John Wyclif

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John Wyclif

Description de l'image  Wyclif, John.jpeg.
Naissance vers 1320
Drapeau : Angleterre Ipreswell, (Yorkshire)
Décès (à env. 64 ans)
Drapeau : Angleterre Lutterworth, Leicestershire
Profession théologien

John Wyclif (ou Wycliff, Wycliffe, ou encore Jean de Wiclef) (v. 1326-1384) est un théologien anglais et précurseur de la Réforme anglaise, et plus généralement de la Réforme protestante.

Les débuts[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Il est né dans le Yorkshire au milieu des années 1320. Il est issu d'une famille de petite noblesse. Il étudie puis enseigne à l'université d'Oxford. Il est maître en 1358, maître des arts en 1361, docteur en 1372. C'est alors qu'il s'engage dans une réflexion philosophique et théologique propre.

Premiers écrits[modifier | modifier le code]

Il milite pour un retour à la Bible et à l'augustinisme et publie De domino divino (1375), De officio regis, De veritate scripturæ (1378), De potestate papæ (1379).

Réformateur[modifier | modifier le code]

En 1376, Wyclif expose la doctrine de l'« autorité fondée sur la grâce », selon laquelle toute autorité est accordée directement par la grâce de Dieu et perd sa valeur lorsque son détenteur est coupable de péché mortel. Pour lui, la véritable Église est l'Église invisible des chrétiens en état de grâce : Wyclif met en cause le principe de l'autorité de la hiérarchie dans l'Église et préconise la désignation du pape par tirage au sort. Il dénie aux prêtres en état de péché mortel la possibilité de remettre les fautes. Wyclif laisse clairement entendre que l'Église d'Angleterre est pécheresse et coupable de corruption. Il se gagne les faveurs d'une partie de la noblesse en voulant lui redistribuer les richesses de l’Église. Ainsi il est soutenu par Percy de Northumberland et Jean de Gand.

Conflits avec les autorités religieuses[modifier | modifier le code]

Le 19 février 1377, il est convoqué par l'évêque de Londres, Guillaume Courtenay, pour présenter sa doctrine. L'interrogatoire se termine lorsque Jean de Gand, qui avait accompagné Wyclif, se trouve mêlé à une bousculade avec l'évêque et son entourage. Le , le pape Grégoire XI envoye une bulle en 5 copies aux responsables anglais accusant Wyclif d'hérésie. À l'automne de la même année, le Parlement lui demande son avis sur le caractère légal de l'interdiction faite à l'Église d'Angleterre de transférer ses biens à l'étranger sur l'ordre du pape. Wyclif confirme la légalité d'une telle interdiction, et au début de 1378 il est de nouveau convoqué par l'évêque Courtenay et par l'archevêque de Cantorbéry, Simon de Sudbury. Wyclif reçoit un simple blâme grâce à ses rapports privilégiés avec la cour.

Évangile traduit par John Wyclif, copie de la fin du XIVe siècle, Folio 2v of MS Hunter 191 (T.8.21)

Pendant l'année 1378, Wyclif et ses amis d'Oxford entreprennent la traduction en anglais de la Vulgate, bravant par là l'interdit de l'Église. En 1379, Wyclif répudie la doctrine de la transsubstantiation. Cette prise de position audacieuse suscite une telle réprobation que Jean de Gand lui retire son soutien. Wyclif envoie à partir de 1380 ses disciples, appelés les pauvres prêcheurs, dans les campagnes pour qu'ils fassent connaître ses thèses religieuses égalitaristes. Les prêcheurs trouvent une large audience et on accuse Wyclif de semer le désordre social. Cependant, il ne s'engage pas directement dans la révolte avortée des paysans en 1381, mais il est probable que ses doctrines influencèrent ceux-ci. En mai 1382, Courtenay, devenu archevêque de Canterbury, rassemble un tribunal ecclésiastique qui condamne Wyclif comme hérétique et prononce son expulsion d'Oxford. Wyclif se retire alors dans sa paroisse de Lutterworth.

Le duc de Lancastre[1], la population londonienne et pendant un certain temps les ordres mendiants soutiennent ses idées qui sont propagées en Angleterre par des prédicateurs itinérants appelés « pauvres prêtres » ou lollards. Cependant ses attaques contre la papauté lui valent la condamnation de Rome et en 1384 il meurt dans l'isolement.

Postérité[modifier | modifier le code]

Après la mort de Wyclif, son enseignement se répand rapidement. Sa Bible, qui paraît en 1388, est largement distribuée par ses disciples, les Lollards. Enfin, les œuvres de Wyclif influencent fortement le réformateur tchèque Jan Hus et les anabaptistes. Martin Luther[2] reconnaîtra également sa dette à l'égard de Wyclif. Le 4 mai 1415, le concile de Constance condamne comme hérésies la doctrine de Wyclif et ordonne que son corps soit exhumé et brûlé. Le décret est exécuté en 1428[3].

La pensée de Wyclif représente une rupture complète avec l'église catholique romaine, alors seule institution chrétienne. Il affirme qu'il existe une relation directe entre l'humanité et Dieu, sans l'intermédiaire des prêtres. Wyclif pense que les chrétiens sont en mesure de prendre en main leurs vies sans l'aide du pape et des prélats, en se conformant aux Ecritures. Wyclif dénonce de nombreuses croyances et pratiques de l'église catholique, les jugeant contraires aux Écritures. Condamnant l'esclavage et la guerre, il soutient que le clergé chrétien doit suivre l'idéal de la pauvreté évangélique, à l'instar du Christ et de ses disciples.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Thomas Hobbes, « Récit historique sur l’hérésie et son châtiment », sur philotra.pagesperso-orange.fr, Londres, 1682.
  2. cf. Annick Sibué, Luther et la réforme protestante, Eyrolles, 2011, coll. « Eyrolles Pratique », p. 14
  3. Gervais Dumeige, Textes doctrinaux du magistère de l'Église sur la foi catholique, Karthala Éditions,‎ 1993 (lire en ligne), p. 250

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Crémation des restes de John Wyclif, John Foxe's book (1563)

Liens externes[modifier | modifier le code]