Joseph Ingraham

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Joseph Ingraham
Joseph Ingraham 1762-1800 profile.jpg
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Joseph Ingraham est un navigateur explorateur et commerçant américain, né en 1762 à Boston, dans l’État du Massachusetts, et disparu en mer en 1800 dans l'océan Atlantique Nord.

À la suite de l'explorateur James Cook, qui avait réalisé de gros profits en vendant des fourrures achetées le long de la côte nord-ouest du continent américain pour les revendre en Chine, de nombreux navigateurs-explorateurs-marchands de la toute jeune fédération des États-Unis d'Amérique se lancèrent quelques années plus tard dans l'aventure. Joseph Ingraham était l'un d'eux.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Né à Boston en 1762, Ingraham participe à la guerre d'indépendance américaine, dans la marine. Il y sert entre autres sous le commandement du capitaine John Kendrick. Il est capturé par le Royaume-Uni, et passe une partie de la guerre sur le navire prison Old Jersey[1].

Premier voyage : 1787-1790[modifier | modifier le code]

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Itinéraires de l'expédition : premier en rouge, second en bleu. 1. Boston, 2. Îles du Cap-Vert, 3. Îles Malouines, 4. Archipel Juan Fernández, 5. Îles Marquises, 6. Hawaï, 7. îles de la Reine-Charlotte, île de Vancouver, 8. Macao

En 1787, Kendrick lui propose de l'accompagner dans l'océan Pacifique nord, pour faire le commerce de fourrures entre le nord-ouest de l'Amérique et la Chine[2]. Ingraham embarque sur le Columbia Rediviva, un navire de 25 mètres et 212 tonneaux. Un autre bateau fait partie de l'expédition, le Lady Washington, un sloop de 18 mètres et 90 tonneaux, commandé par le capitaine Robert Gray.

Les deux navires appareillent de Boston le 1er octobre 1787, et doublent le cap Horn en mars. Entre temps, aux îles du Cap-Vert, Ingraham devient le second du Columbia.

Le 23 septembre, il arrive dans la baie de Nootka, dans l'île de Vancouver. La saison étant déjà avancée, Kendrick décide d'y hiverner. Cela lui permet d'établir des relations avec le peuple amérindien vivant là, les Nootkas, et d'acheter des fourrures, surtout de loutres de mer.

Début juillet, Kendrick prend la décision de changer son bateau : Robert Gray devient ainsi le capitaine du Columbia, et toutes les fourrures récoltées sont stockées dans ce navire, plus gros, pour qu'il aille les vendre en Chine.

Ingraham étant resté sur le Columbia, il entame la traversée du Pacifique le 31 juillet 1789. Ils font escale à Hawaï, où ils embarquent deux Polynésiens, dont l'un, Kalehua (également nommé Opie), est pris en charge par Joseph Ingraham.

Ils arrivent à Macao en novembre 1789, mais Gray préfère aller vendre les fourrures à Canton. Ingraham y fait la connaissance de Thomas Perkins, un autre négociant de Boston, qui s'apprête à retourner aux États-Unis. La vente se déroule lentement, et à un prix bien moins élevé qu'escompté. La Columbia charge ensuite du thé et de la porcelaine, puis reprend la mer le 12 février 1790. Elle passe par le détroit de la Sonde, le cap de Bonne-Espérance, et atteint finalement Boston le 9 août 1790, près de trois ans après son départ.

Ils y reçoivent un accueil enthousiaste de la population, car c'est le premier navire américain à effectuer une circumnavigation. Les commanditaires de l'expédition furent quant à eux beaucoup moins ravis, au vu du faible profit réalisé.

Second voyage : 1790-1793[modifier | modifier le code]

À Boston, Joseph Ingraham retrouve Thomas Perkins[2], qui lui propose de repartir aussitôt pour le Pacifique et de continuer le commerce des peaux de loutres de mer[3]. Mais cette fois, en tant que commandant du Hope (« l'Espoir »), une brigantine de 70 tonneaux[4].

Le 17 septembre 1790, il quitte Boston, avec un équipage de quinze hommes seulement, y compris Kalehua, toujours présent auprès d'Ingraham. Comme lors de son premier voyage, il fait étape aux îles du Cap vert et aux Malouines, et franchit le cap Horn le 26 janvier 1791[5]. Il prend un cap nord-ouest, passe les îles Desventuradas et se dirige vers Hawaï, où il a promis de ramener le Polynésien.

Gravure représentant le comptoir de Friendly Cove dans la baie de Nootka en 1791.
Friendly Cove, comptoir de la baie Nootka, en 1791.

Le 15 avril 1791, il arrive dans l'archipel des Marquises, seulement visitées auparavant par l'Espagnol Álvaro de Mendaña en 1595, et l'Anglais James Cook en 1774. Il écrit avoir aperçu deux îles ce jour-là, sans doute Fatuiva et Moho Tani (ou peut-être était-ce l'îlot Motu Nao).

Le lendemain, il navigue entre Tahuata et Hiva Oa, qu'il connaît sous les noms donnés à l'époque par Mendaña, respectivement Santa Cristina et Dominica[5]. Il reste ancré deux jours à Tahuata, dans la baie de Vaitahu, puis repart vers le nord.

Le 19 avril, vers neuf degrés de latitude Sud[6], il est le premier occidental à découvrir les îles du groupe nord des Marquises[3] : Ua Pou, Ua Huka, Nuku Hiva, Eiao et Hatutu. Il leur donne des noms tirés de la récente histoire des États-Unis, les nommant respectivement Adams, Washington, Federal (en l'honneur des états fédérés de l'Union), Henry Knox, et Hancock[4].

Il nomme également une autre île Franklin, probablement la côte nord de Nuku Hiva qu'il aurait pris à tort pour une nouvelle terre[7].

Ingraham quitte les Marquises le 21 avril, et arrive à Hawaï le 20 mai. Il y rencontre Kamehameha Ier, futur roi unificateur de l'archipel, et y dépose Kalehua. Il met ensuite le cap vers le nord-est, pour rejoindre les lieux d'échange de fourrures[3]. Le Hope nécessitant des réparations, il s'ancre dans une crique du détroit de Gowgaia, qu'il nomme détroit de Magee, d'après l'un des commanditaires de son expédition. La crique où il se trouve est appelée Port Perkins, en l'honneur de son commanditaire principal.

Il repart le 7 juillet, et commence à commercer avec les Amérindiens Haïdas des îles de la Reine-Charlotte et de l'île de Vancouver[6]. Il a l'idée de fabriquer des colliers en fer, qu'il échange à son avantage contre des peaux de loutre de mer. Deux mois durant, il cabote ainsi le long de ce qui deviendra la côte ouest des États-Unis et du Canada. Il y croise d'autres navires se livrant au même commerce.

Photographie d'une loutre de mer.
La loutre de mer et sa fourrure, objet des expéditions d'Ingraham.

Le 2 septembre, il part pour la Chine, via Hawaï. Il atteint Macao le 22 novembre. Malheureusement pour lui et pour les autres commerçants occidentaux, à la suite d'un accord avec la tsarine Catherine II, l'empereur de Chine Qianlong a ordonné que l'importation de fourrures soit exclusivement réservée aux Russes. Ingraham tombe malade à Macao, mais heureusement, l'équipage du navire français le Solide, du capitaine Étienne Marchand, venu lui aussi faire le commerce des fourrures, comprend un chirurgien, Claude Roblet, qui le soigne. Avec difficultés, il finit par vendre ses peaux de loutres de mer à Canton, et reprend finalement la mer le 26 avril 1792.

Il retourne sur la côte nord-ouest des Amériques, mais cette fois la récolte n'est pas satisfaisante. Il croise George Vancouver, venu pour des pourparlers avec les Espagnols, qui convoitent aussi cette région. Le 26 septembre 1792, il rencontre le Columbia, toujours commandé par Robert Gray, dans la baie de Neah, proche du Cap Flattery dans l'actuel État de Washington[8]. Gray s'y trouve pour vendre aux Espagnols son petit sloop, l'Adventure, commandé par Robert Haswell, qui avait eu Ingraham sous ses ordres précédemment. Le lendemain, le Hope accompagne le navire espagnol La Princesa à la baie de Nootka, pour y déposer le nouvel administrateur espagnol de cet avant-poste[8]. Il croise également James Magee, un de ses commanditaires, capitaine du Margaret, un sister-ship du Hope. Ensemble, ils commercent encore un peu, mais décident finalement de retourner à Macao pour vendre leur nouvelle cargaison, via Hawaï et Taïwan[6]. Puis Joseph Ingraham rentre à Boston, qu'il atteint en juillet 1793. Cette expédition se révèle être un échec commercial, mais Ingraham laisse des descriptions des peuples qu'il a rencontré, ainsi que de la flore et la faune locale et de nombreuses illustrations [9].

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Par la suite, il ne retournera plus faire le commerce de la fourrure dans le Pacifique nord, mais continuera à naviguer. Il participera à la quasi-guerre entre la France et les États-Unis en tant qu'officier de la Navy[10]. La dernière mention faite de lui sur les registres du département de la Marine des États-Unis date du 14 juin 1799[10]. Il est alors lieutenant. Le 20 août 1800, il embarque sur le USS Pickering au départ de New Castle, dans le Delaware. Mais à l'automne, le navire disparaît en mer[2].

Postérité[modifier | modifier le code]

Ingraham Bay (la baie Ingraham) et Ingraham Point (le cap Ingraham) furent nommés en son honneur en Alaska[11],[12].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « American Prisoners of the Revolution: Names of 8000 Men Aboard the Old Jersey Prison ship », sur http://www.usmm.org/ (consulté le 10 mars 2014)
  2. a, b et c Corning 1989
  3. a, b et c Hittell 1885
  4. a et b « Documents de Joseph Ingraham, 1790-1792: Journal du voyage de la brigantine "Hope" de Boston à la côte nord-ouest de l'Amérique », sur World Digital Library, 1790-1800 (consulté le 8 juin 2013)
  5. a et b Belknap 1793
  6. a, b et c Boggs 1938
  7. Julien, Orliac et Orliac 1996
  8. a et b Howay 1941
  9. (en) « A Canoe of Nootka Sound », Library of Congress (consulté le 14 mars 2014)
  10. a et b (en) « US Navy Officers: 1798-1900 -- "I" », Officers of the Continental and U.S. Navy and Marine Corps, 1775-1900, Naval Historical Center (consulté le 14 mars 2014)
  11. « Ingraham Bay »
  12. « Ingraham Point »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : source utilisée pour la rédaction de l’article

  • Document utilisé pour la rédaction de l’article (en) Howard McKinley Corning, Dictionary of Oregon History, Portland, Binfords & Mort Publishing, , 2e éd. (1re éd. 1956), 281 p. (ISBN 978-0832304491), p. 124
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article (en) Theodore Henry Hittell, History of California, vol. 3 & 4, Occidental publishing co,
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article (en) Jeremy Belknap, Account of the Discovery of Seven Islands in the South Pacifick Ocean, by Capt. Joseph Ingraham : Excerpts from the Collections of the Massachusetts Historical Society For the Year 1793 [« Rapport de la découverte de sept îles dans l'océan Pacifique Sud, par le capitaine Joseph Ingraham »], vol. 2, Boston, Cape Cod History, coll. « Massachusetts Historical Society », (lire en ligne)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article (en) S. Whittemore Boggs, American Contributions to Geographical Knowledge of the Central Pacific, vol. 28, t. 2, Geographical Review, (DOI 10.2307/210470), p. 177-192
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Michel Julien, Catherine Orliac et Michel Orliac, Mémoire de pierre, mémoire d'homme, Publications de la Sorbonne, , 281 p. (ISBN 9782859442989, lire en ligne), p. 273
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article (en) Frederic W. Howay, Voyages of the Columbia to the Northwest Coast, Boston, The Massachusetts Historical Society, , p. 355
  • (en) Joseph Ingraham's journal of the brigantine Hope on a voyage to the northwest coast of North America, 1790-92
  • (en) « Site sur les explorations du Pacifique au [[XVIIIe siècle|XVIIIe siècle]] »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) (consulté le 9 juin 2013)
  • Journal du chirurgien Roblet