Joseph Fiévée

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Joseph Fiévée
Joseph Fiévée.jpg

Joseph Fiévée sur une toile du XIXe siècle.

Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 72 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Activités
Autres informations
Distinction
Père-Lachaise - Division 49 - Fievée 01.jpg

Vue de la sépulture.

Joseph Fiévée, né le à Paris et mort le à Paris, est un journaliste, écrivain, haut fonctionnaire et agent secret français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un restaurateur parisien et beau-frère de Charles Frédéric Perlet, il devient imprimeur sous la Révolution, éditant notamment La Chronique de Paris, important journal de l'époque où il fait ses débuts comme journaliste.

Cela lui vaut d'être emprisonné sous la Terreur. Membre du réseau royaliste de l'abbé de Montesquiou, il doit se cacher sous le Directoire. Il rédige dans la clandestinité un roman sur les valeurs de l'époque et ses remous, La Dot de Suzette, qui rencontre un grand succès littéraire en 1798. Il s'adonne ensuite à la politique et se jette en 1795 dans une opposition périlleuse.

De 1800 à 1803, il est chroniqueur à la Gazette de France. Écroué au Temple sur ordre de Fouché et libéré sur intervention de Roederer à la demande de Bonaparte, il devient l'agent secret de ce dernier, l'informant sur la situation politique du pays et sur celle de l'Angleterre. De 1804 à 1807, il est rédacteur en chef au Journal des débats, qui devient Journal de l'Empire. Titré baron par l'empereur, il est nommé maître des requêtes au Conseil d'État en 1810, puis préfet de la Nièvre de 1813 à 1815. Il est fait chevalier de la Légion d'honneur en 1812.

Rallié à Louis XVIII pendant la Première Restauration, il est révoqué pendant les Cent-Jours.

Devenu un des penseurs du parti ultra, collaborateur de La Quotidienne et du Conservateur, il écrit dans le Journal des débats et contribue par l'habileté de sa polémique au succès de cette feuille.

Il évolue vers le libéralisme après 1818. Défendant la liberté de la presse, il est condamné à trois mois de prison à la Conciergerie, où Casimir Perier lui rend visite. Il collabore au Temps en 1829 puis au National en 1831.

Fiévée s'est mué en modéré (peut-être même libéral) avec la publication de son livre De l'Espagne et des conséquences de l’intervention de l’armée (1823). De nombreux ultras l'ont condamné à cause de ses opinions contre la guerre. Selon certains, c'est le fait d'avoir été emprisonné pour délits de presse qui l'aurait amené à changer de camp.[réf. souhaitée]

Mœurs[modifier | modifier le code]

Question book-4.svg
Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (juin 2017)
Pour l'améliorer, ajoutez des références vérifiables [comment faire ?] ou le modèle {{Référence nécessaire}} sur les passages nécessitant une source.

Joseph Fiévée a vécu dans une relation homosexuelle avec une liberté surprenante pour son temps, bien qu'un Cambacérès, par exemple, se soit trouvé dans une situation similaire.

Il se marie en 1790, mais sa femme meurt en couches en lui laissant un enfant. Il vit ouvertement avec son ami Théodore Leclercq, rencontré à la fin des années 1790, qui l'accompagne en toute occasion. Quand Napoléon l'envoie en mission en Angleterre, il recueille son ami et son fils chez lui. Lorsqu'il est nommé préfet, il s'installe à Nevers avec son ami : Jean Tulard indique qu'il « transforme son ami en maîtresse de maison faisant les honneurs des salons de la préfecture pour le plus grand ébahissement de ses administrés ». Les deux hommes sont reçus ensemble dans les salons de la Restauration.

Tous deux sont enterrés dans la même tombe au cimetière du Père-Lachaise (49e division)[1].

Dans le Trésor de la langue française, au mot Ménage, on peut lire : « Cohabitation de deux personnes, de même sexe, de sexe différent ou de même famille. Faire ménage commun avec qqn ; tenir ménage avec qqn. Toute la société s'est mise à parler du ménage masculin de Fiévée et de Th. Leclercq. On a beaucoup jasé sur ce sujet (Delécluze, Journal, 1826, p. 343). »[2]

Citations[modifier | modifier le code]

Des soins divers, mais superflus,
De Fiévée occupent la vie :
Comme bougre, il tache les culs ;
Comme écrivain, il les essuie.

— Le Parnasse satyrique du dix-neuvième siècle.

  • « À peine arrivée dans la rue, toute la société [les amis lettrés de Sautelet] s'est mise à parler du ménage masculin de Fiévée et Th. Leclerq. On a beaucoup jasé sur ce sujet. » Étienne Delécluze, Journal, 12 avril 1826.
  • Interrogé par Montalivet sur les rumeurs qui circulent, il lui répond dans un courrier : « Sur ces bruits, je serai toujours mal instruit parce que je suis fort peu causeur, excepté dans mon intimité, et que je n'en ai point ici et ne suis point désireux d'en avoir. Peut-être même est-ce par la facilité que je trouve à vivre sans aucune sujétion de société que ma fonction me plaît tant. Je ne vois personne ou je vois cent personnes à la fois, et comme j'ai toute ma vie eu un souverain mépris pour les propos et un dégoût insurmontable pour les bavards, il m'est impossible de connaître tous ces bruits. »
  • « Quand on a un vice, il faut savoir le porter. »
  • Lui-même, parlant de sa longue vie commune avec l'écrivain Théodore Leclerc : « une amitié qui a duré plus de trente ans finit toujours par être respectable. » (dans P. Cottin, éd., Mémoires d'Auger, Paris : Revue rétrospective, 1891).
  • Stendhal note de lui : « On dit qu'il a été fait maître des requêtes parce qu'il avait tenu une espèce de contre-police. »

Publications[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

Correspondance[modifier | modifier le code]

  • Lettres sur l'Angleterre (1803)
  • Correspondance politique et administrative (15 volumes, 1816)
  • Lettres sur le projet d'organisation municipale, présentées à la Chambre des députés le 21 février 1821 (1821)
  • Correspondances et relations de J. Fiévée avec Bonaparte de 1802 à 1813 (3 volumes, 1836)
  • Correspondance de J. Fiévée et de François Ferrier (1803-1837)

Essais[modifier | modifier le code]

  • De la religion considérée dans ses rapports avec le but de toute législation (1795)
  • Du dix-huit brumaire opposé au système de la Terreur] (1802) Texte en ligne
  • Réflexions sur la philosophie du XVIIIe siècle (1802)
  • Conseils à Napoléon (1802-1803)
  • Des opinions et des intérêts pendant la Révolution (1809)
  • Histoire de la session de 1815 (1816)
  • Histoire de la session de 1816 (1817)
  • Histoire de la session de 1817 (1818)
  • Réflexion sur la noblesse de nos jours (1818)
  • Examen des discussions relatives à la loi des élections pendant la session de 1819, (1820)
  • Histoire de la session de 1820 (1821)
  • Ce que tout le monde pense, ce que personne ne dit (1821)
  • De l'Espagne et des conséquences de l'intervention armée (1823)
  • Causes et conséquences du mois de juillet 1830 (1830)

Nouvelles[modifier | modifier le code]

  • Le Divorce, le Faux Révolutionnaire et l'Héroïsme des femmes (1802)

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • La Maison à vendre (1789)
  • Le Badinage dangereux (1789)
  • Les Rigueurs du cloître (1790)

Œuvres complètes[modifier | modifier le code]

  • Ses Œuvres ont été publiées par Jules Janin, 1842. (Voir dans l'édition des œuvres de J. Fiévée de 1848 parue chez Ch. Gosselin, une très intéressante notice biographique et littéraire sur J. Fiévée par Jules Janin, de 36 pages.

Édition récente[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Auguste Cavalier, Fiévée, correspondant intime de Napoléon Ier (1767–1839), 1902
  • Guy Thuillier, Témoins de l'administration. Joseph Fiévée et l'administration impériale, Berger-Levrault, 1967
  • Jean Tulard, Joseph Fiévée, conseiller secret de Napoléon, Fayard Les Inconnus de l'histoire, Paris, 1985 ; contient le "Petit dictionnaire fiévéien".
  • Jeremy D. Popkin, Joseph Fiévée, imprimeur, écrivain, journaliste. Une carrière dans le monde du livre pendant la Révolution, 1988
  • Jean-Clément Martin, Conservatisme, journalisme, et opinion publique sous la Restauration. Le paradoxe du succès de Joseph Fiévée, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2001

Source partielle[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Jules Moiroux, Le cimetière du Père Lachaise, Paris, S. Mercadier, (lire en ligne), p. 156
  2. Trésor de la langue française, définition du mot "Ménage".