Joseph Pothier

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Dom Joseph Pothier
Image illustrative de l’article Joseph Pothier
abbé mitré et crossé de Saint-Wandrille
Biographie
Naissance [1]
Bouzemont (France)[eg41 1]
Ordre religieux Ordre de Saint Benoît (O.S.B.)
Ordination sacerdotale par Mgr Louis-Marie Caverot (évêque de Saint-Dié)[2]
Décès [3]
Monastère de Conques, Sainte-Cécile, Florenville (Belgique)[eg41 1]
Abbé de l'Église catholique
Bénédiction abbatiale par le cardinal Sourrieu (archevêque de Rouen, primat de Normandie, délégué du Saint-Siège)[2]
Abbé mitré de l'abbaye de Saint-Wandrille
Autres fonctions
Fonction religieuse

Ornements extérieurs Abbés simple.svg
Blason fr Dom Joseph Pothier.svg
« Ad te levavi animam meam »[4] (Ps 25 (24),1)
« Vers Toi j'élève mon âme »[2]

Dom Joseph Pothier (1835-1923), O.S.B., était un prélat régulier et liturgiste français, restaurateur du chant grégorien[5].

Vie religieuse[modifier | modifier le code]

Ordonné prêtre du diocèse de Saint-Dié (1858), il rejoint immédiatement l'abbaye bénédictine Saint Pierre à Solesmes, où il devient professeur de chant sacré pour les novices et le reste de la communauté[2] et est nommé sous-prieur (1862-1863 et 1866-1893)[6].

Il est par la suite demandé et obtenu comme prieur claustral de l'abbaye Saint Martin à Ligugé (1893-1894)[7] avant d’être stabilisé comme prieur libre (1895) puis supérieur abbatial (1895-1898)[2] de l'antique abbaye normande Saint Wandrille de Fontenelle, que la communauté de Ligugé entreprend de relever[eg41 1].

Léon XIII ayant restauré en sa faveur le titre abbatial du monastère, Dom Pothier est ensuite installé comme abbé le [2] ; il est le premier abbé de Saint-Wandrille depuis la fermeture de l'abbaye au début de la Révolution française et son premier abbé régulier depuis le XVIe siècle[8].

Exilé en Belgique avec sa communauté dès 1901 à la suite de la loi de Waldeck Rousseau sur les associations et contre les congrégations religieuses[9], Dom Pothier est nommé par le pape Pie X, en 1904[10], président de la Commission pontificale pour l'édition vaticane des livres liturgiques grégoriens[2].

C'est sous son abbatiat que l'abbaye de Saint-Wandrille fonda au Québec (Canada) le monastère de Saint-Benoît-du-Lac[11], qui devint par la suite une abbaye au sein de la Congrégation de Solesmes[2].

Restauration du chant grégorien[modifier | modifier le code]

Musicologue, disciple et collaborateur de Dom Prosper Guéranger (alors abbé de l’abbaye de Solesmes), le Révérendissime Dom Joseph Pothier a effectué pendant plus de vingt ans d'intenses recherches[12] sur les neumes dans les manuscrits des différentes bibliothèques de France et de l'étranger (Alsace, Suisse, Allemagne, Rome)[2] et fut l'un des principaux acteurs[13] ayant contribué à la renaissance et à la restauration du chant grégorien[14].

Philologue, auteur d'une multitude d'études paléographiques[15], articles et essais sur le chant sacré (Les Mélodies grégoriennes d'après la tradition, 1880) et compositeur de nombreuses œuvres en style grégorien (Officium Defunctorum, 1887), Dom Pothier fut invité à former un nombre important d'ecclésiastiques diocésains et de communautés religieuses de toutes les congrégations[16],[17].

De renommée internationale, conférencier reconnu et autorité en la matière[18], il a également dirigé la publication de plusieurs éditions du chant liturgique (Recueil d'hymnes, Office de Noël, Antifonario, Cantus mariales)[19] et fut le principal collaborateur de la Revue du chant grégorien (1892-1914).

Son Liber gradualis servit de base au Graduel Vatican (Édition Vaticane) qui parut, sous sa direction, en 1908[2].

Du fait de sa mission pour la Curie romaine, Dom Pothier résida à Rome de 1904 à 1913 et la commission pontificale qu'il présidait cessa une fois son travail achevé (elle prendra formellement et définitivement fin par le motu proprio daté du [20]).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éloges pontificaux[modifier | modifier le code]

Traductions des écrits en latin[modifier | modifier le code]

Sources : Xavier Maillard, Dom Joseph Pothier, abbé bénédictin de Saint-Wandrille, Restaurateur du Chant grégorien[2].

« Le travail que vous avez publié sur la musique, en raison (...) de ses propres mérites" - "Nous savons en effet, Cher Fils, avec quelle intelligence vous vous êtes appliqué à interpréter et à expliquer les antiques monuments de la musique sacrée, et comment vous avez mis tout votre zèle à montrer à ceux qui cultivent cet art la nature même et la forme exacte de ces anciens chants, tels qu'ils ont été autrefois composés" - "Nous pensons, Cher Fils, qu'il faut en cela louer non seulement vos efforts à poursuivre une œuvre pleine de difficultés et de labeur, qui vous a demandé plusieurs années d'un travail assidu, mais aussi l'amour dont vous vous êtes montré particulièrement animé envers l'Église romaine qui a jugé digne de tenir toujours en grand honneur ce genre de mélodies sacrées que recommande le nom de saint Grégoire le Grand. C'est pourquoi Nous désirons vivement que Nos lettres vous soient un témoignage de Notre recommandation pour les remarquables études que vous avez consacrées à l'histoire, à la discipline, à la beauté du chant sacré. Nous tenons d'autant plus à vous donner ce témoignage que, surmontant les adversités de ces jours mauvais, vous luttez bravement pour le service et l'honneur de la religion et de l'Église. »

— (Léon XIII, 1884)

« un homme qui est en premier lieu un érudit dans la liturgie [homme versé entre tous dans la science de la liturgie] et à juste titre célèbre dans la discipline du chant grégorien »

— (Pie X, 1904)

« A notre cher fils Dom Joseph Pothier, Abbé de Saint-Wandrille, de l'Ordre de Saint-Benoît, dont les grands mérites au service de l'Église sont bien connus de Nous, Nous accordons notre plus aimante Bénédiction apostolique »

— (Pie X, 1908)

« religieux plein d'égards, Abbé de Saint-Wandrille de Fontenelle, auquel mieux que personne la cause du chant grégorien sacré est grandement redevable »

— (Pie X, 1908)

« Tous les érudits savent combien vous avez excellemment mérité de la sainte Liturgie par vos nombreuses et doctes publications. Elles ont hautement illustré votre nom dans l'univers. Vous vous êtes en effet appliqué à de longues, intelligentes et minutieuses recherches, dans les bibliothèques de l'Europe, sur les anciens monuments de la musique sacrée. Vous vouliez, avec vos collaborateurs, non seulement ramener les mélodies grégoriennes, comme on les appelle, à leur primitive pureté, mais encore les faire exécuter par le peuple avec goût et piété. Tous ces services que vous avez rendus à l'Église Nous engagent à vous offrir Nos félicitations (...) durant de si longues années, grandement contribuer au développement de la piété chrétienne, par la suavité des chants sacrés - Nous vous accordons de tout cœur à vous, cher Fils, et à tous les vôtres, la bénédiction apostolique »

— (Benoît XV, 1920)

« vénéré et si méritant Restaurateur des Mélodies Grégoriennes (et) digne serviteur de la Sainte Église »

— (Pie XI, 1923)

Biographies publiées[modifier | modifier le code]

  • Lucien David, Dom Joseph Pothier, abbé de Saint-Wandrille, et la restauration grégorienne, Abbaye Saint-Wandrille, 1943, 38 p[eg32 1].
  • Lucien David (posthume), revue L'abbaye Saint-Wandrille de Fontnelle, tome 32-6, 1983 (-7)[eg32 2]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Dom Joseph Pothier, né à Bouzemont le 7 décembre 1835, bénédictin de Solesmes, est considéré comme le restaurateur du chant grégorien", Annales de l'Est (éditions Berger-Levrault, 1938)
  2. a b c d e f g h i j k l m et n Xavier Maillard, Dom Joseph Pothier, abbé bénédictin de Saint-Wandrille, Restaurateur du Chant grégorien, France, 1999-2009 (lire en ligne)
  3. "POTHIER (Dom Joseph), bénédictin, musicographe et restaurateur du chant grégorien (Bouzemont, près de Dompaire, 7 décembre 1835 - Conques, Belgique, 8 décembre 1923)", Les Vosgiens célèbres - dictionnaire biographique illustré (éditions G. Louis, 1990)
  4. Armorial des prélats français du XIXe siècle, Aymard de Saint-Saud (éditions H. Daragon, 1906)
  5. "dom Joseph Pothier - Moine bénédictin français, restaurateur du chant grégorien (Bouzemont, Vosges, 1835 – Conques, Belgique, 1923)", « Dictionnaire de la musique » (éditions Larousse, 2022)
  6. "POTHIER (Joseph), né le 7 décembre 1835 à Bouzemont (Vosges) ; prêtre du diocèse de Saint-Dié le 18 décembre 1858. Profès de Solesmes le 1er novembre 1860 ; profès solennel le novembre 1863. Restaurateur du chant grégorien. Sous-prieur de Solesmes en 1862-1863, puis de 1866 à avril 1893. Stabilisé alors à Ligugé comme prieur claustral. Nommé prieur de Saint-Wandrille le 26 décembre 1894 ; installé le 8 février 1895. Nommé Abbé de Saint-Wandrille le 24 juillet 1898 ; béni le 29 septembre. Obtient un coadjuteur en avril 1920. Mort à Conques (Namur), en exil, le 8 décembre 1923 ; inhumé à Clervaux, son corps en a été ramené à Saint-Wandrille le 27 juillet 1962 pour y être déposé dans le caveau des Abbés sous le cloître de l'abbaye", Jean Mabillon, Revue Mabillon (éditions C. Poussielgue, 1980)
  7. "L'illustre restaurateur du chant grégorien, Dom Joseph Pothier, était Sous-Prieur lorsque mourut Dom Couturier ; son successeur le maintint en charge. Mais, à la fin de mars, l'Abbé de Ligugé et un groupe de ses moines demandèrent, par pétition écrite, de l'obtenir comme Prieur", Augustin Savaton, Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes (éditions de l'Abbaye de Solesmes, 1975)
  8. "Dom Pothier, premier abbé du monastère de Saint-Wandrille, depuis sa restauration par les Bénédictins de la Congrégation de France", Revue bénédictine (éditions de l'Abbaye de Maredsous, 1898)
  9. "L'histoire de leur abbaye étant désormais écrite, les moines de Saint-Wandrille se sont dès lors attachés à la biographie d'un de leurs plus illustres abbés, dom Joseph Pothier, restaurateur du chant grégorien, mort le 8 décembre 1923, alors que sa communauté préparait son retour en France", Revue d'histoire de l'Église de France (Société d'histoire ecclésiastique de la France, 1987)
  10. "Il lui fallut attendre 1904 pour s'imposer, lorsqu'il fut nommé à la tête d'une commission chargée par Pie X de réaliser une édition vaticane du chant grégorien et qu'il présidera jusqu'en 1913. Son travail fut capital pour la restauration du chant grégorien. Il donna, le premier, une transcription mélodique exacte des neumes et précisa l'accentuation de la phrase en fonction du mot latin", « Dictionnaire de la musique » (éditions Larousse, 2022)
  11. "Les quelques moines de Ligugé qui s'installèrent dans l'antique abbaye de Saint-Wandrille y apportaient la riche tradition du monastère de saint Martin quatorze fois séculaire et de la Congrégation de Solesmes profondément parquée par l'esprit de Dom Prosper Guéranger, son fondateur. Ils y vivaient sous l'autorité de Dom Joseph Pothier, universellement connu comme grégorianiste. Installé prieur le 8 février 1895, un après la reprise du monastère par les moines, Dom Pothier en deviendra l'abbé quatre ans plus tard et c'est à lui, sans aucun doute, que l'abbaye de Fontenelle est redevable de sa solide formation première. En tant qu'abbé de Saint-Wandrille, il faut le voir comme le père de la fondation de Saint-Benoît-du-Lac. Né en 1835 dans les Vosges, Dom Pothier était à peine entré au noviciat de Solesmes en 1859 que Dom Guéranger lui confiait d'initier les jeunes au chant liturgique. Ses études des manuscrits du chant grégorien eurent un retentissement dans toute l'Eglise et mirent en branle un mouvement de renouveau du chant sacré qui recevré l'appui résolu de Pie X au début du XXe siècle.", Claude Bergeron, Geoffrey Simmins, Jean Rochon (dom.), L'Abbaye de Saint-Benoît-du-Lac et ses bâtisseurs (Presses de l'Université Laval, 1997)
  12. "A dom Pothier (1835-1923), moine de Solesmes, revient le mérite d'avoir remis au jour les mélodies grégoriennes primitives ; ses recherches menées dans plusieurs pays préparèrent la publication de ses Mélodies grégoriennes et, en 1883, de son Liber Gradualis", Nouvelle revue théologique (Casterman, 1987)
  13. "Dom Pothier continua ses recherches et son livre sur Les Mélodies Grégoriennes paru en 1880, lui valut, très justement, ainsi que le Liber Gradualis, le titre de restaurateur du chant grégorien", Joseph Gajard, Études grégoriennes (éditions de l'Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, 1962) ; Pierre Combes, Histoire de la restauration du chant grégorien d'après des documents inédits, Solesmes et l'Édition Vaticane (éditions de l'Abbaye de Solesmes, 1969)
  14. "A ce double point de vue Dom Pothier doit être regardé comme le VRAI RESTAURATEUR DU CHANT GRÉGORIEN", Félix Velluz, Étude bibliographique sur les mélodies grégoriennes de Dom Joseph Pothier (éditions des Alpes Dauphinoises, 1881)
  15. "dom Joseph Pothier, restaurateur du chant grégorien", Gregorianum Pontificia (Università gregoriana, 1988)
  16. Dom Lucien David, Dom Joseph Pothier : Abbé de Saint Wandrille et la restauration grégorienne (L'Abbaye Saint Wandrille, 1985-1986)
  17. Dom Joseph Pothier, abbé de Saint-Wandrille, restaurateur du chant grégorien (1835-1923) (Précis analytique des Travaux de l'Académie des Sciences de Rouen, 1942-44)
  18. "Le restaurateur du chant grégorien, dom Pothier, ce savant modeste, dont s'inspirent désormais toutes les éditions et toutes les méthodes de plain-chant, aussi bien en France qu'à l'Etranger", Mémoires de l'Académie des sciences, des lettres et des arts d'Amiens (Académie des sciences, des lettres et des arts d'Amiens, 1902)
  19. "La première partie de ses recherches, les Mélodies grégoriennes d'après la tradition, suivie du Liber gradualis (1883), des Processionale monasticum et Variae preces (1888), Liber antiphonarius (1891), Liber responsorialis (1895) et Cantus mariales (1903), « Dictionnaire de la musique » (éditions Larousse, 2022)
  20. Pierre Combe, Histoire de la restauration du chant grégorien d'après des documents inédits, Solesmes et l'Édition Vaticane, Solesmes, France, , p. 461
  1. a b et c p.  125
  1. p. 161, note no 5 ; cette publication de Dom Lucien David fut effectuée, à la suite d'un discours de réception à l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen exécuté le 30 octobre 1942.
  2. p. 161, note no 5 ; Dom David préparait encore une biographie plus complète de Dom Pothier ; ce manuscrit inédit et non achevé fut finalement publié par Dom Joseph Thiron en 1983.

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • Xavier Maillard, Dom Joseph Pothier, abbé bénédictin de Saint-Wandrille, Restaurateur du Chant grégorien (1999-2009), complété par la biographie « Dom Joseph Pothier, Abbé de Saint-Wandrille, et la restauration du chant grégorien » de Dom Lucien David, O.S.B. (L'Abbaye Saint Wandrille, 1985-1986).
  • Jean-Pierre Noiseux, Les manuscrits de chant en communication à Solesmes (1866-1869) d'après des documents d'archives de l'abbaye de Saint-Wandrille ; Dom Joseph Pothier et Hildegarde de Bingen
  • Études grégoriennes, tome XXXII, Abbaye Saint-Pierre, Solesmes, 2004 (ISBN 978-2-85274-257-4) 202 p. ; Études grégoriennes, tome XLI, Abbaye Saint-Pierre, Solesmes 2014 (ISBN 978-2-85274-248-2) 225 p.