Joseph-Émile Lequime

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Joseph-Émile Lequime
Théodore Joseph Jonet and his two daughters by François-Joseph Navez (1787-1869).jpg

Juliette Jonet (au premier plan), épouse du docteur Joseph-Émile Lequime, en compagnie de son père le professeur Théodore Jonet et de sa jeune sœur, portrait par François-Joseph Navez, 1832.

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Joseph-Emile Lequime (Bruxelles, 19 février 1802-Bruxelles, 22 septembre 1886), est un médecin belge, chef de Service des Hôpitaux et Hospices de Bruxelles (hôpital Saint-Jean, hospices de Pachéco, des Ursulines et de Sainte-Gertrude), professeur à la Faculté de médecine de l'Université libre de Bruxelles[1] et membre fondateur de l'Académie Royale de médecine dont il fut vice-président (1872-1874), président de la Commission médicale du Brabant[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de François-Joseph Lequime[3], officier puis fonctionnaire, et d’Adrienne de Glimes (son oncle, Antoine Lequime (1783-1827), Docteur en pharmacie, diplômé de l'École supérieure de médecine et de pharmacie de Nantes (1805), fut pharmacien du Roi des Pays-Bas à Bruxelles)[4], il est placé de bonne heure dans un pensionnat de Saint-Josse-ten-Noode dirigé par son parent Jacques-Joseph De Glimes, littérateur et poète.

Il entre en 1811 au Lycée Impérial de Bruxelles avant de suivre les cours de l’École de Médecine que le roi Guillaume des Pays-Bas, après le chute du Premier Empire, venait de créer à Bruxelles (1818-1820)[5].

Plus tard, en 1820, il s’inscrit à l’Université d'État de Louvain[6] et est attaché à l’Hôpital Militaire de cette ville.

Proclamé le 19 juillet 1826 Docteur en médecine avec distinction, il se rend à Paris où il fréquente les grands maîtres de l’époque[7].

Lorsque survint la Révolution belge en 1830, il prend une part active à la conquête de l’indépendance de la Belgique et se fait distinguer par son ardent patriotisme. Pendant les mémorables journées de septembre 1830, il se dévoue avec ardeur en s’élançant, comme volontaire, dans les premiers combats qui ont lieu dans la ville. C’est ainsi qu’il assiste, le 23 septembre, à l’attaque des Hollandais qui cherchaient à pénétrer dans Bruxelles par la Porte de Flandre et qu’il prend une part active aux combats des environs du Parc Royal. Le roi Léopold Ier lui décerne alors la Croix de fer (Belgique) en reconnaissance des services qu’il a rendus[8].

Peu de temps après l’indépendance de la Belgique, le choléra envahit l’Europe (1832). À cette occasion, il écrit, avec son frère Adolphe Lequime, lui aussi médecin, une « Notice sur l’épidémie de choléra observée dans l’arrondissement de Valenciennes »[9].

Durant cette terrible épidémie qui arrive à Bruxelles en juillet 1832, il fait preuve d’un courage extraordinaire et ne cesse de prodiguer jour et nuit des soins aux innombrables victimes. Il reçoit de ce dévouement la médaille du Grand Module d’Or et de Vermeil.

L'Université de Bruxelles est créée le 20 novembre 1834; quelques mois plus tard, le Conseil d'administration de l'Université le nomme professeur. Il y dispense un cours de clinique des vieillards (gérontologie). Dès 1837, il est appelé à faire partie de la Commission médicale de Bruxelles. Il en devint Secrétaire et ultérieurement, président. En 1835, tandis qu’il est domicilié rue du Grand Hospice, n°17, il est nommé « médecin à domicile des indigents, pour les paroisses Saint-Catherine, Saint-Nicolas, Riches-Claires et Béguinage »[10]. En 1839, il est, avec MM. Meismer, Seutin, Marinus, membre actif de la Société des Sciences médicales et naturelles de Bruxelles[11].

En 1845, il est nommé chef de service de médecine à l'hôpital Saint-Jean pour un terme de cinq ans. En 1850, il est réélu pour un nouveau terme quinquennal puis, en 1855, à la fin de son mandat, le Conseil des Hospices de Bruxelles le nomme médecin honoraire des hôpitaux et hospice de Bruxelles. Après cela, il est chef de service à l'hôpital des Sœurs hospitalières, service qu'il dirige pendant de nombreuses années avant de la transmettre ensuite à l'un de ses fils, le Docteur Jules Lequime.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Joseph-Emile Lequime a publié de nombreux travaux mais les plus importants sont sans conteste ceux qu'il a consacré aux maladies infectieuses et notamment au choléra. Il s'occupe activement d'une épidémie de choléra survenue dans la région de Valenciennes dont il publie, avec son frère Adolphe, les investigations. Il devait encore s'occuper d'une épidémie de choléra survenue à Bruxelles en 1849. Il fait un rapport à l'Académie, jugé extrêmement important, à propos de l'ouvrage du Professeur Bruck intitulé: Le Choléra ou la peste noire, son origine et ses conditions de développement. Il fait aussi cinq communications sur la transmissibilité du choléra (1871-1872 et années suivantes). Bien entendu, ses travaux sur le choléra se situaient avant l'ère Pasteurienne et la connaissance du vibrion cholérique; dès lors, ses idées hippocratiques sur l'étiologie de cette maladie devaient cesser d'avoir cours mais ces descriptions cliniques et ses considérations sur la transmissibilité de la maladie et sa thérapeutique sont restées longtemps pertinentes. Il devait, au cours de sa vie académique, présenter vingt rapports pour la plupart consacrés aux maladies infectieuses.

En 1835, il fonde, avec son frère Adolphe Lequime en collaboration avec P.-J. van Esschen et Ed. De Losen, Bruxelles, A. Mertens, le « Bulletin et Annales de médecine belge et étrangère », qui succédait à « L’Abeille, revue médicale et scientifique, choix d’articles puisés dans les journaux de médecine, français et étrangers » fondé par son frère Adolphe l'année précédente[12].

Professeur à l’Université de Bruxelles, chef de Service des Hôpitaux et Hospices de Bruxelles dont il est pendant cinquante-cinq ans en sa qualité de médecin des pauvres, le médecin attitré, (c'est là qu'en mars 1866, il soigne Charles Baudelaire[13] pour paralysie et aphasie). Il est en outre nommé le 28 mai 1842, membre de l’Académie Royale de Médecine dont il est l’un des membres fondateurs l’année précédente et l'un des principaux instigateurs dès 1836 en sa qualité de membre de la commission chargée, avec MM. Bigot, Guiette, Delosen et Parigot « du soin de rédiger un projet d’organisation d’Académie royale de médecine, et de le soumettre à la Commission permanente »[14].

Il soigne aussi avec désintéressement les membres de la Nonciature apostolique en Belgique[15].

Il meurt le 22 septembre 1886 à Bruxelles, en son domicile, 29 rue de la Science (Quartier Léopold).

Famille[modifier | modifier le code]

Joseph-Émile Lequime épousa à Bruxelles le 5 juillet 1832 Juliette Jonet, fille aînée de Théodore Jonet[16] dont il eut cinq enfants[17].

Hommages[modifier | modifier le code]

Son portrait a été réalisé par Joseph Schubert (1844) et François-Joseph Navez dont Lequime était le médecin[18] (1857).

Une avenue de Rhode-Saint-Genèse porte son nom.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Eugène De Seyn, Dictionnaire des arts, sciences et lettres, s. v. et Dictionnaire des écrivains belges.
  • Professeur Warlomont, Éloge du Professeur J.E. Lequime, in Bulletin de l'Académie royale de médecine de Belgique, IVe série, t. XX, 1886, 1013-1017.
  • Docteur E. Vanden Corput, Éloge du Docteur J. E. Lequime, Bulletin de l'Académie royale de médecine de Belgique, (Bruxelles, t.XX, 1901, p.283-302).
  • J.-R. Leconte, Répertoire des officiers membres des Académies royales de Belgique au XIXe siècle, in Revue belge d'Histoire militaire, XVII-5, mars 1968, p.389.
  • Philippe Vandermaelen, Dictionnaire des hommes de Lettres, des savants et des artistes de Belgique, 1837, p.114.
  • L. Marcq, Essai sur l’histoire de la médecine belge contemporaine, Bruxelles, Manceaux, 1866, p.170.
  • Armand Collard : Charles Baudelaire et ses médecins bruxellois, dans: Revue médicale de Bruxelles, 1971.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. 2e semestre 1843 à 1860; L'Université libre (1834-1860) Statuts, discours, rapports...; Bruxelles, Van Meenen et Cie (1860), p. 475.
  2. En 1840, il sera trésorier du comité en vue d'ériger un monument à la mémoire de Vésale, savant anatomiste né à Bruxelles en 1514.
  3. Qui s'identifie peut-être avec le Lequime cité comme fondateur de la Société de peinture, sculpture et architecture de Bruxelles en 1803; Michèle Van Kalck, Le musée et la vie culturelle à Bruxelles, dans: Les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Deux siècles d'histoire, Bruxelles, 2003, tome I, pp. 156 et 165
  4. A.-J. Lequime, apothicaire de S.M., Maison du Roi et de la Reine, dans: Almanach royal de la Cour, des Provinces méridionales et de la Ville de Bruxelles, Bruxelles, chez la Veuve Stapleaux, 1827, vol. 11, pp. 56, 60, 269 et 277.
  5. Docteur E. Vanden Corput, « Eloge du Docteur J. E. Lequime », dans: Bulletin de l'Académie royale de médecine de Belgique, Bruxelles, t.XX, 1901, p. 283-302.
  6. où enseignaient à cette époque (1820-1826) les professeurs Charles Jacmart, G.-J. van Gobbelschroy, J.-M. Baud, Zingraaf et A. van Solinger; Almanach de la Cour de Bruxelles sous la domination autrichienne et française, Bruxelles Tarlier, (1864), p. 1864.
  7. En 1834, il devint membre correspondant de la Société Polytechnique de Paris.
  8. « Il relevait et pansait les blessés, sous le feu de l’ennemi, dans les combats soutenus aux abords du Parc pendant les quatre journées ». Arrêté n°194 du 2 février 1835. Toutefois il ne devait jamais en réclamer la pension de 250 fr annuelle (Recueil des pièces imprimées par ordre de la Chambre des Représentants, Volume 2, Chambre des Représentants, Recueil des pièces imprimées (session de 1862-1863), Bruxelles (1863), p. 82. En 1838, est cité Lequime, médecin du 3e bataillon de la Garde civique de Bruxelles, mention qui, sans indication de prénom, ne permet pas de conclure s'il s'agit de lui ou de son frère Adolphe.
  9. « MM. les docteurs Emile Lequime et Adolphe Lequime, vous ont présenté, lors de la séance du 19 juin 1832, une Notice sur l’épidémie de choléra observée dans l’arrondissement de Valenciennes. C’est afin de juger par eux-mêmes du meilleur traitement à suivre contre cette maladie, que ces deux médecins ont entrepris à leurs frais, leur excursion philanthropique. Arrivés sur le théâtre de l’épidémie à une époque où elle n’avait encore rien perdu de son intensité, ils lui ont observé les mêmes phénomènes qu’elle avait présenté dans les autres localités, seulement la période de cyanose et d’asphyxie leur a paru y être moins grave qu’à Paris. Ils sont portés à croire que le choléra est dû à un défaut d’équilibre entre les proportions du fluide électrique que contient l’atmosphère. Ils ne sont pas contagonistes ; ils ont souvent remarqué que dans une même maison plusieurs personnes deviennent successivement la proie de l’épidémie ; loin d’en conclure que le fléau se transmet par contagion, ils attribuent ce phénomène aux fatigues excessives et aux impressions morales tristes. Ils ne répugnent cependant pas à croire que la maladie puisse se communiquer par infection. Toujours MM. Lequime ont observé que le choléra était précédé pendant un ou plusieurs jours de coliques et de diarrhée. Ici vos commissaires, MM. Seutin, Marinus et Van Mons ont fait observer que le contraire avait lieu dans l’épidémie de Bruxelles ; aucun des habitants atteints jusqu’à ce jour (20 juin) n’a présenté des phénomènes précurseurs ; chez tous, la maladie a débuté par la seconde période. Les auteurs ne partagent pas l’opinion des médecins physiologistes qui voient, disent-ils, si complaisamment des traces d’inflammation dans la rougeur que l’on rencontre si souvent sur la membrane muqueuse intestinale. Cette rougeur n’est pour eux que le résultat de l’injection générale de tous les viscères. Votre commissions n’a pas été d’accord sur ce point, avec MM. les docteurs Lequime, pas plus que sur le traitement qu’ils proposent. « Si les rougeurs trouvées dans le canal intestinal, a dit le rapporteur, étaient le résultat de l’injection des viscères, elles devraient être confondues uniformément dans toute l’étendue de la muqueuse digestive et d’une coloration très foncée. Or, le contraire a presque toujours lieu ; la rougeur est rosée, vive, rutilante, disséminée par plaques séparées par des intervalles où la membrane est tout à fait blanche. Sa rougeur n’est pas d’ailleurs le seul vestige d’inflammation que l’on rencontre ; dans les endroits où la membrane est colorée, elle est en même temps, dans le plus grand nombre de cas, ramollie, pulpeuse, tandis qu’ailleurs elle ne s’enlève qu’avec la plus grande difficulté. Le développement considérable des cryptes muqueux ne vient-il pas également plaider en faveur de l’existence de la gastro-entérite ? », Jean-Romuald Marinus, Compte rendu des travaux de la société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, Bruxelles, Voglet, décembre 1832, pp. 54 à 56.
  10. Almanach administratif et industriel pour l’année 1835, p. 70.
  11. Nouvel Almanach de poche de Bruxelles, 1838, p. 160.
  12. « Archives de la médecine belge », journal des sciences médicales, physiques et naturelles, et de médecine vétérinaire par le docteur J.-E. Lequime. Composé à son début des articles communiqués à la rédaction et des travaux de la Société de médecine d’Anvers, de la Société médico-chirurgicale de Bruges et de la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles. Son but était de centraliser les travaux des médecins belges, et pendant les premières années il y réussit, en ce sens du moins qu’il publia les mémoires les plus importants émanés de nos travaux nationaux. […] » (L. Marcq, Essai sur l’histoire de la médecine belge contemporaine, Bruxelles, Manceaux (1866) p. 170)
  13. Dr Armand Collard : « Charles Baudelaire et ses médecins bruxellois », dans: Revue médicale de Bruxelles, 1971, « A la page du mardi 3 avril 1866, le registre des entrants à la Clinique Saint-Jean porte la mention : « Nom et prénoms : Baudelaire Charles. « Domicile : France et rue de la Montagne, 28. « Profession : homme de lettres. « Maladie : apoplexie. » Le Professeur Lequime, soit en raison de la personnalité du malade, soit à la prière des amis de celui-ci (peut-être les Hugo qui lui avaient déjà recommandé le Dr Jottrand), provoqua une consultation avec un collègue plus jeune, sans doute, mais à l'époque la « lumière » de la Faculté de Médecine de Bruxelles. Le Professeur Crocq examina à son tour le malade et confirma les diagnostic et pronostic de son collègue Lequime. Le poète séjourna à la Clinique de la rue des Cendres du 3 au 19 avril, toujours selon le registre des malades, ayant payé en tout cent francs pour sa pension et les menus frais ». E. Vander Elst, Baudelaire, malade à Bruxelles, 1972, Communication présentée à la Société Française d'Histoire de la Médecine le 22 janvier 1972. « Le 30 mars c'était l'hémiplégie dans sa chambre d'hôtel, et le 3 avril son entrée à la maison de santé de l'Institut St-Jean et Ste-Elisabeth où le docteur Lequime, médecin en chef, constata l'aphasie ». (Alfred Vallette, Mercure de France (1938), voL. 285)
  14. Almanach royal et du commerce de Belgique, an 1838, p. 227.
  15. J.-R. Leconte, "Répertoire des officiers membres des Académies royales de Belgique au XIXe siècle", dans: Revue belge d'Histoire militaire, XVII-5, Bruxelles, mars 1968, p. 389
  16. Théodore-Joseph Jonet, décédé à Bruxelles le 25 mars 1862 à l’âge de 80 ans (inhumé à Laeken), Président à la Cour d’appel de Bruxelles, ancien membre de la Chambre des représentants, Professeur honoraire à l’Université libre de Bruxelles. Son portrait ainsi que celui de ses filles et de ses beaux-parents Seny a été maintes fois réalisé par son ami François-Joseph Navez (M. Seny à Charleroi (1808), M. Seny (1810), famille de M. et Mme Seny et leurs deux filles (1822), Mme Edmond Bouvier née Hortense Seny (1842), Mme Bouvier (probablement Mme Edmond Bouvier) (1850), Mme Leclercq (1850). Cf. article Mme Dolez, "Titre de l'article", dans: Le Parchemin, Bruxelles, 1969), n°144, p..
  17. Respectivement Jules (1833), médecin, collectionneur, Léon (1835), industriel, collectionneur d’art et mécène, Ernest (1837) avocat, époux d'Isabelle Tirou, (nièce du peintre Félix Terlinden (1836-1912) et cousine germaine de l'écrivain Théodore de Wyzewa), Marie-Emilie (1843) et Alfred (1852), docteur en Droit.
  18. Louis-Joseph Alvin, Fr. J. Navez, sa vie, ses œuvres et sa correspondance, Bruxelles, Bruylant-Christophe et Cie, 1870, p. 260.