Journée du 13 juin 1849

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Les représentants de la Montagne allant au Conservatoire des Arts et Métiers

La manifestation du à Paris est la dernière « journée révolutionnaire » de la Deuxième République en France. Il s’agissait, à l’origine, d’une manifestation de protestation contre la politique menée par le gouvernement de la Deuxième République à Rome, organisée par l’extrême gauche de l’Assemblée nationale législative autour de Ledru-Rollin, « la Montagne », qui comptait alors 124 députés.

Les causes[modifier | modifier le code]

Dans son préambule, la constitution de 1848 interdisait toute entreprise « contre la liberté d’aucun peuple ». Or, sous la pression de l'opinion publique catholique, le corps expéditionnaire sous le commandement du général Oudinot envoyé en Italie le 22 avril 1849 avait changé de mission. Initialement prévue comme une opération de couverture de Rome contre toute intervention autrichienne, l'expédition de Rome s’était transformée en une campagne contre la République romaine afin de rétablir la puissance temporelle du Pape.

Leader de la "Montagne", Ledru-Rollin, de la tribune de l'Assemblée nationale, dénonce le 11 juin, l'expédition française et propose vainement la mise en accusation des ministres et du président de la République. Les protestations de Ledru-Rollin n’ayant produit aucun effet, les Montagnards décident, le 12 juin, une manifestation de rue de protestation pour le lendemain. La Commission des vingt-cinq (nom pris après les élections législatives du 13 mai 1849 par le Comité démocratique des électeurs, organe du comité électoral de la Montagne) prend en main l’organisation de cette manifestation, soutenue également par divers journaux d'extrême gauche comme La Démocratie pacifique de Victor Considerant.

Le déroulement des événements[modifier | modifier le code]

La manifestation de rue[modifier | modifier le code]

Le 13 juin 1849, vers midi, un cortège relativement modeste d’environ 6 000 personnes, dont 600 gardes nationaux ayant à leur tête Etienne Arago, chef de bataillon de la 3e légion, se forme au Château-d’Eau, sur le boulevard du Temple, et s’ébranle vers la Madeleine pour se rendre à l’Assemblée nationale « afin de lui rappeler le respect dû à la constitution », aux cris de : « Vive la Constitution ! ».

Une heure plus tard, bien renseigné, le général Changarnier, commandant de l’armée de Paris et des gardes nationaux de la Seine, à la tête des forces de l’ordre placées aux endroits stratégiques (dragons, gendarmes mobiles, chasseurs à pied) débouche par la rue de la Paix et disperse sans difficulté les manifestants qui se répandent dans les rues voisines.

La tentative de constitution d'un gouvernement révolutionnaire[modifier | modifier le code]

Ledru-Rollin et une trentaine de députés, réunis au 6 rue du Hasard, alertés de la situation par des fuyards criant : « Aux Armes ! », se rendent alors à l’état-major de l’artillerie de la garde nationale établi au Palais-Royal. Le colonel, Guinard, rallié au mouvement, entraîne environ 400 hommes précédés de députés portant leur écharpe, vers le Conservatoire national des arts et métiers, rue Saint-Martin, où doivent se rassembler des députés montagnards. Vers 14 h 30, Ledru-Rollin parvient à se faire ouvrir les portes de l’établissement par le directeur. Indécis, les députés se regroupent dans une pièce et rédigent dans la confusion une proclamation signée des présents, constituant un gouvernement provisoire. Pendant ce temps, trois semblants de barricades sont improvisés rue Saint-Martin pour gêner la cavalerie, l’une avec deux charrettes de fumier de passage. Elles sont rapidement enlevées par la troupe, tandis que partent quelques coups de feu. Au bruit des détonations, les députés, qui n’ont siégé que pendant trois-quarts d’heure, s’enfuient à travers les jardins du Conservatoire. Ledru-Rollin parvient à s’échapper et à gagner Londres pour un exil de plus de vingt ans. Plusieurs de ses collègues (dont Félix Pyat et Victor Considerant) en font autant.

Les conséquences[modifier | modifier le code]

La journée du 13 juin est un échec total. Le président de la République, Louis-Napoléon Bonaparte, proclame : « Il est temps que les bons se rassemblent et que les méchants tremblent ». L’échec de la manifestation entraîne de nouvelles mesures de répression, qui achèvent de désorganiser l’extrême gauche. Six journaux sont supprimés. Le 19 juin, une loi sur les clubs permet au gouvernement de suspendre la liberté d’association pour un an. Le 27 juillet, une « loi complémentaire » sur la presse institue de nouveaux délits et réglemente sévèrement le colportage. Le 9 août, une loi permet la proclamation de l’état de siège avec un minimum de formalités.

Désorganisés, privés de leurs moyens d’expression, les républicains se réfugient dans l’action secrète[1].

En application d'une loi du 12 août 1849, les responsables de l'affaire du 13 juin seront déférés à la Haute Cour de justice de Versailles du 12 octobre au 15 novembre de la même année. Tous les signataires de la proclamation du Conservatoire des Arts et Métiers sont poursuivis, mais beaucoup sont en fuite, dont les principaux responsables et les députés les plus en vue. De ce fait, sur 67 accusés, 31 seulement sont présents. Les 36 contumaces sont condamnés à la déportation[réf. nécessaire], ainsi que 17 accusés présents, ces derniers étant tous des personnalités de second plan. Trois autres sont condamnés à des peines de prison, et 11 sont acquittés[2].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Emile Tersen, Histoire contemporaine, 1848-1939, Paris, Delagrave, 1946, p. 38
  2. Annuaire de l'Economie politique et de statistique pour 1852 par Joseph Garnier et Guillaumin, Paris, Guillaumin et Cie, p. 110

Sources[modifier | modifier le code]

  • Attentat du 13 juin 1849, Réquisitoire du procureur de la République [Haute Cour de justice de Versailles], cité par Histoire de la chute du roi Louis-Philippe, de la République de 1848, etc. p. 93 et suivantes.
  • Annuaire historique universel ou histoire politique pour 1849 rédigé par A. Fouquier, Paris, Thoisnier Desplaces, 1849, p. 110.
  • Granier de Cassagnac (Adolphe), Histoire de la chute du roi Louis-Philippe, de la république de 1848 et du rétablissement de l'Empire (1847-1855), Paris, Henri Plon, 1857, t. II, p. 93 et suivantes.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Raoul de Félice , "La journée du 13 juin 1849 à Paris. Ses origines, son épilogue devant la Haute Cour, La Révolution de 1848", dans Bulletin de la Société d'histoire de la Révolution de 1848, 1909-1910, tome VI, p. 133-157, 242-252, 314-325.
  • Émile Tersen, Histoire contemporaine, 1848-1939, Paris, Delagrave, 1946.
  • Émile Tersen, Quarante-huit, Livre club Diderot, Paris, 1975.
  • Maurice Agulhon, 1848 ou l'apprentissage de la république, 1848-1852, Paris, Ed. du Seuil, 1973.

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • [1] Jugement porté par Karl Marx sur la journée du 13 juin 1849
  • [2] Mémoires de Sébastien Commissaire (témoignage détaillé d'un des députés ayant participé à l'affaire), IIIe partie, chapitre II, Mon arrivée à Paris. Le 13 juin 1849.