Joseph Rossé

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Joseph Rossé
Image illustrative de l'article Joseph Rossé
Fonctions
Député 1928
puis 1932-1940
Gouvernement Troisième République
Groupe politique RDC (1932-1936)
IAP (1936-1940)
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Montreux-Vieux
Date de décès (à 59 ans)
Lieu de décès Villeneuve-sur-Lot
Résidence Haut-Rhin

Joseph Rossé est un homme politique alsacien, né le à Montreux-Vieux, dans le Haut-Rhin, et décédé le au Centre de détention d'Eysses (Villeneuve-sur-Lot, Lot-et-Garonne).

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille de l'espace francophone du Reichland, il est parfaitement trilinge en Français, Alsacien, et Allemand. Professeur à l'école primaire supérieure de Colmar, il est toutefois solidaire de ses autres collègues Alsaciens, lesquels sont victimes de discrimination professionnelle et salariales par rapport aux professeurs venus de "vieille France". Il s'engage alors comme syndicaliste, ou le fait d'être francophone lui donne un incontestable avantage pour venir militer auprès des autorités françaises. Il glisse progressivement et naturellement dans la cause régionaliste, et est révoqué de ses fonctions après avoir signé le « manifeste du Heimatsbund »[1] en faveur de l'autonomie de l'Alsace-Moselle et de la préservation des particularités régionales. Il rejoint alors la rédaction de l'Elsässer Kurier (le « Courrier alsacien »), le journal représentant cette tendance politique.

Procès des autonomistes alsaciens (1928).

Il milite également à l'Union populaire républicaine, le grand parti démocrate-chrétien alsacien de l'Entre-deux-guerres. En 1928, le gouvernement français mène un dur combat contre les visées des autonomistes alsaciens. De nombreux militants de l'UPR sont alors accusés d'avoir conspiré contre le gouvernement légal, et inculpés. Joseph Rossé, qui vient d'être élu député, est déchu de son mandat, condamné à un an de prison et à cinq ans d'interdiction de séjour pour complot contre la sûreté de l'État, condamnation partagée avec son camarade de l'UPR Eugène Ricklin.

Amnistié en 1931, il est réélu en 1932 et participe à la création du groupe parlementaire des Républicains du centre, puis, en 1936, après une nouvelle réélection, du groupe des Indépendants d'action populaire.

Tombe de Joseph Rossé.

Farouchement pacifiste et anticommuniste, il approuve les accords de Munich.

Soupçonné, en 1939, d'être un agent de la propagande hitlérienne en France, il est à nouveau arrêté et accusé avec l'ensemble des responsables autonomistes d'atteinte à la sûreté extérieure de la France, dans ce qui'on appellera le procès de Nancy, d'ou le nom avec les autres mis en cause, de Nanziger. Il est successivement transféré dans plusieurs maisons d'arrêt, en pleine débâcle. Les nazis l'en libèrent après la signature de l'armistice, et il est immédiatement enrôlé avec tous les Nanziger par la propagande nazie de Robert Heitz.

C'est dans ce contexte qu'à la fin de juillet 1940 il est amené à proclamer devant des milliers de Mulhousiens : « L’Alsace est maintenant à la place qui a toujours été la sienne »[2]. Il reçoit par la suite le fructueux séquestre des Compagnies d'assurances françaises, mais recommence très vite à faire campagne pour une Alsace autonome[3].

Gérant de la maison d'édition ALSATIA, il réussi ainsi à détourner une partie des crédits alloués par les autorités Allemandes afin de publier clandestinement plus de 405 ouvrages catholiques et antinazis. Il a à cette occasion des contacts avec la Résistance Allemande, notamment le Colonel von Stauffenberg. Avec eux est difficilement négocié en contrepartie de sa participation le principe d'une autodétermination de l'Alsace-Moselle en cas de succès du coup d'état contre Hitler. Après le Débarquement, il pense en effet pouvoir également discuter avec les Américains au nom de l’Alsace et obtenir son indépendance sous leur protectorat : il compte les intéresser aux mines de potasse. « Mais en aucun cas les Alsaciens ne négocieront avec les Français, ils ne veulent plus rien savoir d’eux »[4].

Après l'échec du coup d'état contre Hitler, et la répression sanglante qui s'en suit, il se sait surveillé et doit se dissimuler pour échapper à la Gestapo. Au retour des Français il se cache d’abord puis est laissé en liberté surveillée ; sans doute compte-t-il sur ses amitiés puisque l'on peut lire dans France-Soir : « Rossé n’a trahi ni l’Alsace, ni la France »[5]. Dans le contexte enflammé de l'épuration, la presse ultrapatriotique se déchaîne et appelle à la plus ferme répression contre l'intéressé, dans la suite du procès interrompu de Nancy.

Son apparente collaboration avec les autorités nazies pendant la période de l'annexion lui vaut d'être une fois de plus arrêté en février 1945 et jugé en 1947, comme collaborateur.

On lui reproche des entretiens téléphoniques espionnés avant guerre qui l'auraient montré de mèche avec l'Allemagne nazie. Le principal témoin s'étant cependant déclaré incapable de certifier dans le détail les entretiens téléphoniques, et Robert Heitz, convoqué comme témoin à charge, ayant en fait parlé à sa décharge, il est déclaré non coupable des faits d'intelligence avec l'Allemagne avant guerre, clôturant son rôle dans le procès des Nanziger. Reconnu toutefois coupable du reste des charges, avec les circonstances atténuantes, il est condamné à 15 ans de travaux forcés[6] et meurt d'épuisement en 1951 en prison, dans le Sud-Ouest de la France.[7]

Citation[modifier | modifier le code]

« La lutte seule est vie. Qui abandonne la lutte s'avoue faible et vieux. Il est mort, même s'il vit encore physiquement. Qui ne travaille que pour l'argent mène une activité sans joie. »

Sources[modifier | modifier le code]

  • « Joseph Rossé », dans le Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), sous la direction de Jean Jolly, PUF, 1960 [détail de l’édition]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Unsri Heimet  » Manifeste du Heimatbund (1926)Do sin m'r d'heim », sur blog.unsri-heimet.eu (consulté le 23 novembre 2016)
  2. Un document du CRDP de Strasbourg sur la résistance et la collaboration en Alsace
  3. Robert Heitz, Souvenirs de Jadis et Naguère, 1963, p. 161.
  4. Marie-Joseph Bopp, Ma ville à l’heure nazie, Editions de la Nuée-Bleue, 2004, p. 375
  5. Bopp, op. cit. p.450
  6. « que, entre parenthèses, il n'avait certainement pas volés » ajoute Robert Heitz, op. cit. p. 162.
  7. Michel Krempper, Aux sources de l'autonomisme Alsacien Mosellan 1871-1945, Yoran, , 386 p. (ISBN 978-2-36747-020-7), p. 343-344

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christian Baechler, « Joseph Rossé », in Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 32, p. 3292
  • Michel Krempper, « Joseph Rossé 1892-1951, Alsacien interdit de mémoire », éditions Yoran, 2016, 440 pages

Liens externes[modifier | modifier le code]