Juan Yagüe

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Juan Yagüe
Image illustrative de l'article Juan Yagüe

Surnom El Carnicero de Badajoz
("Le boucher de Badajoz")
Naissance 1891
San Leonardo de Yagüe, province de Soria
Décès (à 61 ans)
Burgos, province de Burgos
Allégeance Drapeau de l'Espagne Royaume d'Espagne
Drapeau de l'Espagne République espagnole
Bandera del bando nacional 1936-1938.svg Nationalistes espagnols
Arme Regulares
Légion espagnole
Années de service 1907-1952
Conflits Guerre du Rif
Révolution asturienne
Guerre d'Espagne
Campagne d'Estrémadure
Bataille de Badajoz (1936)
Siège de l'Alcázar de Tolède
Siège de Madrid
Bataille de Brunete
Bataille de Teruel
Offensive d'Aragon
Bataille de l'Èbre
Offensive de Catalogne
Offensive finale
Invasion du Val d'Aran
Distinctions Médaille militaire
Autres fonctions Ministre de l'Air
Commandant militaire de Melilla
Capitaine général de la VI région militaire

Juan Yagüe Blanco (San Leonardo de Yagüe, Province de Soria, 1891Burgos, 29 octobre 1952) était un militaire espagnol. Il eut un grand rôle dans le soulèvement nationaliste de l'armée contre la République espagnole, qui déboucha sur la guerre civile. Il se fit particulièrement remarquer en Estrémadure en 1936 et à la bataille de l'Ebre en 1938-1939. Il fut tenu pour responsable d'un certain nombre de tueries, ce qui le fit connaître publiquement comme le « boucher de Badajoz ».

Formation et premières années (1891-1936)[modifier | modifier le code]

Fils d'un médecin de la classe moyenne, Yagüe entre très jeune à l'académie d'infanterie de Tolède en 1907. Il y fait connaissance avec les cadets Francisco Franco et Emilio Esteban Infantes. Ils servent ensemble au Maroc dans les forces de la légion espagnole, où Yagüe est blessé et décoré à de multiples occasions. En 1932, il est promu lieutenant-colonel.

En 1934, il participe, à la tête des troupes africaines, à la répression de la révolution asturienne sur ordre du gouvernement républicain aux côtés du général Franco et du lieutenant-colonel López Ochoa.

Il s'engage politiquement en soutenant la Phalange espagnole de son ami José Antonio Primo de Rivera. Sa ligne politique fluctua d'ailleurs toujours entre l'idéologie phalangiste pure et la fidélité à Franco. Ces doutes se firent particulièrement jour en 1937, lors des débats sur l'unification avec les carlistes.

Durant la Guerre d'Espagne (1936-1939)[modifier | modifier le code]

Après la victoire du Front populaire espagnol et le remplacement en mai 1936 du président Niceto Alcalá Zamora par Manuel Azaña, il entre dans le complot militaire qui réunit les généraux Emilio Mola, Francisco Franco, Gonzalo Queipo de Llano et José Sanjurjo. Le 17 juillet 1936, le soulèvement militaire marque le début de la guerre civile espagnole. Yagüe a pour mission de rallier les troupes africaines à Ceuta, sur la côte marocaine, et de prendre le commandement de la légion après l'arrivée de Franco.

Yagüe s'empare effectivement de la ville de Ceuta, avant de traverser le détroit de Gibraltar et de rallier les forces nationalistes dirigées par Queipo de Llano à Séville. Ses troupes, fortes de 3 000 soldats nationalistes, prennent Mérida, puis attaquent la ville de Badajoz le 14 août 1936, qui est également prise, malgré de lourdes pertes occasionnées de part et d'autre. C'est dans cette ville qu'il ordonne le massacre d'environ quatre milliers de civils.

Interrogé par le journaliste John Thompson Whitaker sur cet événement, il répond :

« Bien sûr que nous les fusillons. Qu'attendiez-vous ? Vous pensiez que j'allais emmener 4 000 rouges avec moi alors que ma colonne avançait contre la montre ? Vous pensiez que j'allais laisser des lâches derrière moi et les laisser bâtir une nouvelle Badajoz rouge ? »[1]

Promu colonel après sa victoire à Badajoz, Yagüe reprend sa route vers Madrid en suivant le cours du Tage. En chemin il conquiert les villes de Trujillo, Navalmoral de la Mata et Talavera de la Reina. Sur sa route, de nombreux prisonniers républicains continuent d'être fusillés sous ses ordres.

Mais son offensive doit prendre fin avant même d'avoir atteint la capitale espagnole, car Franco stoppe l'avancée de ses troupes et leur demande de secourir le colonel José Moscardó et les nationalistes retranchés et assiégés dans l'Alcázar de Tolède. Désapprouvant cette décision, Yagüe est remplacé par José Enrique Varela.

Juan Yagüe est rappelé pour mener l'offensive nationaliste en Aragón, où il reprend les localités de Belchite, Caspe et Lérida que se disputaient combattants nationalistes et républicains. Il a un rôle primordial lors de la bataille de l'Ebre qui se conclut par une victoire nationaliste. À la fin de l'offensive de Catalogne, ce sont ses troupes qui entrent dans Barcelone vaincue. Il commande les troupes nationalistes lors de l'offensive finale contre les républicains en mars 1939.

Après la guerre civile (1939-1952)[modifier | modifier le code]

Après la chute de la république en mars 1939, il est promu général. Il devient ensuite ministre de l'Air le 11 août 1939 dans le gouvernement du général Franco. Mais le 27 juin 1940 il est destitué par Franco et renvoyé dans son village natal de San Leonardo : le prétexte en est qu'il s'est réjoui des revers de l'Angleterre devant l'ambassadeur des États-Unis. En fait, Yagüe fait les frais de ses positions trop critiques vis-à-vis de Franco, qui conduit une forte répression contre les anciens républicains.

En 1942, Juan Yagüe est réhabilité et prend le commandement militaire de Melilla. L'année suivante, il prend en charge la capitainerie générale de la VIe région militaire située à Burgos. Il entretient à cette période une correspondance avec le prétendant monarchiste au trône, Juan de Borbón, avec lequel il prévoit même de destituer Franco au profit d'un gouvernement mené par Agustín Muñoz Grandes.

Il meurt à Burgos le 29 octobre 1952. Il est nommé l'année suivante, à titre posthume, marquis de San Leonardo de Yagüe.

Postérité[modifier | modifier le code]

Monument à Juan Yagüe à San Leonardo, objet de diverses attaques - il fut même décapité[2]. Il fut démonté en mai 2009.

Sa ville natale, San Leonardo, fut rebaptisée en son honneur San Leonardo de Yagüe. Une statue commémorant sa mémoire y est élevée. Mais elle a été supprimée le 14 mai 2009 par la municipalité[3], à la suite de la loi sur la mémoire historique.

L'hôpital principal de Burgos porte toujours son nom, malgré les débats qui l'entourent.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Claro que los fusilamos. ¿Qué esperaba? ¿Suponía que iba a llevar 4.000 rojos conmigo mientras mi columna avanzaba contrarreloj? ¿Suponía que iba a dejarles sueltos a mi espalda y dejar que volvieran a edificar una Badajoz roja?
  2. Article d'elplural.com du 1er juillet 2009, sur la défense du monument à Yagüe [1]
  3. Article d’El Mundo, du 15 mai 2009 [2]

Sources[modifier | modifier le code]