la direction exercée par le cercle des parents de Jésus et sur la théologie élaborée dans ce milieu[56]. »

Le lieu de sa mort[modifier | modifier le code]

Deux variantes de manuscrits des Constitutions apostoliques indiquent que « Thaddaeus, aussi appelé Lebbaeus et surnommé Judas le Zélote, prêcha la Vérité aux Édesséniens et au peuple de Mésopotamie lorsque Agbarus (Abgar) régnait à Édesse et a été enterré à Béryte de Phénicie (Beyrouth)[57],[58]. »

« Deux sources syriaques médiévales confirment la présence d'une tombe de saint Jude à Beyrouth après son martyre : le patriarche syrien-jacobite Michel le Syrien (1166 - 1199) qui dans sa Chronique mentionne « Jude appelé Thaddée, qui est aussi Labbaï, de la tribu de Judas [...] il fut enseveli à Beyrouth » et Bar-Hebraeus (m. en 1283) qui dans sa Chronique ecclésiastique reprend à peu près la même information[59] » Le corps de Jude Thaddée enterré à Beyrouth aurait été transféré à Rome et placé dans une crypte de la basilique Saint-Pierre. Aujourd'hui ses restes sont dans le transept gauche de la basilique Saint-Pierre, sous l'autel principal de Saint-Joseph dans un tombeau avec les restes de l'apôtre Simon le Zélote.

Theudas[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Theudas.

Flavius Josèphe relate dans ses Antiquités judaïques[60] qu'un Theudas ou Thaddée[61] réunit une grande foule, vers l'an 44-46[61] et les persuade « de le suivre en emportant leurs biens jusqu'au Jourdain[60] ». Mais le procurateur Cuspius Fadus « ne leur permit pas de s'abandonner à leur folie : il envoya contre eux un escadron de cavalerie qui les surprit, en tua beaucoup et en prit beaucoup vivants. Quant à Theudas, l'ayant fait prisonnier, les cavaliers lui coupèrent la tête et l'apportèrent à Jérusalem[60]. »

Hippolyte de Rome, un auteur chrétien du début du IIIe siècle, semble parler de Theudas dans son Commentaire sur Daniel (IV, 18). Il indique que l'objectif de celui qu'il désigne comme un chef de l'église de la province romaine de Syrie, était de faire rencontrer Jésus, toujours vivant après sa crucifixion à ceux qui le suivaient, alors que celui-ci était réfugié « dans le désert ». Il écrit: « Un chef de cette Église lointaine qui ne s'appliquait guère à l'étude des divines Écritures et ne suivait pas la voie du Seigneur, se mit à divaguer et fit divaguer les autres. […] Il persuada bon nombre de frères de venir avec femmes et enfants, à la rencontre du Christ dans le désert[62],[63]. ».

Certains critiques estiment donc que Theudas est l'apôtre Thaddée, qui serait aussi le frère de Jésus appelé Jude Thaddée[57]. Theudas est la forme latine du surnom Thaddée[57]. Il est surnommé Judas le Zélote dans plusieurs autres sources chrétiennes tout comme son frère Simon le Zélote[13]. Thaddée d'Édesse est donné comme étant originaire de Banyas au nord de la Bathanée. Il semble être exécuté vers 45 près de Béryte (Beyrouth) par décapitation après avoir reçu un coup de masse d'arme, ce qui est compatible avec les données fournies par Flavius Josèphe pour Theudas[57], qui indique qu'il a été tué dès sa capture dans cette période et que sa tête a été remmenée à Jérusalem pour l'exemple.

Les petits-fils de Jude[modifier | modifier le code]

Les petits-fils de Jude, vraisemblablement du nom de Jacques et de Zoker' (abréviation de Zechariah — le nom du père de Jean le Baptiste — qui signifie YHWH se souvient) furent arrêtés sous Domitien et aurait comparu devant un empereur que les auteurs classiques nous présentent comme « particulièrement soupçonneux et jaloux de son pouvoir[5]. »

Ils sont cités dans deux passages de l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée :

« Hégésippe dit quelque part textuellement : il y avait de la race du Sauveur les petits fils de Jude qui lui-même avait été appelé son frère selon la chair : on les dénonça comme étant de la race de David[64]
« L'evocatus/huissier les amena à Domitien César, car celui-ci craignait la venue du Christ, comme Hérode. Et l'empereur leur demanda s'ils étaient de la race de David. Et ils dirent que oui. Alors, il leur demanda combien de propriétés ils avaient, de quelles richesses ils étaient les maîtres. Ils dirent qu'à eux deux ils possédaient seulement neuf mille deniers et que chacun d'eux en avait la moitié, et ils ajoutèrent qu'ils n'avaient même pas cela en numéraire, mais que c'était l'évaluation d'une terre de trente-neuf plèthres sur lesquels ils payaient les impôts et qu'ils cultivaient eux-mêmes pour vivre.
Puis ils montrèrent aussi leurs mains, comme preuve de leur travail personnel, ils alléguèrent la rudesse de leurs corps ; ils présentèrent les durillons incrustés dans leurs propres mains par suite de leur labeur continuel. Interrogés sur le Christ et son royaume, sur sa nature, le lieu et le temps de sa manifestation, ils donnèrent cette réponse, que ce royaume n'était pas de ce monde, ni de cette terre, mais céleste et angélique, qu'il arriverait à la consommation des siècles, lorsque le Christ venant dans sa gloire jugerait les vivants et les morts et rendrait à chacun selon ses œuvres. Domitien là dessus ne les condamna en rien, mais ils les dédaigna comme des hommes simples, les renvoya libres et fit cesser par un édit la persécution contre l'Église. Lorsqu'ils furent délivrés, ils dirigèrent les églises, à la fois comme martyrs (témoins) et comme parents du Seigneur, et la paix rétablie, ils restèrent en vie jusqu'au temps de Trajan[65]. »
« Le même auteur (Hégésippe) nous apprend encore que d'autres descendants de Jude, l'un de ceux qu'on disait frères du Seigneur, vécurent jusqu'au temps du même règne de Trajan, après avoir, sous Domitien, rendu témoignage à la foi chrétienne ainsi que nous l'avons déjà noté. Voici ce que nous raconte cet écrivain :
« Ils vont donc servant de guides à chaque église en qualité de martyrs (témoins) et de parents du Seigneur. Grâce à la paix profonde dont l'église entière jouissait alors, ils vivent jusqu'à Trajan. » »

« L'ensemble du récit contient nombre d'invraisemblances : les deux petits -fils sont arrêtés comme davidiques et non comme chrétiens, [pour autant] leur témoignage suffit pour faire cesser la persécution[66] » contre les chrétiens. Le dialogue est à la fois apologétique et hagiographique plein de réminiscences évangéliques[66]. Il en est de même pour les motifs de libération des prévenus[66].

Le récit est hagiographique et, d'après Richard Bauckham, son fondement historique reste très problématique[66]. Notons qu'à cette époque on est « martyr » (témoin), si on a maintenu sa croyance au Christ et que l'on a refusé de sacrifier aux idoles, même si on a été relâché après le procès[67]. Ce n'est qu'ultérieurement que le mot sera réservé à ceux qui ont été exécutés.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. John P. Meier, Un certain juif : Jésus., éd. Cerf, 2004, vol. I, p. 196 (éd. orig. 1991)
  2. Daniel Marguerat, Jésus, ses frères, ses sœurs, in Le Monde de la Bible, Hors-série printemps 2009, p. 53
  3. Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 10.
  4. François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, éd. du Cerf, 2001, Paris, p. 201.
  5. a et b François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, éd. du Cerf, 2001, Paris, p. 203.
  6. Le Nouveau Testament commenté, sous la direction de Daniel Marguerat et Camille Focant, Bayard, Labor et Fides, 2012, p.262. La phrase d'Hégésippe est citée par Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique (3, 20, 1-2).
  7. a, b et c Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 17.
  8. Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 27.
  9. a, b, c et d Jérôme de Stridon, Epist. ad. Gal. 2, 4.
  10. Robert Eisenman, James the Brother of Jesus: The Key to Unlocking the Secrets of Early Christianity and the Dead Sea Scrolls, éd. GDP, Nashville, 2012, p. 376-377.
  11. Jérôme de Stridon, Adv. Helvidium 13.
  12. a et b Gérard Nahon , article Zélotes de l'Encyclopædia Universalis.
  13. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Robert Eisenman, James the Brother of Jesus: The Key to Unlocking the Secrets of Early Christianity and the Dead Sea Scrolls, éd. GDP, Nashville, 2012, p. 376-388.
  14. a et b André Paul, Encyclopædia Universalis, article Simon le Zélote, saint (Ier s.).
  15. « Bandits » et « brigands » (lestaï en grec) est « le vocabulaire discriminatoire des Romains » pour désigner les Sicaires et les Zélotes. Dans ses livres, Flavius Josèphe s'approprie ce vocabulaire « semblant vouloir ignorer les motivations sociales et politiques qui ont pu animer certains membres des groupes qu'il décrit ». Dans la littérature talmudique, au mot grec lestaï correspond le mot birioné ou bariona. cf. Simon Claude Mimouni, op. cit., p. 434 et 438
  16. a, b et c Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 444.
  17. a, b, c et d Robert Eisenman, James the Brother of Jesus: The Key to Unlocking the Secrets of Early Christianity and the Dead Sea Scrolls, éd. GDP, Nashville, 2012, p. 378.
  18. a et b Armand Veilleux, La première apocalypse de Jacques (NH V,3), la seconde apocalypse de Jacques (NH V,4), p. 93
  19. a, b, c, d, e, f, g et h Robert Eisenman, James the Brother of Jesus: The Key to Unlocking the Secrets of Early Christianity and the Dead Sea Scrolls, éd. GDP, Nashville, 2012, p. 385.
  20. a, b, c et d Armand Veilleux, La première apocalypse de Jacques (NH V,3), la seconde apocalypse de Jacques (NH V,4), p. 93
  21. a et b Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 286.
  22. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique livre III, 19 et 20.
  23. Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 105.
  24. a et b Simon Claude Mimouni, La tradition des évêques chrétiens d'origine juive de Jérusalem, in Studia patristica vol. XL, publié par Frances Margaret Young, Mark J. Edwards, Paul M. Parvis, éd. Peeters, Louvain, 2006, p. 455.
  25. a et b Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 285.
  26. François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 205.
  27. a et b François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, éd. du Cerf, 2001, Paris, p. 195-196.
  28. a, b, c, d, e, f, g, h et i Apostle Jude the Brother of the Lord, (Église orthodoxe aux États-Unis.
  29. Voir à ce sujet Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 28 et 33-34.
  30. Robert Eisenman, James the Brother of Jesus And The Dead Sea Scrolls, tome II, éd. GDP, Nashville, 2012, p. 357.
  31. a, b et c Apôtre Jude, Orthodoxwiki.
  32. a et b History of the Nestorian Church, sur http://www.nestorian.org.
  33. Nestorian Patriarchs, sur http://www.nestorian.org.
  34. Albert Khazinedjian, 40 ans au service de l'Église arménienne apostolique : Compendium, éd. L'Harmattan, Paris, 2009, p. 139.
  35. Voir entre autres (en) Yowhannes Drasxanakertci, History of Armenia, trad. Krikor H. Maksoudian, Scholars Press, Atlanta, 1987, p. 78 ; (en) Aziz S. Atiya, History of Eastern Christianity, University of Notre Dame Press, 1967, p. 315 ; (en) Khoren Narbey, A Catechism of Christian Instruction According to the Doctrine of the Armenian Church, trad. Ter Psack Hyrapiet Jacob, Diocese of the Armenian Church of North America, 1892, p. 86–87.
  36. (en) Aziz S. Atiya, op. cit. 316.
  37. a, b et c cf. Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 31-44.
  38. Eric Fuchs et Pierre Reymond, La deuxième épître de saint Pierre : L'épître de saint Jude, éd. Labor et Fides, 1988, p. 145.
  39. a, b, c, d, e, f, g, h et i Robert Eisenman, James the Brother of Jesus: The Key to Unlocking the Secrets of Early Christianity and the Dead Sea Scrolls, éd. GDP, Nashville, 2012, p. 339.
  40. a, b et c Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 355.
  41. La liste d'apôtres de l'évangile attribué à Luc intervertit Simon et Jude et écrit donc : « Jacques d'Alphée, Simon appelé le Zélote, Judas de Jacques (Lc 6:15-16) ».
  42. Calvin B. Kendall, Faith Wallis, in Bède le Vénérable, Bede: On the Nature of Things and on Times, 2010, Liverpool University Press, Liverpool, p. 13.
  43. a et b Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 353.
  44. Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 354.
  45. Robert Eisenman, James the Brother of Jesus: The Key to Unlocking the Secrets of Early Christianity and the Dead Sea Scrolls, éd. GDP, Nashville, 2012, p. 369.
  46. Robert Eisenman, James the Brother of Jesus: The Key to Unlocking the Secrets of Early Christianity and the Dead Sea Scrolls, éd. GDP, Nashville, 2012, p. 368-369.
  47. a, b, c et d Robert Eisenman, James the Brother of Jesus: The Key to Unlocking the Secrets of Early Christianity and the Dead Sea Scrolls, éd. GDP, Nashville, 2012, p. 376.
  48. a et b Calvin B. Kendall, Faith Wallis, in Bède_le_Vénérable, Bede: On the Nature of Things and on Times, 2010, Liverpool University Press, Liverpool, p. 14.
  49. Andreas Su-Min Ri, Commentaire de la Caverne des Trésors : Étude sur l'Histoire du Texte et des sources, Éd. Peeters, 2000, Louvain (Belgique), p. 547.
  50. Le pays compris entre le grand Zab et le petit Zab, région de l'actuel Kirkuk, cf. Paul Bernard, De l'Euphrate à la Chine avec la caravane de Maès Titianos (c. 100 ap. n. è.), Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, volume 149, 2005, p. 944-946.
  51. a et b Andreas Su-Min Ri, Commentaire de la Caverne des Trésors : Étude sur l'Histoire du Texte et des sources, Éd. Peeters, 2000, Louvain (Belgique), p. 578.
  52. cf. Liste des patriarches, sur nestorian.org
  53. Jacques Schlosser, « L'Épitre de Jude », dans Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament, Labor et Fides, , 4e éd. (1re éd. 2001), p. 474-475
  54. a et b François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, éd. du Cerf, 2001, Paris, p. 104.
  55. Richard Bauckham 1998 et 1990, cité par François Blanchetière, op. cit., 2001, Paris, p. 104-105
  56. Richard Bauckham 1998 et 1990, cité par François Blanchetière, op. cit., 2001, Paris, p. 105
  57. a, b, c et d Robert Eisenman, James the Brother of Jesus And The Dead Sea Scrolls, tome II, éd. GDP, Nashville, 2012, p. 25-28.
  58. Robert Eisenman, James the Brother of Jesus And The Dead Sea Scrolls, tome II, éd. GDP, Nashville, 2012, p. 399, note no 72.
  59. Mélanges de l'Université Saint-Joseph, Volume 56, 1999, p. 307.
  60. a, b et c Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques 20, 97-98
  61. a et b Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 430.
  62. Hippolyte de Rome, Commentaire sur Daniel, IV, 18 et 19, cité dans Claude Carozzi, La fin des temps, terreurs et prophéties au Moyen Âge, Paris, Flammarion, 1999.
  63. Hippolyte, Commentaire sur Daniel, IV, 18, 1979, Paris, Éd. du Cerf.
  64. Une autre version est : « Le même Domitien ordonna de détruire tous les Juifs qui étaient de la race de David : une ancienne tradition raconte que des hérétiques dénoncèrent les descendants de Jude, qui était, selon la chair, frère du Sauveur, comme appartenant à la race de David et parents du Christ lui-même. C'est ce que montre Hégésippe quand il s'exprime en ces termes :
    II y avait encore de la race du Sauveur les petits-fils de Jude qui lui-même était appelé son frère selon la chair : on les dénonça comme descendants de David. »
  65. Hégésippe de Jérusalem cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre III, 19 et 20, cité par François Blanchetière, op. cit., p. 203-204.
  66. a, b, c et d François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, éd. du Cerf, 2001, Paris, p. 204.
  67. Claudio Moreschini, Enrico Norelli, Histoire de la littérature chrétienne ancienne grecque et latine, p. 258.

Lien externe[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]