Johann Knauth

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Johann Knauth
Image illustrative de l’article Johann Knauth
Johann Knauth
Présentation
Naissance
Cologne (Royaume de Prusse)
Décès (à 59 ans)
Gengenbach (Allemagne)
Mouvement Style néo-gothique, Style néo-roman
Activités architecture, conservation de monuments historiques
Formation chantier de la cathédrale de Cologne
Œuvre
Réalisations sauvetage de la flèche de la cathédrale de Strasbourg, église paroissiale d’Avolsheim...

Johann Knauth, né le à Cologne et mort le à Gengenbach en Allemagne, est un architecte allemand.

Architecte en chef de la cathédrale de Strasbourg à partir de 1905, c’est à lui que l’on doit le sauvetage de sa flèche, menacée d'écroulement à la suite d'un affaissement des fondations.

Biographie[modifier | modifier le code]

Johann Knauth est le fils d’Adolph Nicolaus Knauth, rentier, et de Mathilde Grenel (ou Greuel). Il entre très tôt sur le chantier de la cathédrale de Cologne, conduit par l’architecte Franz Schmitz. Il participe sous sa direction à l’achèvement du massif occidental et à la construction des deux tours, travaux qui se terminent en 1880.

Il s’installe à Strasbourg en 1891, entraîné par Schmitz, nommé architecte de la cathédrale. Il entre au service de la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame en tant que Techniker, puis est titularisé en 1898 comme conducteur de travaux (Bauführer).

En 1902 il compte parmi les initiateurs du Straßburger Münsterverein, aujourd’hui Société des amis de la cathédrale de Strasbourg, et de sa revue scientifique, le Münsterblatt (aujourd’hui Bulletin de la Cathédrale de Strasbourg), qui paraît pour la première fois en 1903[1].

Johann Knauth (en veste noire) au milieu d’un groupe d’ouvriers de l’Œuvre Notre Dame à Strasbourg vers 1905.

Succédant à Ludwig Arntz, lui-même successeur de Schmitz, Knauth devient architecte en titre de la cathédrale le . Son travail s’est principalement attaché au renouvellement des fondations de la tour, Knauth ayant été confronté dès 1903 au problème de sa consolidation.

À partir de 1904, il cumule ces fonctions avec celles de conservateur des Monuments Historiques d’Alsace. Il publie près d'une dizaine d'articles, lui valant en 1922 le titre de docteur honoris causa de l’Université de Francfort.

Les conséquences de la Première Guerre mondiale pèsent tragiquement sur la fin de sa carrière. Ayant perdu ses deux fils, Knauth ne peut se résigner à solliciter la nationalité française. Malgré son attachement pour Strasbourg et son union avec une strasbourgeoise, il met ainsi en péril son maintien au service de l’Œuvre Notre-Dame. Le Commissaire général Alexandre Millerand et la Commission française des monuments historiques estiment dans un premier temps la présence de Knauth indispensable pour l’exécution des travaux et souhaitent qu’il poursuive et achève ceux-ci[2]. Mais la pression de l’opinion publique et des journaux s’accentuent et viennent à bout de la patience du maire Jacques Peirotes qui jusque-là l’avait soutenu. Le rapport sans indulgence du nouveau Directeur de l’Architecture et des Beaux-Arts, Robert Danis, lui vaut d’être renvoyé en 1921 pour « grossières erreurs de service » avant d’être expulsé en Allemagne.

Privé de sa pension pour avoir accepté de collaborer avec les Français, Knauth s’établit à Gengenbach où il sombre dans l’oubli. Il meurt peu après, à l’âge de 59 ans. Il est enterré au vieux cimetière d’Offenbourg[3].

Réalisations[modifier | modifier le code]

Le sauvetage de la flèche de la Cathédrale de Strasbourg[modifier | modifier le code]

La flèche nord de la cathédrale.

Le gros pilier de la tour nord date des XIIIe et XIVe siècles et doit supporter la charge de la tour - soit 7 500 tonnes. Le pilier et ses fondations, qui remontent au XIe siècle, n’étaient pas prévus pour porter une tour aussi élevée, conçue et construite seulement entre 1399 et 1439. Les murs de fondations sont en outre tous fissurés. On peut même percevoir un net fléchissement de la tour, accompagné de fissures visibles dans le premier pilier nord de la nef.

Dès 1903, Knauth tire la sonnette d’alarme : pour lui, ces fissures sont dues à la transmission des charges qui relie le premier pilier de la nef au gros pilier du narthex qui soutient la tour[4]. L’effondrement de la tour apparaît dès lors comme une catastrophe prévisible à plus ou moins brève échéance. Il établit en 1911 un projet de renouvellement total des fondations du gros pilier en collaboration avec les entreprises Wagner et Schürch de Strasbourg et de Kehl. On ferme donc provisoirement l'arrière de la nef par une palissade. La Société des amis de la cathédrale de Strasbourg, grâce au soutien de l’empereur Guillaume II, organise une loterie pour collecter des fonds destinés à financer les travaux qui peuvent commencer dès 1912. Il s’agit d’envelopper le gros pilier dans un corset en béton armé et de le stabiliser au sol par des vérins hydrauliques qui en maintiennent la charge pendant le remplacement des anciennes fondations par de nouvelles fondations en béton.

Les travaux se poursuivent pendant la Première Guerre mondiale, en dépit de graves difficultés résultant notamment d’une réduction sensible des effectifs de la main-d’œuvre. Après la mise à l’écart de Knauth, Clément Dauchy puis Charles Pierre mènent le chantier à son terme en 1926.

Autres réalisations[modifier | modifier le code]

Avolsheim - L'église Saint-Materne

En tant qu’architecte de la cathédrale de Strasbourg, Knauth déploie une intense activité et entreprend d’importantes restaurations du décor extérieur de la façade principale de la cathédrale - notamment la galerie des Apôtres, les anges musiciens, plusieurs parties de la rose. On lui doit également l’installation d’un système de chauffage et l’édification du vestibule en style néo-gothique côté nord de la nef.

Knauth est aussi sollicité pour superviser les travaux de restauration entrepris à la collégiale Saint-Martin de Colmar (1903), à l’église Saint-Georges de Sélestat (1909) et à l'église Saint-Nicolas d’Überlingen (1913). Il conçoit en 1911 l’église paroissiale d’Avolsheim de style néo-roman, caractérisée par son étonnant plafond de bois qui tient à la fois du néo-scandinave et du Jugendstil. Elle est destinée à remplacer le Dompeter.

Hommages[modifier | modifier le code]

Atlante à la base d'un pilier de la nef, parfois identifié avec Johann Knauth

Deux ans après sa mort, en 1926, la Ville de Strasbourg fête l’accomplissement des travaux de sauvetage de la tour de la cathédrale sans mentionner le nom de l’architecte allemand. Toutefois, selon la tradition, il est représenté à la base du second pilier nord sous la forme d’un petit homme en casquette en train de soulever le pilier à l’aide d’une bûche[5].

La ville de Strasbourg lui rend hommage en 1974 en choisissant de baptiser l’une des rues du quartier des « bâtisseurs de Cathédrales » en son nom [6]. En 1976, une exposition commémore son œuvre au Musée de l’Œuvre Notre-Dame[7]. En 2014, pour le 150e anniversaire de sa naissance et le 90e anniversaire de sa mort, une sculpture en bronze est commandée au maître d’art en ferronnerie Pierre Gaucher. Elle est installée sur la façade du bureau de poste, place de la cathédrale, à l’initiative de la Ville de Strasbourg et de la Société des amis de la cathédrale de Strasbourg[8] et inaugurée le 27 juin 2015 par le maire de Strasbourg, Roland Ries, à l’occasion des célébrations du millénaire des fondations de la cathédrale.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Joseph Fuchs, « KNAUTH Johann », Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne,‎ , n° 21, p. 2020
  • François Uberfill, « Johann Knauth, dernier architecte allemand de l’Œuvre Notre-Dame (1905-1920) : un destin tragique », Bulletin de la Société des Amis de la Cathédrale de Strasbourg,‎ , n° 26, p. 53-70 (lire en ligne)
  • Johann Knauth, Strasbourg, Archives de la Ville et de l'Eurométropole de Strasbourg, (lire en ligne)
  • (de) Johann Knauth, Strasbourg, Archives de la Ville et de l'Eurométropole de Strasbourg, (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Notice "Strassburger Münsterblatt" », sur data.bnf.fr (consulté le 11 février 2016).
  2. Joseph Schmauch, « Archives, musées, monuments historiques. Quel avenir pour le patrimoine d’Alsace-Lorraine (1914-1919) ? », sur In situ - Revue des patrimoines, (consulté le 11 février 2016).
  3. (de) Undank für den Retter des Münsters dans Badische Zeitung, 1e septembre 2010, édition Offenburg.
  4. « 1906-1926 : Consolidation des fondations du pilier de la tour », sur Fondation de l'Œuvre Notre-Dame (consulté le 11 février 2016).
  5. D'autres sources évoquent une représentation de Charles Pierre.
  6. Rue Johann Knauth, Strasbourg, sur Google Map.
  7. J.-R. Haeusser, « En l'honneur d'un grand architecte de l'Œuvre Notre-Dame : Johann Knauth », Bulletin de la Société des Amis de la Cathédrale de Strasbourg,‎ , n° 12, p. 83-85 (lire en ligne)
  8. Site de Pierre Gaucher.